Pourquoi l'hymne de la Ligue des Champions est-il sifflé par les supporters ?

C'est un rituel avant chaque rencontre de Ligue des champions. Quelques secondes avant le coup d’envoi, quand les notes de l’hymne résonnent, c’est toujours un moment de grand frisson pour les joueurs et les fans... L'hymne de la compétition, l'UEFA Champions League anthem, résonne dans le stade lors de l'arrivée des joueurs sur la pelouse, au moment où les 22 acteurs du match sont alignés face au public. Avec ses stars, sa coupe aux grandes oreilles et son hymne, indissociable de la compétition depuis 1992, c’est le retour de la Ligue des champions, ce mardi soir.

L'origine de l'hymne

En 1992, l’UEFA décide de confier au Britannique Tony Britten une mission un peu particulier : imaginer l’hymne de la compétition. « Nous n’avions pas des années devant nous, nous avions quelques mois », expliquait Britten au journal Ouest-France en 2021. Après plusieurs propositions, le compositeur s’inspire de l’œuvre de Georg Fridrich Haendel, Zack the Priest, hymne du couronnement des rois britanniques depuis George II. L’hymne va vite voir le jour.

Pas besoin d’être un linguiste confirmé pour comprendre que l’hymne a été écrit en trois langues différentes... mais dans le même morceau. Ils sont les meilleurs... Sie Sind die Besten... These are the champions... Le Français, l’Allemand et l’Anglais, qui sont les trois langues officielles de l’UEFA. « J’ai engagé un traducteur pour qu’il s’asseye et m’écrive tous les superlatifs, les "meilleurs", les "plus grands", explique Tony Britten. Et je l’ai fait traduire littéralement en allemand et en français. J’ai la feuille d’origine quelque part, ce sont des piles de mots non reliés. J’ai dit "on va prendre un peu de ci, un peu de ça". Et après : "The Champiooooons !" C’est ce que tout le monde connaît. »

L’hymne a été joué pour la première fois lors de la saison 1992-1993, pour la première journée de la phase de groupes, dans quatre stades simultanément : Jan-Breydel à Bruges, Ibrox Stadium de Glasgow, San Siro (Milan) et le stade des Antas, à Porto. C’est année-là, c’était l’Olympique de Marseille qui était allé au bout pour offrir à la France sa première (et unique) Ligue des champions. Depuis la saison 2008-2009, l’hymne joué en préambule de la finale est toujours interprété par un ou plusieurs artistes. Le ténor italien Andrea Bocelli a eu droit à cet honneur à trois reprises, qu’il a même chanté en italien : Loro sono i campioni.

🎵🎻 L'histoire de l'hymne de la Ligue des Champions

Les raisons des sifflets

Non, tous les supporters ne sont pas gaga de l’hymne de la C1. A l'image des supporters du Barça, qui ont sifflé l'hymne de la Ligue des champions avant le coup d'envoi face au Paris Saint-Germain mardi soir à Montjuich (1-4), les fans s'expriment traditionnellement de cette manière dans plusieurs clubs européens et non des moindres, et ce depuis des années. Souvent acclamée, mais pas toujours. Ainsi, pour protester contre les sanctions imposées au club par le fair-play financier, les supporters de Manchester City ont copieusement sifflé l'hymne, en octobre dernier.

Ceux de Manchester City ont attendu des années pour retrouver la compétition, mais depuis dix ans, ils huent copieusement la puissante mélodie. La raison ? Plusieurs contentieux qu’ils entretiennent avec l’UEFA. Nous appellerons ça le paradoxe des Skyblues. Alors qu’ils vendraient père, mère et la recette de porridge de grandma pour remporter enfin la coupe aux grandes oreilles, les supporteurs de Manchester City entretiennent une relation très particulière avec cette compétition. Ou plutôt avec son organisateur, l’UEFA. Depuis plusieurs années, en effet, les fans de City ont pris l’habitude de huer l’hymne de la Ligue des champions avant chaque match à domicile, et la rencontre de mercredi face au PSG ne devrait pas faire exception.

Une colère en trois actes :

  • Acte I, le deux poids, deux mesures, qui ne passe pas auprès des Citizens.
  • Acte II, le point de non-retour.
  • Acte III, le délégué de l’UEFA en remet une couche.

Acte I : Le deux poids, deux mesures

En 2012, l’UEFA s’attire une première fois les foudres des fans de City après deux décisions disciplinaires pour le moins controversées. Quand les Skyblues reçurent 30.000 euros d’amende pour une banale histoire de retard (d’une minute) des joueurs au retour des vestiaires lors d’un match de Ligue Europa contre le Sporting, le FC Porto ne fut sanctionné que de 20.000 euros pour les cris de singes de certains de ces supporteurs à l’encontre de Mario Balotelli et de Yaya Touré, lors d’un Porto-City disputé un mois plus tôt à l’Estadio do Dragoes.

Acte II : Le point de non-retour

Lors de la saison 2014-2015, c’est un match de C1 au CSKA Moscou qui mit définitivement le feu aux poudres. Cette rencontre devait se jouer à huis clos (encore une fois pour une histoire de cris de singes contre Yaya Touré), mais les choses ne sont pas passées exactement comme prévu. Alors que l’UEFA avait refusé de rembourser les fans des Skyblues qui avaient acheté leur billet d’avion, de match et leur chambre d’hôtel (avant que la décision du huis clos ne soit actée), celle-ci a finalement autorisé quelque 650 sympathisants du CSKA à assister à la rencontre, ce que les supporteurs des Citizens n’ont jamais digéré.

Acte III : Le délégué de l’UEFA en remet une couche

Quelques semaines après le CSKA-Gate, lors d’un match face au FC Séville, alors que les huées prenaient de plus en plus d’ampleur à l’Etihad, le quatrième arbitre a signalé cela à ses supérieurs. « Même si aucune sanction n’a été prise pour sanctionner les huées, cela a durci la position des fans de City à l’encontre de l’instance européenne », nous confie Dominic Farrell, auteur d’un récent article sur le sujet dans le Manchester Evening News.

Le cas de Liverpool

Quelques instants avant le coup d’envoi de Liverpool - Real Madrid (2-5), il a fallu tendre l’oreille pour percevoir le traditionnel hymne de la Ligue des champions, qui retentit avant chaque rencontre de C1. Les supporters de Liverpool ont copieusement sifflé l’hymne de la C1 avant le coup d’envoi du 8e de finale aller de Ligue des champions entre le Real Madrid et Liverpool. La cause ? Les fans du club des bords de la Mersey en veulent toujours à l’instance européenne après les incidents du 28 mai dernier, lors de la finale entre les Reds et les Madrilènes. Mais ils attendant toujours des excuses de la part de la France mais aussi de la part de l’UEFA.

Un hymne controversé

Les fans des Citizens ayant une dent contre l'UEFA, c'est devenu pour eux un réflexe de conspuer la célèbre mélodie. C'est un peu plus récent du côté de Manchester City, un nouveau riche régulier des compétitions continentales - et particulièrement de la C1 - depuis une dizaine d'années seulement.

En 2012, en Ligue Europa, le FC Porto n'avait reçu que 20 000 euros d'amende pour des cris racistes à l'encontre de Mario Balotelli, tandis que les Citizens écopaient de 30 000 euros pour... un retard d'une minute en seconde période (comme le rappellent nos confrères du Parisien). C'est à partir de là que les suiveurs mancuniens ont commencé à prendre l'UEFA en grippe. L'année 2014 a ensuite opéré un tournant définitif, à cause du fair-play financier et une amende de 49 millions de livres, cumulée à l'absence de remboursement des supporters après le huis clos décrété pour le déplacement au CSKA Moscou.

En 2020, le fair-play financier est allé encore plus loin en prononçant une exclusion de deux ans des Coupes d'Europe, annulée par le Tribunal arbitral du sport (TAS) mais qui a bien sûr conforté les opinions dans les tribunes de l'Etihad Stadium.

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