Aperçu de la Ligue Professionnelle 1 Tunisienne : Focus sur le Club Africain

Si la problématique de la frontière est ancienne en géographie, la signification donnée à la notion a profondément changé au cours de l’histoire de la discipline. Dans la géographie allemande de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, la frontière était étudiée dans sa dimension politique, à la fois dans une optique zonale, au niveau des territoires transfrontaliers, et linéaire, comme une ligne de démarcation.

Aujourd’hui, différents processus à la fois politiques (intégration européenne, émergence d’organisations supranationales, …), économiques (création de zones de libre-échange, développement de multinationales, …) et socio-culturels (émergence d’une « culture mondiale » véhiculée par les médias, prise de conscience du « monde comme un tout », …) défient l’approche classique de la frontière. Ce concept, loin de disparaître, a ressurgi dans la science géographique en mettant l’accent sur des nouvelles discontinuités, localisées tant aux confins des États qu’en leur sein.

Notre article s’inscrit dans la réflexion sur les nouvelles frontières des migrations internationales à travers le cas des flux de footballeurs professionnels. Cet exemple nous semble particulièrement intéressant dans la mesure où la mobilité dans le football est le plus souvent considérée comme le fait d’une élite migratoire intégrée dans un marché du travail mondial, pour laquelle les frontières n’ont plus d’importance.

En questionnant la dynamique des flux de joueurs dans le football professionnel européen, l’objectif est de mesurer l’ampleur des changements intervenus depuis 1995. Cette date constitue une année charnière dans la mobilité des sportifs dans la mesure où, suite à une plainte déposée par le footballeur belge Jean-Marc Bosman, la Cour de justice des communautés européennes a décrété la libre circulation pour les sportifs communautaires dans les pays faisant alors partie de l’Union européenne.

Dans ce contexte, le recours à la notion de frontière nous permet d’adopter une perspective d’analyse à même de montrer les limites de l’approche « globalisante », qui tend à imposer de manière théorique l’avènement d’une mondialisation des flux, sans en tester la réalité empirique. Si certains grands clubs, très médiatiques, sont effectivement des chantres de cette mondialisation, leurs spécificités ne doivent pas masquer une tendance plus générale à la préservation, voire au renforcement de logiques géographiques. Nous concentrons notre analyse sur six pays de l’Union européenne (France, Espagne, Italie, Allemagne, Belgique, Pays-Bas).

Neuf saisons après l’entrée en vigueur de l’arrêt « Bosman », il apparaît indéniablement que la part des joueurs exerçant leur profession en dehors du pays dans lequel ils ont été formés a augmenté. Dans l’ensemble des six pays, entre les saisons 1995/1996 et 2000/2001, nous avons assisté à une croissance générale du nombre de joueurs non nationaux.

Si lors de la première période prise en compte le pourcentage moyen pondéré de migrants internationaux « avec la balle » par rapport aux joueurs nationaux a augmenté de plus de 17%, ce pourcentage est resté stable de 2000/2001 à 2004/2005. En Italie et en Espagne, à l’instar de leur nombre, la part de joueurs formés en dehors des frontières nationales a même diminué.

Cette brusque halte de la croissance indique qu’après avoir avancé dans le sens d’une plus forte perméabilité des frontières, l’avènement d’un marché commun européen des footballeurs rencontre des résistances. En effet, au-delà du fait que plus le nombre de migrants « avec la balle » est élevé, plus leur augmentation doit être forte pour que le pourcentage de leur présence augmente en conséquence, plusieurs indices, surtout en Europe méridionale, suggèrent le retour vers une certaine préférence nationale.

Si les frontières nationales continuent à jouer un rôle dans l’engagement de joueurs en limitant l’ampleur des flux internationaux, le recrutement de footballeurs à l’étranger suit également des logiques spatiales bien déterminées qui relativisent les prédictions des théoriciens de la mondialisation des flux. Dans les six pays analysés, des territoires de recrutement préférentiels existent. Ces derniers sont reliés aux États recruteurs par des liens d’ordre géographique (proximité spatiale), historique (colonisation) ou culturel (proximité linguistique).

Les Africains se concentrent en France et, dans une moindre mesure, en Belgique. Dans le premier cas, les liens historiques entre zones de départ et d’arrivée expliquent cette sur-représentation. La très grande partie des joueurs africains dans l’Hexagone provient d’anciennes colonies françaises. Concernant la Belgique, la concentration d’Africains est la conséquence non seulement de l’ancienne présence coloniale, mais également de critères économiques. Les clubs belges, moins puissants financièrement que leurs homologues des pays limitrophes, recrutent de nombreux joueurs en Afrique afin de réduire le coût moyen du travail.

En Espagne et Italie, la plupart des joueurs provenant de l’étranger est recrutée en Amérique latine. Comme pour les clubs français en Afrique, le recrutement préférentiel des clubs espagnols en Amérique du Sud s’explique par l’histoire coloniale du pays. Pour les clubs italiens, il est favorisé par la présence ancienne de nombreux émigrés transalpins. Les clubs allemands recrutent prioritairement dans les pays d’Europe orientale.

Seul les Pays-Bas apparaissent sans zone de recrutement exogène privilégiée. Les clubs néerlandais les plus performants sont présents mondialement à travers des réseaux de transfert de joueurs bien développés.

Plus qu’à une mondialisation du recrutement, nous observons que le transfert international de joueurs suit des logiques spatiales. Les footballeurs ne font donc pas exception par rapport à d’autres types de migrants, « les migrations internationales s’opérant à l’intérieur de réseaux relationnels comme ceux qui se sont tissés entre les métropoles et leurs anciennes colonies ».

En dépit de la mondialisation économique, des discontinuités d’ordre culturel perdurent et ont une incidence sur les flux internationaux des footballeurs. Ce constat rejoint la conclusion formulée par Patrick Mc Govern (2002, pp. 23-24).

Après l’examen des logiques spatiales du recrutement à l’étranger, en adoptant une optique longitudinale, nous proposons l’analyse des différentes étapes de la carrière des footballeurs « internationaux ». Si pour les joueurs évoluant dans le pays où ils ont été formés, le rôle des frontières dans les trajectoires de carrière est évident, son importance peut être questionnée pour les joueurs connaissant des parcours internationaux.

Durant cette période, 1809 changements de club ont été comptabilisés. Dans cet ensemble, 1447 transferts ont eu pour origine un de nos six pays, soit un taux global de 80%. Pour les 1447 changements de club à partir des six pays, nous avons calculé un ratio de mobilité internationale : le nombre de transferts effectués entre deux clubs appartenant au même État divisé par le nombre de transferts internationaux.

D’une manière générale, avec un ratio global de 1,42 (850/597), il apparaît que les joueurs intégrés dans un marché du travail « étranger » connaissent aussi des trajectoires influencées par les limites du pays d’accueil : les transferts à l’intérieur d’un même État sont nettement plus nombreux que les transferts internationaux. À l’instar des marchés du travail, les réseaux de transfert restent prioritairement organisés à l’échelle nationale.

Analysés en fonction des six pays, il apparaît que les échanges de joueurs entre clubs sont toujours redevables des frontières étatiques. À l’exception de la France, le ratio entre mobilité nationale et mobilité internationale est toujours supérieur à 1.

Focus sur le Club Africain

Avec la fin de la phase aller de Ligue Professionnelle 1, Tunisie Foot a trouvé judicieux de faire le bilan du leader, le Club Africain. C’est avec gentillesse que le directeur sportif, Montasser Louhichi, nous a parlé de son club de cœur.

Là, je suis Directeur Sportif du Club Africain depuis neuf mois.

Pour être directeur sportif, il faut être un stratège aussi parce que cela relève de la stratégie, de la négociation. Il faut avoir certaines qualités pour pouvoir négocier et discuter avec les gens.

Mon rôle c’est comme tout directeur sportif dans un club. Comme l’a été par exemple Leonardo au PSG, c’est de définir la politique sportive du club. Définir les objectifs à atteindre et mettre les moyens pour atteindre ces objectifs. Au club, il y a un projet éducatif, un projet social et un projet sportif. Il faut mettre les trois en place.

Quand vous êtes directeur sportif, c’est que vous êtes l’homme de confiance du président sur le volet sportif. Dans tout club, il y a un volet administratif et un volet sportif. Je m’occupe du volet sportif et d’autres personnes se chargent du volet administratif. Le président me fait totalement confiance.

L’entraineur se focalise sur le court terme, le match de la semaine, il prépare son équipe, il est sur le terrain. Le club, directeur sportif en tête, doit travailler sur du moyen et du long terme. Par exemple aujourd’hui on est en train de travailler sur la préparation de l’année prochaine sur des joueurs ciblés. On a déjà travaillé sur le mercato d’hiver, sur la préparation qu’on va faire pendant la CAN, sur les matchs amicaux. On se projette plus vers l’avenir.

Avec Daniel Sanchez on est plus dans une relation horizontale, on s’entend très bien. On discute, c’est lui l’entraineur, c’est lui qui fait les choix et décide des joueurs. Mais on est en collaboration, on travaille ensemble. Sur le recrutement aussi, il peut donner son avis en tant que premier responsable de l’équipe première, mais après il y a des choix de club.

Moi je suis l’équipe première, je suis tous les jours avec eux. On fait des réunions hebdomadaires, on discute. Le coach, le staff et moi-même nous définissons les profils et les besoins de l’équipe première. À moi de faire par la suite des prospections, de contacter des gens.

Je collabore avec lui aussi pour déterminer le profil du joueur qui peut aller en Pro plus tard. Donc il y a certains postes où on ne fera pas de recrutement parce que nous avons des jeunes qui sont prometteurs et qui peuvent passer en équipe première dans un an ou deux. Et c’est ce qu’on a fait en matière de recrutement cet été. On a recruté pour un objectif immédiat, des joueurs capables de donner le plus tout de suite comme le gardien international Farouk Ben Mustapha, comme Mikari, Nater, Tijani Belaïd, Hichem Belkaroui, Saber Khlifa.

Je suis tous les jours avec eux. Je suis à tous les entrainements, avant et après. Il y a des joueurs que j’ai entrainés quand ils étaient dans les catégories jeunes que je connais très bien : Bilel Iffa, Oussama, Hamza Agrebi. Les autres, ou je les connais grâce à mon expérience passée et que j’ai croisé ou que je les ai recrutés. J’ai eu le temps de discuter avec eux. Je considère que le contact est très important avant même de les recruter. Je me renseigne sur la mentalité du joueur, sur son état d’esprit.

Cette saison, l’objectif est clairement d’aller chercher le titre. On va tout faire pour gagner le championnat. C’est l’objectif annoncé. Nous n’avons pas remporté le titre depuis 2008. À moyen terme, il faut aller en Champion’s League, ça fait longtemps qu’on n’y participe pas. Dans trois ans, honnêtement, avec les moyens que nous avons et avec ce que met le président comme argent, si on va en Champion’s League c’est pour aller la chercher. Nos ambitions n’ont pas de limite.

Notre stratégie c’est quand on fixe des objectifs on met les moyens pour les atteindre. On n’a pas à se plaindre des moyens financiers parce que le président a mis énormément d’argent et je ne parle pas que du recrutement.

Le Club Africain est un grand club, mais pour avoir une grande équipe il faut de bons joueurs, mais aussi certains détails. Ces détails-là, on est en train de les mettre en place. Comme sur l’infrastructure pour le mode de fonctionnement de l’équipe, sur le bus qu’on vient d’avoir, sur la qualité de vie des joueurs au sein du Parc. Le nouveau centre de formation que le président vient d’annoncer pour l’année prochaine. Sur le plan humain, ce sont la qualité de l’effectif et la qualité de l’encadrement qui font qu’on peut atteindre nos objectifs.

Quand j’ai discuté avec le président, au mois de mars dernier, on s’est mis d’accord pour qu’il me donne les clés du football au Club Africain pour aller chercher le titre. J’ai eu tous les moyens que j’ai demandés. Après c’est le foot. Mais on va tout faire pour gagner ce trophée. On ne joue pas tout seul, il y a d’autres équipes qui sont bien armées, mais on va tout faire pour leur damner le pion.

Quand je suis arrivé au club, mon mot d’ordre était de changer les mentalités. Moi j’ai déjà vécu en France, je connais très bien ce qui se fait en Europe. J’ai fait pas mal de stages en Europe notamment à Clairefontaine et mon objectif est de faire grandir le club et de franchir un palier. L’idée c’est d’avoir une nouvelle image du Club Africain parce que c’est un très très grand club.

Pour janvier, on est en train de travailler sur les modalités pour changer les mentalités et c’est ça qui est dur. Ça commence par les plus jeunes. Au Club Africain on veut avoir des joueurs très bien préparés sur le plan mental, sur le plan d’état d’esprit, sur l’envie de travailler et ça il faut le commencer dès le jeune âge.

Les joueurs que nous avons devraient suffire pour le championnat. Mais nous entamons la coupe de la CAF et après la CAN à partir du mois de mars il y aura un enchainement de matchs. Peut-être qu’on renforcera la ligne défensive par un élément. Certes, nous avons des joueurs polyvalents capables de jouer derrière, mais en ce qui concerne les défenseurs on tourne avec 7 défenseurs. Peut-être qu’on aura besoin d’un 8e défenseur pour être plus costaud derrière avec les blessures éventuelles. Au milieu, nous n’avons pas de soucis. Peut-être un attaquant de plus. On devait recruter un attaquant cet été, mais nous ne l’avons pas fait. On ne recrute pas juste pour recruter. L’idée est de faire un gros coup, quelqu’un qui peut nous apporter un plus comme nous l’avons fait avec Saber ou Jabbou avant mon arrivée. On attend, on cherche un profil d’un jeune joueur africain prometteur.

On va finir le match de dimanche (NDLR : Interview réalisée avant dimanche), la dernière journée, et il y aura une réunion avec le staff et on prendra une décision. On verra s’il faut faire partir des joueurs. De toute façon, si on ramène un ou deux joueurs, peut-être qu’on fera partir un ou deux joueurs au maximum. Pour l’instant, on n’a pas pris la décision. Peut-être des jeunes qui ont besoin de jouer pour rejoindre des clubs de milieu de tableau parce qu’on ne peut pas tourner avec 28 joueurs. Si on fait deux recrutements en décembre, l’effectif sera au complet. Sauf s’il y aura des départs avec des offres intéressantes pour certains joueurs.

Même si nous avons de très bons attaquants, j’aurais bien aimé avoir Baghdad Bounedjeh. C’est un profil que nous n’avons pas. C’est un mec qui m’intéresse beaucoup. Je pense qu’il pourrait être de meilleur niveau.

Aujourd’hui, il y a un petit problème qui est l’absence du public. C’est un facteur qui ne permet pas de progresser. Il ne permet pas d’avoir des matchs relevés, avec un certain niveau et une certaine intensité.

Quand, on voit le nombre de joueurs qui reviennent d’Europe que ça soit chez nous ou dans d’autres clubs, je pense que le niveau doit être bon par rapport au Maghreb ou les autres championnats africains. Ce n’est pas le niveau européen, mais le championnat reste respectable. Ce qui est bien c’est que sur les dernières années, il n’y a plus de petites équipes ou d’équipes faciles. Tous les matchs sont difficiles.

Ah oui, il y a pas mal de choses à changer surtout sur le plan de l’infrastructure. Si on veut avoir de la qualité ou du jeu, il faut voir ce qu’on fait les Allemands. Ils ont profité de la coupe du monde et aujourd’hui ils ont le championnat le plus attrayant en Europe. Je pense que pour avoir un meilleur championnat et un meilleur football de qualité il faut développer les infrastructures.

La qualité première des joueurs tunisiens est la technique. Pour que celle-ci s’exprime, l’élément de base c’est le terrain. Si nous avons des terrains comme à Kairouan, on ne pourra pas avancer. En plus à la télé on sort ça chaque semaine, on déplore toujours la qualité des terrains. Sur le plan formation, je pense qu’il faut aider financièrement les petits clubs pour faire de la formation.

On est en train d’améliorer pas mal de choses. Déjà sur le cadre de vie des joueurs, on va construire un nouveau centre de formation. On a refait nos vestiaires. On a un espace de récupération. Au Parc, les deux terrains sont de bonne qualité. On va avoir un vrai centre d’entrainement pour les Pros avec de l’hébergement.

Ligue 1 Tunisie 2025 2026 – Résumés et résultats de la 1ʳᵉ journée ⚽🇹🇳 Championnat Tunisien

tags: #tunisia #ligue #professionnelle #1