L'histoire du handball à Strasbourg : De l'EuroTournoi à l'Europ'A Cup

Strasbourg, ville européenne par excellence, a toujours vibré pour le sport, et le handball y occupe une place de choix. Des compétitions internationales aux clubs locaux, l'histoire du handball strasbourgeois est riche et passionnante. Cet article explore les moments clés, les événements marquants et les défis rencontrés par cette discipline dans la capitale alsacienne.

Melvyn Richardson lors d'un match de handball à Strasbourg.

L'EuroTournoi : Une Vitrine Internationale

Depuis 1994, l'EuroTournoi (ET) est un événement incontournable du handball européen. Lancé par quelques passionnés du club de l'ASL Robertsau, il s'est rapidement développé pour accueillir des équipes professionnelles venues de toute l'Europe. En 2003, l'EuroTournoi déménage au Rhénus Sport, pouvant accueillir plus de 4 000 personnes.

L'EuroTournoi a toujours attiré des équipes de renom, souvent celles qui dominaient la scène européenne à l'époque. Ces équipes, qui évoquent aux passionnés les plus grandes légendes du handball, ont régulièrement répondu présent, et ce, alors que la manifestation affichait des ambitions bien plus modestes à l’origine. En 1999, les équipes s’affrontaient dans des gymnases de la Robertsau. Après sa victoire du premier Eurotournoi à l’été 1994, le club montpellierain remporte son premier titre de champion de France au printemps 1995. C’est l’époque de l’arrivée de l’entraîneur historique Patrice Canayer.

Plusieurs facteurs expliquent cette fidélité :

  • La qualité de l'organisation et des infrastructures.
  • L'opportunité pour les équipes de s'étalonner et de jauger leur niveau avant la reprise de la saison.
  • L'ambiance chaleureuse et le public de connaisseurs.

D’année en années, la poignée d’équipes invitées reflètent l’hégémonie de l’époque. Ces équipes, qui évoquent aux passionnés les plus grandes légendes du handball, ont régulièrement répondu présent, et ce, alors que la manifestation affichait des ambitions bien plus modestes à l’origine.

Quelques moments marquants de l'EuroTournoi

  • 2001 : Le Chambéry de Bertrand Gille remporte le tournoi avant de devenir champion de France.
  • 2004 : L'équipe de France remporte le tournoi pré-olympique.
  • 2008 : L'équipe de France, avec Karabatic, Narcisse et Omeyer, remporte le tournoi et décroche l'or aux JO de Pékin quelques semaines plus tard.
  • 2016 : L'équipe de France remporte l'EuroTournoi.

Les liens étroits entre les dirigeants de l’EuroTournoi et les sélectionneurs de l’équipe de France (Daniel Costantini puis Claude Onesta) ont grandement facilité la venue des Bleus depuis 2000 lors de chaque année olympique.

Daniel Costantini : « L’EuroTournoi est devenu un passage obligé. À mon époque, l’amitié avec les organisateurs était tellement forte qu’il n’y avait pas besoin de tractations. »

Christian Carl : « C’est évidemment plus compliqué aujourd’hui d’avoir l’équipe de France. Cela est lié à l’évolution de la place du handball dans le sport français. Le hand est plus médiatisé. Mais c’est une exposition que l’on souhaitait tous. On essaiera toujours d’avoir les Bleus. Ils sont la vitrine du tournoi. »

En 2000, l’EuroTournoi se joue encore au gymnase des Malteries, à Schiltigheim. Les Bleus, emmenés par Jackson Richardson, débarquent donc à l’EuroTournoi pour la première fois. Troisième de ce tournoi pré-olympique derrière les Russes et les Allemands, l’équipe de France sera ensuite éliminée sans gloire en quart de finale des JO par la Serbie-Monténégro (6 e au final).

En 2004, les Bleus, toujours menés par l’emblématique Jackson Richardson, remportent pour la première fois le tournoi pré-olympique, après avoir réalisé un sans-faute face à l’Égypte (25-21), la Hongrie (28-20) et l’Espagne (25-23). Mais les frères Gille, Fernandez, Guigou et un certain Karabatic échoueront une nouvelle fois en quart de finale des JO, battus par la Russie (5 e place au final).

En 2008, Karabatic, Narcisse, Guigou, Abalo et Omeyer font successivement plier l’Égypte (29-21), l’Islande (31-28) et l’Espagne (33-29) dans un Rhenus ivre de bonheur. Sur la lancée de son EuroTournoi flamboyant, l’équipe de France décrochera à Pékin sa première médaille d’or aux JO.

L'Europ'A Cup : Un Nouveau Chapitre

Après la disparition de l'EuroTournoi en 2024, une nouvelle équipe de passionnés a décidé de reprendre le flambeau en lançant l'Europ'A Cup. Ce tournoi s'inspire de l'EuroTournoi, mais avec une volonté de moderniser l'événement et de le rendre plus inclusif. L'Europ’A Cup est née d’une ambition claire : offrir à Strasbourg un rendez-vous sportif à la hauteur de son identité européenne et de son histoire handball.

Colin Mercier : "L'EuroTournoi s'est arrêté et ça a été un tournoi mythique et le restera. Notre volonté, ce n'est absolument pas de le remplacer. On s'inspire de ce tournoi parce qu'il nous a fait grandir. On a rencontré nos idoles quand on était des jeunes joueurs et joueuses. On avait 10 ans et on allait voir des matches des équipes nationales ou des clubs. On avait des étoiles dans les yeux et c'est ce qui nous a donné envie de faire de ce sport notre métier. C'est pour ça qu'on veut véhiculer aussi ça auprès des jeunes. Les joueurs et les joueuses qui viendront à ce tournoi savent que le côté proximité avec le public sera vraiment important. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles les équipes ont eu envie de revenir sur Strasbourg".

L'Europ'A Cup se distingue par plusieurs aspects :

  • Un tournoi mixte : Pour la première fois, des équipes féminines participent, offrant une plus grande visibilité au handball féminin.
  • Un engagement pour l'éco-responsabilité : L'organisation met en place des mesures pour réduire son impact environnemental.
  • Un ancrage territorial : Le tournoi est en lien avec les clubs, bénévoles et partenaires strasbourgeois.

La première édition de l'Europ'A Cup aura lieu du 22 au 24 août 2025 et accueillera huit clubs européens. Côté féminin, Strasbourg ATH ouvrira le tournoi face aux championnes d'Europe de Gyor ETO KC tandis que Metz Handball affrontera le RK Podravka Vegeta. Chez les hommes, Montpellier sera opposé au Gyori ETO KC, et le HBC Nantes à Zagreb.

Avec 16 000 spectateurs attendus, l’Europ’A Cup veut marquer les esprits dès sa première édition, en proposant un modèle d’événement à la fois exigeant, festif et engagé.

Handball et Infrastructures : Le Défi du Rhénus

Le Rhénus Sport, salle emblématique de Strasbourg, est au cœur des enjeux du handball local. Depuis une dizaine d'années, un projet de rénovation est en discussion pour transformer la salle en une Arena de 8 500 places. Cependant, ce projet a rencontré de nombreux obstacles, notamment financiers.

Malgré ces difficultés, l'espoir renaît avec l'annonce de l'organisation du Championnat du monde masculin 2029 à Strasbourg. Cette opportunité pourrait donner un coup de pouce décisif au projet de rénovation du Rhénus.

Philippe Bana : « Pour que le Rhenus soit prêt pour le Mondial 2029, c’est maintenant ou jamais. »

Frédéric Bierry : « On travaille pour trouver des solutions afin que le projet puisse voir le jour et nous avons conscience de l’urgence. »

Il semble que le club de Strasbourg soit plus réticent que Sélestat, et que vous-même n'y êtes pas très favorable. Ce n'est pas que j'y sois défavorable, je me pose simplement la question : comment peut-elle fonctionner ? Cinquante kilomètres de distance, c'est comme fusionner Montpellier et Nîmes. Si Sélestat doit absorber Strasbourg, il faut le dire haut et fort. Et faire un grand club d'Alsace à Sélestat, ce serait en revenir au même point qu'aujourd'hui. Pour moi, le seul projet viable, c'est de jouer au Rhénus (la salle des basketteurs de la SIG) quand on sera en Starligue. Si c'est pour aller jouer à Sélestat, je ne vois pas l'utilité. Ils ont fait du très bon travail depuis trente ans, la construction de leur salle, le public, mais il faut se rendre à l'évidence, c'est au mieux une équipe de haut de tableau de Proligue. À un moment, il faudra faire un choix.

Les clubs strasbourgeois

Le Racing Club de Strasbourg handball, de son ancien nom le RP Strasbourg-Meinau, a connu quelques déceptions. En 1972, il termine premier de sa poule, mais doit ensuite s’incliner face au Stella Saint-Maur, le grand club de l’époque, en demi-finale. En 1976 rebelote : Strasbourg termine premier de sa poule et affronte l’ASPTT Metz en demi-finale. Face au rival messin, les Strasbourgeois s’impose sur le fil (29-28) et nourrissent de grands espoirs pour la finale. Nous sommes désormais en 1977 et Strasbourg ne commence pas bien sa poule de championnat, dominé par l’ASPTT Metz. Néanmoins, ils se qualifient en demi-finale et dominent Dijon 33-30 pour accèder à la finale. Cette fois-ci, pas de Stella Saint-Maur, mais leur rival de l’ASPTT Metz. Une finale ça ne se joue pas, ça se gagne, et la vérité de la saison n’est pas la même que celle d’une finale.

L'ancien « Barjot », entraîneur de Strasbourg (Proligue, D2), explique pourquoi le projet de construire un grand club alsacien avec Sélestat est aujourd'hui à l'arrêt. Il y a vingt-cinq ans jour pour jour, Denis Lathoud était l'un des leaders des « Barjots », première équipe de France à décrocher le titre de champion du monde. Aujourd'hui entraîneur, il bataille en Proligue (D2) sur le banc de l'Entente Strasbourg-Schiltigheim, qui avait officialisé il y a un an un ambitieux projet de fusion avec son voisin Sélestat. Mais le dossier, comme plusieurs autres lancés dans de grandes métropoles, est aujourd'hui complètement à l'arrêt.

Le Rhénus qui va être agrandi à 8000 places, le Pôle Espoirs qui est champion de France, un vivier de joueurs et un réseau de clubs : c'est la troisième région de France en nombre de licenciés. C'est pour cela que je suis venu, il y a un beau projet, mais il faut laisser le temps au temps. »

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