Pour la première fois depuis plus de 40 ans, un match du XV de France dans le Tournoi des Six Nations est diffusé sur TF1. Ce changement représente une petite révolution pour les téléspectateurs habitués à France 2 et un sacré challenge pour les journalistes aux commentaires.

Un tournant dans le Tournoi des Six Nations
C’est bien sur TF1, qui a racheté neuf matchs de la compétition auprès de France Télévisions, qu’il va falloir se brancher pour voir les Bleus. TF1, chaîne privée gratuite, a un habillage des grands événements sportifs qui lui est propre, avec des temps d’antenne avant et après les rencontres réduits, pour une priorité donnée à la publicité et aux bandes-annonces.
Le téléspectateur est grandement attaché à un décorum autour de ses compétitions préférées. Le Tour de France ou Roland-Garros sur France TV, le Top 14 sur Canal +, la Coupe du monde de foot sur TF1… « On s’habitue à des voix, à un certain commentaire, à certains débriefs et donc dès qu’on chamboule un peu tout ça, il faut un temps d’adaptation », pose Florent Dasque en témoin averti.
Le commentateur en première ligne
Quand ça grogne, le commentateur, figure de sa chaîne à l’antenne, est souvent celui qui doit encaisser. Sur TF1, Christian Jeanpierre ou Thierry Gilardi en leur temps, François Trillo lors de la Coupe du monde 2023 ou Stefan Etcheverry, aux manettes lors des trois matchs de la tournée d’automne, n’ont pas été épargnés par la critique.
Les plus gros dérapages des commentateurs sportifs ! (en plein direct...)
« TF1, c’est un modèle quantitatif, explique une voix du rugby français. Ça oblige le commentateur à faire le grand écart entre un noyau d’aficionados, de vrais geeks du rugby qui ne vont pas réussir à dormir si tu te trompes sur le nom d’un joueur, et des gens qui connaissent à peine la forme du ballon. » Mission pas simple, en effet, que d’expliquer le concept de ligne de hors-jeu de manière intelligible pour tout le monde en 30 secondes.
« Est-ce qu’on doit faire des parallèles ? Dire que Dupont est le Mbappé du rugby français ? Les connaisseurs s’insurgent, mais la ménagère qui découvre le rugby, ça lui parle, développe notre commentateur, qui souhaite reste anonyme. Il faut s’adresser à tout le monde, et à la fois, tu ne peux pas passer ton temps à expliquer ce qu’est un en-avant. »
La "société du commentaire"
A TF1, le contrat est clair. Le journaliste qui arrive pour prendre le micro sur les grands matchs sait où il met les pieds.
En novembre, Stefan Etcheverry, pour son baptême du feu sur la chaîne, était apparu un peu timoré au micro. Très bon spécialiste du ballon ovale pour y avoir joué à haut niveau, le journaliste d’origine autrichienne s’était montré trop distant et monocorde lors des gros temps forts, selon ses détracteurs. « C’est dur de jeter la pierre sur les commentateurs. Il y a des voix qu’on aime plus que d’autres, sans doute. Après, il y a une grande différence entre bien connaître le rugby et bien faire passer des émotions, observe Florent Dasque. Quelque part, il vaut mieux s’y connaître un peu moins et être à 100 % dans le partage. »
Notre commentateur se pose en arbitre : « Tout le monde cite Roger Couderc en référence, mais si on écoute ses commentaires, à part la voix chaleureuse, il ne dit pas des trucs extraordinaires. Pierre Salviac, par exemple, était beaucoup plus innovant, mais il dégageait sans doute moins de chaleur. Tout ça, c’est très subjectif. Ce qui est important, c’est la connivence avec le consultant. C’est ça qui va créer une forme d’équilibre. »
Derrière l’aspect technique pur, sur lequel on peut s’écharper, l’émotion partagée et la complicité naturelle à l’antenne sont les deux éléments qui mettront tout le monde d’accord, du novice au puriste. Qu’on soit sur TF1 ou Canal, le commentateur est tributaire de la qualité du match.
Pendant la Coupe du monde, ils ont été suivis par 13,5 millions de téléspectateurs en moyenne. Le rugby fait désormais le match avec le foot. « On est maintenant dans la société du commentaire. Tout le monde a un avis sur tout, et comme disait Coluche, tout le monde a surtout un avis. Alors si tu n’as pas tes haters, c’est que tu as raté quelque chose », en sourit notre voix du rugby.
Au total, 23 matchs des Bleus seront diffusés sur TF1 entre 2026 et 2029. Peut-être l'occasion de s'y habituer, au moins un peu.
Pierre Daudiès : le nouveau visage de TF1
Jeune journaliste de 28 ans, Pierre Daudiès devient le nouveau visage de TF1 pour commenter le Tournoi des 6 Nations 2026. Un rêve éveillé pour ce passionné de rugby. Le Catalan fera équipe avec Xavier Garbajosa.
Natif de Saint-Nazaire dans les Pyrénées-Orientales, passé par l’école de journalisme de Nice, Pierre Daudiès n’est pas un nom inconnu pour les abonnés de Canal +. En effet, le journalise sportif officie depuis des années sur la chaîne cryptée lors de rencontres de Pro D2 et de Top 14. L’été dernier, il a aussi commenté le Rugby Championship. « Lorsque j’étais étudiant, j’ai fait un stage à Canal +, après une première expérience à Ici Roussillon. Cela s’est très bien passé, à tel point que Canal + m’a gardé comme pigiste. J’ai fait de la fabrication d’émission, de l’édition, du reportage, et du commentaire ».
À 15 ans, celui qui est issu d’une famille « folle de ballon ovale » et qui a enfilé ses premiers crampons du côté d’Argelès-sur-Mer, a dû arrêter brutalement. La raison : une sérieuse blessure au dos. « Les médecins m’ont dit que c’était terminé le rugby. J’ai continué ma passion en regardant des matchs, en allant voir jouer les copains, ou bien suivre l’Usap, mon club de cœur », explique-t-il.
Aujourd’hui, c’est donc la découverte du Tournoi des 6 Nations comme commentateur. « L’opportunité offerte par TF1 est incroyable. Cette compétition représente tellement à mes yeux. Ce sont des samedis et dimanches après-midi à regarder des matchs avec mon père, à s’émerveiller devant les plus grands exploits du XV de France ».
Stefan Etcheverry : un rugbyman au micro
Aux commentaires des matchs du Tournoi des 6 Nations sur TF1, et chroniqueur sur "Bonjour !" La Matinale TF1, il raconte le jeu comme il l’a vécu avec exigence, anticipation et une volonté assumée de transmettre. Il y a chez Stefan Etcheverry quelque chose de profondément rugbystique avant même qu’il n’ouvre la bouche au micro. Car avant d’être journaliste et commentateur sur TF1, Etcheverry était d’abord un joueur de rugby.
De l’école de rugby à l’équipe première, Stefan Etcheverry ne triche pas avec son parcours. Il gravit tous les échelons du rugby amateur, joue dès 17 ans au niveau groupe B, l’antichambre de l’élite d’alors. "J’ai toujours fait ma vie dans le rugby. Je me suis construit autour de ça, avec mes amis notamment." Le rugby comme colonne vertébrale, comme lien social et langage commun. En effet, après ses débuts à Clamart Rugby 92, il intègre l’équipe d’Autriche à XV à la fin des années 1990 et dispute notamment les qualifications pour la Coupe du monde 1999 au poste de demi d’ouverture, totalisant cinq sélections.
Sur le terrain, Etcheverry est ouvreur. Un poste qui dit beaucoup de lui. "L’anticipation... Il faut avoir la petite demi‑seconde d’avance. Le tempo, la stratégie et prendre la décision juste, au bon moment. "Dans la vie, je suis plutôt un calme que quelqu’un énervé." Rien d’étonnant à ce que ce numéro 10 soit devenu, plus tard, une voix. Le rugby lui a tout appris, ou presque : "L’ouverture, l’humilité, l’acceptation des autres." Une philosophie qu’il applique aujourd’hui encore, micro en main. "Je suis devenu l’homme que je suis parce qu’il y a eu le rugby dans ma vie."
À TF1, le décor change, l’exposition aussi. "Le cahier des charges a évolué, et on le revendique." Ici, il ne s’agit plus seulement de parler aux initiés mais il faut parfois expliquer à un certain nombre ce qu’est un renvoi d’en-but. "Et ce n’est pas une critique, c’est une mission. Les prendre par la main. Leur faire comprendre. Leur donner envie de revenir." Son rôle dépasse le commentaire. Il assiste aux entraînements, rencontre les sélectionneurs, dialogue avec les dirigeants. "C’est une fonction premium. Une responsabilité. Un honneur."
Commenter l’équipe de France n’exclut pas la neutralité technique : "On veut que la France gagne, on est un peu chauvin. Mais il faut aussi rendre hommage à la performance de l’autre équipe. C’est un équilibre difficile, mais essentiel." Et dans ce rôle, il assume la pression : "Avant chaque match, je suis dans ma bulle, concentré, hyperconcentré. L’avant match, c’est un couloir. Il n’y a pas le choix, il faut y aller avec le cœur"
Les critiques subies lors de son arrivée sur TF1 ont été, selon ses mots, un véritable passage obligé. "C’était violent, et cela m’a touché au-delà de ma sphère professionnelle." Des messages parfois agressifs, des jugements hâtifs sur son style, qui l’ont obligé à apprendre à faire le tri, à encaisser et à se recentrer sur l’essentiel : "Il fallait accepter que ça fasse partie du métier. Certaines personnes sont malveillantes, d’autres constructives. Et il faut tout intégrer. La première étape, c’est d’absorber et de vivre. Ensuite, tu continues."
Composition des duos de commentateurs pour le Tournoi des 6 Nations 2026 sur TF1
Pour commenter les rencontres, 2 duos de commentateurs seront au rendez-vous.
- Stefan Etcheverry et Thomas Lombard : Pour les plus grandes affiches, notamment Angleterre-Irlande et Ecosse-France.
- Pierre Daudiès et Xavier Garbajosa : Une paire totalement inédite.
Christian Califano complètera le dispositif en bord de terrain pour les matchs de l'Equipe de France. Autour des matchs diffusés sur TF1 et TF1+, Isabelle Ithurburu vous donne rendez-vous pour LE MAG DES 6 NATIONS en compagnie de l'ancien international Christian CALIFANO, sur place pour les matches des Bleus. Pour les autres mags, ils seront rejoints, en plateau, par l'ex-ailier du XV de France Yoann Huget.
Liste des commentateurs lors des matchs sur TF1 :
| Date | Match | Commentateurs |
|---|---|---|
| Samedi 07 février | Angleterre vs. Pays de Galles | Stefan Etcheverry et Thomas Lombard |
| Samedi 14 février | Irlande vs. Italie | Pierre Daudiès et Xavier Garbajosa |
| Samedi 14 février | Ecosse vs. Angleterre | Stefan Etcheverry et Thomas Lombard |
| Dimanche 15 février | Pays de Galles vs. France | Stefan Etcheverry et Xavier Garbajosa |
| Samedi 21 février | Angleterre vs. Irlande | Stefan Etcheverry et Thomas Lombard |
| Samedi 21 février | Pays de Galles vs. Ecosse | Pierre Daudiès et Xavier Garbajosa |
| Samedi 7 mars | Ecosse vs. France | Stefan Etcheverry et Thomas Lombard |
| Samedi 7 mars | Italie vs. Angleterre | Pierre Daudiès et Xavier Garbajosa |
| Samedi 14 mars | Irlande vs. Ecosse | Stefan Etcheverry et Thomas Lombard |
