Le stade municipal de Gerland, situé à Lyon, est une œuvre emblématique de l'architecte Tony Garnier. Son histoire est riche et intimement liée à celle de la ville et de son club de football, l'Olympique Lyonnais (OL). Depuis près de 30 ans, Christian Lanier, journaliste au Progrès de Lyon, suit de près l'actualité de l’OL et a retracé l'histoire de Gerland, le berceau du club, dans un livre intitulé Coeur de Lyon.
Le stade de Gerland, c’est aussi l’Europe. En Ligue des champions, mon plus grand souvenir, c’est le Lyon - Inter (2002). Le 3-3 avec le but de Sonny Anderson.
Gerland c’est mon univers de gamin. Les fans de foot y sont allés avec leur père. Mais c’est aussi un quartier. Il y a un siècle, on n’y allait pas, c’était insalubre, il y avait des marécages, des usines chimiques... C’était très populaire, les bons Lyonnais ne voulaient pas y aller. Le maire Herriot voulait faire un stade olympique.
La vision de Tony Garnier et la naissance du stade
Au moment de concevoir le stade Gerland, plusieurs questions se posent. Le stade doit être une arène pluridisciplinaire, un lieu de vie sociale, plus qu'un simple stade. Il doit être le bijou de l'exposition universelle de 1914. Tony Garnier est parti sur des arches novatrices et assez belles et le stade a été le premier élément du quartier.
Sans ce stade, le quartier n’aurait pas évolué. Son seul échec, ce sont les Jeux olympiques. Cette enceinte a espéré les accueillir en 1920, en 1928, en 1968, mais n’est jamais parvenue à les obtenir.
Lent peut-être, visionnaire sûrement. En témoigne le quartier des Etats-Unis à Lyon. Exprimant ses nombreux doutes à Edouard Herriot, autour de cochonnaille et de verres de blanc, à six heures du matin, aux Halles, Tony Garnier indique qu'il ne voit pas comment inclure les agrès de gymnastique dans son œuvre. Ce à quoi son complice et maire de Lyon répond: "Te fais pas de bile, boquet. Comprenant qu'il n'y avait rien à faire pour la gym, Tony, que pourtant rien n'effrayait, retravailla ses planches, hélas sans succès. Malgré l'absence du divertissement préféré, à égalité avec le commérage, des pisseuses d'hier et aujourd'hui, son projet aboutit et commença à sortir de terre en 1913.
L'enceinte dispose alors d'une piste d'athlétisme et d'un vélodrome, mais pas de toit sur ses tribunes. Le stade est très ouvert, très large. Son inspiration est clairement le stade antique avec cette grande galerie circulaire posée sur un talus végétal (voir des photos ici).
Lyon et Gerland s’étaient d’ailleurs proposés pour accueillir les Jeux Olympiques de 1920 et de 1924, mais les souffrances infligées aux cités belges pousseront le CIO a confié l’organisation des Jeux 1920 à Anvers, et Paris sera préféré à Lyon quatre ans plus tard.
Les premiers coups de pioche sont donnés en décembre 1913. Devant l’impossibilité d’achever l’œuvre pour l’Exposition Internationale de 1914, seuls la piste cycliste, la piste d’athlétisme, et les vestiaires sont ouverts dans un premier temps. Alors que l’enceinte est opérationnelle depuis septembre 1919, il faut cependant attendre mai 1926 pour assister à l’inauguration officielle de ce stade de 35 000 places.
Si le stade Gerland est un chef-d’œuvre de l’architecture moderne en béton armé, il est aussi une réinterprétation du stade antique.

Le Stade de Gerland avant sa restructuration.
L'évolution du stade et l'essor du football
Tandis que les popularités du vélo et de l'athlé s'érodent, le football prend son essor, et l'OL, dès sa création en 1950, devient le club résident de Gerland. L'antre devient alors progressivement un vrai stade de foot, avec les suppressions successives du vélodrome et de la piste d'athlétisme. Les tribunes seront alors rapprochées du terrain, puis plus tard des loges construites en latérales.
Le 9 juillet, le conseil municipal accepte de louer au nouveau club le stade municipal de Gerland, et c’est ainsi que le 26 août 1950, l’OL dispute sa première rencontre officielle au stade Gerland. 3 000 personnes assistent à cette rencontre de deuxième division.
Suite à l’installation définitive de l’OL à Gerland, la fantasmagorique stade antique se transforme petit à petit en stade de football. Déjà en 1954, un rapport du conseil municipal permet de couvrir une partie du stade; trois ans plus tard, une tribune en bois de 2 000 places est installée en vue du derby contre Saint Etienne.
Mexico est choisie pour accueillir les Jeux, le projet n’aboutira donc pas, mais la décision de détruire la piste de cyclisme de 666m, qui n’avait jamais eu les faveurs des cyclistes mondiaux, est prise, et en 1969, deux nouvelles tribunes de 9 000 places sont inaugurées sur les décombres (Tribune Jean Jaurès et Jean Bouin), tandis que les virages sont aménagés. C’est dans cette configuration que Gerland connait son record d’affluence à domicile.
A l’occasion d’un derby face à Saint Etienne, le 9 septembre 1980, ils sont 48 552 spectateurs payants à se presser à Gerland pour assister au match nul entre Gones et Verts (1-1).
A l’occasion de l’Euro 84 - Gerland accueillera deux rencontres, dont une demi-finale -, de nouveaux travaux sous la direction de l’architecte René Gagès permettent d’accroître encore la capacité du stade. La piste d’athlétisme est supprimée permettant d’abaisser les virages et les tribunes de quelques rangs. Théoriquement, Gerland peut dorénavant accueillir 51 860 supporters.
L’œuvre de Tony Garnier, dont la nature avait déjà été bien altérée, allait connaitre son évolution finale avec la Coupe du Monde 1998. Lorsque le 14 octobre 1994, le stade Gerland est désigné comme site hôte de la Coupe du Monde, la municipalité se lance dans un concours visant à la rénovation de Gerland.
Les travaux, qui s’étalent de juillet 1996 à avril 1998 (inauguration le 7 avril), s’élèvent à plus de 213 millions de francs, financés pour plus de la moitié par la ville de Lyon (54%). Gerland qui aurait du accueillir une rencontre du Mondial 1938 - le 8ème de finale entre la Suède et l’Autriche devait se tenir à Lyon mais a du être annulé suite au forfait de l’Autriche du fait de l’Anschluss - n’accueille ainsi sa première rencontre de coupe du Monde que 60 ans plus tard à l’occasion d’un Corée du Sud-Mexique (1-3) disputé devant 39 133 spectateurs.
Cinq autres rencontres devaient se succéder à Gerland, notamment le quart de finale entre la Croatie et l’Allemagne (victoire croate 3-0).
Champion de France sept fois consécutivement de 2002 à 2008, l’OL des années 2000 est intouchable. Le public suit avec des taux de remplissages proches de 100%.
Gerland est vite devenu une espèce de cocotte-minute. Les gens sont souvent très injustes avec ce stade. Comme quoi Gerland serait froid, bourgeois. Je fais pratiquement tous les stades de France et d'Europe.. Je peux vous le dire, Gerland n’est pas un stade froid, il y a une vraie belle ambiance. Il est assez familial mais peut devenir méchant. En fait, il s’est toujours passé quelque chose, il y a toujours eu des conflits ou des joies.
Je ne vais pas être original mais le premier titre de champion de France. Ce n’était pas très attendu. C’était un truc réservé à l’OM, Saint-Etienne… Finalement on se retrouve à ce match que tout le monde avait espéré. Il y avait une drôle d’ambiance. Tout le monde traînait autour du stade vers 14h.

Ambiance lors d'un match de l'OL au Stade de Gerland.
Les caractéristiques du stade
À son débit, on reconnaîtra à Gerland une acoustique très mauvaise, aux antipodes du Parc des Princes par exemple. La présence des fosses le long des latérales, à la position des anciennes pistes d'athlé, défie également toute logique, tandis que le pied des virages est relativement loin des buts. Mais ce stade se reconnaîtrait entre mille. Son histoire, ses arches et les talus végétalisés associés aux virages modernes très réussis de 1998 en font une enceinte assez pittoresque.
Un stade bien situé et bien desservi, d'une taille raisonnable, où l'on voit correctement partout, élégant sans être tape à l'oeil, un stade lyonnais.
Vous savez, pour avoir rencontré beaucoup d’attaquants, les buteurs ont toujours eu de très bons repères, et ce n’est pas anodin. Ce qui l’est encore moins, c’est que les adversaires n'aiment pas le stade. Je pense que Juninho est le joueur qui a le plus marqué ce stade. Après il y en a d’autres. Sonny (Anderson) avait un talent extraordinaire. Il a mis des buts qu’on n'avait jamais vus. Cavéglia aussi, il mettait des buts impressionnants, il était très costaud, savait jouer avec le stade. Puis forcément Di Nallo, un joueur exceptionnel. Chiesa aussi, un espèce d’Iniesta. Juni, vous savez le dernier penalty, pour le 100e but lors du dernier match, c’est digne de Pelé qui met son millième but. Avec les gens qui descendent, qui lui demandent de rester.
Aujourd’hui, il y a une très belle génération. Fekir et Lacazette sont des garçons imprévisibles et Gerland, c’est une relation très particulière avec les attaquants. Mais il y en a un qui a quelque chose en plus : Maxime Gonalons. C’est un vrai capitaine. Il est génial ce gamin, il est bien élevé, il ne change pas, il ne bouge pas. Même si Naples vient, il vous dit « mon club, c'est l'OL ».
Gerland : Un lieu de concerts mémorables
Parfois, la pelouse de Gerland n’est pas réservée aux footballeurs, mais aux fans de rock. Treize fois en trente ans (de 1982 à 2012), le stade de Gerland est devenu un club de rock, avec des dizaines de milliers de spectateurs et un show très souvent à la mesure du lieu : de la musique, mais aussi de la pyrotechnique ou des effets spéciaux.
Johnny Hallyday à cinq reprises, les Rolling Stones, Pink Floyd ou Genesis deux fois chacun, mais aussi David Bowie ou Michael Jackson.
Quand, au printemps 1982, le promoteur des Rolling Stones avait fait part de sa volonté de faire jouer le groupe à Gerland, des voix s’étaient élevées pour protester, évoquant « le souffle dévastateur d’un public en folie » qui risquait de laisser la pelouse en lambeaux…Mais le 16 juin 1982, le groupe lyonnais Jean-Marie et les Redoutables, la toute première partie du show, lançait le premier concert de Gerland, et la soirée fut aussi calme, apaisée, que mémorable.
En 1987, c’est encore un Lyonnais qui lance la soirée. Kent, tout juste séparé de Starshooter, ouvre pour David Bowie et son « Spider tour ». C’est loin d’être le meilleur concert du « Thin white duke » à Lyon, mais les effets spéciaux méritent bien leur nom, avec un chanteur qui arrive sur scène, pondu par une araignée géante…
Pas d’effet théâtral pour les sages et débonnaires Genesis qui arrivent à Gerland en 1992. Juste un groupe porté par le succès de son dernier album « We can’t Dance », sans afféterie ni esbroufe, juste une belle soirée musicale sous le soleil, que l’équipe de Phil Collins renouvellera en 2007.
En septembre 1994, Pink Floyd propose deux concerts à Gerland, à une semaine d’intervalle. Comme le premier concert français du groupe avait eu lieu au théâtre du 8e en 1968, les Anglais se débrouillent pour jouer leur dernier concert dans cette même ville, le 22 septembre 1994, avec un show centré sur l’album légendaire, « The Dark Side of The Moon »…
Ils étaient 125 000 à Prague, 95 000 à Paris, 45 000 à Nice. Mais seulement 23 000 à Lyon, ce 25 juin 1997. La date lyonnaise du « History tour » de Michael Jackson n’a pas eu le succès escompté.
Le show devait d’ailleurs se tenir à Eurexpo à l’origine, mais le manque d’empressement du public a conduit les organisateurs à accueillir les quarante semi-remorques de matériel au stade de Gerland. Cette relativement petite jauge n’a rien changé au spectacle et à sa débauche inouïe de matériel et de technique : une scène de 65 mètres, trois énormes écrans vidéo « Jumbotron », rarissimes pour l’époque, et 350 000 watts de sono.
À la tombée de la nuit, Michael Jackson apparaît seul sur scène, vêtu d’une combinaison futuriste, avec un casque et une armure synthétiques. Ce sont évidemment les titres de « Thriller » qui sont le plus acclamés. Du riff de « Beat it » aux supplications de « Billie Jean » en passant par le décorum morbide de « Thriller », on se replonge dans les clips les plus célèbres de l’époque.
Si l’on considère une moyenne de 35 000 spectateurs par concert, Johnny a joué devant près de 180 000 personnes à Gerland. Qui dit mieux ? Personne. Le 18 juillet 2000, il réunit 42 000 spectateurs dans l’enceinte lyonnaise. Trois ans après, en 2003, il revient fêter ses soixante ans avec deux concerts. En 2009, la tournée s’appelle « M’arrêter là avec vous ».
Michael JACKSON au stade de Gerland (Lyon, 25 juin 1997)
Le départ de l'OL et la nouvelle ère du LOU
Pour autant, une telle extension est rendue très compliquée notamment à cause des façades de l’enceinte - derniers vestiges de l’œuvre de Tony Garnier et classées monuments historiques depuis 1967. Ces difficultés techniques et les limites commerciales de Gerland poussent le club à opter pour nouveau stade - privé - de 60 000 places qui sera construit dans la communes de Decines.
Ce départ des footballeurs L’OL ne signifie pour autant pas la fin du sport de haut niveau à Gerland qui y sont remplacés depuis 2017 par les rugbymen du LOU. Le club associé au groupe GL Events investit par la même occasion près de 40 millions d’euros pour redonner une nouvelle jeunesse à l’ouvre de Tony Garnier. Les deux tribunes latérales Jean Jaurès et Jean Bouin sont ainsi revues, le confort des spectateurs est amélioré, de nouveaux espaces réceptifs sont crées et le stade se pare des couleurs de club.
Récapitulatif des transformations du stade de Gerland
Voici un tableau récapitulatif des principales transformations du stade de Gerland :
| Année | Événement | Capacité |
|---|---|---|
| 1957 | Construction d'une tribune en bois de 2000 places | Inconnue |
| 1961 | Projet de stade de 85 000 places (non réalisé) | Inconnue |
| 1984 | Suppression de la piste d'athlétisme pour l'EURO 84 | 51 860 places |
| 1998 | Rénovation pour la Coupe du Monde 98 | 40 355 places |
| 2017 | Réduction de la capacité suite au changement de club résident (OL -> LOU) | 35 029 places |
Aujourd’hui, le Gerland de maintenant, c’est le pôle de la recherche, c’est 30 000 emplois. Aucun quartier ne fait autant à Lyon. Le stade a été transformé et ce bouquin c’est aussi toute l’histoire des travaux.