Il y a des anecdotes qui ne s’oublient pas. Si le nom de Quevilly parle aujourd’hui aux amoureux du ballon rond, c’est bien plus à travers les épopées de l’USQ en Coupe de France lorsque l’équipe évoluait encore dans le milieu amateur qu’à l’arrivée dans le monde professionnel de Quevilly-Rouen Métropole, né en 2015 du rapprochement entre le club de Michel Mallet et le FCR.
Entraîneur de l’US Quevilly entre 2008 et 2012, Régis Brouard se souvient parfaitement du jour de sa signature au club. « La première chose que les dirigeants m’offrent, c’est un livre, rembobine le coach. Dans cet ouvrage, il y a toute l’histoire de Quevilly en Coupe de France. Cette compétition fait partie de son patrimoine et dès que vous arrivez au club, c’est une des premières discussions que vous entamez pour parler du sportif. On s’imprègne de ces valeurs. »
Finalistes en 1927 et demi-finalistes en 1968, les Quevillais ont en effet honoré la Coupe de France à plusieurs reprises. Et c’est devenu encore plus flagrant sous Régis Brouard : une défaite au huitième tour contre Calais en 2009 (2-1), une demi-finale contre le PSG en 2010 (0-1), un seizième de finale contre Martigues en 2011 (1-1, 3-5 aux tirs au but) et une finale contre l’Olympique lyonnais en 2012.
2 ans après une demi-finale perdue face au PSG, l’US Quevilly entre définitivement dans l’histoire de la Coupe de France en 2012 en s’invitant au Stade France pour affronter Lyon en finale.
Le Parcours Épique de 2012
Pour Quevilly, cette épopée 2012 a commencé dans la douleur. En 32es de finale, les joueurs de Régis Brouard se déplacent sur la pelouse de la Tour d’Auvergne de Rennes et vont souffrir le martyr. Sur une pelouse originellement utilisée par l’équipe de rugby rennaise, les Normands sont incapables de marquer, et doivent passer par l’épreuve des tirs au but. Ils convertissent tous leurs tirs et passent ric-rac en seizièmes (0-0, 5-4 TAB).
Comme si le plus dur était passé, la suite sera, elle, beaucoup plus douce. En seizièmes, Quevilly retrouve Angers, alors pensionnaire de Ligue 2. En 2010 déjà, Quevilly avait éliminé le SCO de la compétition. Deux ans plus tard, bis repetita : Joris Colinet inscrit le seul but du match (1-0). L’histoire est en marche et le stade Robert-Diochon devient trop petit après le nouveau succès local contre l’US Orléans (2-0, après prolongation).
En quarts, Quevilly tire du lourd : l’Olympique de Marseille, toujours en lice en C1 pour y affronter le Bayern Munich. Dans ce match attendu par toute une région, les 22 000 places du stade d’Ornano de Caen s’offrent au club de National. Plein à craquer, le stade chavire lorsque Quevilly ouvre le score par Julien Valéro (6e, 1-0), mais Loïc Rémy envoie tout le monde en prolongation (85e, 1-1). En prolong’, c’est la folie. John-Christophe Ayina redonne l’avantage aux Quevillais, mais Rémy égalise encore. Cependant, les joueurs de Brouard ont de la ressource, et Ayina plante le 3-2 décisif. Paradis.
« Il y avait un bouchon de dix kilomètres sur l’autoroute pour rentrer à Rouen, nos supporters nous accompagnaient, se souvient Brouard. Au péage, les fans se sont tous mis à sortir pour nous entourer. Certains couraient à côté de l’autocar, d’autres sortaient le champagne. Du grand n’importe quoi ! Je suis resté dans le bus de mon côté, certains joueurs sont sortis pour déconner avec les gens. À vrai dire, la communion avec le public était aussi l’une des grandes forces de cette équipe à la fois chaleureuse et conviviale.
« Nous avions nos petites habitudes, comme passer notre avant-match dans un hôtel à Forges-les-Eaux, dévoile Brouard. On mangeait nos repas au milieu des clients… La veille de la demi-finale, nous nous sommes carrément entraînés pendant une heure dans le champ d’à côté. Quand je dis un champ, c’était un vrai champ avec juste deux buts. Certains journalistes hallucinaient complètement au moment d’assister à la séance. »

Dans le dernier carré, les Quevillais doivent se coltiner le Stade rennais pour valider la qualification en finale à Saint-Denis.
Finale de la Coupe de France: résumé du match USQ-OL
Quevilly encaisse très tôt un but de Julien Féret (8e, 0-1), mais égalise par Karim Herouat, d’une frappe dans la lucarne (63e, 1-1). Quevilly croit en sa bonne étoile jusque dans les dernières secondes du match, moment choisi par Anthony Laup pour croiser sa frappe, battre Costil et faire exulter son entraîneur dans un stade en fusion.
« C’était irrationnel, confirme Brouard. J’ai l’impression que le ballon met dix minutes à rouler dans le but tellement l’instant passe au ralenti dans ma tête. J’avais mon fils qui était encore un enfant à l’époque, je l’emmenais partout avec moi. Aujourd’hui, il est toujours capable de me rappeler ce moment dans le détail.
La Finale Face à Lyon
Seulement, la fantastique aventure de Quevilly va prendre fin avant l’accession au trophée. Avant la finale prévue le 28 avril, Régis Brouard sent le danger arriver lorsque l’équipe accepte l’invitation de la FFF de préparer son match à Clairefontaine.
Contre l’Olympique lyonnais, Quevilly encaisse logiquement un but de Lisandro López (28e, 1-0, score final) et peut s’estimer heureux d’être encore en course pour la victoire finale à la pause. « En fin de match, je vois Källström qui traîne les pieds, conclut Brouard. Il y a cette sensation que l’OL est fatigué… On peut égaliser sans un arrêt incroyable de Lloris pour dévier le ballon sur sa transversale devant Anthony. Le vent a tourné à ce moment-là.

28 avril 2012, le Stade de France accueille l’US Quevilly (National) et Lyon (Ligue 1) pour le dernier acte de la Coupe de France. Dans les tribunes plus de 70 000 spectateurs sont présents, et la majorité arborent fièrement le jaune et noir, les couleurs du petit club de l’agglomération rouennaise.
"Les joueurs découvrent la pelouse, voient la famille et les amis dans les tribunes...les vestiaires sont immenses, je vois bien qu’ils n’y trouvent pas leur place ".9 ans après, l’entraîneur normand se souvient de ces petits détails d’avant match qui n’auguraient pas un nouvel exploit de ses hommes. "En première mi-temps on passe complétement à côté. On prend 1 but mais le score aurait pu être beaucoup plus lourd ! En seconde période on a relevé la tête et les Lyonnais commençaient à être très fatigués. À 10 minutes de la fin, notre attaquant Anthony Laup met une superbe frappe détournée sur la barre par Hugo Lloris. Lyon soulève la Coupe de France avec le capitaine quevillais Grégory Beaugrard. Le symbole est beau mais la défaite n’en est pas moins difficile à digérer. Un petit but d’écart qui laisse forcement des regrets à Régis Brouard."
"Laurent Blanc vient me voir à la fin du match et me rappelle qu’on a seulement perdu 1-0 pour me féliciter ! Sur le coup j'accepte assez vite la défaite car on surfe encore sur l’euphorie de cette belle épopée. Quelques mois plus tard la frustration s’est réveillée, et quand je décide enfin de revoir le match, c’est une sensation très bizarre, je ne prends pas de plaisir et je ne reconnais pas mon équipe… celle qui avait fait preuve d’une confiance et d’une détermination hors norme pour éliminer l’OM et Rennes. On était un groupe incroyable, Michel Mallet m’a laissé construire dans la durée l’équipe que je souhaitais. Je connaissais tout de mes joueurs et ils savaient tout de moi ! On était tellement bien semble" conclut ému celui que son Président avait baptisé « le sorcier ».
Hommage et Souvenirs
Ce mardi 21 mars 2023 à partir de 19 heures, l’association QRM organise un événement au Kindarena pour célébrer les « 10 ans » de l’épopée de 2012 en Coupe de France. La majorité des acteurs de l’époque sera présente, dont Régis Brouard.
« On a eu quelques angoisses mais maintenant, ce sont des souvenirs extraordinaires » Un parcours que l’association QRM va célébrer, ce mardi 21 mars 2023 (à partir de 19 heures), au Kindarena, avec la majorité des acteurs de l’époque (dont Régis Brouard). La période Covid nous a perturbés dans notre organisation (les 10 ans de l’événement n’ont pu être célébrés l’année dernière) mais je tenais absolument à leur rendre hommage, explique le président Michel Mallet.
« Ce sont des souvenirs exceptionnels, complète Frédéric Weis, le défenseur courage de l’époque. On a vécu des choses que, potentiellement, des joueurs pros ne connaîtront jamais. On était une bande de potes, on jouait les uns pour les autres. Ça fait déjà plus de dix ans, le président nous avait promis d’organiser quelque chose, ce sera fait. On va pouvoir revivre des moments entre nous, c’est très sympa. » Un peu plus d’une décennie plus tard, l’épopée de 2012 reste dans toutes les têtes.