Parmi les légendes du football marocain et français, la "Perle noire" se classe en première position. Adulé par le monde entier, y compris par Pelé le qualifiant de "Dieu", Larbi Ben Barek a marqué l'histoire de son talent. Une vie de footballeur menée pour servir le Maroc colonial et faire le bonheur de l'équipe de France. Retour sur les exploits et la personnalité hors normes de ce joueur d'exception.

Des débuts remarqués mais plombés par la guerre
Larbi Ben Barek se passionne pour le football dans les rues de son village natal. Né dans le Maroc coloniale entre 1914 et 1917 (sa date de naissance n'étant pas réellement connue, ndlr), il joue d'abord avec l'IC Marocaine, et atteint la finale du Championnat nord-africain en 1935. Année où le défenseur central d'origine est sélectionné en ligue régionale du Maroc - l'équivalent de la sélection marocaine, à l'époque supervisée par la Fédération française. Avec son nouveau statut, il intègre les rangs de l'USM de Casablanca, un club où Just Fontaine a évolué, quinze ans plus tard, et se révèle.
Transféré en 1938 en Métropole (Olympique de Marseille), Larbi Ben Barek est à l'aube de faire les beaux jours du sport français. Joueur au fort potentiel, il réalise une très bonne saison avec l'OM (14 buts en 32 matchs), côtoie Mario Zatelli ainsi que Jaguaré. Ses performances lui permettent d'être sélectionné en équipe de France lors de la Coupe du monde 1938, le Marseillais est en pleine ascension... Oui mais voilà, le contexte politique le rattrape en 1939. Non mobilisé pour participer à la défense française pendant la Seconde Guerre Mondiale, il retrouve sa terre natale, l'USM, et y reste jusqu'en 1945.
A la fin de la guerre, la France lui fait à nouveau les yeux doux. Helenio Herrera et le Stade Français surtout.
Une carrière entre la France et l'Espagne
"L’emploi de Larbi Ben Barek était l’un des scandales sportifs français les plus sensationnels. Il a semblé absurde à tout le monde qu’un million de francs ait été payé pour un homme brun complètement inconnu. Quelques matchs ont suffi pour le faire passer de "Maure du Stade Français" en "Perle noire" et en faire l’un des plus grands joueurs de tous les temps", a raconté l'ancien footballeur, ayant conseillé le club de la capitale au sujet de l'achat du joueur. Désormais joueur reconnu et passé attaquant, Larbi Ben Barek impressionne autant le public que ses pairs.
Magnifique face à l'Atlético de Madrid, il est recruté par les Colchoneros pour 17 millions de francs, une somme colossale, correspondant aux capacités du joueur. Le la est donné. Petit chouchou du public tricolore, il est soutenu et porté en triomphe pour être sélectionné en Bleus, une nouvelle fois. C'est ainsi que 9 jours plus tard, il troque son écusson marocain pour le coq français à l'occasion d'une rencontre face à la RFA. Match au cours duquel, il est d'ailleurs passeur décisif pour un certain Raymond Kopa.
Non rappelé pour le Mondial 1954 en Suisse, Larbi Ben Barek a été victime de sa nationalité à travers un monde assez ouvert d'esprit pour le laisser évoluer en deux sélections, mais pas assez pour ne pas le stigmatiser. Le footballeur était idôlatré, l'homme, en revanche, sifflé et décrié dans la presse pour ses origines. La France était pourtant en avance sur ses voisins en matière de considération sportive.

Racisme et fin de vie
Tout au long de sa carrière, et notamment lorsqu'il quitte le Stade Français pour l'Atlético Madrid en 1948, il subit le racisme ordinaire où les représentations des Français musulmans sont puisées dans l'idéologie coloniale. Lors de son départ, Berdignans, alors vice-président du groupe des clubs, sorte de LFP de l'époque, le renvoie à ses origines : «Ben Barek n'est pas un sujet de nationalité française, encore qu'il figure dans l'équipe de France. Il ne peut donc être question de le retenir chez nous.»
En partie oublié par les siens, l'Algérie lui redonne le sourire en avril 1988. II est invité par l'équipe du FLN. Là, il retrouve Rachid Mekhloufi, Said Amara, Mustapha Zitouni, et tous éprouvent un immense respect pour cette étoile incandescente qui s'éteint finalement seul le 16 septembre 1992 dans son appartement de Casablanca. Son corps est retrouvé trois jours après son décès. Triste fin pour celui restera comme un monument du football africain, et même plus.
Hommages posthumes
Lors d’une interview accordée le 4 décembre au média en ligne Brut, le président français Emmanuel Macron avait émis le souhait d’identifier «300 à 500» personnalités issues des Outre-Mer, des anciennes colonies ou de l’immigration, afin de les honorer à travers des noms de rues et de bâtiments publics. Parmi eux des sportifs qui ont marqué l'histoire des deux rives de la méditerranée, notamment des footballeurs algériens comme Mustapha Zitouni (1928-2014) ou Ali Benouna (1907-1980). Un autre nom, un Marocain a également été inscrit à ce panel. C'est celui de Larbi Ben Barek.
Pour l’occasion le Maghreb FC vous propose de redécouvrir ce portrait publié en 2016. Il a été la première grande star du football arabe et africain.
Tableau récapitulatif de la carrière de Larbi Ben Barek
| Période | Club / Sélection |
|---|---|
| 1930-1938 | US Marocaine |
| 1938-1939 | Olympique de Marseille |
| 1938 | Équipe de France |
| 1939-1945 | US Marocaine |
| 1945-1948 | Stade Français |
| 1948-1953 | Atlético Madrid |
| 1953 | Olympique de Marseille |
| 1954 | Équipe de France |
| 1954-1955 | Sidi Bel-Abbès |
| 1955-1956 | FUS Rabat |