L'histoire entre l'Angleterre et la Nouvelle-Zélande est incroyable. Pour la première fois depuis le Mondial 2019, l'Angleterre a dominé la Nouvelle-Zélande sur sa pelouse de Twickenham (33-19). L'Angleterre a signé un dixième succès de rang, en infligeant à la Nouvelle-Zélande une défaite assez nette (33-19).
Ce samedi, l'équipe de Steve Borthwick a gagné son dixième match d'affilée, ce n'est pas rien (33-19). En face, c'était la Nouvelle-Zélande, une nation qui ne réussit pas vraiment au XV de la Rose qui n'avait plus gagné depuis 2019, et cette féroce demi-finale de Coupe du monde (19-7). Cette victoire de quatorze points des Anglais est la deuxième plus large de leur histoire face aux All Blacks. Les All Blacks - dont l'entame réussie s'était matérialisée par des essais de Leicester Fainga'anuku et Taylor - ont gagné en Irlande et en Ecosse, lors de cette tournée d'automne.
L'Angleterre attendait ça depuis si longtemps. Six ans après sa dernière victoire lors de la demi-finale du Mondial 2019 au Japon et treize ans après son dernier succès à Twickenham, le XV de la Rose est de nouveau maître sur ses terres face à la Nouvelle-Zélande. Et ce au terme d'un match intense. Après un Kapa O Pango auquel le public de l'enceinte londonienne a répondu en chantant « Swing Low, Sweet Chariot », la rencontre a vu le XV d'Angleterre essayer de mettre la main sur le ballon face à des All Blacks qui ont misé sur le jeu au pied pour mettre sous pression la défense adverse.
Une rencontre qui a définitivement été lancée au quart d'heure de jeu. Après un 50-22 trouvé par Beauden Barrett, la défense anglaise s'est mise à la faute. Sur la première mêlée, un décalage a pu se construire. Après avoir gagné du terrain ballon en main, Leicester Fainga'anuku a fait parler la puissance. L'ancien joueur de Toulon a pu récupérer le ballon dans un ruck avant de percer le rideau défensif anglais pour aplatir le premier essai de la rencontre. Un ascendant que les Néo-Zélandais n'ont mis que quatre minutes à confirmer.
Trouvé en position d'ailier après une accélération de Will Jordan, Codie Taylor s'est joué des défenseurs anglais sur un crochet pour inscrire le deuxième essai des siens, transformé par Beauden Barrett. Dans la foulée, Freddie Steward a cédé sa place à Marcus Smith sur saignement. L'Angleterre a relevé la tête à un quart d'heure de la pause.
En sortie de mêlée, Ollie Lawrence a été décalé par George Ford. Le centre a alors mis à terre Leroy Carter avant d'effacer Beauden Barrett pour aplatir sur la ligne l'essai de la révolte. Si les All Blacks ont alors poussé pour creuser l'écart avant la pause, ils sont tombés sur une défense anglaise appliquée. Après avoir autant résisté, le XV de la Rose a pu s'offrir des possibilités offensives. Opportuniste, George Ford a passé deux drops en deux minutes pour ramener l'Angleterre à un seul point au moment de retrouver les vestiaires de Twickenham.
Le renversement de situation et la domination anglaise
La reprise du jeu a vu les All Blacks être bien pâles. Pour une faute cynique, Codie Taylor a écopé d'un carton jaune. En supériorité numérique, les Anglais ont immédiatement haussé le ton et Sam Underhill a validé cet état d'esprit. A l'issue d'une séquence de jeu au près, le troisième-ligne a trouvé un espace dans la défense néo-zélandaise pour permettre au XV de la Rose de prendre l'avantage au score pour la première fois. Peu avant le retour à quinze contre quinze, l'Angleterre a cru corser l'addition grâce à George Ford après une touche.
Toutefois, une position de hors-jeu décelée par la vidéo a convaincu l'arbitre d'annuler cet essai. Ce n'était que partie remise pour les joueurs de Steve Borthwick. En effet, cinq minutes plus tard et après un 50-22 trouvé par George Ford, Fraser Dingwall a fait chavirer Twickenham. Sur une initiative en première main après la touche, Ollie Lawrence a lancé son premier centre. Ce dernier a fait parler sa pointe de vitesse pour aller à dame et donner treize points d'avance aux siens à 25 minutes de la fin du match.
Scott Robertson a alors décidé d'ouvrir son banc. Sauf que le banc anglais a fait de même avec sa « pom squad ». Un match qui aurait pu tourner à l'entame du dernier quart d'heure quand Ben Earl a écopé d'un carton jaune après avoir écroulé un ballon porté. Sur l'action suivante, les All Blacks ont saisi l'opportunité de se rapprocher. Décalé par Damian McKenzie, Will Jordan est allé aplatir son 45eme essai au niveau international avec son buteur qui a alors ramené la Nouvelle-Zélande à six longueurs.
Des All Blacks qui ont alors poussé mais qui se sont montrés trop maladroits pour exploiter plus encore cette supériorité numérique. Le sort de la rencontre a finalement été scellé à cinq minutes de la sirène. Après une nouvelle faute néo-zélandaise en touche, George Ford a réglé la mire pour passer une pénalité mettant le XV de la Rose à l'abri d'un essai transformé. Un succès amplifié dans la foulée par Tom Roebuck, qui a profité d'une transmission ratée par les All Blacks et l'opportunisme d'Henry Pollock qui a prolongé le ballon deux fois au pied pour servir son ailier. Ce dernier a alors aplati en coin l'essai qui offre un large succès à l'Angleterre devant son public (33-19). Le XV de la Rose aura l'opportunité de conclure sa tournée sur un sans-faute contre l'Argentine le week-end prochain.

George Ford : L'artisan de la victoire
Le rapport de force a cependant mis du temps à basculer du côté de George Ford - auteur de deux drops en fin de premier acte - et des siens. Les Néo-Zélandais menaient ainsi de douze points à la 25e minute (0-12), quand Ollie Lawrence a mis sur les fesses Leroy Carter pour aller à dame en première main. Le centre anglais a encore été inspiré sur un lancement de jeu à la 55e, servant Fraser Dingwall dans l'intervalle pour l'essai du break : 25-12, à vingt-cinq minutes du terme.
Il y a un an, face au même adversaire, l'ouvreur avait été sifflé par le public, las et en colère devoir son équipe chérie échouer si souvent d'un rien contre la Nouvelle-Zélande (22-24, le 2 novembre 2024). George Ford était sorti du terrain la tête basse, malheureux d'avoir fait perdre son équipe. Il n'était pas titulaire mais était passé à côté de son match : coupable sur le dernier essai de Mark Telea, il avait ensuite raté une pénalité (79e) et un drop, facile, juste devant les poteaux (80e+1), deux échecs qui offraient un succès aux Néo-Zélandais.
Pour ses retrouvailles avec les All Blacks, le joueur de Sale qui a encore été préféré à Fin Smith n'a pas craqué, malgré une entame délicate, avec quelques coups de pied mal dosés. Mais c'est lui, ce grand meneur, ce cerveau exceptionnel qui a remis son équipe sur les rails alors qu'elle était menée 12-0, avec deux drops, à la 38e (8-12) et 40e (11-12). C'est rare à ce niveau et beau à voir.
En seconde période, malgré un essai refusé (50e), il a encore été très efficace, ne ratant rien, et voyant tout comme cet espace dans le dos de la défense néo-zélandaise pour un 50-22 exceptionnel, exploité à merveille par les Anglais et Fraser Dingwall (25-12, 55e) pour l'essai du break. Ford a conclu son festival en passant une pénalité capitale (28-19, 75e).
Il ne fut évidemment pas le seul Anglais à crever l'écran lors de ce succès de prestige mais il revient de loin, et mérite cette attention particulière. Il y a eu donc Ford, mais aussi Ben Earl, Sam Underhill, auteur d'un essai (18-12, 43e), Ollie Lawrence et Fraser Dingwall, les deux centres qui ont ouvert des brèches pendant 80 minutes.
Les remplaçants : Un atout majeur
Pollock, figure de proue du banc, a contribué à ce que Tom Roebuck puisse plier la rencontre à la 77e minute. Il faut saluer également la première ligne alignée par Steve Borthwick, solide en mêlée fermée. Et comme depuis le début de ces matches internationaux de novembre, les remplaçants de la « Pom Squad », ces avants lancés autour de la 50e, ont apporté beaucoup, du dynamisme, de la force, de la folie et causé beaucoup de tourments aux adversaires.
Les confrontations historiques en Coupe du Monde
Avant leur duel tant attendu en demi-finale de la Coupe du monde 2019, Anglais et Néo-Zélandais se sont déjà affrontés dans la compétition reine du rugby. À trois reprises, les soldats de la Rose ont croisé le fer avec les légendaires All Blacks. Et à chaque fois, les hommes en noir en sont sortis vainqueurs.
- Mondial 1991 : Nouvelle-Zélande 18-12 Angleterre en poule
La deuxième Coupe du monde de l'histoire s'ouvre sur une affiche de prestige entre les champions en titre néo-zélandais et les hôtes de la compétition. Les deux équipes se livrent une rude bataille et les chandelles pleuvent dans le ciel étonnement ensoleillé de Twickenham. Plus efficace, le quinze de la Rose mène à la pause grâce à la botte de son artilleur Jon Webb et au drop impeccable de Rob Andrew (12-9).
Mais en deuxième période, la magie noire opère. Une merveille de redoublée entre Graeme Bachop et Grant Fox, suivie d'une superbe manoeuvre de John Kirwan, envoient le génial Michael Jones dans l'en-but. La Nouvelle-Zélande s'impose (18-12) mais ne verra pas la finale, contrairement à l'Angleterre, battues l'une comme l'autre par l'Australie, nouvelle championne du monde.
- Mondial 1995 : Nouvelle-Zélande 45-29 Angleterre en demi-finale (18 juin au Cap)

En Afrique du Sud, la nation qui a enfanté le rugby et celle qui l'a sublimé se retrouvent en demi-finale. La planète ovale découvre en 1995 le plus grand joueur de l'histoire, un certain Jonah Lomu, 20 ans à peine et déjà un physique de golgoth. Le match face à l'Angleterre reste sans doute son plus beau chef-d'oeuvre. Le numéro 11 marche littéralement sur Mike Catt en début de partie puis s'offre un quadruplé inédit à ce stade de la compétition.
Les Anglais sont débordés par la vitesse et l'efficacité des Blacks, toujours plus nombreux au soutien pour proposer des options au porteur de balle. Grâce aux doublés de Will Carling et Rory Underwood, le quinze de la Rose évite le naufrage mais s'incline logiquement (45-29). En finale, la flamboyante attaque de la Nouvelle-Zélande restera muette contre la défense sud-africaine, soutenue par une nation toute entière.
- Mondial 1999 : Nouvelle-Zélande 30-16 Angleterre en poule (9 octobre à Twickenham)

Présentée comme le choc de la poule A, l'opposition entre Anglais et Néo-Zélandais dans le Temple du rugby tient toutes ses promesses pendant près d'une heure de jeu. À la 54e minute, Jonny Wilkinson ramène les deux équipes à égalité grâce à une pénalité (16-16). Mais dans la foulée, l'inévitable Jonah Lomu fait de nouveau parler sa diabolique explosivité pour s'écrouler dans l'en-but. Au grand désespoir de Lawrence Dallaglio qui tente d'imprimer son genou sur le visage de la star des Blacks...
Un essai supplémentaire de Byron Kelleher en fin de match douchera les derniers espoirs anglais (30-16).
England DOMINATE Wales 48–7 | George Ford Masterclass | Six Nations 2026 Analysis🔥🚨🏉
L'Angleterre, qui était privée pour ce choc d'Ollie Chessum et Tommy Freeman terminera sa tournée dimanche prochain (17h10), encore à Twickenham, face à l'Argentine. Pour un Grand Chelem, elle qui a donc battu l'Australie (25-7, le 1er novembre) puis les Fidji (38-18, le 8 novembre), et la Nouvelle-Zélande ? Et on a déjà hâte d'y être, pour revoir le pied de George Ford faire encore des merveilles...
| Équipe | Nombre de victoires |
|---|---|
| Nouvelle-Zélande | 9 (sur les 10 derniers matchs) |
| Angleterre | 1 (sur les 10 derniers matchs) |
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