La chapelle Notre-Dame du Rugby, située à Larrivière-Saint-Savin dans les Landes, est un lieu emblématique et unique dédié au rugby. Nichée dans une clairière en lisière d'une colline boisée, au-dessus du village de Larrivière, dans la vallée de l'Adour, cette église constitue un coin peu exploré du Sud-ouest. Dans les Landes, les habitants sont très fiers d’avoir 3 chapelles dédiées au sport, ce qui est vraiment unique.

La chapelle Notre-Dame du Rugby à Larrivière-Saint-Savin. Source: Wikipédia
Un Peu d'Histoire
Prenant place sur une butte du Vème siècle, l’édifice fut construit au XIIIème siècle et connut plusieurs remaniements. Toutefois, c’est en 1963 que l’histoire de Notre-Dame-du-Rugby débute. Cette année, trois joueurs de rugby anglais décèdent dans un accident de voiture et l’abbé Michel Devert décide de restaurer la chapelle faisant d’elle un sanctuaire vivant du rugby.
En 1956, Michel Devert, adepte de rugby, est nommé curé de la région, où ce sport est vénéré. Il y découvre les ruines cachées d’une église ensevelie sous des ronces. Construite au XIe siècle, Notre-Dame du Rugby est restaurée en 1963. Elle devient dédiée au sport après la mort de trois jeunes joueurs de rugby dans un accident de voiture.
L'idée de ce sanctuaire avait germé trois ans plus tôt, après la mort accidentelle, le 10 septembre 1964, de trois joueurs de l'US Dax: Jean Othats, Emile Carrère et Raymond Albaladejo, frère de Pierre, autre célèbre "Bala" du XV tricolore.
"Pourquoi ne pas ouvrir un oratoire où la prière de tous les jours s'élève pour ceux qui ne sont plus et pour protéger ceux qui restent?", s'était dit le bouillonnant abbé, élevé au rang d'évêque avant sa mort en 2012. Voué corps et âme à Dieu et au rugby, il repose aujourd'hui dans le cimetière de sa chapelle.
Inaugurée en 1967, la chapelle connut diverses restaurations ainsi que l’ajout de la statue Notre-Dame-du-Rugby en 1969 et un clocher en 1971. La réfection de la toiture a été réalisée en 1964, celle de l'intérieur en 1966 ; la construction du clocher date de 1971, alors que les carillons ont été installés en 1974. L'intérieur de l'édifice a été rénové par Joseph Bernadet ; les pavés viennent des rues de Grenade-sur--Adour et de Mont-de-Marsan. La pierre d'autel a été offerte par les abbés BARRERE, de Grenade-sur-Adour, alors que le marbre de l'autel est celui de l'ancienne chapelle Saint-Savin.
Avec sa thématique unique au monde, la chapelle reçoit autour de 15.000 personnes par an. La légende de Notre-Dame du Rugby a grandi au fil des ans, évoluant en une attraction touristique originale. L'édifice tout entier est un hommage au sport chéri de la région.
This Church In France Is Dedicated To Rugby – Notre Dame de Rugby
L'Abbé Michel Devert: Un Homme de Foi et de Rugby
De 1956 à 1964, il est Curé de LARRIVIERE BORDERES, tout en s'occupant des classes primaires, en assurant le transport scolaire, en dispensant des cours de rattrapage à des enfants de la DDASS, ainsi que des cours d'anglais au séminaire d'Aire, de 1960 à 1964. L'abbé Michel DEVERT a toujours cherché à s'améliorer et se perfectionner pour mieux servir autrui.
Il reprit ainsi ses études dès 1956, en sus de ses innombrables activités, et consacra le peu de temps dont il disposait à des études supérieures de lettres modernes, couronnées en 1979 par un Doctorat de Littérature Française avec sa thèse de 3ème cycle consacrée à Jean de Monluc, ouvrage pour lequel il fut également distingué par l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse. C'est le premier vers d'un poème, écrit en 1967, dédié à celle dont il disait à la fin de sa vie :" Cette chapelle est comme l'un de mes enfants " (in Dépêche du Midi).
Passionné, il est souvent revenu sur les circonstances de sa création : muté en 1956, de son poste de Directeur de l'Ecole Saint-Joseph de Capbreton pour celui de curé de LARRIVIERE, il confie avec beaucoup d'humour : " Je me suis retrouvé à la cambrousse, il fallait que je m'occupe !" Et cette occupation, il la trouve sur une colline boisée dominant le village de Larriviere et la rivière Adour ; il s'agit d'un vieil édifice religieux dont la mémoire se perd dans l'océan des âges !
Avec le courage et lla détermination qui le caractérisent, il requiert dès lors la caution de tous ceux qui peuvent l'aider. Il reçoit les remerciements et la bénédiction du Pape Jean XXIII auquel il avait fait part de son projet, l'accord du Secrétariat d'Etat à la jeunesse et aux sports en octobre 1964, et celui de la Fédération Française de Rugby en décembre 1964.
Ce Que Recèle la Chapelle
En franchissant les portes de cette enceinte médiévale, il est clair qu'il ne s'agit pas d'une église ordinaire. La lumière du soleil traverse des vitraux magnifiques, tous axés sur une activité non conventionnelle : le rugby. Une œuvre en verre représente Jésus au cœur d'une mêlée, lançant un ballon.
En parallèle de ces ornements uniques, quatre vitraux mêlant la Vierge à des scènes de rugby furent réalisés par Patrick Géminel. Il pointe du doigt quatre vitraux aussi contemporains que baroques. Une "Vierge à la touche", inspirée des dessins de l'ex capitaine montois Pierre Lisse, représente une madone remettant la balle en jeu.
D’ailleurs, les chaussures présentes dans l’édifice appartenaient aux joueurs disparus en 1963. Certains offerts par des joueurs internationaux qui les ont porté lors de grands matchs sont dédicacés d'une note manuscrite. BergesChristian Darrouy, coéquipier du célèbre tandem montois formé par les frères Boniface, Guy (tué accidentellement sur une route landaise le 1er janvier 1968) et André, accompagne la visite. Ainsi que des dizaines de cravates portant les blasons des clubs universitaires des deux hémisphères.
Entre les murs blancs immaculés de la Chapelle - l’intérieur a été rénové au printemps 2023 - règne une ambiance solennelle. L’espace est plutôt petit. Trois bancs de prière en bois font face à un autel sobrement ornementé. Ici, tout est pensé pour rendre hommage au rugby et à ses croyants. Des fidèles qui pensent que la Terre est ovale et que l’enfant Jésus tendit jadis un ballon de rugby à sa mère, comme le représente la statue de la vierge placée derrière l’autel, aux pieds d’une croix en métal noir. Les quatre vitraux qui illuminent les lieux sont des représentations rugbystiques de Marie.
Perchés sur une butte dominant la vallée de l'Adour, Notre-Dame-du-Rugby et son musée sont dédiés "à tous les rugbymen de la terre, connus ou pas connus, vivants ou morts", explique Jean-Marie Berges, secrétaire de l'association Notre-Dame-du-Rugby, en guidant l'AFP pour une visite du sanctuaire.
Le Musée du Rugby
Mais les travaux étaient loin d'être achevés, et s'étaleront, en fonction des moyens et des possibilités, sur plusieurs décennies encore ; le Musée du Rugby attenant à la Chapelle a été inauguré lors de la Pentecôte 2010, la maîtrise d'oeuvre en revenant désormais à l'Amicale de Notre-Dame du Rugby, qui poursuit l'oeuvre de l'abbé DEVERT.
En 2011, un musée a ouvert ses portes de l’autre côté de la route. Petite curiosité du musée : l’impressionnante collection de cravates qui est venue agrémenter les murs de l’endroit en 2013. C’est Max Godenet, ancien cadre au sein de la Fédération française du rugby, qui a fait don de cette panoplie au musée. Des cravates « uniques en leur genre », décorées des écussons des équipes internationales et qui ne manquent pas d’interpeller les visiteurs. « Ça me donnerait presque envie de porter un costume au boulot », lâche l’un d’entre eux tout sourire.
Le Rugby: Plus Qu'un Sport, un Élément Culturel
Le rugby en France va au-delà d'un simple sport. Il fusionne avec la culture et la spiritualité, créant des lieux de croyance tels que Notre-Dame-du-Rugby, où l'espoir de la victoire sportive se marie à l'esprit humain.
Pourtant, le rugby n’a pas toujours été en odeur de sainteté côté Église catholique. Lors de la séparation des Églises et de l’État, en 1905, les patronages catholiques ont en effet manifesté leur préférence pour le foot en y investissant massivement. Le rugby était regardé de travers : il venait d’Angleterre et le premier joueur connu qui, en 1823, prit le ballon dans la main pour le mettre dans le but adverse était un futur pasteur anglican : William Webb Ellis.
Le refus du rugby était tel qu’en 1906, il était même officiellement interdit dans les milieux catholiques. Violent et protestant, le rugby avait tout faux là où le football était préconisé comme un sport « porteur des valeurs évangéliques du partage et de l’amitié ».
Le rugby s’est alors particulièrement installé dans le Sud-Ouest, longtemps marqué par le radical-socialisme. Il faudra une vingtaine d’années et la passion de l’abbé Pistre pour faire changer les préjugés catholiques. Joueur de l’équipe d’Albi, curé de Castres, celui-ci dira : « Le rugby s’accommode merveilleusement des textes des Saints Évangiles car, au cœur d’une mêlée, il vaut toujours mieux donner que recevoir…. des gnons ».
Un Lieu de Pèlerinage
Chaque année, près de 10 000 visiteurs se rendent à la chapelle Notre-Dame-du-Rugby et à son musée attenant. Parmi les visiteurs, des rugbymen de France mais également d’autres pays. Visiteur inattendu croisé au retour de la visite, Kevin Silbert arrive de Melbourne (Australie) pour voir ce sanctuaire connu jusqu'aux antipodes. Son père, Eric Silbert, "fut le capitaine de l'équipe du contingent australien de la Royal Air Force (basé en Angleterre) en 1943 et 1944". Kevin, lui, a opté pour le hockey, sur les conseils de son père.
La chapelle et son musée sont bien vivants. Chaque année, une messe solennelle est donnée à Notre-Dame du Rugby au moment de la Pentecôte. « Un moment d’union où les amoureux du ballon ovale se retrouvent », raconte Morgan. En lisant le livre d’or posé sur l’autel, on s’aperçoit qu’elle est aussi visitée par de nombreux étrangers de passage dans la région. Allemands, Portugais, Roumains, Australiens… Ils viennent du monde entier pour découvrir ce sanctuaire unique au monde et admirer l’impressionnante collection de Morgan.
En Argentine, dans la banlieue de Buenos Aires, les fidèles de l’ovalie ont même entrepris de réaliser une copie de Notre-Dame du Rugby. « Les Argentins ont fait une réplique en terre cuite de notre vierge, qu’ils ont amenée au pape François au Vatican », raconte Morgan.
En plus de cinquante ans d’existence, la chapelle s’est taillé une solide popularité médiatique. « Chaque Tournoi des VI Nations, chaque Coupe du monde, les caméras viennent ici », détaille le président de l’association.
Le rugby a tout d’une religion en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, au pays de Galles et dans certaines régions d’Irlande et d’Écosse. En France, le sport a même sa propre église - la chapelle Notre-Dame-du-Rugby, à Larrivière-Saint-Savin, dans les Landes.