Neymar : Entre larmes, gloire et désillusions

Il ne s'agit pas de réveiller la bête. Neymar reste un immense joueur, les spectateurs de Ligue 1 se le verront sans doute rappeler bien avant la fin du mois d'août. En France, il n'y en a qu'un pour lui faire de l'ombre, après une Coupe du monde de très haut niveau, et il évolue sur l'autre aile de l'attaque du Paris-SG. Mais l'immense joueur (26 ans), est-il le très grand champion que les dirigeants de la capitale avaient présenté en grande pompe?

Acte I : L'arrivée en fanfare à Paris

Ce vendredi-là, Paris est une fête. Débarqué en fin de matinée de Barcelone, Neymar passe quelques examens complémentaires à la visite médicale dans une clinique de Neuilly-sur-Seine, puis il donne une première conférence de presse officielle avant d'être brièvement présenté à des milliers de fans venus tout spécialement au Parc des Princes.

Il égrène les phrases que les supporters du PSG ont envie d'entendre : «Être la star numéro 1 ici, à Paris, n'est pas la chose qui a pesé dans mon choix. J'ai signé au PSG parce que je voulais vivre de nouvelles choses. Je suis venu chercher un nouveau défi. Mon coeur m'a dit que c'était le moment de signer ici [...] J'avais envie de venir au PSG. Mon choix a été très difficile, j'ai énormément réfléchi, mais je suis très heureux de l'issue finale.»

Un petit mot, un peu sec, pour les socios du FC Barcelone : «Nous ne sommes pas obligés de rester dans un club. Quand tu penses que c'est l'heure de partir, tu pars, c'est tout.» Et un petit mensonge, parce que c'est l'heure des bons sentiments : «L'argent n'a jamais été une source de motivation. Je suis toujours mon coeur, indépendamment de l'argent. Et je regrette d'ailleurs qu'il y ait des gens qui pensent de cette façon.»

Personne ne s'arrête vraiment sur l'information principale de ce passage d'une demi-heure dans l'auditorium du PSG : Neymar confirme qu'il n'a pas parlé avec l'entraîneur, Unai Emery, avant sa signature. Il ne fera connaissance avec le technicien que durant l'après-midi qui suit, au Camp des Loges. Un simple détail, à ce moment de l'histoire.

Le 5 août, Neymar est présenté aux supporters parisiens au Parc des Princes, avant la rencontre de L 1 contre Amiens (2-0). Une semaine plus tard, le Brésilien débute à Guingamp (3-0), où il est impliqué sur les trois buts du PSG (il marque le dernier), et s'impose d'entrée comme la nouvelle référence dans le jeu parisien en touchant 128 ballons, son deuxième meilleur total depuis son arrivée en Europe en 2013.

Il en donne douze à Edinson Cavani. Le gage, pense-t-on alors, d'une belle entente technique entre les deux Sud-Américains. «Bon courage aux autres équipes», lâche Lucas Deaux, le milieu costarmoricain, victime d'un sombrero de la star.

De fait, Neymar rallie très vite l'opinion à lui. Même quand il tente l'humour face aux micros : «Être le joueur le plus cher n'est pas un poids pour moi. Je fais toujours 69 kilos...» Et dans «L'Équipe», au lendemain de cette première, nous avons la faiblesse de croire que le plumage sera à la hauteur du ramage : «Le service après-vente est impeccable. Ce jeune homme n'est pas secret, il est bien élevé, il parle volontiers et il ne se prend pas pour un autre.»

Acte II : Le "penaltygate" et les tensions

Un mois et demi plus tard, le vernis craquelle déjà. Neymar a été rejoint au sein de l'effectif parisien par Kylian Mbappé pour 180 millions d'euros, mais ce n'est pas la possible rivalité avec l'ex-Monégasque qui inquiète. Au contraire. La complicité entre les deux attaquants, sur le terrain, devient vite évidente.

À la 57e minute, sur l'injonction de Daniel Alves, l'attaquant est contraint de laisser Neymar tirer un coup franc (bloqué par Anthony Lopes). Vingt minutes plus tard, Kylian Mbappé obtient un penalty. Cette fois, Cavani refuse de céder au Brésilien et frappe : le gardien portugais s'interpose de nouveau. Au coup de sifflet final, l'Uruguayen file directement au vestiaire sans masquer sa frustration.

Le «penaltygate» est déclenché, sur fond de questionnement à propos de l'autorité du coach. Contre Saint-Étienne (3-0, le 25 août), déjà, les deux joueurs se sont disputé un penalty. Cavani avait marqué et l'affaire n'était pas allée plus loin. Mais Unai Emery, l'entraîneur parisien, n'avait pas tranché.

Au-delà du clash, ce qui saute aux yeux ce jour-là, sur le terrain, c'est la relation technique quasi inexistante entre Cavani et Neymar.

Bataille d'ego
Paris-SG 2-0 Lyon (6e journée). Après une faute de Ferland Mendy sur Kylian Mbappé dans la surface, Edinson Cavani prend la balle pour frapper le penalty. C'est alors que Neymar se porte à sa hauteur sur le point de penalty et lui demande à l'oreille de le laisser faire. Cavani refuse, tire, et voit sa frappe détournée sur la barre par Anthony Lopes. L'explication entre les deux hommes continue dans le vestiaire.

De son côté, l'entraîneur, Unai Emery, ne prend pas la responsabilité de désigner le tireur n°1. «Ils peuvent gérer entre eux sur le terrain», déclare-t-il après la rencontre. Trois jours plus tard, Daniel Alves organise un repas dans un restaurant du XVIe arrondissement de Paris, avec tout l'effectif, pour mettre fin à ce «penaltygate».

Deux semaines plus tard, et une semaine après le triste nul concédé sans lui à Montpellier, Neymar brille et inscrit le penalty obtenu contre Bordeaux (6-2). «Ils se sont arrangés avec le coach. S'il y en avait eu un deuxième, ça aurait été pour Edi», commente Thomas Meunier. La polémique est enterrée. Mais, en dépit de prestations régulièrement emballantes du Brésilien, le voile demeure.

Alors que des «Cavani, Cavani» descendent des tribunes, Neymar s'avance et s'offre un quadruplé. «Quand tu mets quatre buts, que tu mets deux passes décisives, et tout ce que tu apportes pour l'équipe, te faire siffler juste pour un penalty, je trouve ça un peu ingrat de la part des supporters,défend Thomas Meunier. C'est vrai que cela aurait été un beau geste de Neymar, maintenant c'est lui qui était cité pour le tirer. Il a fait ce qu'il devait faire, en réalité.»

Légitimiste quand ça l'arrange, l'ancien Barcelonais ? Pas assez chevaleresque en tout cas aux yeux des fans parisiens, qui l'attendent quand ça comptera vraiment, c'est-à-dire en huitièmes de finale de Ligue des champions contre le Real Madrid.

Acte III : Priorité au Brésil

Le grand rendez-vous dans la capitale espagnole (3-1 pour le Real) est une terrible désillusion pour le PSG et pour Neymar. Pour le PSG, parce qu'il a dominé l'essentiel de la rencontre, mais s'est écroulé dans les dix dernières minutes. Il reste le retour ?

Même pas : à la 77e minute d'un Classique déjà plié contre l'OM (3-0), Neymar, à la lutte avec Bouna Sarr, s'écroule. Six jours avant le huitième de finale retour, la décision d'opérer le joueur d'une fracture du cinquième métatarse du pied droit est pourtant officialisée par le club, quelques heures après que Neymar Senior, le père, a annoncé à la télévision brésilienne une indisponibilité de «six à huit semaines».

Le psychodrame
Paris-SG 3-0 Marseille (27e journée). Pour son premier Classique à domicile, Neymar réalise un bon match avec, notamment, une passe décisive à l'intention de Cavani. Mais, à la 77e minute, le Brésilien s'écroule en pleurs, les mains sur le visage, en se tenant la cheville droite.

La confusion s'installe les jours suivants, entre espoirs sur sa participation au 8es de finale retour contre le Real Madrid (6 mars), découverte d'une fissure au cinquième métatarsien, arrivée du médecin de la Seleçao, Rodrigo Lasmar, déclaration du père de Neymar à la télévision, découverte que la fissure est finalement une fracture et recours à l'opération, au Brésil.

Le PSG espère encore récupérer son attaquant pour une éventuelle demi-finale de C 1. Mais sans son étoile, l'équipe étale son impuissance au retour contre le Real (1-2), et, du point de vue brésilien, cela clôt le débat.

Il est opéré le 3 mars à Belo Horizonte par Rodrigo Lasmar, le médecin de la Fédération brésilienne. Il passera toute sa convalescence de l'autre côté de l'Atlantique et quand il pose à nouveau le pied en France, deux mois après son opération, sa priorité ne fait plus le moindre doute : s'il achève sa rééducation à Paris, Neymar pense à la Coupe du monde, rien qu'à la Coupe du monde. Le PSG, malgré les 40 millions d'euros annuels qu'il lui verse, passe après.

La star est en tribunes pour la finale de la Coupe de France et la célébration du titre de champion. Mais, au bout de deux semaines et de quelques séances de reprise individuelle, il retourne au Brésil.

Acte IV : La Coupe du Monde et les critiques

À Paris, Neymar s'est donc éclipsé sans y mettre complètement les formes, faisant presque oublier tout ce qu'il a réussi de bien. Ces 103 ballons touchés par match en moyenne, ces 19 buts et 13 passes décisives en vingt apparitions en L1, ces dizaines d'actions merveilleuses. Un bilan assez formidable, pour qui saurait mieux le vendre. Mais avec la Seleçao, il va se révéler encore plus piètre VRP de lui-même.

Quand commence la préparation brésilienne à Granja Comary, mi-mai, le degré de forme de Neymar est le sujet de préoccupation essentiel. Voire le seul. Tite, le sélectionneur, développe un discours rassurant et théorise sur les «cinq matches» dont son numéro 10 a besoin pour retrouver son meilleur niveau.

Le 3 juin, 97 jours après sa blessure et trois mois après son opération, Neymar est redevenu officiellement un footballeur. Une entrée à la mi-temps contre la Croatie à Liverpool (2-0). Un but, fêté comme s'il s'était agi d'un événement mondial par le joueur et son père, présent en tribunes. Et cet aveu, dans les couloirs d'Anfield : «Ça faisait trois mois que j'attendais ce moment. J'ai beaucoup travaillé. Ce furent trois mois douloureux.»

Ce que Neymar montre quand la Coupe du monde commence face à la Suisse, le 17 juin à Rostov-sur-le-Don, c'est un joueur surtout attentif à son propre sort. Depuis 2016, il s'est auto-déchargé de la fonction de capitaine. Thiago Silva, Miranda, Marcelo, les joueurs qui portent le brassard à tour de rôle, le défendent en zone mixte.

Dans une curieuse inversion des rôles, il laisse Thiago Silva tout assumer. Le défenseur central, raillé pendant le Mondial 2014 pour ses larmes lors d'une séance de tirs au but (face au Chili en huitièmes de finale), redevient en Russie le patron de l'équipe.

Lors de Brésil-Costa Rica (2-0), lors de la phase de groupe de la Coupe du monde, Neymar tombe, croit obtenir un penalty, écope d'un carton jaune pour contestation après le recours au VAR, inscrit son premier but de la compétition et pleure au coup de sifflet final.

Enfermé dans son personnage de victime, Neymar brouille sa propre image dans des proportions qu'il peine à appréhender. L'échec en quarts de finale contre la Belgique (1-2) est évidemment le sien. C'est en partie injuste : après trois mois sans jouer, le Parisien a réussi une Coupe du monde très honorable. Mais son rendement sportif n'est plus vraiment le problème.

L'intéressé en a-t-il conscience ? Pas sûr. Après avoir communiqué uniquement via les réseaux sociaux ou des opérations liées à sa fondation depuis un mois, essentiellement pour s'apitoyer sur lui-même, Neymar a tenté de se justifier il y a deux jours via une campagne de publicité pour Gillette dans laquelle il assure : «Vous pouvez penser que j'exagère. Et parfois, j'exagère. Mais la vérité est que je souffre sur le terrain. Quand je pars sans donner d'interviews, ce n'est pas parce que je veux juste les lauriers de la victoire. C'est parce que je n'ai pas encore appris à vous décevoir [...].

Neymar's First Season at PSG was UNREAL

La finale de la Ligue des Champions 2020 et les larmes

Dimanche 23 août, le club parisien affrontait l'équipe du Bayern Munich en finale de la Ligue des Champions au stade de la Luz à Lisbonne. Le PSG s'est incliné 1-0. Si toute l'équipe parisienne était démoralisée, c'est Neymar qui est apparu le plus triste. Marqué par la défaite, il est parti s'isoler sur un banc et n'a pas pu retenir ses larmes.

Un débat sans fin qui a placé le nom de Neymar en Top Tweet. Il faut dire que le club parisien croyait en cette victoire. En demi-finales, le PSG et le Bayern Munich s'étaient imposées 3-0 face à Leipzig et Lyon. Pour cette finale de Ligue des Champions, les fans s'attendaient à retrouver un Neymar et un Kylian Mbappé redoutables, malheureusement les deux joueurs n'ont pas pas réussi à inscrire le moindre but. À la 59ème minute, c'est Kingsley Coman qui a transformé la rencontre.

Un marquage à plusieurs, un matraquage quand il devenait dangereux, un libero en couverture (Alaba) qui a gardé un oeil sur lui : le numéro 10 brésilien n'a pu exprimer son talent lors de cette finale. Passé à côté de sa finale, Neymar a fini la soirée en pleurs ... Brillant et deux fois buteur contre le Borussia Dortmund en huitièmes de finale, omniprésent face à l’Atalanta en quart de finale puis encore étincelant lors de la demie face au RB Leipzig, le numéro 10 du Paris SG a été particulièrement bien muselé dimanche par la défense et le milieu du Bayern de Munich…

Hormis une grosse opportunité manquée sur laquelle il a buté sur Manuel Neuer qui a repoussé sa frappe du pied (18e), le joueur le plus cher de l’histoire a semblé éteint. Il a en fait été muselé très efficacement par l’arrière-garde bavaroise, qui s’est astreinte à un pressing très physique sur lui, et qui l’a empêché de combiner avec Mbappé et Di Maria avec lesquels il forme habituellement l’un des trios d’attaque les plus prolifiques d’Europe.

Blessure et absence en 2021

Touché aux adducteurs, Neymar est sorti blessé à Caen, le 10 février 2021. Le PSG a confirmé jeudi qu'il serait indisponible plusieurs semaines, et donc absent pour le huitième de finale aller contre son ancien club en Ligue des champions.

Depuis son arrivée dans la capitale à l'été 2017, l'ancien Barcelonais a raté deux huitièmes de finale lors de ses deux premières saisons à Paris. Le 25 février 2018, une fracture du cinquième métatarse du pied droit, face à l'OM (3-0), lui avait fait rater le match retour contre le Real Madrid. Le 23 janvier 2019, face à Strasbourg (2-0) en Coupe de France, une rechute l'avait contraint à déclarer forfait pour le double rendez-vous contre Manchester United.

Réactions et critiques

Entre Neymar et le Brésil, c'est un peu le «je t'aime, moi non plus» chanté par le duo Gainsbourg-Bardot. Capable de réciter les plus belles partitions sur le rectangle vert et d'illuminer ainsi tout un peuple, l'enfant de Mogi das Cruzes peut, malheureusement, également se distinguer par quelques fausses notes. Et ces dernières semaines, force est de constater que l'harmonie naturelle présente dans les pieds de la star parisienne revêt plutôt des allures de mauvais tube.

«Neymar, à 30 ans, n'est pas ce qu'on attendait de lui quand il en avait 20. Il n'est pas le meilleur du monde. Il n'est plus décisif. Et Tite a misé tous ses jetons sur lui. Il n'y a pas de plan B», s'inquiétait notamment le journaliste Menon dans des propos relayés sur UOL Esporte.

Pointé pour ses régulières absences défensives, pour une hygiène de vie parfois douteuse, le «Ney» agace et certains acteurs des médias brésiliens n'hésitent même plus à le dénigrer ouvertement.

Le penalty contre Lyon et la polémique

Dimanche soir, l’OL a concédé une défaite frustrante face au PSG au Parc des Princes. Le penalty accordé à Neymar fait polémique… Après la défaite de Lyon à Paris, le président rhodanien Jean-Michel Aulas est monté au créneau, dénonçant une véritable « aberration ». Alors que l’OL menait au score, Neymar a obtenu un penalty très généreux pour une potentielle faute de Malo Gusto.

Les larmes de Neymar : sincérité ou cinéma ?

Dimanche soir après la finale de la Ligue des Champions contre le Bayern Munich perdue sur la plus petite des marges (0-1), les joueurs du Paris Saint-Germain avaient la mine des tristes jours, pour ne pas dire plus. « Moi, les larmes de Neymar, excusez-moi mais ça ne passe pas.

Tableau récapitulatif des blessures de Neymar au PSG

Date de la blessure Type de blessure Match manqué
25 février 2018 Fracture du cinquième métatarse Real Madrid (Ligue des Champions)
23 janvier 2019 Rechute de la blessure au métatarse Manchester United (Ligue des Champions)
10 février 2021 Lésion du long adducteur gauche FC Barcelone (Ligue des Champions)

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