Les Barbarians britanniques occupent une place particulière dans la mythologie du rugby britannique. Même s’ils sont devenus une entreprise commerciale qui, au moins deux fois par an, remplit le stade de Twickenham, ils ont gardé une aura, une forme de prestige.

La première équipe des Barbarians en 1890.
Les Origines et la Philosophie des Barbarians
Pour comprendre qui sont ces fameux « Baa-Baas », il faut remonter à plus d’un siècle en arrière. En effet, c’est en 1890, sous l’impulsion de William Percy Carpmeal, que les Barbarians ont vu le jour. Ce dernier, étudiant à Cambridge, décréta que le championnat comportait de trop nombreuses phases creuses, et qu’il fallait y remédier.
Pour ce faire, il proposa de créer une équipe de « copains », rassemblant des amis de différentes universités pour disputer des matchs avant la reprise du championnat. Cette expérience se révéla plaisante pour les joueurs, mais aussi pour les observateurs qui assistaient à du jeu débridé, de la camaraderie ainsi que beaucoup de fair-play.
Cette équipe s’est ensuite développée, avec une identité forte posée par les premières générations et qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui. Leur devise résume bien cet esprit : « aimons la liberté, l’aventure et le jeu d’attaque. »
Mais au-delà d’aimer envoyer du jeu et être libre sur le terrain, les Barbarians prônent leur indépendance vis-à-vis de toute fédération. En effet, l’idée est de prôner les valeurs du rugby, au travers de joueurs des quatre coins du monde, sans distinction selon leur nationalité.
Rugby - All Blacks vs Barbarians 1973
Les Moments de Gloire des Baa-Baas
Ce jeu libéré et rempli de panache a permis aux Baa-Baas de briller. Alors qu’ils n’ont pas le statut d’équipe nationale, ils ne disputent pas les grands tournois, tels que les coupes du monde ou le Tournoi des Six Nations, mais sont invités à jouer de nombreux matchs amicaux.
Au cours de leur histoire, ils ont eu l’occasion de se frotter aux plus grandes nations du circuit international, et ont parfois été ornés de grands succès. D’abord en 1948, lorsqu’ils ont créé l’exploit de battre l’Australie sur le score de 9 à 6, ou encore en 1973, en signant leur plus grande œuvre : battre les All Blacks.
Le plus fameux reste cette victoire contre les All Blacks (23-11) à l’Arms Park de Cardiff en 1973, ponctué par un essai d’anthologie inscrit par le demi de mêlée gallois Gareth Edwards mais initié par une fabuleuse relance de son compère Phil Bennett. La mort de l’ancien ouvreur de Llanelli cette semaine a offert l’occasion de revoir les images de ce morceau de bravoure.
Aujourd’hui encore, cette équipe brille. On peut par exemple citer leur éclatante victoire face aux Anglais à Twickenham en 2022, sur le score de 52 à 21. De très grandes légendes de l’ovalie ont d’ailleurs participer à l’établissement de cette belle histoire. De Phill Benett à Antoine Dupont, ou de Damian Penaud en passant par Jonah Lomu, tous ont eu l’honneur de porter la tunique des Barbarians.

Gareth Edwards après son essai légendaire contre les All Blacks en 1973.
Le Match Légendaire de 1973 contre la Nouvelle-Zélande
« Si le meilleur auteur du monde avait écrit cette histoire, personne ne l’aurait crue ». Cliff Morgan, commentateur de dernière minute mythique de ce Barbarians - Nouvelle-Zélande (il a remplacé Bill McLaren deux heures avant le coup d’envoi), vient peut-être de vivre le plus beau début de match de l’histoire du jeu.
2 minutes et 26 secondes après l’engagement venait d’être aplati "Le plus bel essai jamais inscrit" aussi surnommé plus simplement "L’essai". Une action de 95 mètres ou la balle est passée dans les mains de sept joueurs des Barbarians, avants comme arrières.
Un caviar offensif où l’on a vu de tout : crochets monstrueux de Phil Bennett, prise d’intervalle de John Dawes, passes après-contact de JPR Williams ou Tom David, sans oublier le débordement et l’aplatissage en coin du demi-mêlée gallois Gareth Edwards, indiscutablement le meilleur joueur du monde à cette époque, et qui ajoute là une ligne de plus à sa légende.
Voilà comment s’est lancée cette rencontre Barbarians - Nouvelle-Zélande le 27 janvier 1973 à l’Arms Park de Cardiff. La 28ème de la tournée hivernale des All Blacks qui affichent alors un bilan de 22 victoires, 4 défaites et nul, bien emmenés par leur capitaine Ian Kirkpatrick et leur ailier Bryan Williams, tous deux titulaires ce soir-là.
Face à eux, les Barbarians ont un sérieux goût de Lions britanniques et irlandais : 7 Gallois, 4 Irlandais, 3 Anglais et un Écossais composent l’équipe. 12 de ces 15 Baa-Baas ont même fait partie de la tournée triomphale des Lions en Nouvelle-Zélande deux ans auparavant.
Une Première Mi-Temps à Sens Unique
« Beaucoup de gens ne retiennent que les premières minutes à cause de l’essai, mais ils oublient tout le beau rugby qui a été développé après, en bonne partie par les All Blacks d’ailleurs. » Gareth Edwards avait raison.
Pendant 80 minutes, jamais la volonté de jouer ne s’est amoindrie, mis à part un drop tenté par l’ouvreur néo-zélandais Bob Burgess à la 5ème minute. Mais certainement sonnés par le début de match, les All Blacks, malgré leurs ambitions, ont été coupables de nombreuses fautes de mains qui laissèrent leur tableau d’affichage complètement vierge sur la première période.
Mais face à eux, parfaitement lancés par "L’essai", les Barbarians sont sur un nuage. Les courses tranchantes s’enchaînent, les brèches sont ouvertes par les jambes de feu d’Edwards ou de l’ailier anglais David Duckham, qui réalise ce jour-là l’un de ses matchs les plus aboutis.
Les transmissions fusent : passes sur un pas, passes lobées, off-loads, chisteras... Tous les avants participent au jeu (notamment l’intenable troisième ligne gallois Tom David) et les hommes en noir ne savent plus où donner de la tête en défense.
Quant au public de l’Arms Park, il est dévoué corps et âme aux Baa-Baas et réagit comme un seul homme à chaque action. « Ils (les spectateurs, ndlr) se comportaient comme si c’était le pays de Galles qui jouait à domicile », se souvient 40 ans plus tard Phil Bennett.
Alors que le score est de 7 à 0 après une pénalité transformée par l’ouvreur gallois, un essai est refusé à John Dawes pour un en-avant de passe, après une nouvelle action de grande classe des Barbarians.
Sur la mêlée qui suit, l’irlandais Fergus Slattery chipe le ballon au demi de mêlée Sid Going et va aplatir le deuxième essai du match. Trois minutes plus tard, c’est au tour de l’ailier gallois John Bevan d’aplatir en coin juste avant que l’arbitre français Georges Domercq ne siffle la mi-temps. 17 à 0, les chœurs de l’Arms Park et le fanny est total, à l’image du rugby proposé.
La Réaction des All Blacks et la Victoire des Barbarians
Au retour des vestiaires, les All Blacks réagissent, mais ils ne sont aidés ni par le manque de réussite de leur buteur Joe Karam (auteur d’un 1/5 au pied), ni par la faute de main de Kirkpatrick dans l’en-but des Baa-Baas. Bryan Williams essaie bien de faire la différence dans son couloir droit, mais il est parfaitement contenu par son vis-à-vis Bevan et par l’arrière gallois JPR Williams, auteur d’un grand match en défense.
C’est finalement sur l’autre l’aile que le néo-zélandais fait la différence, en envoyant à l’essai son coéquipier Grant Batty. Le numéro 11 était déjà le All Black le plus en vue en première mi-temps et avait repris le jeu plein de hargne, parfois à la limite, ce qui lui valut quelques sifflets de la part de l’Arms Park. Additionné à la seule pénalité réussie de Karam, cet essai ramène le score à 17-7.
20 minutes plus tard, Batty récidive : il récupère un coup de pied manqué de Ian Hurst, déborde John Dawes puis tape un coup de pied à suivre pour éliminer JPR Williams et signer le retour des Blacks qui ne sont plus menés que 17 à 11.
Mais dans un match aussi enlevé, ce sont l’inspiration et la justesse technique des Baa-Baas qui vont l’emporter. Alors que son équipe est dans un temps fort, Gibson feinte, se joue de deux défenseurs All Blacks et transmet à Slattery. Le troisième ligne donne à l’extérieur pour JPR Williams qui mystifie Karam d’un crochet pour se rendre en terre promise. Bennett réussit la transformation et redonne 12 points d’avance à son équipe.
Il reste un peu plus de dix minutes de jeu et la partie bascule dans la folie. Les deux équipes jouent tous les ballons à la main, profitent de chaque turnover pour contre-attaquer, et les temps-morts se font poussière. Dans un stade en fusion, les Barbarians sont tout proches de l’essai du K.-O, mais il n’arrivera pas, Bevan n’appuyant pas assez son coup de pied rasant.
Après une dernière action d’envergure, Gibson tombe le ballon et l’arbitre siffle la fin du match. Score final 23-11, le public envahit la pelouse.
Un Héritage Durable
Relique d’un rugby d’un autre temps, cette rencontre Barbarians - Nouvelle-Zélande n’en reste pas moins l’un des plus beaux matchs jamais joués. Les Baa-Baas, ont transmis leur folle envie de jeu à des All Blacks qui n’en demandaient pas tant pour s’octroyer une partie de mouvement après les rudes oppositions de l’hiver.
Les qualités intrinsèques des joueurs des deux camps ont fait le reste, comblant les spectateurs d’un Arms Park plus chaleureux que jamais, et qui ont porté en triomphe les héros du jour, et du jeu, au coup de sifflet.
Les Barbarians Français
Attention, il ne faut pas confondre les Barbarians britanniques avec les Barbarians français.
Fondés par les vainqueurs du Grand Chelem 1977, les Baa-Baas français rassemblent des rugbymen du Top 14.

Les Barbarians français rendent hommage à Bernard Laporte.
Philosophie des Barbarians Français
La philosophie du Barbarian Rugby Club est la même que celle du BFC. « Le BRC devait être un club tout aussi atypique que mythique (que le BFC), attaché à des valeurs d'amitié et d'amour du rugby, précise le site officiel des Barbarians français. La philosophie est simple : on attaque de toute position possible, et même impossible, en prenant le risque que ça se retourne contre vous. »
Toutefois, les Barbarians français sont régulièrement utilisés depuis la fin des années 1990 comme une sorte d'équipe de France A'. « Il y a des joueurs que nous ne sélectionnerons pas dans les vingt-huit pour l'Argentine, mais que nous voulons suivre, expliquait l'ancien sélectionneur des Bleus Philippe Saint-André en 2012. Et comme au BFC, chaque joueur ramène les chaussettes de son club.
Résultats des Barbarians Français
Les Barbarians français ont aussi connu des victoires de prestige. Leur dernier match, en novembre dernier, s'est soldé par une victoire contre une équipe « bis » de l'Australie (19-11).
Autres Équipes Spéciales
Trois équipes spéciales participent aux matchs internationaux de juin : les Maoris, les Lions et les Barbarians.
Les Maoris All Blacks
Pour en faire partie, un joueur doit obligatoirement être d’origine maorie, la population polynésienne autochtone de Nouvelle-Zélande. Ils ont compté dans leurs rangs d’illustres joueurs comme Zinzan Brooke, Carlos Spencer ou George Nepia.
Avant de jouer, les Maoris exécutent un haka différent de celui des All Blacks.
Les Lions Britanniques et Irlandais
Pour en faire partie, un joueur doit obligatoirement être Anglais, Ecossais, Gallois ou Irlandais, d’où leur nom de British and Irish Lions.
Les Lions naquirent en 1888 et affrontèrent d’emblée les trois grands du Sud : Afrique du Sud, Australie et Nouvelle Zélande.

Les Lions britanniques et irlandais en 2005.
Tableau récapitulatif des équipes spéciales
| Équipe | Critères de sélection | Particularités |
|---|---|---|
| Barbarians Britanniques | Invitation (sans distinction de nationalité) | Priorité au plaisir et au beau jeu |
| Barbarians Français | Joueurs du Top 14 | Équipe de France A' |
| Maoris All Blacks | Origine maorie obligatoire | Haka spécifique |
| Lions Britanniques et Irlandais | Anglais, Écossais, Gallois ou Irlandais | Tournées tous les 4 ans |
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