Nasser Al-Khelaïfi : L'homme derrière le maillot du PSG et son histoire

À ceux qui pensaient que Nasser Al-Khelaïfi ne connaissait le Paris-Saint-Germain que depuis le rachat par QSI du club parisien en 2011, détrompez-vous. A l’inverse de ses homologues qui s’affichent volontiers dans les médias, ce jeune quadra, issu d’une famille de pêcheurs de perles qataris, préfère se retrancher derrière le fonds souverain Qatar Sports Investments (QSI), qu’il préside au service du jeune émir Al-Thani et du soft power de l’Etat du Golfe.

Devenu une figure familière pour les fans de foot et en particulier ceux du PSG, «NAK» reste un personnage éminemment discret, pour ne pas dire secret. Inconnu de tous à son arrivée à Paris il y a cinq ans, il s'est pourtant vite forgé un bilan impressionnant et, à coups de millions d'euros, il a permis au club parisien de jouer enfin dans la cour des grands clubs européens.

Surtout, il a bousculé l'hégémonie de Canal+ sur le marché des droits sportifs télévisés : le réseau de chaînes sportives BeIn Sports, qu'il dirige, vient de dépasser 3 millions d'abonnés en France.

Mais si ses détracteurs voient en lui davantage un ambassadeur qu'un dirigeant, ses proches vantent son charisme : «Nasser en possède indéniablement et il ne fait jamais d'erreur de communication.»

Un diplomate passionné de sport

Diplomate et fin négociateur, NAK a aussi pour lui sa passion du sport et des sportifs - le champion espagnol Rafael Nadal fait partie de son premier cercle d'amis. On le dit très proche des joueurs du PSG et des consultants sportifs de BeIn Sports.

«C'est à cela qu'on reconnaît les grands présidents de clubs, commente Alain Cayzac. Ce qui n'empêche pas le patron d'avoir une idée très précise de ses objectifs financiers et des moyens, implacables s'il le faut, à mettre en œuvre pour y arriver.

La récente éviction de Laurent Blanc a jeté un froid, début juillet. L'entraîneur du PSG et ex-champion du monde a beau avoir remporté deux triplés consécutifs avec le club - Ligue 1, Coupe de France, Coupe de la Ligue -, il n'a jamais réussi à passer les quarts de finale de la Ligue des champions, la compétition européenne reine.

Rédhibitoire pour le président, qui ambitionne de faire du PSG «un club de 1 milliard d'euros», soit deux fois son budget annuel actuel. Impossible d'atteindre cet objectif sans entrer dans le top 5 et faire jeu égal avec le Barça, le Real Madrid ou le Bayern de Munich...

La pression est donc maximale et se répercute sur l'ensemble des 600 salariés du club, où l'on se plaint d'un manque de reconnaissance. Le parachute de 22 millions d'euros accordé à Laurent Blanc passe mal, surtout quatre mois à peine après avoir prolongé son contrat... Bref, l'argent coule à flots au PSG, mais pas pour tout le monde.

Un dirigeant hyperréactif

«Stress et pression, cette situation n'est pas vraiment nouvelle au PSG», tempère un proche du club, qui rappelle que NAK a fait le nécessaire pour s'entourer des meilleurs, y compris dans le domaine extrasportif. Il est ainsi allé chercher Jean-Claude Blanc, l'ancien président de la Juventus Turin, pour structurer tous les aspects institutionnels du club.

Même chose pour la télévision, où il s'est appuyé sur l'avocate franco-canadienne Sophie Jordan. Initialement mandatée pour négocier le rachat du PSG, celle-ci a finalement assisté Al-Khelaïfi dans le lancement de BeIn Sport et l'acquisition rapide des droits télévisés du football européen.

Toujours dans les avions, celui qui est aussi président de BeIn Media, basée à Doha et forte de 34 chaînes nationales, a la réputation d'être un bourreau de travail. Frénétique du SMS et hyperréactif - «il répond à tous les messages, et très vite», assure Alain Cayzac -, il donne ses rendez-vous jusqu'à une heure avancée de la nuit.

Un activisme qui séduit les hommes d'affaires et les politiques désireux d'entretenir les meilleures relations avec le Qatar - et ils sont nombreux. Pas étonnant, par exemple, que Nicolas Sarkozy, très assidu au Parc des Princes, ait tenu à avoir Nasser à sa table le jour de son soixantième anniversaire.

L'histoire du maillot du PSG

Lors de la saison 1973-1974 (année de la montée en 1ère division), le couturier français avait créé cette tunique au style bien particulier avec cette large bande centrale rouge entourée de deux liserés blancs. Le reste étant tout de bleu. Des couleurs choisies très précisément. Le bleu et rouge étant les couleurs de la ville de Paris et le blanc, celle de la ville de Saint-Germain-En-Laye.

«L’inspiration c’est comme la mode, ça vient tout d’un coup. On ne sait pas pourquoi. Dans la rue, j’ai vu une Ford Mustang avec sa bande centrale sur le capot qui se prolonge sur le toit et j’ai transposé ça, avait d’ailleurs expliqué Daniel Hechter dans Une histoire populaire du PSG, 1970-2020 : 50 ans de passion, de Paris United.

Il s’agit d’un autre design «Hechter» mais blanc. Le même qui était porté par les Parisiens lors de la saison 1996-1997, saison de la 2e finale de Coupe des Coupes (battu par le FC Barcelone).

Souvent pointé du doigt par l’envie de se détacher de l’histoire depuis leur arrivée, les dirigeants qataris ont donc décidé de répondre favorablement aux envies des supporters.

Le partenariat avec Accor

Au-dessus de leur pile de dossiers chauds, les dirigeants parisiens n'ont pas eu à chercher loin: des 200 entreprises sollicitées au départ, c'est Accor qui a décroché le gros lot - le siège social du sixième groupe hôtelier mondial, qui représente un chiffre d'affaires de 3,6 milliards d'euros en 2017, n'est qu'à deux kilomètres du Parc des Princes, à Issy-les-Moulineaux...

Mais leur proximité ne s'arrête pas là. Le PDG d'Accor Sébastien Bazin a présidé le PSG entre février et septembre 2009, puis organisé la cession du club à l'actuel propriétaire qatarien QSI en 2011 en tant que dirigeant du fonds d'investissement Colony Capital.

Au conseil d'administration de l'entreprise française figure également, depuis 2017, Nicolas Sarkozy, un habitué de la corbeille du Parc. Supporter revendiqué du PSG, l'ancien président de la République avait joué l'intermédiaire entre Bazin et QSI au moment de la vente du club.

Enfin, le fonds souverain du Qatar (QIA) est l'un des principaux actionnaires d'Accor, avec 10,44% des parts au 31 décembre 2018... La connexion qatarienne? "Nous n'avons jamais été discutés avec aucun des actionnaires d'Accor. Ce n'est pas leur rôle de décider à la place du management", a répondu Bazin.

En unissant ses forces au groupe aux 4.800 hôtels, le PSG qui ambitionne de devenir une marque globale, espère atteindre de nouveaux marchés, "en Asie, l'Amérique du nord, l'Amérique latine, l'Europe..." énumère Al-Khelaïfi, et automatiquement générer de nouveaux revenus et respirer sur le plan du FPF.

"On peut vendre nos produits dans les hôtels, diffuser PSG TV (la chaîne du club) dans les chambres. On peut créer des packages pour les fans en déplacement, des camps d'entraînement dans leurs +resorts+ l'été, l'hiver ou tout le long de l'année", liste le président du PSG. Paris veut jouer sur tous les terrains.

Au-delà de ces liens, ce deal était une question de survie pour le PSG: il doit augmenter ses revenus s'il doit satisfaire aux exigences du fair-play financier (FPF) de l'UEFA, qui enquête depuis septembre 2018 sur ses comptes après le fastidieux été à plus de 400 M EUR pour recruter Neymar et Mbappé.

"C'est sûr que le montant est complètement différent et qu'il va permettre au club d'augmenter ses revenus."

"C'est très bien pour le club et pour eux. C'est le +deal+ le plus important que nous avons conclu jusque-là. Ils sont satisfaits, nous sommes satisfaits", a déclaré à l'AFP le dirigeant qatarien.

"Ce n'est pas cher mais c'est beaucoup d'argent", lui a répondu en écho le PDG d'Accor Sébastien Bazin.

Club Sponsor Revenu annuel (estimation)
Chelsea Yokohama 55 millions d'euros
Real Madrid Emirates 70 millions d'euros
PSG (avant accord Accor) (Ancien contrat) 20-25 millions d'euros

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