Le Chômage des Joueurs de Rugby en France: Situation Actuelle et Perspectives

Chaque intersaison, le rugby professionnel compte son lot de joueurs sans club. À environ deux semaines du début des championnats professionnels, le nombre de joueurs chômeurs est loin de l'explosion de l'an passé. Ils sont 34 actuellement. Explications.

La situation n’est pas réjouissante, donc, mais moins dramatique qu’il y a un an. Découvrons ensemble les dessous méconnus du 1er juillet dans le rugby pro!

Le Contexte Actuel

La LNR, la FFR et Provale ont conjointement décompté quatre-vingt-neuf joueurs sans club. La semaine dernière, la liste des chômeurs envoyée aux managers de Top 14 et Pro D2 ainsi qu’aux dirigeants des deux divisions nationales recensait quatre-vingt-neuf individus sans emploi.

Cette saison, on retrouve des chiffres beaucoup plus « habituels », avec 125 rugbymen sans club accompagnés par Provale depuis le 1er juillet. Loin des 213 de l’an dernier.

« Il en reste à ce jour 34 », confie à Actu Rugby le directeur général adjoint du syndicat, Malik Djebablah, ce 19 août, avant de nous expliquer pourquoi. « On est sur des statistiques disons plus raisonnables en raison des dépôts de bilan de plusieurs clubs (Hyères Carqueiranne, Blagnac et Dijon, N.D.L.R.), qui avaient énormément fait gonfler ce chiffre la saison passée ».

Si la liste des chômeurs n’est pas rendue publique par la Ligue nationale de rugby, la FFR et le syndicat Provale, c’est pour répondre au souhait des joueurs concernés, ceux-ci ne désirant pas apparaître en position de faiblesse et, par ricochets, inquiéter leurs proches. Afin de respecter les desiderata des uns et des autres, nous ne communiquerons donc pas les patronymes des chômeurs du rugby pro.

Répartition des joueurs chômeurs par poste

En revanche, on compte aujourd’hui parmi eux:

  • Seize piliers
  • Douze talonneurs
  • Dix deuxième ligne
  • Quinze troisième ligne
  • Treize demis de mêlée
  • Huit centres
  • Onze ailiers
  • Deux arrières
  • Un seul demi d’ouverture

Les initiatives de Provale pour l'accompagnement des joueurs

Comme tous les ans, le syndicat des joueurs a mis en place des actions pour accompagner les joueurs en quête d’un nouveau club. Des référents au sein de Provale sont présents pour accompagner chaque chômeur.

« La nouvelle présidence a pris le parti d’un accompagnement plus individualisé avec des référents qui suivent chaque semaine ces joueurs dans la mise en place d’un nouveau projet », reprend l’ancien talonneur d’Agen et d’Albi.

La cellule bien-être du syndicat, via un suivi psychologique et avec un préparateur mental notamment, aide également les chômeurs à traverser cette période particulièrement difficile.

Nouvel accompagnement pour les chômeurs en 2025-2026

Contrairement à l’an passé, aucun club ne les accueillera pour s’entraîner, comme l’avait fait Béziers pendant sa préparation estivale l’été dernier. Mais de nouvelles pistes sont en train d’être explorées.

Malik Djebablah dévoile l’une d’entre elles : « Nous travaillons actuellement avec une structure de développement et de perfectionnement pour les sportifs, afin que les joueurs sans club passent des tests en bonne et due forme avec des préparateurs physiques pour pouvoir justifier de leur état de forme auprès des clubs. » L’objectif est de la mettre en place dès 2025-2026.

En attendant, ces joueurs continuent de s’entraîner tout en explorant des pistes professionnelles au-delà du rugby, évidemment. « On les accompagne bien sûr en termes de formation et de reconversion également », conclut Malik Dejbablah.

Marché des transferts et joueurs en fin de contrat

Le marché des transferts étant actif tout au long de l'année, il peut être utile de garder un oeil sur les joueurs en fin de contrat à la fin de la saison pour voir qui est suceptible de quitter un club. Ici, nous nous interessons uniquement au Top 14 car c'est la compétition pour laquelle nous avons la plupart des dates de fin de contrat.

Les arrangements financiers et les "faux chômeurs"

Elle est devenue confidentielle, mais circule toujours de manière officieuse entre présidents, managers et recruteurs. Il s’agit de la fameuse « liste Provale », recensement annuel des joueurs professionnels sans contrat établi par le syndicat des joueurs. La liste n’est pourtant pas exhaustive. En cause : les nombreux arrangements liés aux « faux chômeurs ».

Paradoxalement, recruter un joueur sans contrat peut s’avérer très avantageux pour un club. En effet, ces derniers ne rentrent pas dans le groupe de 35 joueurs servant de base au calcul du salary cap. C’est pourquoi, pour certains joueurs, il peut être stratégiquement judicieux d’attendre le 1er juillet pour se déclarer officiellement « libre ».

Le Stratagème des Contrats "Chômage"

Plusieurs joueurs ont recours à des contrats dits "chômage". En quoi consiste-t-il ?

En fin de bail avec son ancien club en juin, le joueur s’inscrit au chômage. Et « sur la liste Provale des joueurs sans club », comme le stipulent les contrats des rugbymen cités au-dessus, que « Sud Ouest » a pu consulter. Il y a évidemment un deal avec le futur club. Qui propose une rémunération bien inférieure à la précédente.

France Travail complète ainsi jusqu’au plafond du chômage, à savoir 8 826,30 euros brut par mois.

Par exemple, Cornell Du Preez a signé au BO pour 2 000 euros brut par mois pour la saison 2024-2025, accompagné de 2 000 euros d’aide au logement. Au 1er juillet 2025, l’indemnité chômage étant régressive, le contrat du troisième ligne centre change du tout au tout pour ne pas le léser : 8 500 euros brut par mois. Et même 12 000 en cas d’accession au Top 14.

Masivesi Dakuwaqa touchait pour sa part 2 300 euros brut par mois cette saison. Il aurait dû passer à 7 800 euros brut mensuels les deux suivantes, touchant en plus cet été une prime de 50 000 euros en cas de maintien du BO en Pro D2. Mais son contrat a été rompu en février, conséquence de son agression sur Pierre Pagès.

Autre exemple, celui d’Enzo Selponi, qui émargeait cette année à 2 000 euros mensuels.

Intervention de la LNR

Face à ces pratiques connues mais peu encadrées, la Ligue Nationale de Rugby (LNR) a décidé d’intervenir. Désormais, chaque club professionnel ne pourra enregistrer que deux joueurs « chômeurs » maximum. Ce changement n’impacte pas directement la liste Provale, réservée aux seuls joueurs adhérents au syndicat.

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