Dans le monde professionnel actuel, de plus en plus de personnes cumulent plusieurs emplois, un phénomène connu sous le nom de "slashing". Ces individus, appelés "slashers", jonglent entre différentes activités professionnelles, souvent par choix et par passion. Guillaume Jamet est un exemple parfait de cette tendance.
Guillaume Jamet, Parisien de 28 ans, est à la fois DJ et producteur de musique avec son label Automatic Writing, et responsable développement durable chez Bouygues Immobilier depuis quatre ans. Ce sont ses études qui l'ont amené à suivre ces deux chemins opposés.
« J'ai passé six années en école de commerce à faire beaucoup la fête. C'est là que j'ai développé une passion pour la musique électronique. » Alors, forcément, quand il commence à travailler pour Bouygues Immobilier, Guillaume troque tous les week-ends son costume-cravate pour celui de DJ.
« Mais ça me prenait un temps fou. Cela devenait trop pénible à cause de la fatigue, j'avais peur que ça affecte mon boulot. » Bien décidé à ne pas arrêter la musique, le jeune homme décide alors de se consacrer à la production, en créant son label. Une passion qui l'oblige tout de même à travailler plusieurs soirs par semaine. « Je continue aussi un peu à mixer les week-ends, mais c'est de plus en plus rare. »
En France, quelque 4,5 millions de personnes cumuleraient plusieurs emplois, soit 16 % de la population active, a révélé une étude réalisée en août 2015 pour le Salon des micro-entreprises (SME). Depuis 2007, et le livre de l'Américaine Marci Alboher One Person/Multiple Careers, ces pluriactifs ont même un nom : les slashers, en référence à la barre oblique des claviers d'ordinateur « / », appelée slash.
Si le mot slasher est apparu aux Etats-Unis, il prend son sens aussi chez nous. La création du statut d'auto-entrepreneur, en 2008, devenu micro-entrepreneur le 1er janvier dernier, a amené des Français à envisager leur carrière professionnelle autrement. « Ce statut a favorisé l'exercice d'une activité indépendante en complément d'un emploi salarié », note l'Insee, dans un rapport sur le temps et les conditions de travail publié en 2016. Un tiers des slashers exercent d'ailleurs leur seconde activité en créant leur propre société.
D'autres facteurs, comme l'apparition des nouvelles technologies, ont facilité cette pluriactivité. « Grâce au téléphone portable, on peut travailler partout, tout le temps », remarque Jean Viard, sociologue et directeur de recherche associé au Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po.
Faut-il aussi y voir une conséquence de la précarité ? Visiblement non. Car si certains se mettent à slasher par nécessité, contraints par un mi-temps non voulu par exemple, 70 % des slashers assurent avoir choisi cette double casquette, selon l'étude réalisée pour le salon SME. Et même si l'argent reste la principale motivation, pour 27 % d'entre eux, il s'agit surtout de cumuler un job alimentaire avec une activité-passion, le plus souvent dans un secteur différent.
« Cela m'a permis de trouver un équilibre dans ma vie professionnelle », réagit par exemple l'une de nos témoins, Anne-Sophie Jeannin, à la fois attachée de presse en CDI et céramiste à son compte.
Les moins de 30 ans, comme elle, sont d'ailleurs les plus concernés par le phénomène. Environ 22 % des jeunes actifs additionnent au moins deux jobs. Le sociologue Jean Viard parle d'un phénomène générationnel. « Les jeunes d'aujourd'hui multiplient les expériences : ils ont fait un certain nombre d'études, ils multiplient les modes de vie, les histoires amoureuses… La discontinuité caractérise leur quotidien. »
La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a dressé le même constat : « Mettons-nous à la place d'un jeune qui entre sur le marché du travail aujourd'hui. Au cours de sa vie professionnelle, qui durera plus de quarante ans, combien de fois va-t-il changer d'emploi ? Combien d'activités exercera-t-il en même temps ? » s'est-elle interrogée le 6 janvier 2016 avant d'évoquer le « nombre de slashers » qui « progresse constamment ».
Pourtant, cumuler deux activités n'est pas une évidence et peut devenir un casse-tête en termes d'organisation. Au total, un slasher sur trois consacre au moins dix heures par semaine à sa seconde activité. Le plus souvent en parallèle d'un temps plein.
Pour Jean Viard, rien d'étonnant : « Les moins de 30 ans, aujourd'hui, sont hyperactifs. La jeunesse actuelle passe moins de temps à dormir que celles des anciennes générations, et n'a pourtant jamais eu aussi peu de temps libre. Elle veut toujours en faire plus, car elle a soif d'apprentissage, de découverte et de créativité. »
L'apparition de ce phénomène annonce-t-elle la disparition du CDI ? Non. En France, il représente environ 87 % des contrats de travail. Un pourcentage stable depuis une quinzaine d'années. Cependant, cela va de pair avec une hausse de l'envie d'entreprendre. Au début des années 2000, 20 000 à 30 000 entreprises se créaient chaque année. Le chiffre tourne autour de 50 000 depuis le lancement du statut d'auto-entrepreneur. Un pied dans un CDI, l'autre dans leur petite entreprise, les slashers n'ont pas fini de se multiplier.
Guillaume Jamet, à travers son parcours atypique, incarne cette nouvelle génération de professionnels qui n'hésitent pas à cumuler les passions et les compétences pour s'épanouir pleinement.
Voici un tableau récapitulatif des différentes professions et motivations des slashers mentionnés dans l'article :
| Nom | Profession Principale | Profession Secondaire | Motivation |
|---|---|---|---|
| Guillaume Jamet | Responsable développement durable chez Bouygues Immobilier | DJ et Producteur de musique (Automatic Writing) | Passion pour la musique électronique |
| Sidonie Siliart | Directrice artistique chez Homecore | Organisatrice d'événements autour du yoga | Passion pour le yoga et la cuisine bio |
| Anne-Sophie Jeannin | Attachée de presse | Céramiste (Saint-Sauveur) | Équilibre entre interaction sociale et travail solitaire |
| Ludovic Lutz | Manager chez Econocom | Créateur de Skypic (pilotage de drones) | Passion pour les nouvelles technologies |
