Ligue des Champions 1999 : Un Résumé Épique

La finale de la Ligue des Champions 1999, opposant Manchester United au Bayern Munich, reste gravée dans les mémoires comme l'un des matches les plus dramatiques et inattendus de l'histoire du football. Cette rencontre, disputée le 26 mai 1999 au Camp Nou de Barcelone, a été le théâtre d'un retournement de situation spectaculaire dans les toutes dernières minutes.

Le Contexte

Avant d'être mis au ban du continent, les Anglais avaient remporté huit des neuf Coupes d'Europe des Clubs champions mises en jeu entre 1977 et 1984. Bientôt réintégrés, ils ne retrouveraient la lumière qu'à la toute fin de la décennie qui s'ouvrait et à l'orée d'un XXIe siècle qui serait bien plus radieux pour eux. Ironie du sort, le retour en grâce de l'Angleterre s'effectuerait aux dépens d'Allemands et grâce à un… Ecossais. Grâce à un Ecossais, un Anglais et un Norvégien, devrait-on même préciser. Trois hommes. Trois destins. Trois revanches. Et une ambition : celle de conquérir l'Europe.

Cette conquête, matérialisée le 26 mai 1999, Alex Ferguson - l'Ecossais - l'avait en tête depuis toujours. Elle fut longtemps une hérésie. Parce que les Anglais n'étaient plus les bienvenus sur sol continental quand Fergie a pris les commandes de Manchester United en 1986. Mais aussi et surtout parce que les Diables Rouges n'avaient plus de méphistophélique que le (sur)nom.

Le Parcours des Équipes

Depuis la saison 1997/1998, la Ligue des champions a changé de format et accueille désormais les deuxièmes des huit plus grands championnats, en plus des champions. La phase de groupes est passée de 16 à 24 équipes réparties dans 6 groupes. Les premiers de chaque groupe étant qualifiés pour les quarts de finale ainsi que les deux meilleurs deuxièmes, tout groupe confondu.

Dauphin du FC Kaiserslautern en 1998, le Bayern Munich est contraint de disputer les barrages contre Obilic Belgrade et s’impose facilement (4-0, 1-1) avant d'atterrir dans le groupe D, celui de la mort en compagnie du FC Barcelone et de… Manchester United.

Manchester United et Barcelone se connaissent déjà. MU et le Bayern se découvrent. Dans quelques mois, ils ne pourront plus jamais s'oublier mais, jusqu'ici, les deux géants sont toujours passés à côté l'un de l'autre. Et si Manchester a soif de reconnaissance européenne, après son seul et unique sacre de 1968, le Bayern a faim de reconquête. Auteur d'un fantastique triplé réussi entre 1974 et 1976, le géant bavarois n'a plus rien à se mettre sous la dent depuis que Beckenbauer, Maier et compagnie sont passés de l'autre côté de la barrière.

Après deux journées, le Bayern n'a qu'un point au compteur. Manchester United, deux. Barcelone a pris les devants. Pas très longtemps. Allemands et Anglais - qui se neutraliseront deux fois - renversent la vapeur et passent. Le Bayern en sa qualité de premier du groupe, Manchester United - qui n'a pas perdu un match en poule - parce qu'il fait partie des deux meilleurs deuxièmes. L'histoire est en marche. Mais elle part de loin.

Après un premier tour relevé, MU va devoir franchir deux obstacles transalpins, l'Inter et la Juventus.

Le quart de finale face à l'autre club de Milan se passe bien. Victoire 2-0 à Old Trafford, un doublé de Dwight Yorke sur deux passes décisives de David Beckham. Refrain connu. Le retour à San Siro est un peu plus tendu parce que Paul Scholes ne soulage les siens qu’à la 88e minute de jeu. 1-1. Ça passe. United a pris son temps pour se mettre à l'abri.

La Juventus, finaliste des trois dernières éditions de la Ligue des champions, va s'en rendre compte à ses dépens. En demi-finale aller, les coéquipiers de Zinédine Zidane ouvrent le score à la demi-heure de jeu. Ryan Giggs répond… dans le temps additionnel (91e). Au retour à Turin, les petits gars de Ferguson réussissent un chef-d'œuvre d'abnégation. Menés 2-0 après onze minutes de jeu et un doublé de Filippo Inzaghi, les Mancuniens ne baissent pas la tête. Au contraire. Vingt grosses minutes après, grâce à deux réalisations signées Roy Keane et Dwight Yorke, les revoilà dans le siège du conducteur. Andy Cole enfonce le dernier clou dans les dernières minutes d'une demi-finale retour de légende. Mais dont le dénouement n'est qu'une péripétie au regard de ce qui va suivre, le 26 mai 1999.

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La Composition des Équipes

Quand United entre sur la pelouse du Camp Nou ce soir-là, l'équipe ne ressemble pas à ce dont Ferguson avait rêvé. Si le Bayern Munich doit composer sans deux de ses éléments-clé, Bixente Lizarazu et Giovane Elber, tous deux blessés, Manchester United ne peut compter sur ses deux pivots du milieu de terrain, Roy Keane et Paul Scholes, suspendus. Du coup, Ferguson n'a d'autre choix que de titulariser Nicky Butt dans l'entrejeu et il décide de l'associer à un certain David Beckham. L'idée s'est dessinée dans la tête de Ferguson lors de la dernière finale de Cup. Keane blessé en cours de match, il a replacé le Spice Boy dans l'axe. Bonne idée, Becks, ce n'est pas qu'un pied droit et une coupe de cheveux. C'est aussi un sacré combattant. Qui dit Beckham dans l'axe dit trou sur l'aile droite. C'est… Ryan Giggs, gaucher exclusif et habituel mangeur de craie de l'autre côté du rectangle, qui va s'y coller. Pourquoi donc ? Parce que le Gallois l'a déjà fait, au contraire de Jesper Blomqvist. Le Suédois sera donc aligné à gauche. Un échec absolu que Manchester United paie d'entrée.

Du côté de Manchester United, Alex Ferguson a dû composer sans ses régulateurs Paul Scholes et Roy Keane, suspendus pour cette finale. Il a donc décidé de placer David Beckham en milieu central, voire reculé, aux côtés de Nicky Butt dans son 4-4-2 à plat, en plus de titulariser Blomqvist à gauche pour permettre à Ryan Giggs de jouer en faux pied à droite. Cette formation a permis à Beckham d’évoluer dans un registre qui lui sera familier en fin de carrière, c’est-à-dire de jouer comme un « quaterback », soit un meneur de jeu reculé dont la mission est de balancer des longs ballons en profondeur pour les attaquants. Malgré le fait que Blomqvist et Giggs ont été davantage attirés par l’intérieur du jeu, Gary Neville et Dennis Irwin ont été plutôt discrets sur le plan offensif et n’ont pas vraiment apporter de la largeur au jeu mancunien.

Vainqueur de la Ligue des champions avec le Borussia Dortmund en 1997, Ottmar Hitzfeld a misé sur les mêmes principes de base pour façonner son Bayern Munich. On retrouve notamment une défense à 3 centraux avec un libéro (Matthäus remplace Sammer) et une grande liberté accordée aux joueurs offensifs. Privé de Lizarazu et surtout de Giovane Elber, blessés, Hitzfled concocte un 5-2-3 au coup d’envoi de la rencontre. Son plan de jeu est relativement similaire à celui employé deux ans auparavant contre la Juventus Turin. Faire défendre son équipe en bloc médian et compact, et miser sur le talent de ses joueurs offensifs pour faire la différence, notamment sur coup de pied arrêté.

Le Match

Sixième minute. Coup franc aux abords de la surface. Mario Basler s'y colle. Et raconte la suite : "On avait placé deux joueurs dans le mur et Peter Schmeichel ne pouvait pas voir grand-chose. J'ai vu qu'il était parti du mauvais côté et j'ai frappé sur sa gauche." La route du but est ouverte par Markus Babbel, qui s'efface du mur rouge et laisse un trou béant. Manchester United est mené. Comme d'habitude, serait-on tenté de dire. C'est vrai. Mais cette fois, c'est une finale. Et rien ne va dans le sens des Red Devils.

Sous la chaleur de Barcelone, on retrouve deux équipes bien en place dans les premières minutes du match. Manchester United met davantage le pied sur le ballon tandis que le Bayern Munich procède en contre. Sur l’une de ses transitions, Jancker se fait faucher juste à l’entrée de la surface de réparation, sur le coin gauche. Mario Basler et Stefan Effenberg discutent pour savoir qui doit frapper ce coup franc et c’est finalement le premier qui s'exécute et qui le tire fort à ras-de-terre côté gardien. Sans doute gêné par la position de Markus Babbel, situé à droite du mur de cinq joueurs de Manchester United, Peter Schmeichel, qui avait aussi anticipé en se déplaçant légèrement du côté opposé, est battu (1-0, 5e).

Le Bayern Munich démarre parfaitement sa rencontre au contraire de Manchester United qui enchaîne les petites erreurs techniques ainsi que les mésententes qui font sortir Schmeichel de ses gonds. La première occasion des Mancuniens intervient à la 15e minute, suite à une longue touche de Gary Neville qui provoque un cafouillage dans la surface de réparation du Bayern Munich profitant à Andy Cole. L'attaquant anglais se retrouve face à Kahn mais Effenberg parvient à tacler le ballon in extremis pour éviter le but.

Il faut donc attendre la deuxième période pour que les choses s'emballent. Dès le retour des vestiaires, Matthäus lance parfaitement Jancker en profondeur, qui parvient à tirer en déséquilibre malgré un tacle décisif de Johnsen (46e). 10 minutes plus tard, Manchester se crée une énorme occasion mais Blomqvist manque totalement sa reprise après un centre tendu de Giggs.

Alors que la défense du Bayern Munich semble imperméable, Alex Ferguson décide de prendre des risques en faisant entrer un attaquant central supplémentaire, Sheringham, à la place de Blomqvist. Manchester United se réorganise en 4-3-3 avec deux attaquants centraux Cole et Sheringham, tandis que Yorke est chargé de décrocher sur les deux côtés du terrain. Cette présence d’un attaquant supplémentaire met davantage la défense munichoise sous pression et qui concède une grosse occasion. À l’origine, on retrouve une touche longue de Neville que reprend Yorke dans la surface. Le Trinidadien parvient à servir Cole de la tête, qui tente un retourné qui file à côté du but de Kahn.

C’est le moment choisi par Hitzfeld pour faire entrer Scholl à la place du généreux Zickler (71e). Sur l’un de ses premiers ballons, Scholl réalise une ouverture parfaite pour Jancker qui remise pour Effenberg, lancé dans la surface. À cause du rebond, le maestro allemand est contraint d’effectuer une demi-volée lobée du gauche qui manque de puissance mais qui force tout de même Schmeichel à se déployer pour repousser la balle en corner. Le Bayern est dans un temps fort et manque de doubler la mise après une percée balle au pied de Basler depuis le côté droit, suivi d’un lob somptueux de Scholl, qui ricoche sur le poteau droit de Schmeichel, qui était battu (79e).

85e, sur un corner de Basler mal renvoyé par la défense mancunienne, Jancker réussit un retourné qui vient taper la barre transversale de Schmeichel, qui était encore une fois battu.

On arrive dans les arrêts de jeu de la rencontre, l’arbitre assistant signale 3 minutes de temps additionnel au moment où Manchester United gagne un corner. Schmeichel est monté dans la surface de réparation adverse pour forcer l’égalisation. Beckham frappe le corner qui est repoussé tant bien que mal par Fink, qui avait remplacé Matthäus. Le ballon parvient à Giggs à l’entrée de la surface, qui tente une reprise de volée du droit totalement écrasée mais la balle se dirige miraculeusement vers Sheringham dont la demi-volée en pivot permet à Manchester United d'égaliser (90e+1).

Alors que le temps additionnel touche à sa fin, Solskjaer, gagne un nouveau corner sur le côté gauche. Beckham le frappe encore une fois et vise le premier poteau. Sheringham coupe la trajectoire du ballon avec une tête croisée qui arrive dans les pieds de Solskjaer, qui reprend instantanément du cou-de-pied à bout portant. BUUUUT ! Manchester United parvient à inverser la situation en l’espace de 2 minutes et les Munichois sont littéralement à terre tandis que Kuffour pleure sur le terrain.

Dans la minute suivante, Pierluigi Collina siffle la fin du match et envoie les Red Devils au paradis.

Les Moments Clés

  • 5e minute: But de Mario Basler sur coup franc.
  • 90+1 minute: Égalisation de Teddy Sheringham.
  • 90+3 minute: But de la victoire d'Ole Gunnar Solskjaer.

Tableau Récapitulatif

Équipe Buteurs Minute
Bayern Munich Mario Basler 6'
Manchester United Teddy Sheringham 90+1'
Manchester United Ole Gunnar Solskjaer 90+3'

Ce soir-là, le ciel est tombé sur la tête des Munichois, dont le plan de jeu s’était déroulé à la perfection jusqu’à la 90e minute. Ce sont dans ces moments-là que l’on mesure à quel point le football est un sport à la fois cruel et merveilleux. Tout dépend de quel côté du terrain on se range.

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