Les Barjots : L'Histoire de la Légendaire Équipe de Handball Française

L'équipe de France de handball, surnommée "Les Barjots", a marqué l'histoire en remportant plusieurs titres mondiaux, et leur épopée reste gravée dans les mémoires. Retour sur cette équipe emblématique et son héritage.

L'Ascension des Barjots

En 1992, la France se présente aux Jeux Olympiques de Barcelone comme une nation mineure du handball. Lors de son premier mondial à Berlin deux ans plus tôt, elle avait terminé à une anonyme 9e place. "On est arrivé aux Jeux comme des enfants à Eurodisney" confesse Denis Lathoud, arrière gauche de l'époque. "Il y avait le village olympique, plein de stars qui se promènent, le bord de mer…".

"On avait regardé notre poule et lors d'un stage en Hongrie, on s'était dit : si on fait septième on se rase la tête, on se teint les cheveux en blond" ajoute-t-il. D'emblée, les Bleus s'imposent face à l'Espagne (18-16) et ne s'inclinent que d'un petit but contre la Communauté des états indépendants (23-22) future championne olympique. En battant pour la première fois l'Allemagne (23-20) puis la Roumanie et l'Egypte, les futurs "Barjots" accèdent aux demi-finales.

Chose promise, chose due, la plupart d'entre eux apparaissent face à la Suède cheveux peroxydés mais cela n'empêche pas leur défaite. Néanmoins, en venant à bout de l'Islande dans le match pour la 3e place, ils décrochent une médaille de bronze historique, propulsant le handball en pleine lumière sur le sol national. Ils tireront de cette distinction leur surnom de "Bronzés" avant de devenir "Barjots" pour leurs grandes gueules, leurs coupes de cheveux farfelues mais aussi leurs soirées mémorables d'après-match.

Le Premier Titre Mondial

Le 21 mai 1995 à Reykjavik, en Islande, les Barjots du handball entraient dans l’histoire du sport tricolore en devenant la première équipe à décrocher un titre mondial. Ils resteront à jamais les premiers, les Barjots, à décrocher le premier titre mondial dans un sport collectif pour une équipe de France. Le 21 mai 1995, trois ans après l’épopée des Bronzés qui les avait vus monter sur la troisième marche du podium aux Jeux olympiques de Barcelone, les Barjots viennent à bout de la Croatie en finale à Reykjavik (Islande), les propulsant sur le toit du monde du handball.

«Les Barjots » est le surnom de l'équipe de France de handball qui a disputé une première finale mondiale en 1993 (perdue face à la Russie 19-28 en Suède) puis remporté le championnat du monde 1995 en Islande en battant la Croatie 23-19 pour le titre, emmenée notamment par Denis Lathoud, Jackson Richardson et Frédéric Volle.

Le surnom de « Barjots » est dû à l'état d'esprit général des joueurs qui abordaient les compétitions dans des conditions toujours particulières, perdant face à des équipes abordables pour ensuite enchaîner des matches nettement meilleurs face à de grosses équipes. Les joueurs avaient aussi l'habitude de fêter des titres ou des médailles avec des coupes de cheveux très particulières à une époque où cela n'était pas courant. D'autres pratiques telles que le bizutage pour les nouveaux étaient fréquentes.

L'origine du sobriquet est né d'une simple interview entre Philippe Gardent, le capitaine et François Brassamin, journaliste de L'équipe, la veille de la finale de 1993, durant laquelle le journaliste demande à Gardent de donner un trait de personnalité qui illustre parfaitement chaque joueur de l'équipe de France. Au beau milieu de l'interview, le capitaine déclare : « on est tous des barjots ».

Pour la première fois de l'histoire, une équipe française de sport collectif s'installait sur le toit du Monde. Les secrets de cette réussite sont multiples. "On s'est forgé tout seul et même arrivés en haut de l'affiche, on n'avait pas cette rigueur, on était juste content d'avoir des résultats ensemble". Pour l'ailier Greg Anquetil "dans cette équipe tout coulait de source" et "l'amitié vache" qui unissait le groupe l'a surpris à son arrivée.

L'ex-international confesse même que "cette équipe marchait sur un fil et ça a parfois vacillé". L'exemple du Mondial 95 gagné à Reykjavik est à ce titre évocateur. Au bord de l'implosion après les matches de poule, le groupe improvise une réunion dans un café de la capitale islandaise pour tout remettre à plat et aller au bout.

Les Barjots ne sont pas nés au pied du mont Esja, ni dans les sources d’eau chaude. Mais c’est bien là, à Reykjavik, qu’ils ont atteint, le 21 mai 1995, le sommet d’une trajectoire pas comme les autres. Les Barjots remportent le premier titre mondial de sport collectif de l'histoire du sport français.

Composition de l'équipe des Barjots

Voici les joueurs qui ont composé l'équipe des Barjots et leur situation actuelle :

  • Christian Gaudin (gardien): Il a connu de nombreuses expériences sur des bancs avant d’arriver sur celui de Cesson Rennes en 2018.
  • Bruno Martini (gardien): Après avoir été un immense gardien, a rempli son armoire à trophée en tant que manager général du PSG.
  • Frédéric Volle (arrière): Il est l’un des seuls à ne plus faire partie du monde du handball aujourd’hui. Il est devenu maître-chien au Canada.
  • Denis Lathoud (arrière): Il est aujourd’hui entraîneur de Strasbourg en Proligue depuis 2019.
  • Guéric Kervadec (pivot): Il est entraîneur en N3 au Pays d’Auray, dans le Morbihan. Avant ça, il a connu une expérience de Directeur sportif à Créteil en 2010.
  • Grégory Anquetil (ailier): Si vous êtes un assidu des retransmissions des matches de handball, vous l’avez sûrement vu ou entendu sur la chaîne L’Équipe où il est consultant.
  • Laurent Munier (demi-centre): Depuis 2002 où il a pris sa retraite, il est le manager général de Chambéry, son dernier club. Le club savoyard a remporté un Trophée des champions (2013) et une Coupe de France (2019).
  • Jackson Richardson (demi-centre): En 2014, il a débuté une carrière d’entraîneur prenant en main Dijon de 2015 à 2018 et Chambéry de 2014 à 2015. Il est également le sélectionneur du Gabon depuis 2017 qu’il mène à la 5e place du championnat d’Afrique des Nations en 2018 à domicile, le meilleur résultat du pays dans cette compétition.
  • Stéphane Stoecklin (arrière): Depuis la fin de sa carrière à Chambéry, il est parti tenter l’aventure en Asie.
  • Patrick Cazal (arrière): En 2008 il entre au club de Dunkerque en tant qu’entraîneur. D’abord en qualité d’adjoint auprès de l’ancien cessonnais Yérime Sylla, puis en tant que numéro un lors de la saison 2011.
  • Philippe Gardent (pivot): Entraîneur de Toulouse depuis 2015, il a effectué un passage à Paris sous l’ère Qatari, démarré en 2012.
  • Thierry Perreux (ailier): Il est coordinateur technique au PSG. Auparavant, il était entraîneur-adjoint de Zvodimir Serdarusic, également au PSG.
  • Daniel Constantini (sélectionneur): Après avoir mis un terme à sa carrière d’entraîneur d’abord au Stade Marseillais de 1973 à 1985 puis à la tête de l’Équipe de France pendant 16 ans jusqu’en 2001, il est devenu consultant Radio pour RMC Sport. En 2010, il est élu meilleur entraîneur de handball de tous les temps selon la Fédération internationale de handball (IHF), devançant le Suédois Bengt Johansson avec 6,88 % et le Russe Igor Tourtchine et le Roumain Ioan Kunst-Ghermănescu.

Héritage et Influence

"Cette équipe a d'abord fait rire, elle a ensuite fait peur" souligne Greg Anquetil, avant de nous rafraîchir la mémoire. "Il y avait quand même les meilleurs joueurs du monde à leurs postes avec Stéphane Stoecklin, Jackson Richardson, Lathoud, Volle, Munier, Quintin, Gardent, Péreux…".

Cette incontrôlable bande de potes "qui n'avait aucune conscience de la rigueur du professionnalisme " dixit Lathoud a confirmé tout son potentiel après Barcelone avec une deuxième place au Mondial 93 avant un sacre historique en 1995.

Depuis, le handball français vit une époque dorée, trustant de nombreux podiums internationaux sous la houlette des "Costauds" puis des "Experts". Dans cet intervalle de vingt ans, les Français ont disputé huit finales internationales pour sept titres gagnés. Et si les descendants des "Barjots" ne sont plus aussi déjantés, il n'en reste pas moins tout autant carnassiers.

La phrase est signé Grégory Anquetil, international de 1993 à 2005. Elle résume à elle seule l'influence qu'ont eue les "Barjots" sur le handball et sur les sports collectifs français en général.

Les Barjots venaient de naître sur la terre nordique, se créant une légende, qui aujourd'hui encore, représente une marque de fabrique reconnue et appréciée. Aussi, les Barjots font encore rêver. Il est vrai que dans leurs rangs figuraient des personnalités et des hommes allant jusqu'au bout de leurs défis.

Provocateurs, physiquement forts, moralement invulnérables, ils allaient faire de cette affirmation de supériorité le ciment de leurs victoires. Un brin déjantés, le nom de « barjots » ne pouvait que leur coller à la peau. Aujourd'hui, cette appellation reste forte dans les esprits car elle porte en elle cette notion de fierté qui a donné au sport français sa soif de gagner.

La victoire islandaise de 1995 est l'un des tournants intellectuels des sports collectifs tricolores. Aujourd'hui, cela peut paraître une évidence. Depuis 1995, beaucoup de joueurs ont fait leur petit bonhomme de chemin.

«Quelque part, la première fois où on est champion du monde, c’est un peu comme avec la première femme, on ne l’oublie jamais», se souvient Grégory Anquetil, également titré en 2001 à Bercy.

Les Barjots remportent le premier titre mondial de sport collectif de l'histoire du sport français.

Lathoud se remémore: «On avait commencé le soir à 21h après le repas et on a fini à deux heures du matin. Au petit déjeuner, les adversaires ont halluciné. Ils ont dû se dire qu’on était ravagés, que le seul truc auquel on pensait avant une finale mondiale c’était de déconner !»

Cette attitude démontrait surtout l’absolue confiance qui transpirait de cette équipe, quitte à, parfois, passer pour de l’irrespect voire de l’arrogance. «Il y en a qui n’aimaient pas du tout, notamment les pays de l’Est ou les Suédois, et d’autres qui étaient très fans».

«Comme on était plus sur du design à valeur ajoutée (sic), j’ai vu surtout des rigolades autour de nous», sourit Eric Quintin.

En 1995, le handball n’en était qu’au début de son processus de professionnalisation. «On a vécu comme nos anciens, en essayant d’en jouir le plus possible», analyse Eric Quintin, devenu entraîneur de l’équipe de France jeunes, pour qui c’était «quasi incompréhensible» la première fois qu’on lui a proposé de l’argent pour jouer au hand.

A l’entraînement, les joueurs se chauffent, se chambrent constamment et sont parfois à deux doigts d’en venir aux mains. «On était sanguins», admet Perreux.

L’échec des JO d’Atlanta en 1996, où la nouvelle génération n’a pas su s’intégrer aux anciens, a marqué la fin des Barjots.

«Il y avait une telle envie de vivre dans cette équipe qu’à un moment donné, ça débordait dans tous les sens, estime Anquetil. Tout était démesuré chez les Barjots. Dans les soirées, c’était hors du commun. Dans l’amitié entre les joueurs, c’était extrême. Et quand il a fallu que ça explose, c’était extrême aussi.»

Restent alors les liens tissés, qui eux sont éternels.

Les Barjots ne sont pas nés au pied du mont Esja, ni dans les sources d’eau chaude. Mais c’est bien là, à Reykjavik, qu’ils ont atteint, le 21 mai 1995, le sommet d’une trajectoire pas comme les autres.

Extrait archives M6 Video Bank // Interview d'Anémone (20H Paris Première - 1996)

Les Barjots remportent le premier titre mondial de sport collectif de l'histoire du sport français.

Tableau des Titres et Médailles des Barjots

Année Compétition Résultat
1993 Championnat du Monde en Suède Médaille d'argent
1995 Championnat du Monde en Islande Médaille d'or
1996 Jeux Olympiques d'Atlanta 4e place

Hommage à Denis Lathoud

Le monde du handball, et plus largement le sport français, est en émoi. Denis Lathoud, un membre emblématique de l’équipe de France de handball connue sous le nom des ‘Barjots’, est décédé à l’âge de 59 ans.

Annoncé par Philippe Bana, président de la Fédération française de handball, cette nouvelle plonge le milieu sportif dans un profond chagrin. Le parcours de Lathoud, tant en tant qu’athlète qu’entraîneur, marque une époque dorée du handball tricolore et laisse un héritage indélébile dans la mémoire collective.

Né le 13 janvier 1966 à Lyon, Denis Lathoud a su tirer parti de sa stature impressionnante de 1,98 m pour briller au poste d’arrière gauche. Sa carrure massive, couplée à une agilité remarquable, lui a permis de devenir l’un des joueurs les plus redoutables sur le terrain.

En 1995, il a conquis le titre de champion du monde avec les ‘Barjots’, une équipe qui alliait talent, solidarité et passion. Cet exploit a non seulement marqué l’histoire du handball, mais a également placé la France sur la carte mondiale du sport.

Si le départ de Denis Lathoud laisse un vide immense, son héritage perdurera dans le cœur des amateurs de handball. Il a ouvert la voie à de nombreux jeunes athlètes, prouvant que le travail et la persévérance peuvent mener à des accomplissements extraordinaires. La mémoire de Lathoud continuera de vivre à travers les récits et les victoires, notamment celles des ‘Barjots’. Ses contributions au sport doivent être célébrées et rappelées aux nouvelles générations, qui pourront s’inspirer de son parcours.

Après avoir raccroché les crampons, Lathoud a poursuivi sa passion du handball en tant qu’entraîneur, marquant une nouvelle étape dans sa carrière. L’entraîneur du Dijon Bourgogne Handball a transmis son expérience aux jeunes talents, jouant un rôle essentiel dans leur développement. La transition vers le coaching n’est pas toujours facile, mais pour Lathoud, elle est née d’une volonté profonde de transmettre son savoir-faire et sa passion. Son parcours professionnel en tant qu’entraîneur a été jalonné d’expériences enrichissantes, lui permettant de perpétuer l’héritage qu’il a contribué à construire en tant que joueur.

A la suite du décès de Denis Lathoud, le monde entier du handball rend hommage à un athlète qui a marqué l’histoire de ce sport. Des messages de condoléances affluent de la part d’anciens coéquipiers, d’entraîneurs et de jeunes athlètes qui ont eu l’honneur de le connaître et de travailler avec lui.

Denis Lathoud a laissé un héritage qui ne peut être effacé. Son parcours glorieux et son dévouement indéfectible pour le handball en ont fait une légende incontestée de ce sport.

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