L'histoire du rugby à La Voulte-sur-Rhône, en Ardèche, est intimement liée à celle des frères Cambérabéro et à un titre de champion de France de 1970 qui a marqué les esprits. Ce récit est celui d'une petite ville qui a su se hisser au sommet du rugby français grâce à une combinaison de talent, de travail acharné et d'un soutien indéfectible de sa communauté.
La Voulte, commune de l’Ardèche, demeure la plus petite localité jamais sacrée championne de France. On parle ici du Bouclier de Brennus, le vrai, pas d’un titre de série régionale.
L'histoire du club voultain ne se résume pas à cet unique fait d'arme. Guy Cambérabéro soulignait que le club a joué une demi-finale en 1959, puis en 1965 et donc en 1970. Et hormis 1961 où ils n'atteignaient pas les phases finales, ils ont toujours joué au moins les 16ème. Un véritable exploit pour une formation qui évoluait 15 ans plus tôt à l'échelon inférieur.
Les Frères Cambérabéro : Des Légendes du Rugby
Guy Cambérabéro, décédé récemment à l'âge de 87 ans, et son frère Lilian ont marqué leur époque avec deux victoires dans le tournoi des 5 nations dont un premier grand chelem avec le XV de France en 1968 et ce titre historique de champion de France avec La Voulte en 1970 contre Montferrand sur le score de 3 à 0.

Originaires des Landes, les frères Cambérabéro ont été recrutés par La Voulte en 1955. Lorsque nous sommes arrivés, La Voulte jouait en Deuxième division, mais c'était déjà une belle formation. Guy était International C en arrivant et a donc débuté directement en Equipe 1, moi j'ai gagné ma place au fur et à mesure. Et dès notre première saison, nous montons.
Petit à petit l'équipe s'impose sur le devant de la scène, devenant le porte drapeau d'une région amoureuse du ballon ovale qui vient au stade en masse… 11.000 personne se pressant dans les travées pour voir jouer La Voulte, alors que la ville compte à peine 5.000 habitants !
Un Hommage Posthume
Une tribune Guy et Lilian Cambérabero devait être inaugurée ce vendredi au stade Battandier-Lukowiak de La Voulte-sur-Rhône (Ardèche) mais au lendemain du décès de Guy Cambérabero à l'âge de 87 ans, l'inauguration s'est transformée en hommage.
Cinq jours après la mort de Guy Camberabero, près d'un millier personnes se sont rendues ce mardi 31 octobre au stade Battandier-Lukowiak de La Voulte pour lui rendre un dernier hommage. L'ancien international ardéchois, légende du rugby, est décédé à l'âge de 87 ans.
Sur le même thème Guy et Lilian Camberabero ont désormais leur tribune à La Voulte-sur-Rhône (Ardèche). Elle a été inaugurée ce mercredi en présence du président de la FFR Florian Grill et des enfants des deux frères champions de France en 1970 avec le club voultain.
Le Titre de Champion de France en 1970
En 1970, La Voulte a réalisé l'exploit de remporter le Championnat de France contre Montferrand sur le score de 3 à 0. Une victoire 3-0 en 1970 contre l’AS Montferrand au Stadium de Toulouse. Pas la finale la plus flamboyante de l’Histoire, mais la plus symbolique, à plus d’un titre.
Cette finale 1970 n’eut rien d’un sommet. Avec une modestie qui l’honore, Guy Cambérabéro est le premier à le reconnaître : « On ne se prenait pas pour le Grand Lourdes, on savait qu’on n’avait pas les moyens de surclasser nos adversaires. Nous étions les petits, les modestes pas forcément attendus à ce niveau. On se contentait de la victoire, même avec des scores étroits. On faisait ce qu’on pouvait, et notre entraîneur mettait parfois des troisième ligne au centre. »
Le plus incroyable, c’est que ce jour-là, Guy, maître artilleur avait tout manqué au pied sous le ciel gris toulousain : « Je peux le dire maintenant, puisqu’on a gagné. La pelouse du Stadium de Toulouse n’avait pas été tondue. L’herbe faisait vingt centimètres, c’était lamentable, on ne pouvait pas botter, d’autant plus que nous n’avions pas de sable pour placer le ballon. Si nos adversaires avaient tout passé, je n’aurais rien dit. »
Un collectif sans talent offensif supérieur, un pack sérieux et dur au mal, mais sans puissance remarquable : ce « La Voulte 1970 » n’était pas un épouvantail.
Rugby : défilé triomphal de l'équipe de La Voulte championne de France de rugby
« L’euphorie qui a suivi en fut d’autant plus forte, d’autant plus que c’était une année compliquée, le club s’était qualifié de justesse, se souvient Jean-Luc Averous alors espoir et supporter. Nous avions douze blessés en début de saison, dont mon frère Lilian. Nous avions très mal commencé, mais en décembre, nous avions fait un repas avec le président et l’entraîneur pour mettre les choses au point. Et puis nous sommes allés à Chalon pour passer une après-midi horrible, sous la pluie Nous avons gagné et tout s’est enchaîné.
Les Voultains expliquent souvent que le grand match de la phase finale, ce fut la demie gagnée à Bordeaux face à Agen, archi-favori. 9-3, combat dantesque marqué par la férocité des Agenais contrariés. « Un match que nous avons fini à quatorze car Michel Savitzky avait pris un mauvais coup, croyez-moi ce n’était évident. Mais on ne s’était pas affolés » ajoute Guy Cambérabéro. La Voulte était clairement un « Petit Poucet ».
La Voulte, sacré champion de France 1970. Si la finale, remportée 3-0 avec un essai de Renaud Vialar, ne restera pas comme un grand moment de rugby, La Voulte a su décrocher son rêve.
En bout de ligne, Renaud Vialar trouvait la faille. Son essai allait offrir le titre au La Voulte Sportif. Aussi inattendue que rêvée, cette victoire en finale fut dignement fêtée dans les vestiaires avec le président Rampa (au premier rang). C'était le jour de gloire pour "Cambé" et Noble qui touchaient du doigt le doux songe d'une nuit printanière.
Plus de 12 000 personnes attendaient leurs héros sur la place de La Voulte. Du jamais vu dans la petite cité ardéchoise.
Le Rôle de l'Usine Rhône-Poulenc
Derrière cette réussite, il y avait un atout majeur : l’usine de textile artificiel Rhône-Poulenc, un paquebot industriel qui a compté jusqu’à 1 200 employés. À La Voulte, Rhône-Poulenc était propriétaire de la piscine, du Stade, de la moitié des maisons.
« 80 % de l’effectif travaillait à l’usine, avec des horaires adaptées pour pouvoir s’entraîner. Indirectement, La Voulte était l’un des premiers clubs professionnels de l’Histoire. Et ceux qui ne travaillaient pas à Rhône-Poulenc, étaient liés à la société parce qu’ils étaient commerçants et qu’on leur achetait des fournitures ou parce qu’ils étaient petits chefs d’entreprise et qu’ils devenaient sous-traitants.
Il fallait un homme providentiel pour forger ce destin, il s’appelait Jean Palix, directeur général de l’usine Rhône-Poulenc, le vrai père du La Voulte Sportif. Avait-on besoin d’un arrière ? D’un deuxième ligne ? Il débloquait un emploi illico depuis son bureau directorial.
C’est Jean Palix qui a fait venir les deux frères Cambérabéro à La Voulte en 1955. « Le médecin du club, le docteur Delvecchi qui était Bayonnais passait ses vacances sur la côte landaise, il se renseignait sur les joueurs du cru. On lui avait parlé de nous qui jouions à Tyrosse, il a signalé notre existence à Jean Palix. » Le patron embaucha les deux « Cambé » à l’usine et même leur père, Robert. Le système fonctionnait ainsi.
« Moi je suis né à Béziers, mais c’est mon père, international militaire qui fut recruté comme simple ouvrier avant de finir DRH de Rhône-Poulenc, fruit de ses cours du soir. L’entreprise vous donnait une chance de vous former » poursuit Averous, finalement pur produit du LVS.
« Mais attention, ce n’était pas un club d’entreprise au sens strict, le LVS fédérait autour de lui à cent kilomètres à la ronde. Il fallait bien ça pour remplir pour faire venir 11 000 à 12 000 spectateurs dans le stade d’une ville de 6 000 habitants. Et puis, tous les jeunes du coin voulaient venir à La Voulte, devenu une école de référence.
Mais ce titre appartenait déjà à une deuxième ère voultaine : le patron de la manufacture, Jean Palix avait pris du recul : « Serge Rampa était arrivé. Il avait une entreprise de BTP au Pouzin, une commune voisine, et ne connaissait rien au monde du rugby. Mais c’était un homme formidable, je n’ai jamais entendu quelqu’un dire du mal de lui. Son arrivée a marqué un changement, Jean Palix n’était pas un président présent à nos côtés. Il s’occupait du club d’assez loin, il ne nous aurait jamais suivi en déplacement à Biarritz. Serge Rampa, lui, montait dans le bus avec nous. »
« Il nous donnait les moyens de réussir. J’ai monté des cabinets d’assurance, indirectement, je lui dois beaucoup, il m’a donné le sens des valeurs nécessaires. Ce titre de 1970 on l’a aussi interprété comme la rencontre d’un club, d’un président, et d’un entraîneur : Jean Liénard, figure truculente et meneur d’hommes.
« Il reste le grand entraîneur du club, la référence absolue. Un fort en gueule ? Oui, mais bienveillant et charismatique. Je l’ai toujours vouvoyé, détaille Averous. Il était très complémentaire de Rampa, on ne pouvait les dissocier. »Guy Cambérabéro ne risque pas non plus d’oublier ce mentor : « Il savait s’adapter à ses hommes, à leurs caractéristiques. Il savait aussi leur parler. »
Sur la base du système Palix, le club échappa à l’image du club usine pour muscler sa formation. La preuve avec ses titres Reichel et cadets du début des années 80, le LVS continuait à fédérer l’Ardèche alors que depuis 1976 Rhône-Poulenc n’en finissait pas de décliner jusqu’à la fermeture complète.
Le Déclin et l'Héritage
Mais dans une région ou le tissu économique n'était pas le plus vivace, ce que la prestigieuse entreprise avait apporté au club, elle le reprit en s'éclipsant, annonçant un déclin progressif d'un Champion de France.
« Le club a réussit à se qualifier constamment jusqu'en 74, mais les problèmes du club ont été précédés par ceux de l'usine. Elle est passée de 2.500 employés en 1964-1965 à 35 dans les années 80, et comme elle ne fournissait plus de travail, le club n'attirait plus de joueurs… il y avait bien sur moyen de caser un ou deux joueurs dans les petites entreprises de la région, mais plus comme pouvait le faire la grande entreprise, et petit à petit, La Voulte a décliné » concède l'ancien demi de mêlée international, l'air triste.
Puis, peu à peu, le LVS fut aspiré vers les profondeurs jusqu’à la fusion de 2010 avec Valence (une autre histoire à raconter) et la création d’un autre club voultain reparti du plus bas niveau. Parmi les internationaux récents, le Rochelais Kevin Gourdon porte encore la terre voultaine accrochée à ses crampons.
Aujourd'hui en Fédérale 2, La Voulte tente de survivre, et vise une montée qui ne lui est pas impossible au regard de l'effectif et de la motivation des décideurs comme l'apprécie beaucoup Lilian Cambérabéro : « l'équipe dirigeante, menée par Jean-Louis Reyes fait du très bon travail, mettant l'état d'esprit en avant, restant ainsi dans la ligne directrice qui a toujours été celle du club… et je crois qu'ils ne sont pas loin de monter ».
Lilian Cambérabéro n'a rien perdu de sa joie naturelle et de sa gouaille, même si son regard se perd dans le vague en passant au passé : « Il est difficile de voire le club descendre et descendre encore… Mais ce qui me rassure et maintien l'espoir, est que La Voulte reste fédérateur, que ce soit pour les joueurs ou pour les supporters ».
L'histoire de La Voulte Rugby Cambérabéro est une source d'inspiration pour les petites villes et les clubs modestes qui rêvent de grandeur. Elle témoigne de la puissance du collectif, de l'importance du soutien local et de la capacité du sport à unir une communauté autour d'une passion commune.
Tableau récapitulatif des moments clés de l'histoire de La Voulte Rugby
| Année | Événement |
|---|---|
| 1955 | Arrivée des frères Cambérabéro à La Voulte |
| 1956 | Montée en première division |
| 1959 | Demi-finale du championnat de France |
| 1965 | Demi-finale du championnat de France |
| 1968 | Premier Grand Chelem de l'équipe de France avec les frères Cambérabéro |
| 1970 | Titre de champion de France contre Montferrand |
| 2010 | Fusion avec Valence |
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