L'ascension d'une arbitre de rugby : briser les barrières et inspirer les femmes

Être arbitre de rugby professionnelle en France est une exception, mais la place des femmes dans l’arbitrage a évolué ces dernières années. On est passé d’environ 4 % d’arbitres féminines en 2019 à presque 7 % aujourd’hui, ce qui donne 190 femmes pour 3 000 arbitres, tous niveaux confondus, dont 24 évoluent au niveau national. Ça évolue, c’est vrai, mais je trouve que ça n’évolue pas assez vite. Récemment, je me suis amusée à faire des ratios. Si l’on se base sur le nombre de joueurs par rapport au nombre d’arbitres masculins, il faudrait que l‘on double notre effectif pour atteindre ce ratio joueuses-arbitres féminines, ce qui signifie qu’il faudrait que l‘on ait, en gros, 400 arbitres féminines.

En tant qu’arbitre professionnelle, j’ai aussi pour mission de créer des projets de développement de l’arbitrage féminin. Je suis partie d’une page blanche et c’est assez monstrueux à construire. Je suis aidée par des bénévoles, des gens sur le terrain parce qu’il m’est impossible d’aller dans tous les clubs, dans toutes les villes pour promouvoir l’arbitrage féminin. Cela me permet d’avoir des relais sur le territoire qui aident à mettre en avant la pratique féminine.

Je pense que, pour adhérer à l’arbitrage de manière générale, il faut y avoir goûté un peu et je me dis que ça, ça passe d’abord par de l’éducation à l’arbitrage et ce dès l’école de rugby ou au début de la pratique, avant 18 ans. C’est ça qui, à terme, va faire que l’on y prend goût ou pas. En revanche, si on n’a jamais touché un sifflet, on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre, on se dit juste que l’arbitre, c’est le méchant et on ne se projette jamais dans ce rôle-là.

Parmi ces opérations, il y a la semaine de l’arbitrage en collaboration avec La Poste. Tout est arrivé un peu par hasard. L’an dernier, lors de la finale du Top14, j’ai rencontré le responsable de communication de La Poste et je lui ai dit que, au lieu de travailler chacun dans son coin pour l’arbitrage féminin, nous pourrions peut-être envisager de travailler tous ensemble pour trouver des solutions communes.

Oui, c’est un comité très récent qui existe depuis septembre 2024 et qui ne peut faire que grandir. En matière d’arbitrage, il y a des fédérations qui sont très en avance, celle de handball par exemple qui est quasiment à 50/50 hommes-femmes et qui a mis pas mal de choses en place pour parvenir à ce résultat. Si, parmi elles, certaines n’ont pas eu le résultat escompté, ça ne sert peut-être à rien de perdre notre énergie sur ces choses-là en rugby.

La question de la légitimité, c’est vraiment un point qui revient fortement. Aujourd’hui, quand on est une femme arbitre, on se retrouve à participer à des réunions où l’on est parfois la seule dans un groupe où il y a quarante garçons. Tout cela fait que l’on se met un peu à l’écart dans la pièce, que l’on n’ose pas forcément prendre la parole et on finit par se demander ce que l‘on fait là. En ce qui me concerne, ça n’a jamais été un frein. On dit souvent que la femme a un crédit supplémentaire quand elle débute un match, c’est-à-dire qu’on lui laisse le bénéfice du doute tout en sachant qu’elle peut le perdre beaucoup plus vite qu’un garçon. C’est un peu comme dans la vie professionnelle aujourd’hui, dans certaines entreprises, la place de la femme n’est pas encore beaucoup mise en valeur. Ceci étant, les choses évoluent et, à mon sens, elles évoluent positivement. J‘ai commencé l’arbitrage il y a quinze ans et à l’époque, ce n‘était vraiment pas drôle.

Pour être honnête, au début, l’arbitrage était clairement un plan B parce que, quand on aime le jeu, on sait que l’on ne connaitra plus les sensations que procurent une victoire ou le fait de gagner une compétition avec l’arbitrage. Victoire ou défaite, tout cela nous importe peu quand on est arbitre. Je me suis longuement posé la question de savoir si je tentais ou pas de me lancer dans cette voie et c’est aussi pour cela que j’ai fait de l’entraînement en parallèle. En tant qu’entraîneur, j’ai trouvé néanmoins que je n‘avais pas assez d’impact. Quand on a 20 ans, on a envie de courir, de participer au jeu et tout ça a fait que j’étais un entraîneur qui criait beaucoup parce que j’avais envie de ça, envie de jouer. L‘arbitrage m’a permis de redevenir actrice du jeu.

Il faut savoir que, quand je jouais, je n‘aimais pas les arbitres parce que je les trouvais toujours nuls. J‘étais assez intransigeante. Je trouvais qu’ils rataient toujours des situations, que l’on était toujours désavantagées… Il est bien connu que, quand on perd un match, c’est la faute de l’arbitre ! Quand on se retrouve avec le sifflet, on se rend compte de tout ce qu’il faut voir, de tout ce qu’il faut maîtriser. Moi, ça a complètement changé mon image de l’arbitrage.

Oui même si, au début, c’était dur parce que je suis hyper perfectionniste. Moi, j’aimerais toujours avoir le match parfait mais on comprend, avec le temps, que la perfection n’existe pas dans l’arbitrage, qu’il y a toujours quelque chose à redire. C’est ça qui fait que l’on peut aller vers le haut niveau, cette capacité de se remettre en question, de modifier rapidement ses erreurs et d’éviter de les reproduire. Tout cela a eu un gros impact sur l’image que j’avais de moi et en termes de caractère car j’ai complètement évolué entre mes débuts à 20 ans et mes 35 ans aujourd’hui.

Les insultes sexistes. J‘ai vécu des choses assez violentes, on m’a craché dessus… Quand on débute et qu’on a 20 ans, on ne s’attend pas à ça, on croit que le rugby est une grande famille, que tout le monde est copain et on se rend compte en réalité, en tant qu’arbitre, qu’on est très seul, très isolé. Je me souviens que lors de mon 3e ou 4e match, j’ai pris une mauvaise décision et que ça s’était très mal passé. Heureusement, ce jour-là, j’étais accompagnée. Je suis rentrée dans le vestiaire en pleurs en disant que je ne voulais plus jamais vivre ça, que je ne voulais pas passer mon temps à me faire insulter par tout le monde. Moi, je débutais et j’étais nulle car il ne faut pas croire que quand on démarre l’arbitrage, on est bon. Non, il faut apprendre. Résultats des courses, je suis retournée sur le terrain la semaine suivante et ça s’est beaucoup mieux passé.

Ce genre de mésaventures, ce sont des épiphénomènes, mais cela fait que l’on perd des arbitres parce que l‘on n’arrive pas à gérer notre stress, à gérer nos émotions. Je pense qu’il y a une partie mentale de l’arbitrage qui est devenue très importante et qui n’est pas incluse dans nos formations.

Il y a quinze ans, le crédit dont je parlais plus haut, celui que l’on a au début du match, on ne l’avait pas. On partait du principe qu’une femme de 20 ans qui vient arbitrer un match de rugby, elle ne connaît rien à ce sport. Il y avait un a priori négatif sur les femmes arbitres. En fait, c‘est presque l’inverse. Entre femmes, on se fait moins de cadeaux et c’est ça le danger. Lorsque je fais un match féminin, je sais qu’il ne faut surtout pas le prendre à la légère au prétexte que ça reste des filles, que ça va un peu moins vite en termes de vitesse de jeu...

C’est vrai qu’il suffit qu’une fille ne soit pas bonne pour que l’on entende dire que toutes les filles arbitres sont nulles. C’est une grosse pression, d’autant plus que je suis, pour ma part, la seule professionnelle, ce qui signifie que je suis la seule un peu médiatisée et ça, ça me laisse peu de marge d’erreur. Il reste qu’il est important, dans tous les sports, d’avoir une figure qui montre la voie et qui montre que c’est possible.

Une femme arbitre de Top14, ça ne s’est jamais fait et, si un jour ça devait m’arriver, j’appréhende davantage tout ce qui va se passer autour du terrain, la médiatisation notamment, que ce qui se passera sur le terrain. On a vu ça avec Stéphanie Frappart. Arbitrer la ProD2, c’est être un peu protégée ; le Top14, c’est autre chose, il y a une énorme ferveur pour ce Championnat avec de retombées mondiales assez importantes. C’est vrai que c’est quelque chose que j’ai dans un coin de ma tête parce que, même si l’on est arbitre, on reste des sportifs et on aime la compétition, le challenge.

Les défis de l'arbitrage féminin

Les principaux freins qui empêchent les filles de s’atteler à la tâche sont multiples. La question de la légitimité, c’est vraiment un point qui revient fortement. La pression est plus forte lorsqu’il s’agit de rencontres d’hommes ? En fait, c‘est presque l’inverse. Entre femmes, on se fait moins de cadeaux et c’est ça le danger.

Ce déséquilibre entre hommes et femmes en termes de quantité semble conduire les femmes à s’imposer un devoir d’exemplarité. Il ne faut pas se tromper car non seulement le retour est violent mais ça peut également conditionner la suite pour les autres.

Il y a quinze ans, le crédit dont je parlais plus haut, celui que l’on a au début du match, on ne l’avait pas. On partait du principe qu’une femme de 20 ans qui vient arbitrer un match de rugby, elle ne connaît rien à ce sport. Il y avait un a priori négatif sur les femmes arbitres.

Portrait d’arbitre : Martin Lebègue, arbitre de #rugby en Fédérale 1

Statistiques de l'arbitrage féminin

Voici un aperçu de l'évolution de la présence féminine dans l'arbitrage de rugby en France :

Année Pourcentage d'arbitres féminines Nombre d'arbitres féminines (sur 3000) Arbitres féminines au niveau national
2019 Environ 4% ~120 Inconnu
Aujourd'hui (2025) Presque 7% 190 24

L'objectif serait d'atteindre environ 400 arbitres féminines pour égaliser le ratio joueurs/arbitres masculins.

Au début, l’arbitrage était clairement un plan B parce que, quand on aime le jeu, on sait que l’on ne connaitra plus les sensations que procurent une victoire ou le fait de gagner une compétition avec l’arbitrage. Victoire ou défaite, tout cela nous importe peu quand on est arbitre.

tags: #joueuse #volley #ukraine #julia