L'histoire du bâton de Nasazzi : Un trophée virtuel du football

Vous êtes incollable sur le football et le ballon rond n’a donc plus de secret pour vous ? Mais connaissez-vous le fameux bâton de Nasazzi ?

À moins d’avoir hiberné pendant les trois derniers mois, vous avez forcément entendu parler du Ballon d’Or, voire même du prix Pusksas (récompensant respectivement le meilleur joueur et le plus beau but de l’année). Petite pause pendant cette période olympique.

D’humeur pédagogue, Passe D s’est mis en tête de vous expliquer ce que sont les bâtons de Nasazzi et de Bourbotte. Le premier, le bâton de Nasazzi, concerne uniquement les équipes nationales masculines.

Le bâton de Nasazzi (Bastón de Nasazzi en espagnol) est un trophée virtuel de football, transmis d'équipe nationale masculine à équipe nationale masculine depuis la victoire uruguayenne lors de la première coupe du monde organisée en Uruguay en juillet 1930.

Ce « titre » virtuel a démarré sa longue carrière en 1930 dans la besace de l’Uruguay, lauréate de la Coupe du Monde de football originelle. Celui-ci change de main quand l’équipe qui le détient se fait battre lors d’un match officiel de la FIFA.

Depuis, l'équipe « détentrice » le « cède » à son adversaire si elle perd le match au terme du temps réglementaire lors d'un match reconnu par la FIFA, c'est-à-dire un match disputé lors d'une compétition officielle (coupe du monde de football, championnat d'Europe, Copa América, etc.), un match disputé lors d'une phase qualificative à cette compétition ou lors d'un simple match amical.

La passation peut donc se produire durant une grande compétition (Coupe du Monde, Euro, Copa America, etc.) ou lors d’un simple match amical.

Si à l'issue du temps réglementaire (90 minutes + temps de jeu additionnel), les deux équipes sont à égalité, le bâton de Nasazzi reste à l'équipe qui le détenait au début du match.

Fondé en 1930 par Jules Rimet qui pensait que tous les joueurs sélectionnés avec leur équipe nationale devaient avoir accès à une compétiton internationale (seuls les joueurs professionnels avaient accès aux jeux olympiques) et portant le nom du capitaine urugayen José Nasazzi, le bâton sera inauguré lors de la première coupe du monde en Uruguay.

Le premier détenteur du bâton sera donc le vainqueur de cette coupe du monde, soit le pays hôte, la Celeste, qui le conservera un peu plus d’un an. Lorsque l’Uruguay a rempoté la première coupe du monde en 1930, il est devenu détenteur du bâton de Nasazzi, trophée imaginaire tiré du nom de son capitaine.

À l’exemple d’un relais, il est transmis d’équipe en équipe depuis 1930. Le principe est simple, pour remporter ce trophée il suffit de battre lors d’un match officiel l’équipe le détenant.

Ce bâton se transmet lorsqu’une équipe nationale bat le possesseur du bâton. Ainsi, le Brésil a récupéré le bâton en 1931 en battant l’Uruguay. Depuis plus de 80 ans, le bâton circule virtuellement au gré des matchs internationaux.

Aujourd’hui, 90 ans après, 53 détenteurs différents du bâton plus tard, alors que cette partie de l'histoire méconnue du ballon semble s’estomper des mémoires, il est temps de regarder les résultats. Le grand vainqueur est, sans grande surprise, le Brésil, avec 11 possessions différentes du bâton et un temps cumulé de 3885 jours, soit le record pour les deux statistiques.

Quant à la plus longue possession du bâton sans interruption, elle revient aux Pays Bas de la fin des années 2000, celui de Robben, de Sneijder et de Van Der Vaart, qui l’à conservé 1056 jours, ce qui représente un peu plus de 3 ans sans défaite dans le temps règlementaire pour les Oranjes.

Belle performance pour les hollandais, qui annonçait leur période faste des années 2010. Si le bâton de Nasazzi se passe de sélection nationale en sélection nationale, il existe un trophée similaire qui se passe d’équipe de Ligue 1 en équipe de Ligue 1 : c’est le Bâton de Bourbotte (d’après le nom du capitaine français de l’équipe lilloise qui gagna le championnat en 1946, en devenant au passage la première équipe à posséder le Bâton de Bourbotte).

Au-delà de leurs différences et de leurs singularités qui les démarquent des autres trophées du foot, ces « bâtons », vestiges d’un temps ancien où l’argent n’achetait pas les trophées (Attention, ce n’est pas une critique de l’argent dans le foot, c’est un sujet complexe dont je te parlerais peut être dans un prochain article), mais ce trophée est aussi un marqueur, comme tous les autres, de l’histoire footballistique de son temps.

Par exemple, au même titre que leurs 5 coupes du mondes, les 3885 jours cumulés en possession du bâton de Nasazzi du Brésil (record de toutes les sélections) montrent bien leur domination du football mondial, tout comme la possession du bâton pendant 615 jours de la sélection anglaise de Gary Lineker et Peter Shilton dans la fin des années 1980 témoigne d’un beau passage du football anglo-saxon (les Anglais prirent le bâton environ 2 ans après leur quart de finale de coupe du monde en 1886 et 2 avant leu demi-finale en 1990).

C’est un trophée autant virtuel qu’alternatif. Le bâton de Nasazzi, créé au début des années 2000 et attribué rétroactivement, est détenu par le vainqueur du vainqueur du vainqueur du premier champion du monde, à savoir l’Uruguay.

Tout comme l’UFWC, aucun objet ne le matérialise, il est totalement fictif, mais il a du sens : il s’agit de mettre en avant l’équipe qui a battu le premier champion du monde, sur le modèle de ce qui existe en boxe, par exemple. Si le bâton de Nasazzi porte ce nom, c’est parce qu’il fait référence à José Nasazzi, capitaine de l’équipe d’Uruguay championne du monde en juillet 1930.

Le point de départ imaginaire est là : dès cette date, la première équipe à battre l’Uruguay dans les 90 minutes réglementaires (hors prolongations et tirs au but, donc) détient le bâton.

Il existe par contre un autre titre non officiel, depuis le début des années 2000 et rétroactif, et celui-là, les Bleus ne l’ont plus depuis 2001. Il s’agit du bâton de Nasazzi. L’équipe de France l’a détenu huit fois entre février 1977 et juin 2022.

Jamais avant, jamais après. Au nombre de jours cumulés (il faut être précis), ça représente 1203 jours. La première fois, c’est donc contre la RFA de Maier et Beckenbauer, champions du monde en titre, que les Bleus s’approprient le fameux bâton, le 23 février 1977 (1-0). Ils ne conservent 35 jours, le temps de le rendre à la République d’Irlande dès le match suivant, le 30 mars 1977 à Dublin (0-1).

Ils remettent la main dessus le 16 février 1983 à Guimaraes contre le Portugal (3-0) et le conservent pendant 4 matchs et 203 jours, jusqu’à la défaite de Copenhague contre le Danemark (1-3) le 7 septembre 1983. Il faudra attendre sept ans pour revoir le bâton, le 4 septembre 1991 à Bratislava contre la Tchécoslovaquie (2-1), mais il est à nouveau perdu 168 jours et 3 matchs plus tard Wembley face à l’Angleterre le 19 février 1992 (0-2).

Les titres de champions du monde et d’Europe se feront sans : la toute dernière fois que les Bleus ont pris la succession de José Nasazzi, c’était le 25 avril 2001 contre le Portugal (4-0). C’est d’ailleurs ce qui fait le charme de ce trophée invisible : n’importe quelle équipe peut l’obtenir.

Il aura fallu attendre 20 ans pour le retrouver, et c’était en finale de la Ligue des Nations le 10 octobre 2021 à Milan contre l’Espagne. Les Bleus l’ont gardé huit mois, avant de le reperdre contre le Danemark au Stade de France le 3 juin 2022 (1-2). Le détenteur actuel est le Kosovo, qui l’a subtilisé à la Suède en septembre 2025 et qui va le conserver au moins jusqu’en mars 2026.

S’il se qualifie pour la Coupe du monde en barrages de la zone Europe, les Bleus le croiseront peut-être, ou son vainqueur (Slovaquie, puis Roumanie ou Turquie). Derrière ces noms qui semblent un peu barbares se cachent deux “trophées” plus à valeur symbolique qu’ayant une réelle importance dans le palmarès des équipes de football pouvant les détenir.

Commençons par le plus ancien des deux. Il a été créé au sortir de la première Coupe du Monde de Football, organisée en 1930 en Uruguay. Elle était l’initiative du président de l’époque de la FIFA (Fédération Internationale de Football Association), le français Jules Rimet.

L’Uruguay est à cette époque choisi comme pays hôte afin de fêter le centenaire de l’indépendance du pays. Toutes les équipes déjà affiliées à la FIFA ont été invitées à se joindre à la fête. L’équipe uruguayenne, déjà forte de trois titres sur le continent sud-américain (1923,1924 et 1926) et de deux titres olympiques (1924 et 1928) s’impose facilement à domicile.

Après avoir terminé la phase de poule sans buts encaissés, ils disposent aisément de la Yougoslavie 6-1 en demi-finale avant de battre facilement 4-2 l’Argentine. Le bâton de Nasazzi est né après cette compétition, avec un principe simple : tant que l’Uruguay ne perd pas de matches dans le temps réglementaire, l’équipe conserve le bâton.

Dans le cadre du bâton de Nasazzi, le site officiel annonce 53 pays détenteurs au moins une fois du bâton : l’Australie est le seul pays d’Océanie a l’avoir détenu. L’Asie (Japon/Corée du Sud) et l’Afrique (Angola/Nigéria/Zimbabwe) ont un bilan famélique, au contraire de l’Europe et de ses 33 détenteurs au cours du temps.

Attention, le site annonce que c’est toujours le Costa Rica qui est le détenteur, et ce depuis une victoire 2-0 contre la Colombie lors du dernier match de phase de poules de la Copa America en Juin 2016. Cela ferait plus de 500 jours ! Mais c’est une erreur car le site n’est plus à jour… contrairement à la page wikipedia qui, elle, reste à jour.

Pour terminer en beauté, un autre auteur m’a donné un lien vers le site de l’UFWC (Unofficial Football World Championships). Le principe du bâton de Nasazzi est cette fois-ci appliqué depuis le tout premier match officiel de sélections nationales, entre l’Ecosse et l’Angleterre, le 30 Novembre 1872 !!

Carte des champions du monde non officiels de football

En définitif, bien que méconnu, ce trophée a le mérite de rassembler de nombreux pays à son palmarès. « Bolivie, Pérou, Italie et même les Antilles Néerlandaise, pas de jaloux !

Encore plus aléatoire que le classement FIFA (si, si, c’est possible), le bâton de Nasazzi est actuellement détenu, en avril 2018, par… la Finlande.

Évidemment, quand il s’agit de dominer une compét’, même non officielle, le Brésil est devant : en cumulé, les Auriverde ont le total de possession le plus élevé (3 885 jours). L’Angleterre, 3e de ce classement, est enfin sur le podium d’un tournoi international. Dommage qu’il compte pour du beurre.

Et la France, dans tout ça ?

A l’époque où le business gouverne le football, il est bon de rappeler que certaines choses ne s’achètent pas et ne s’achèteront jamais. Et pour cela, rien de mieux qu’un trophée qui n’est pas matériel, qui n’a pas de lieu, ni de date d’organisation.

Celui qui correspond à cette description, c’est le trophée de Nasazzi. Cette récompense est attribuée à une équipe lorsqu’elle bat la formation qui possédait précédemment le trophée dans le temps réglementaire (les prolongations et tirs aux buts ne sont pas contabilisés). Elle garde le titre jusqu’à être elle-même vaincue par une autre équipe.

Si le bâton de Nasazzi se passe de sélection nationale en sélection nationale, il existe un trophée similaire qui se passe d’équipe de Ligue 1 en équipe de Ligue 1 : c’est le Bâton de Bourbotte (d’après le nom du capitaine français de l’équipe lilloise qui gagna le championnat en 1946, en devenant au passage la première équipe à posséder le Bâton de Bourbotte).

Le même principe s’impose pour le bâton de Bourbotte, qui a été inspiré par le nom de François Bourbotte, capitaine du LOSC, vainqueur du premier Championnat de France de l’après-guerre en 1946. Il concerne cette fois-ci les clubs de Première Division du championnat français.

Il comporte de ce fait une exception (non applicable aux sélections nationales) : le trophée ne peut pas descendre en division inférieure. Si un club le détenant est relégué, il est alors restitué au précédent détenteur.

Dans le cadre du bâton de Bourbotte, les statistiques actuelles font état de 52 détenteurs différents en 71 ans d’existence. Il y a eu 882 changements, soit près de 12.5 changements de main par saison !

L’Olympique de Marseille, actuel détenteur, est l’équipe qui l’a récupéré le plus de fois au dépend de ses adversaires (47 fois). Il est actuellement le cinquième club avec le plus de possession, loin derrière le FC Nantes (155 contre 188, soit l’équivalent approximatif d’une saison d’écart).

Son éternel Rival, le Paris Saint-Germain, détient quant à lui la meilleure possession moyenne, avoisinant les 6 matches, et a réalisé quatre des dix plus longues séries de l’histoire.

PaysNombre de possessionsJours cumulés
Brésil113885
Pays-Bas...1056 (possession la plus longue)

C'est QUOI #9 - le BÂTON DE NASAZZI ?

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