FC Nantes – Stade Rennais: Histoire d'une Rivalité Bretonne

Si vous interrogez des supporters rennais sur le plus grand rival du club, la majorité d'entre eux vous citera immédiatement le FC Nantes. Côté nantais, si le match face à Bordeaux a longtemps été le derby le plus attendu, Rennes est aujourd'hui le principal rival dans la nouvelle génération de supporters des Canaris. La proximité géographique des deux villes, qui prétendent toutes les deux au titre de capitale de la Bretagne historique, explique en partie l'animosité entre les deux clubs, mais l'histoire footballistique est riche d'enseignements sur l'évolution de l'antagonisme entre Bretons et Ligériens.

Ce derby breton, qui oppose nos Canaris aux Rouge et Noir, raconte bien plus qu’une simple rivalité footballistique. C’est l’histoire de deux villes qui se disputent l’âme bretonne, deux clubs qui ont vu leur relation évoluer drastiquement au fil des décennies. Mais il n'en a pas toujours été ainsi, et les deux clubs ont même à une époque été plus proches de l'amitié que de la détestation qui peut régner aujourd'hui. Récit d'une rivalité.

la route d un derby breton

Dans les années 60, une coexistence fraternelle

Créé en 1943, le FC Nantes atteint l'élite du football français pour la première fois en 1963. "À l'époque, les joueurs nantais et les joueurs rennais se côtoyaient en équipe de France, ou en sélection de jeunes, raconte Matthieu Lecharpentier, archiviste pour le site spécialisé Rouge Memoire. Ils étaient tous potes. Certains m'expliquaient que les Rennais venaient voir les Nantais à Saupin, et inversement ! Mais sur le terrain c'était quand même le derby local, parce que jusqu'à la fin des années 70, les autres clubs bretons ne sont pas performants. Le vrai rendez-vous sportif c'est Rennes-Nantes, mais sans animosité."

Avec comme exemple marquant les deux clubs qui célèbrent ensemble dans les locaux de Ouest-France leurs titres glanés en 1965 : le championnat de France pour Nantes, la coupe de France pour Rennes. Impensable aujourd'hui. Pendant de longues années, la rivalité géographique ne générera pas d'animosité, avec sur le plan sportif un écart très marqué entre les Jaune et Vert qui dominent le football français tandis que les Rouge et Noir font l'ascenseur entre première et deuxième division.

Fin des années 90, début des années 2000 : la rivalité prend de l'ampleur

"Pendant longtemps, le Stade Rennais était considéré comme le petit frère du côté de Nantes, embraye Matthieu Lecharpentier. Ils avaient les titres, un palmarès bien supérieur au nôtre, ça ne se discute pas. Leurs infrastructures étaient bien plus professionnelles, que ce soit le centre d'entraînement de la Jonelière ou la Beaujoire. En plus, ils nous battaient tout le temps chez eux." Un premier fait avait été mal vécu par les supporters nantais et avait commencé à faire vivre l'antagonisme sur les bords de l'Erdre : le transfert d'Olivier Monterrubio de Nantes à Rennes à l'été 2001, alors que les Canaris viennent d'être sacrés champions de France.

"Une vraie trahison" témoigne un supporter nantais, qui poursuit : "Je pense que la rivalité est surtout apparue quand Rennes a commencé à devenir meilleur que Nantes, quand nous sommes descendus en Ligue 2... La frustration de n'être qu'un ancien grand club et la jalousie de les voir grandir." Le transfert de Monterrubio avait en effet été mal perçu des deux côtés au départ se souvient Matthieu Lecharpentier : "Après un triplé contre Monaco, alors qu'il vient célébrer un but devant la tribune Mordelles, il avait été reçu avec quelques doigts d'honneur parce qu'il venait de Nantes." Pour autant, les performances de Monterrubio lui permettront vite de devenir l'un des chouchous de la route de Lorient par la suite.

Le vrai marqueur du renversement du rapport de force, et de la montée de l'animosité côté nantais, Matthieu Lecharpentier le situe au 4 janvier 2006, date de la première victoire rennaise à la Beaujoire depuis 41 ans à l'époque : "On commence à gagner deux saisons de suite à la Beaujoire 2-0, et finalement l'équilibre change. Pendant des années, le derby vu de Nantes ce n'était pas contre Rennes, mais contre Bordeaux. Pour Rennes c'était Nantes, mais pour Nantes, ce n'était pas Rennes, Rennes ça ne voulait rien dire. Là, le rapport de force s'inverse, Nantes commence à arriver dans ses années faibles, avec des saisons en Ligue 2."

Lors de la saison 2006/2007, l'envahissement de terrain des Nantais un soir de match face à Toulouse, qui donnera la victoire aux Violets sur tapis vert alors que le score était de 0-0, prive indirectement le Stade Rennais de la première qualification en Ligue des Champions de son histoire. Si cette mésaventure a été mal vécue dans la capitale bretonne, la volonté de nuire à Rennes de la part des supporters des Canaris est loin d'être évidente puisque le club sera rélégué en Ligue 2 cette saison-là.

Septembre 2013, l'incident

La rivalité entre les deux clubs connaîtra son paroxysme un soir de septembre 2013, lors d'un derby au Roazhon Park, l'année de la remontée de Nantes en Ligue 1 : "Le tifo du Roazhon Celtic Kop avait été massacré par les Nantais dans la nuit précédent le match, raconte Matthieu Lecharpentier. Il y avait une ambiance délétère, une grande tension en dehors du stade. On avait le sentiment que la domination rennaise par rapport à Nantes n'avait finalement peu ou pas été acceptée par les gens de Nantes qui ne l'avaient jamais connue, ce qui fait que la tension est montée rapidement. Les Rennais ont trouvé du répondant dans leur perception de cette concurrence côté nantais. À partir de ce moment-là, la rivalité est montée dans les tours." Certains supporters rennais avaient envahi la pelouse avant le coup d'envoi pour se précipiter vers le parcage nantais. Derrière, les Nantais l'emporteront 3-1, ce qui embrasera encore plus la tension entre les deux clubs, avec des déclarations sulfureuses des joueurs nantais après le match. Au match retour, Rennes gagne 3-0 et Paul-Georges Ntep célèbre son but en faisant le signe "chut" du doigt à la Brigade Loire. L'animosité entre les deux clubs atteint son point culminant.

31 janvier 2020, scénario fou et tension entre les joueurs

Le dernier derby en date devant du public a lui aussi marqué l'histoire de cette rivalité côté rennais. Le 31 janvier 2020, au terme d'un match âpre, engagé, et marqué par plusieurs échauffourées entre joueurs, les Rouge et Noir renversent le match en faisant passer le tableau d'affiche de 1-2 à 3-2 grâce à deux buts marqués à la 95e et 98e minute de la rencontre. Si Ntep et Lucas Deaux avaient par le passé personnifié l'existence de cette rivalité sur le terrain, ce soir-là les comportements de Niang, Raphinha, Lafont ou encore Touré prouvent bien que la tension est passée des tribunes jusqu'au rectangle vert.

Statistiques et Faits Marquants

Voici un aperçu des statistiques clés et des faits marquants de l'histoire des confrontations entre le FC Nantes et le Stade Rennais :

Compétition Matchs Joués Victoires Nantes Matchs Nuls Victoires Rennes
Ligue 1 32 23 6 3
Ligue 2 4 1 2 1
Total (Toutes compétitions) 96 43 23 30

Quelques faits marquants :

  • Plus large victoire nantaise : 3 septembre 1969, Nantes 6-1 Rennes.
  • Première victoire rennaise à la Beaujoire après 41 ans de disette : 4 janvier 2006 (0-2).
  • Série d'invincibilité du FC Nantes à domicile : 92 matches consécutifs de 1976 à 1981.

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