Musique Classique et Football: Deux Mondes Opposés?

Foot foot foot… c’est LE sujet du moment. Difficile d’y échapper, à la télévision, dans la presse, dans la rue et les conversations.

Et si l’on cherche à associer football et musique, qu’obtient-on ? Une question que s’est posée France Culture cette semaine, sous un titre volontairement provoquant : peut-on être mélomane et aimer le football ? En effet, existe-t-il deux mondes plus opposés que ceux de la musique classique et du football ? Dans l’imaginaire collectif, il est a priori difficile - voire suspect - d’apprécier l’ambiance d’un stade autant que celle d’une salle de concert.

Du 10 juin au 10 juillet, la France accueille l’EURO, Championnat d’Europe de football 2016. Le paysage médiatique entre dans l’orbite de la « planète foot » pour en analyser tous les aspects : sportifs, mais également politiques, sociaux, économiques, voire diplomatiques. Pendant ces 30 jours, on vantera les vertus d’intégration du ballon rond, son rôle unificateur, autant que l’on condamnera le « foot business » ou encore la corruption qui règne dans ce milieu.

Quelle place pour France Musique dans cet événement ? A première vue, aucune, sinon de proposer un havre de paix musical, loin des commentaires et des cris de supporters, pour tous ceux qui honnissent, ou n’ont simplement que faire de ce sport. Jusqu’au 10 juillet 2016, France Musique propose donc, par une série d’articles et de dossiers, de rapprocher ces deux univers. Pour observer les liens qui les unissent et comprendre pourquoi, sociologiquement, tout les oppose. Nous interrogerons la place de l’hymne national, suivrons le projet de match commenté musicalement par un orchestre à la Philharmonie de Paris, et nous amuserons même à dénicher quelques homonymes improbables…

La Marseillaise : L’histoire secrète de notre hymne révolutionnaire – Documentaire - MG

Sociologie des Publics: Divergences et Préjugés

Comme le rappelle le sociologue Bernard Lahire (auteur de La Culture des Individus), c’est en remontant aux « propriétés sociales » des deux types de publics que nous pouvons discerner certains éléments de divergence. Halte aux préjugés, me direz-vous, on peut aimer le football et la musique (classique, bien entendu) ! Certes, c’est possible, mais les nombreuses études conduites par le Ministère de la Culture, depuis plus de 40 ans, démontrent que les pratiques culturelles et sportives sont fortement corrélées au milieu social. Et, dans la classification des sociologues, la musique classique est plutôt l’apanage des « dominants », tandis que le foot appartient au domaine des « dominés ».

Cependant, comme le rappelle avec justesse le sociologue, il ne faudrait pas y voir un simple effet de miroir. Ces deux regards sont en effet « assymétriques » dans la société actuelle. Si l’intérêt pour la musique classique, une forme culturelle considérée comme prestigieuse, pourrait à premier abord apparaître comme valorisante, les études montrent un certain sentiment de honte chez les jeunes qui apprécient la musique classique.

Ainsi, lors d’une étude menée auprès de plusieurs groupes de jeunes, c’est seulement lors des entretiens individuels que certains jeunes « osaient » déclarer leur attrait pour la musique classique. Pourquoi cette divergence ? Le sociologue américain Lawrence Levine, dans son livre Culture d’en haut, culture d’en bas, montre comment tout un travail social a été réalisé, au cours du XIXe siècle, pour instaurer (imposer) certains codes à l’univers de la musique (dite « classique »), qui ont introduit une séparation progressive entre différents publics, là où elle n’existait pas initialement.

Une petite vidéo qui explique quand et pourquoi applaudir dans les concerts de musique classique illustre cette évolution. Vous y découvrirez notamment des initiatives récentes visant à « briser ses codes » et favoriser une meilleure perméabilité entre les différents publics.

Quand le Football Inspire la Musique Classique

A l’inverse, l’influence du sport sur l’esprit et la création artistique a toujours existé. A l’occasion d’un clip, l’orchestre Le Palais royal de Paris s’est rendu au Stade Robert-Bobin de Bondoufle pour un match de foot très particulier. L’équipe du Palais royal a justifié le choix de Bondoufle par l’architecture de son stade, dont les tribunes « rappellent les théâtres grecs« , le patrimoine culturel qui s’en dégage et la verdure qui le surplombe.

« J’ai toujours voulu entretenir une relation de proximité par mes concerts. C’est ce qu’on fait en Essonne, on va à la rencontre des habitants, on a envie de les connaître. » Telle est la devise du chef d’orchestre Jean-Philippe Sarcos, qui a préféré une carrière « locale » et proche de ceux qui viennent l’écouter.

Plusieurs compositeurs ont puisé dans le football une source d'inspiration. Impressionné par la tension qui règne pendant les matchs, Bohuslav Martinů composa pour sa part Half-time (mi-temps ) pour grand orchestre. Quant à Dimitri Chostakovitch, son engouement pour le club du Zenit Leningrad était tel qu’il rédigea quelques articles sur le sujet, et fit du football le centre de son ballet, L’Âge d’or.

Dans un ouvrage largement illustré de photos rares du compositeur et d'extraits de nombreuses lettres et œuvres manuscrites, ainsi que de nombreux articles de journaux d'époques, Dmitri Braginsky se focalise sur l'importance du sport dans la vie de Chostakovitch. Divisé en sept parties, le livre débute par la description de cette passion pour l'artiste, non seulement en tant que supporter, mais aussi comme joueur amateur et parfois arbitre, de football principalement, mais aussi d'autres sports. La seconde partie développe la création du ballet L'Age d'Or, avec sa dichotomie Ouest-Est d'une danse bourgeoise caractérisée par son érotisme, face à celle du prolétaire, en nervosité et éléments bruts. Viennent ensuite des parties consacrées aux articles de journaux écrits par le compositeur, particulièrement ceux du célèbre Krasny Sport, ainsi qu'à son utilisation approfondie des statistiques, avec d'impressionnantes tables d'analyses, puis des extraits de son journal intime consacrés au football.

Teintée de politique, l’œuvre de Dmitri Chostakovitch, L’Âge d’Or (1928), met en scène une équipe de football soviétique en visite dans un pays capitaliste. Influencé, lui aussi, par le style néoclassique de Stravinsky, Chostakovitch clôture son ballet par une communion entre footballeurs et ouvriers contre leur hiérarchie.

L'Hymne de la Ligue des Champions: Un Pont Musical

Quand on pense musique classique et foot, on a envie de fredonner l’hymne officiel de la Champions League depuis 1992 ! Un hymne diffusé au début de chaque match de la Champions League avec le Royal Philharmonic Orchestra et le Choeur de Saint Martin-in-the-Fields ! Cet hymne est signé Britten. Pas Benjamine Britten ! Tony Britten, un compositeur tout aussi anglais qui s’est très largement inspiré d’une musique anglaise beaucoup plus ancienne : Zadok the Priest de Georg Friedrich Haendel.

L’hymne de la Ligue des champions de l’UEFA est une commande de l’Union des associations européennes de football au compositeur anglais Tony Britten. Une pièce pour choeur et orchestre qu’il compose en 1727 pour le couronnement très faste du Roi George II de Grande Bretagne ! Cette musique est sûrement l’une des plus connues des fans du football. Symbole de force et de grandeur de la compétition, l’œuvre a été écrite par le compositeur anglais Tony Britten en 1992.

Allemagne: Terre de Footballeurs et de Compositeurs

SPORT - Juillet 2014: l'équipe d'Allemagne réalisait son dernier chef-d'œuvre en date en remportant la Coupe du Monde. Est-ce un hasard si l'Allemagne a vu naître autant de grands footballeurs que de grands compositeurs?

Si l'Allemagne devait proposer sa "compo" musicale (avec quelques Autrichiens en renfort), qui jouerait sur le terrain et à quel poste?

PosteCompositeurDescription
GardienBachLe bastion, la forteresse. Celui dont l'œuvre imposante protège l'équipe, telle autant d'arrêts décisifs.
Défenseur central 1HaydnLe tuteur. Surnommé "papa", il forme Mozart et Beethoven.
Défenseur central 2BeethovenUn roc. Une force de la nature intraitable, en lutte avec lui-même et les attaquants.
Latéral gaucheMendelssohnRomantique. Rigoureux tactiquement, mais parfois trop mièvre.
Latéral droitSchönberg"Belle montagne" porte mal son nom. Ne respecte rien, ni les anciens, ni les systèmes.
Milieu récupérateurBrahmsLe gars qui sonne large et qui ratisse pareil. Joueur de devoir, sérieux et appliqué.
Milieu gaucheSchumannEntre en sifflant sur la pelouse, mais verse une larme dès le début de l'hymne. Joueur romantique, rêveur et exalté.
Milieu relayeurWagnerLe joueur qui se projette vers l'avant, et l'avenir. Garde trop la balle, voulant jouer 9, gardien, speaker, entraîneur et arbitre.
Milieu droitSchubertL'as des formes courtes, qui excelle dans les Lieder jusqu'à faire de sa vie un sprint le long de la ligne de touche.
9 et demiMozartTranscende les postes et les époques. Grossier dans la vie mais sublime sur le pré.
Attaquant de pointeCarl OrffLa vitesse de Carl Lewis, la puissance de Carl Benz, le capital de Karl Marx.

Jocelyn Gourvennec: Du Terrain au Conservatoire

L'entraîneur du FC Nantes, Jocelyn Gourvennec, confie qu'il aurait tenté de devenir musicien s'il n'avait pas percé dans le football. "J'aurais probablement essayé d'être musicien si je n'avais pas été footballeur", raconte Jocelyn Gourvennec qui a alterné entre les terrains et le conservatoire pendant sa jeunesse.

Passionné de musique classique, le technicien a accepté de laisser son survêtement d'entraîneur du FC Nantes au vestiaire, à quelques heures de la fin du mercato hivernal, afin de se confier sur la voie qu'il aurait pu emprunter si l'ancien milieu de terrain n'avait pas percé dans le football. "Les traits d'union sont nombreux entre la musique et le sport", raconte l'ex-flutiste qui a longtemps été élève au conservatoire de Lorient.

La musique m'a beaucoup aidé quand j'étais joueur pour préparer les matches, me concentrer, m'apaiser aussi dans le stress d'avant-match. En tant qu'entraîneur, j'en écoute aujourd'hui un peu moins, mais loin d'un match, je continue d'en écouter parce que ça me recentre. Faire un footing et écouter de la musique me permet d'avoir les idées claires.

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