D’une nation mineure, la France est devenue au fil des années une référence mondiale du handball. Une explosion tardive qui place aujourd’hui les Bleus à la deuxième place du tableau des médailles de l’histoire de la discipline aux Jeux olympiques, avec 7 breloques rapportées, hommes et femmes confondus. Un statut construit lentement mais sûrement et qui se base en partie sur les résultats de l’ère moderne.

Le Palmarès Masculin aux Jeux Olympiques
En effet, il a fallu attendre 1992 et la sixième édition du tournoi olympique pour voir les Tricolores monter sur le podium dans le tableau masculin. Du côté de Barcelone, les Barjots défrichent le terrain pour les générations ultérieures et créent une véritable surprise. Engagés dans une poule relevée, ils accrochent le futur vainqueur, l’équipe unifiée (héritière de l’URSS), font tomber l’Allemagne et l’Espagne et rejoignent le dernier carré.
Seulement battus par les champions du monde suédois, Jackson Richardson et ses partenaires se reprennent et remportent le match pour le bronze face à l’Islande, décrochant ainsi la première médaille internationale du handball français.
L'Ère des Experts : Pékin 2008 et Londres 2012
Seize ans plus tard, à Pékin en 2008, les Barjots deviennent les Experts et sont sacrés champions olympiques pour la première fois de l’histoire du pays au terme d’un parcours sans faute, marqué par des succès face aux deux derniers vainqueurs du tournoi, la Russie et la Croatie. Comme un symbole, la bande à Nikola Karabatic triomphe une nouvelle fois de l’Islande en finale (28-23) et inaugure une ère de succès illimités.
Quatre ans plus tard à Londres, les Bleus réussissent un nouvel exploit en conservant leur titre. Particulièrement relevé, le tournoi est moins maîtrisé qu’en Chine, puisque les hommes de Claude Onesta terminent deuxième de leur poule derrière l’Islande. Le quart face à l’Espagne est insoutenable (23-22), la demie contre la Croatie pas beaucoup plus simple (25-22) et la finale face à la Suède carrément irrespirable (22-21).
Rio 2016 : L'Argent et la Fin d'une Série
Mais en 2016 à Rio, les doubles tenants sont détrônés. Comme lors de la précédente édition, les équipiers de Thierry Omeyer laissent échapper un match de poule, face à la Croatie, et terminent deuxièmes. Sereins face au pays organisateur brésilien, ils rejoignent ensuite la finale grâce à un but exceptionnel de Daniel Narcisse à la dernière seconde face à l’Allemagne (29-28). Mais Mikkel Hansen et les Danois mettent fin à l’hégémonie bleue quelques jours plus tard et l’équipe de France, qui restait sur dix victoires de suite en finale de compétitions internationales, doit se contenter de l’argent.
Tokyo 2020 : La Revanche et une Troisième Médaille d'Or
Comme tout se termine bien avec les handballeurs français, le groupe de Guillaume Gille, le nouveau sélectionneur, prend sa revanche cinq ans plus tard du côté de Tokyo. Auteur d’un parcours quasi sans faute, avec une défaite sans conséquence en poules face à la Norvège, les Bleus retrouvent leur rival danois en finale. Au terme d’une victoire maîtrisée, ils s’offrent leur troisième médaille d’or, permettant à Luc Abalo, Michaël Guigou et Nikola Karabatic de devenir les premiers joueurs sacrés champions olympiques à trois reprises depuis le Russe Andreï Lavrov.
Le palmarès du handball masculin français aux JO:
- Médailles d’or (3) : 2008, 2012, 2020
- Médaille d’argent (1) : 2016
- Médaille de bronze (1) : 1992
MEILLEURS MOMENTS DU HANDBALL FRANÇAIS
Le Parcours Féminin : De l'Ascension à la Consécration
Chez les femmes, l’ascension a été plus lente. Après plusieurs échecs en phase finale, et une quatrième place à Athènes 2004 comme meilleur résultat, c’est finalement à Rio, en 2016, que les Bleues décrochent la première médaille de l’histoire du handball féminin français. Impressionnantes mentalement pour se sortir de matchs au couteau, comme contre la Suède en poules (27-25) ou l’Espagne en quarts de finale (27-26 après prolongation), elles se hissent en finale à la suite d’un succès arraché face aux Pays-Bas (24-23).
Guidées par leur légendaire sélectionneur Olivier Krumbholz, les Françaises doivent cependant s’incliner sur la dernière marche face à une Russie supérieure (22-19).
Tokyo 2020 : La Consécration
À Tokyo, les Bleues portées par Pineau et Foppa ont dominé le tournoi. Comme pour leurs homologues masculins, les JO de Tokyo ont un goût de revanche. Cléopâtre Darleux et les siennes retrouvent la Russie en finale après un parcours d’abord mal engagé, marqué par une 3e place en phase préliminaire, puis maîtrisé avec des succès contre les Pays-Bas et la Suède.

La Domination Française : Une Analyse
C'est le sport où on ne voit que du Bleu. Le handball n'est peut-être pas le sport le plus populaire en France en termes de popularité ou sur le nombre de licenciés. Mais quand il s'agit des résultats, il occupe clairement le haut du panier. Le rendez-vous des Jeux de Paris 2024 est le rendez-vous qui incarne le mieux cette supériorité. Les équipes de France féminine et masculine vont chacune défendre le titre olympique acquis il y a trois à Tokyo. Avec un statut qui dit tout de la domination tricolore sur ce sport au niveau mondial.
Il s'est confirmé ces derniers mois. Les handballeuses françaises sont devenues championnes du monde pour la troisième fois en décembre, après les sacres de 2003 et 2017. Elles avaient également enlevé un titre européen en 2018. Elles sont au sommet de la hiérarchie. Les handballeurs français aussi. Trois fois champions olympiques (2008, 2012, 2020), six fois champions du monde (1995, 2001, 2009, 2011, 2015, 2017), ils ont ajouté un quatrième trophée européen à leur palmarès en janvier, après ceux acquis en 2006, 2010 et 2014. La force de la France au hand, c'est du factuel. Toute la question, c'est comment elle a pu arriver aussi haut.
Les Facteurs Clés du Succès
Ça part d'en bas. De la jeunesse qui a trouvé d'excellentes raisons de se tourner vers le handball dans les années 90, en voyant les Français décrocher la médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Barcelone en 1992 trois ans avant son premier titre mondial. "Quand la France a été championne du monde en 1995, déjà ça a créé quelque chose, estime l'international français Luka Karabatic. Une passion autour du handball qui s'est développée, qui a continué à grandir. On a eu la chance d'avoir des générations exceptionnelles qui ont tout gagné, des joueurs emblématiques, la génération de Jackson en 2001, les frères Gille, Jérôme Fernandez… Ça a créée des vocations, des exemples, ça a donné envie à des plus jeunes qui regardaient la télé de vivre ce genre de choses."
Des jeunes qui ont aussi et surtout la possibilité de vivre cette passion. La formation, c'est le dénominateur commun, l'argument que beaucoup avancent à l'heure d'expliquer la réussite de la France au handball. "Je pense qu'on nous met dans le handball bien plus tôt par rapport aux autres pays, avance Laura Glauser, la gardienne des Bleues. Il y a des équipes de jeunes partout, il y a un peu plus de formation dès le plus jeune âge. On a de bonnes structures, la Fédération fait aussi en sorte que le hand soit bien déployé en France dans tous les domaines, chez les petits comme chez les grands, chez les femmes comme chez les hommes. Si je dois comparer entre les trois clubs que j'ai fréquentés (Metz, Györ et Bucarest, NDLR), la formation à Metz prime par rapport aux autres. Si je n'avais pas eu cette formation-là, je ne serais pas devenue la joueuse que je suis aujourd'hui."
L'Évolution des Structures et des Staffs
Les structures ont suivi pour accompagner la qualité de cette formation à la française. Et permettre de développer le niveau de performance dès les plus jeunes catégories. Et dans tous les aspects du jeu. "Pour avoir vécu l'ancienne génération, je nous trouvais beaucoup moins armées à l'époque techniquement, et sur les bases qu'on pouvait apprendre par rapport à maintenant, témoigne Amélie Goudjo, ancienne internationale française et consultante pour Eurosport. Les staffs se sont énormément étoffés. Avant, on avait un entraîneur qui faisait tout pour 18 joueuses. Maintenant, les staffs, c'est minimum quatre ou cinq personnes, en équipe de France il y en a même plus d'une dizaine pour 18 filles. Ça offre un développement de la performance assez inédit."
La plus-value est déterminante. Le développement des staffs et des infrastructures a été un facteur essentiel pour bonifier une dimension athlétique déjà au-dessus de la moyenne en France. "Cela permet de progresser sur tous les paramètres, poursuit Amélie Goudjo. Notamment la technique. Je pense que ça jouait en notre défaveur il y a quelques années, là il n'y a plus aucun complexe sur la maîtrise alors qu'on était un peu en-dessous il y a dix-quinze ans. Et puis il y a l'aspect physique. Les Français en général sont des joueurs assez puissants en handball, que ce soit chez les hommes et chez les femmes. Ce n'est pas toujours évident pour les adversaires de gérer cette puissance. Et pour les Françaises, c'est puissance plus rapidité, on a l'une des équipes les plus explosives dans le contexte actuel. Sur le côté physique, on est au top."
Diversité, Culture de la Victoire et Remise en Question
Un mélange subtil qui ne s'arrête pas seulement aux paramètres physiques et techniques. Il y a aussi une mixité propre à la France qui lui donne des atouts que d'autres nations n'ont pas. "C'est la diversité que la France a naturellement, estime le gardien des Bleus, Samir Bellahcene. C'est une diversité culturelle. Il y a des gens qui viennent de tous horizons, comme dans d'autres sports comme le foot ou le basket, c'est une arme. Cette diversité, ça surprend les joueurs en face, ils n'ont pas cette culture-là. On le voit aussi dans la formation aussi. Quand je vois les gardiens scandinaves, ils sont presque tous formés pareil, avec tel type de parades… En France, il n'y a pas de style défini, on est tous différents, c'est la diversité de notre culture du hand dans l'apprentissage qui fait cette force."
La France a su exploiter parmi ceux dont elle dispose dans son arsenal pour se retrouver au sommet du handball mondial. Justement, cette culture de la gagne que les Tricolores ont acquise au fil de leur succès explique aussi pourquoi ils continuent d'engranger les trophées. Elle suscite autant la confiance chez les Français que la crainte chez leurs adversaires. Et les jeunes qui arrivent bénéficient de la transmission de cette culture de la victoire par leurs aînés. "La génération de Niko Karabatic dans les années 2010 qui a tout gagné, derrière ça engendre une génération qui arrive, qui a observé ça, qui s'est imprégnée de ça, résume Luka Karabatic. Ça fait un effet boule de neige, qui fait qu'on a une énorme qualité et beaucoup de joueurs."
"Il y a une dynamique de réussite qui s'instaure, de victoires qui reviennent régulièrement, ajoute Amélie Goudjo. Une dynamique favorable pour le hand français. Il y a aussi des remises en question qui sont assez fréquentes. Par exemple, l'équipe de France féminine était très forte sur le plan défensif, et on a eu un Mondial où elles étaient aussi performantes en attaque, donc il y a eu une remise en question sur les points faibles." Si la France s'est hissée durablement sur le toit du hand mondial, c'est aussi parce qu'elle ne s'est pas reposée sur ses lauriers.
Autres Médailles Françaises aux Jeux Olympiques dans les Sports Collectifs
Outre le handball, la France a brillé dans d'autres sports collectifs aux Jeux Olympiques :
- Rugby : Médaille d'or en 1900, médailles d'argent en 1920 et 1924.
- Water-polo : Médaille d'or en 1924, médailles de bronze en 1900 et 1928.
- Football : Médaille d'or en 1984, médaille d'argent en 1900.
- Basket-ball : Médailles d'argent en 1948 (hommes) et 2012 (femmes).
- Volley-ball : Première médaille garantie en 2024 (métal à déterminer).
Le Palmarès des Jeux Olympiques de Handball (Hommes et Femmes)
Retrouvez ici le palmarès des précédentes éditions des Jeux Olympiques de handball et accédez aux résultats complets.
Jeux Olympiques Hommes
- 2016 - Rio de Janeiro (BRE) : Vainqueur : DANEMARK
- 2012 - Londres (GBR) : Vainqueur : FRANCE
- 2008 - Pékin (CHN) : Vainqueur : FRANCE
- 2004 - Athènes (GRE) : Vainqueur : CROATIE
- 2000 - Sydney (AUS) : Vainqueur : RUSSIE
- 1996 - Atlanta (USA) : Vainqueur : CROATIE
- 1992 - Barcelone (ESP) : Vainqueur : C.E.I.
- 1988 - Séoul (CDS) : Vainqueur : U.R.S.S.
- 1984 - Los Angeles (USA) : Vainqueur : YOUGOSLAVIE
- 1980 - Moscou (URS) : Vainqueur : R.D.A.
- 1976 - Montréal (CAN) : Vainqueur : U.R.S.S.
- 1972 - Munich (RFA) : Vainqueur : YOUGOSLAVIE
- 1936 - Berlin (ALL) : Vainqueur : ALLEMAGNE
Jeux Olympiques Femmes
- 2016 - Rio de Janeiro (BRE) : Vainqueur : RUSSIE
- 2012 - Londres (GBR) : Vainqueur : NORVEGE
- 2008 - Pékin (CHN) : Vainqueur : NORVEGE
- 2004 - Athènes (GRE) : Vainqueur : DANEMARK
- 2000 - Sydney (AUS) : Vainqueur : DANEMARK
- 1996 - Atlanta (USA) : Vainqueur : DANEMARK
- 1992 - Barcelone (ESP) : Vainqueur : COREE DU SUD
- 1988 - Séoul (CDS) : Vainqueur : COREE DU SUD
- 1984 - Los Angeles (USA) : Vainqueur : YOUGOSLAVIE
- 1980 - Moscou (URS) : Vainqueur : U.R.S.S.
- 1976 - Montréal (CAN) : Vainqueur : U.R.S.S.
Faits Marquants
- C'est seulement la troisième fois de l'histoire qu'une nation remporte le titre olympique chez les hommes et chez les femmes. Seules l'Union Soviétique en 1976 à Montréal et la Yougoslavie en 1984 à Los Angeles l'ont fait avant la France.
- C'est la deuxième fois de son histoire que l'équipe de France réalise un doublé sur la scène internationale. En 2017, la France avait triomphé aux Mondiaux chez les hommes et chez les femmes.
- L'équipe de France masculine est montée sur un podium olympique pour la quatrième fois consécutive depuis son titre à Pékin en 2008. Seule la Roumanie, médaillée olympique de 1972 à 1984, a signé pareille performance.
- Depuis 1992 et son premier podium international (médaille de bronze des Bleus aux JO de Barcelone), l'équipe de France est montée sur le podium des JO, d'un Mondial ou d'un Euro à 33 reprises sur 71 possibles, soit dans 46,5 % des cas.
- Depuis 1992, l'équipe de France a décroché 16 titres en grands championnats : 12 chez les hommes, 4 chez les femmes.
Nikola Karabatic : La Fin d'une Légende
La défaite de l’équipe de France de handball, mercredi 7 août face à l’Allemagne aux JO 2024 de Paris (35-34), a précipité la retraite de Nikola Karabatic, à l’âge de 40 ans. Il aurait, sans aucun doute, préféré meilleur épilogue.
Nikola Karabatic a mis un terme à sa carrière, mercredi 7 août, après la défaite aussi incompréhensible que cruelle de l’équipe de France de handball, en quart de finale des JO 2024 de Paris face à l’Allemagne (35-34). « Il y a de la déception pour l’équipe. Pour moi, c’est différent, vu que c’est mon dernier match. Je suis triste, mais en même temps, je n’ai pas le droit d’être triste, a réagi après l’élimination l’arrière gauche tricolore.
La première de ses 346 sélections fut honorée le 2 novembre 2002 face à la Russie (25-23), dans le cadre de la Coupe du monde des nations, une compétition amicale depuis disparue des radars.

Quelques mois plus tard, en janvier-février 2003, il est appelé pour disputer sa première compétition avec l’équipe de France, un championnat du monde auquel il ne participera pas en raison d’une pubalgie. Il faut attendre l’Euro 2004 pour que Karabatic participe réellement à un rendez-vous majeur avec les Bleus.
Son premier titre ? Un an plus tard, en 2006, lors du championnat d’Europe, le premier remporté par l’équipe de France. Nikola Karabatic avait inscrit 11 buts en finale de l’Euro 2006 contre l’Espagne.
Car l’équipe de France et Karabatic vont ensuite enchaîner les titres pour s’imposer comme la sélection dominante du handball mondial. Nikola Karabatic a remporté l’or olympique à Pékin en 2008.
Un an plus tard, le Mondial 2009 revêt une importance particulière pour Karabatic, puisqu’il se déroule en Croatie, d’où est originaire son père. Clin d’œil du destin : c’est face au pays hôte que les Bleus jouent le titre. Une finale électrique, avec un tête contre tête mémorable entre Karabatic et Ivano Balic.
Deux ans plus tard, et après avoir gagné l’Euro 2010, Karabatic et les Bleus conservent leur titre mondial en dominant le Danemark après prolongation (37-35), en grande partie grâce à l’arrière gauche tricolore, auteur de 10 buts en finale.
Au total, Karabatic cumule 11 titres majeurs.