Mike Horn, explorateur, aventurier de l'extrême de nationalité sud-africaine et suisse, et animateur d'émission, déborde de projets et pas seulement à la télé. Il explore la planète à coups d’exploits, une façon de se sentir bien vivant.

Mike Horn, explorateur et aventurier. (P. Gaillardin/L'Equipe)
Un Aventurier Toujours en Mouvement
Mike Horn est quasiment toujours sur l'eau ou sur les glaces, explorateur des derniers recoins que l'homme n'a pas encore visités. Il était de passage à Paris - c'est très rare - entre une traversée de l'Antarctique et des pérégrinations aquatiques vers la Papouasie. Poignée de main toujours aussi vigoureuse, joie de vivre toujours aussi communicative, il s'est récemment posé un peu dans les étages climatisés de M6 pour évoquer ses aventures et son nouveau job d'animateur télé (il présentera ce soir, à 21 heures, l'émission À l'état sauvage avec Laure Manaudou). Juste pour une journée, car toujours il repartira.
Exploit en Antarctique
Il vient de signer un nouvel exploit : 57 jours pour effectuer en solitaire la traversée intégrale du continent Antarctique, soit 5 100 kilomètres à la seule force du vent et de ses jambes. La première partie de son projet Pole2Pole.

Paysage typique de l'Antarctique
Le Projet Pole2Pole
730 est le nombre de jours prévus pour son expédition Pole2Pole. Parti de Monaco le 8 mai 2016, il a alterné le bateau et le 4 × 4 pour se rendre en Namibie, Botswana, Afrique du Sud et en Antarctique, où il a skié, ramé et marché. Il retrouvera bientôt son bateau en Tasmanie puis passera par la Nouvelle-Zélande, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, l'Inde, le Kamchatka, le Groenland et l'Arctique, avant de revenir à Monaco au printemps 2018.

Carte de l'expédition Pole2Pole de Mike Horn
Expériences et Réflexions
«Vous répétez toujours ces deux mots : «Et après...» Comme si vous aviez toujours besoin d'être en route pour quelque part...J'ai compté : la vie, c'est en moyenne 30 000 jours. J'ai la cinquantaine et il y a encore deux ou trois petites choses que j'aimerais bien faire avant de mourir. Se projeter dans le futur aide à exister. Je ne peux pas dire que je joue avec ma vie, mais ma vie est mise en jeu : ça rend plus vivant.
Mais pour la première fois, après les 5 000 kilomètres dans l'Antarctique, quand je suis arrivé de l'autre côté à la base Dumont-d'Urville (le 7 février), j'ai eu dix minutes où j'étais calme et apaisé. Je venais de subir des froids extrêmes, de survivre dans des tempêtes énormes et permanentes. Et tout d'un coup, à l'intérieur de moi, le calme. Comme si la tempête s'était aussi arrêtée en moi. Mais ça n'a pas duré.
Dépassement de Soi
Avez-vous puisé plus loin en vous dans la première partie de ce projet Pole2Pole ? Plus loin que ces 8 000 mètres gravis à la chaîne et sans beaucoup d'expérience (les Gasherbrum I et II, le Makalu et le Broadpeak) ? J'avais pris de la bouffe pour 80 jours. J'ai fini par réaliser que si ça durait vraiment 80 jours, je gèlerais avant. C'est devenu une course contre le temps et la mort. Avec tous les aléas, comme une carotte au bout d'un bâton que jamais tu n'atteins. Jusqu'au pôle, j'avais 24 heures de lumière. Mais, de l'autre côté, pour les derniers 2 600 kilomètres, plus je progressais, plus la nuit tombait vite, plus le froid gagnait, avec des écarts de température énormes. Quand le soleil se couchait, ça passait de -40 à - 60 degrés. J'ai mis 57 jours au lieu des 80 prévus, sinon la porte se serait fermée devant mon nez. Alors, je suis certain que ça vaut beaucoup plus que mes 8 000 mètres.
«J'ai toujours pensé que je mourrai sans le savoir, en tombant dans une crevasse ou en m'endormant au sommet d'une montagne. Je ne m'imagine pas en train de me battre pour la vie» Quand vous étiez jeune, vous aviez tenté de faire un aller-retour à vélo, en une journée, chez un oncle, à 300 kilomètres. Une première grande escapade... impossible. Et là, avec vos skis et votre kite, vous avez parfois dépassé les 300 kilomètres... L'urgence m'a fait avancer. Je n'avais pas le temps de me reposer.
Par exemple, un jour, une énorme tempête m'a attrapé. J'avais cinq surfaces de kite différentes, j'ai sorti le plus petit (4 m2), il s'est entortillé, comme un nœud en forme de papillon. Si bien qu'il ne faisait plus que 2 m2 et finalement, c'était parfait. Il n'était pas aussi maniable, mais il me tirait sur mes skis. La terre Adélie, c'est l'endroit où il y a le plus de vent au monde, il faut faire avec. Il faut s'adapter aux conditions. Une autre fois, j'étais extrêmement fatigué, je ne voulais pas perdre de temps à monter la tente et risquer de la déchirer, la tempête de neige soufflait jusqu'à 70 nœuds. Je me suis recroquevillé sur la banquise, à côté de ma luge, sur moi-même, comme un chien de traîneau. J'ai dormi comme un bébé pendant vingt minutes. Et je suis reparti, neuf à 100 %. Quand tu n'as pas le choix, tu t'adaptes. C'est comme ça que j'ai pu faire 336 kilomètres en une journée. Darwin a dit : «Ce n'est pas l'homme le plus fort et le plus intelligent qui survit, c'est celui qui s'adapte le plus vite.»
Imaginez-vous parfois votre dernier instant et la pensée ou l'acte qui l'accompagnerait ? J'ai toujours pensé que je mourrai sans le savoir, en tombant dans une crevasse ou en m'endormant au sommet d'une montagne. Je ne m'imagine pas en train de me battre pour la vie, ce qui est exactement le contraire de mes activités habituelles. Jamais je n'aurais pensé vivre plus longtemps que ma femme. Avant sa mort (d'un cancer en 2015, à 51 ans), je lui ai dit que j'aurais aimé pouvoir donner ma vie. Elle m'a dit : «Tu sais vivre, vis pour moi.» J'ai presque deux vies maintenant. Avec une autre responsabilité : j'ai deux filles et elles n'ont plus que leur père.
Vous n'êtes pas croyant... Je ne crois pas comme à l'église. Mais je crois que quelqu'un a créé la nature et l'homme. Comme un esprit qui peut donner la direction à l'homme. Parfois, il faut croire aux miracles pour que les choses arrivent.
On a l'impression que quand vous avez un globe dans les mains, vous le regardez comme un ballon et vous vous dites : comment je vais bien pouvoir jouer avec ? Faut apprendre à regarder la terre et ne rien s'interdire. L'Antarctique, par exemple, les gens, s'ils savent où c'est, se disent que c'est froid, inaccessible, pas fait pour l'homme. Alors qu'il faut transformer le négatif en beau. C'est là où moi, je vais m'enrichir. Disneyland Paris, ça ne m'intéresse pas ; le vrai plaisir, faut aller le chercher, ça se mérite. Et c'est de plus en plus compliqué. Les coins se font rares. En 1996, j'ai descendu l'Amazonie à la nage ; en 1997, c'était encore sauvage, avec des Indiens partout ; vingt ans après, les forêts sont dévastées, les trafics se sont multipliés, ce n'est plus pareil, c'est comme domestiqué. On doit chercher toujours plus loin pour trouver des choses qui ne ressemblent pas à chez nous. Maintenant je dois aller où ? Sur la Lune. Heureusement, il reste encore un peu à faire. Je vais continuer mon expédition Pole2Pole, je vais traverser la Papouasie en ramant - peut-être que je vais me faire “chasser”, c'est l'imprévu qui est intéressant -, et puis je vais escalader trois sommets vierges en Inde. Ce ne sont pas les plus hautes montagnes de la planète, mais personne ne les a faites. Et après j'ai le pôle Nord à traverser. Dans dix-huit mois, je suis à la maison. Mais je crois que je ne vais jamais arrêter.
Mike Horn à la Télévision
La télé, dans le rôle de l'animateur, vous n'aviez jamais fait non plus. Vous voilà animateur de deux émissions sur M 6 et pourtant vous aviez dit non aux Américains pour Survivor. C'était beaucoup d'argent : 1 million de dollars au départ et plus si tu passais les étapes car il y avait dix épisodes. C'était une espèce de bataille entre spécialistes de la survie. Ils me disaient que ça devait être authentique, vrai. Je leur ai demandé : «Est-ce que je peux mourir? » Réponse : «Non.» «Est-ce que je peux tuer les autres candidats ?» Réponse : «Non.» Alors, je leur ai répondu que ça ne m'intéressait pas. Je plaisante, bien sûr. Mais je ne veux pas faire les choses pour l'argent.
Mais vous avez dit oui à M6. Je ne voulais pas faire de télé. Je suis explorateur, pas animateur. Et pourtant, j'ai dit oui à quelque chose que je ne contrôle pas. J'aime par-dessus tout ma liberté. Je n'ai pas besoin de la télé pour vivre. Est-ce que je devais risquer mon image en faisant un truc qui va abîmer mon image, qui peut-être est bidon, qui va être manipulé au montage ? Ils m'ont dit : «Mike, on t'écoute, c'est toi qui construis l'histoire.» Ce ne sont pas des programmes où on prend les gens pour des cons. Dans À l'état sauvage, on ne triche pas, je ne donne pas à manger à Laure Manaudou ou à Christophe Dechavanne, il n'y a pas de lits cachés, ça ne leur sert plus à rien d'être connus. J'amène des célébrités dans des situations vraiment sincères. Dans The Island, on débarque des “naufragés” sur une île déserte et on les laisse parler, s'organiser, trouver à manger, montrer leur caractère et leur personnalité, découvrir en eux du potentiel qu'ils ne connaissaient pas. Moi, sur une île, en dix minutes, je construis un piège pour les poissons et un autre pour les animaux, et je suis cul nu sur la plage à bronzer au soleil. J'aurais voulu les laisser dériver trois jours avant d'accoster mais, comme très vite ils sont sortis de leur zone de confort, quelques heures suffisaient. La télé, c'est une manière de partager et, moi, je m'enrichis à travers les personnalités, célèbres ou pas.
Succès Audiovisuel et Littéraire
«Il est magnétique.» La phrase revient dans beaucoup de bouches, dont celles de Valérie Taillefer, directrice de la communication pour la maison d'édition XO, et Stéphane Sallé de Chau, responsable des flux externes de M6. Mike Horn, malgré une notoriété encore parcellaire, conquiert ses fans. Sur Instagram, il en touche 118 000. Il a déjà vendu 75 000 exemplaires de son dernier livre Vouloir toucher les étoiles en attendant la diffusion en poche, et les ventes cumulées de tous ses ouvrages flirtent avec les 600 000 exemplaires. Sur M6, presque quatre millions de téléspectateurs ont suivi son émission À l'état sauvage avec Michaël Youn puis Matt Pokora, et ils étaient encore presque trois millions pour The Island dont la troisième saison est annoncée. «Mike Horn n'est pas un écrivain ni un personnage de télé», assure l'aventurier. Un peu quand même.

Mike Horn dans l'émission The Island
La Nature et l'Homme
Il n'y a plus de terra incognita, de terres vierges. L'aventure maintenant, ce serait l'homme, l'intérieur plus que l'extérieur? C'est toujours l'homme qu'on connaît le plus mal. Si tu mets un homme dans une nature plus ou moins extrême, que ce soit moi ou des candidats d'un jeu télévisé bien fait, tu te révèles à toi-même. La nature a sa façon de te faire comprendre qu'il faut juste être humble et qu'à partir du moment où tu as fait ce constat, tout se passera bien.
Horn, c'est quand même prémonitoire comme nom... C'est bizarre, ça fait nom de scène ou nom commercial : Mike Horn. Mike, ça sonne bien. Horn, c'est comme le cap bien sûr, mais c'est aussi le Matterhorn (l'autre nom du Cervin).

Le Matterhorn (Cervin)
«L'homme a besoin d'une route, d'eau et de nourriture et, avec ça, il peut aller partout.» Avec l'âge, seriez-vous plus dans le partage ? Au début, j'étais un sale égoïste, je ne partageais avec personne. J'ai écrit mon premier bouquin juste pour payer mes dettes. Je devais 30 000 francs à la banque, j'ai demandé 30 000 francs à Bernard Fixot. Je me demandais qui allait bien pouvoir acheter le livre d'un mec inconnu qui faisait un tour du monde en suivant l'Équateur (en 2000)... C'est important que les gens trouvent un peu d'inspiration dans ce que je fais.
Pourquoi vendez-vous beaucoup de livres ? Peut-être parce que je donne une image de liberté, peut-être parce que les gens aiment l'aventure, peut-être parce que je fais des choses vraies. Il n'y a rien de mieux que la vérité, l'authenticité, la liberté. Il m'arrive parfois de regarder ce qu'on dit de mes aventures sur les réseaux sociaux : pratiquement tous les commentaires sont positifs. Dans le monde d'aujourd'hui, on a besoin de positif et de fraîcheur.
Préoccupations Environnementales
La Planète bleue est plutôt grise en ce moment, avez-vous des solutions à proposer ? Les politiques cherchent le pouvoir et le pouvoir, c'est dangereux dans certaines mains. Si on sensibilise les gens sur leur manière de vivre, qu'on les motive pour améliorer leur situation, ou aura un peuple plus frais, plus heureux. C'est ça que les politiciens enlèvent : la possibilité aux gens de croire en eux et d'agir par eux-mêmes. Il faut croire en soi, se réapproprier son destin, prendre ses responsabilités.
Vous avez toujours le même bijou autour du cou... Il représente une larme qui tombe sur la terre, un Indien d'Amazonie me l'a offert en cadeau en 1997. La larme crée la rivière, la rivière rentre à travers la jungle. La rivière, c'est l'eau à boire et la possibilité de pêcher aussi. L'homme a besoin d'une route, d'eau et de nourriture et, avec ça, il peut aller partout. Ce bijou symbolise ma philosophie de la vie.

Le bijou que Mike Horn porte autour du cou
L’aventurier Mike Horn s’apprête à revenir sur les lieux qu’il a déjà parcourus pour mesurer notre impact sur la Terre. Il a fait plusieurs fois le tour du monde en totale autonomie, exploré les pôles, couru le Dakar, tenté l’ascension du deuxième sommet le plus haut du monde… Rien n’altère la soif d’extrême de Mike Horn, 55 ans. Alors que sort un podcast revenant sur la préparation de ses aventures, il partage avec nous ses futurs projets, faisant écho à ceux accomplis, et sa grande préoccupation : le respect de l’environnement.
Cet aventurier de l’extrême - ex-animateur de deux émissions de survie sur M 6 - sait décidément s’adapter à toutes les situations ! Depuis trente ans, il arpente les coins les plus hostiles de la planète, et enchaîne les exploits. Quand il ne descend pas le fleuve Amazone en flotteur d’eau vive, l’explorateur aux 766 000 abonnés sur YouTube boucle un tour du monde sans engin motorisé en suivant la ligne de l’Équateur, traverse l’Antarctique à skis tracté par un cerf-volant ou s’attaque à des sommets de 8 000 m sans bouteille d’oxygène.
Ascension du K2
Sa dernière folie ? Fin mai, l’aventurier âgé de 52 ans partira à l’assaut des 8 611 m - côté chinois il espère - les plus difficiles au monde techniquement et parmi les plus meurtriers, qu’il a déjà tentés en 2013 et 2015. Cette ascension lui servira de préparation pour achever cet été son tour du monde d’un pôle à l’autre, 'Pole2Pole'.
"J’ai une connexion avec cette montagne, c’est la plus belle montagne du monde. "Une fois que tu arrives au sommet, tu n’as fait que la moitié du parcours en fait. La plus grande partie des grimpeurs meurent en descendant, malheureusement. On est tellement attiré, on a cette fièvre du sommet qui trouble notre cerveau. Le sommet est ce qu’on appelle "la zone de mort". "La montagne n’est pas un espace vivable au-delà de 7000 m d’altitude, il faut vraiment aller au plus vite. Là-haut, il n’y a que 5 % d’oxygène, on peut rester vivant entre 22 et 24 heures.
Horn a toujours en mémoire les conseils d’un des plus grands himalayistes, Jean Troillé, avec qui il a fait en 2007 son premier +8000 +, le Gasherbrum I (8 068 m). "Jean (Troillet) m’avait dit : il ne faut pas s’asseoir, ne pas s’endormir, tu arrives tu prends une photo et tu fous le camp ! J’ai gardé ça dans ma tête. Et je le vois, il s’assoit et il s’endort. Moi j’avais peur. "Je me suis dis : marche. Mais mon corps ne bougeait pas. Allez avance ! Et j’ai eu la sensation de marcher. "J’ai posé ma main sur son épaule : Jeannot ?? En fait c’était un autre type mort il y a un an, un Italien qui s’était perdu et décédé sur l’arête. Et là je me suis dit : 'Maintenant il faut avancer sinon je vais finir comme lui'". Une histoire qui en aurait bloqué plus d’un. "Les gens pensent qu’on est des masochistes ou qu’on aime cette douleur, mais il y a cette sensation de plaisir quand on parle de l’inconnu. On recherche tous un peu la même chose dans la vie : être heureux.

Le K2
Tableau Récapitulatif des Expéditions Notables de Mike Horn
| Expédition | Année | Description |
|---|---|---|
| Latitude Zéro | 2000 | Traversée de la Terre en suivant l'Équateur sans engin motorisé. |
| Traversée de l'Antarctique | 2017 | Traversée en solitaire de l'Antarctique en 57 jours, soit 5100 km. |
| Pole2Pole | 2016-2018 | Tour du monde en passant par les deux pôles, alternant bateau, 4x4, ski et marche. |
| Ascension du K2 (tentative) | 2013, 2015 | Tentative d'ascension du K2, l'une des montagnes les plus difficiles au monde. |