Le rugby est bien plus qu'un sport; c'est une culture, une passion, et une communion entre joueurs et supporters. Dans les stades, l'ambiance est électrique, portée par des chants qui résonnent et galvanisent les équipes. Cet article explore l'origine et l'histoire de certains des chants les plus emblématiques du rugby français.

La Peña Baiona: Un Hymne Basque Adopté par la France
Et puis, surtout, il y a le fameux hymne éponyme du club mythique des rives de l’Adour, la « Peña Baiona ». Déjà inscrite au patrimoine national des fans du ballon ovale, la chanson de l’Aviron a été propulsée par l’acteur Jean Dujardin au rang d’hymne officiel de la Coupe du monde 2023, lors de la cérémonie d’ouverture.
“Peña Baiona” n’est pas seulement une chanson : c’est un symbole identitaire du Pays Basque et de l’Aviron Bayonnais Rugby Club. Ce chant populaire rassemble les supporters dans une ambiance festive, chaleureuse et fière.
Ses paroles évoquent la ferveur des supporters bayonnais, leurs couleurs bleu et blanc, et leur attachement à leur club. Une chanson de Rugby qui résonne profondément chez ceux qui jouent ou ont joué à ce sport si particulier.
Fait méconnu: l’air de “Peña Baiona” est inspiré d’une chanson autrichienne intitulée Griechischer Wein. Régulièrement citée parmi les chansons basques préférées des Français, la Peña Baiona n’est pourtant pas née à Bayonne. Le fameux paso « Vino Griego » sur lequel elle se base, est lui-même calqué sur « Griechischer Wein », un titre créé en 1972 par le chanteur de charme autrichien Udo Jürgens (1934-2014).
Trois ans plus tard, José Velez, un autre chanteur de charme, espagnol celui-ci, l’adapte dans sa langue. Devenue « Vino Griego », la chanson cartonne en Amérique Latine et fait le tour de la planète. On l’adapte au Canada, en Finlande, en Colombie… Étrangement, seule la France résiste, jusqu’au jour de 1992 où une cassette venue de Pampelune propulse le « Vino Griego » au hit-parade des ferias et des arènes du Sud-Ouest.
Il faut attendre encore une dizaine d’années plus tard, en 2005, pour que Dominique Herlax, speaker du stade de Bayonne, Jean Dauger, et grand amoureux du club ciel et blanc, écrive des paroles sur l’air de « Vino Griego » pour les supporteurs de rugby de la Peña Baiona. Selon la légende, il en aurait griffonné le texte sur un bout de nappe et ce serait son neveu, Frédéric, qui aurait insisté pour qu’il l’écrive… A cette époque, le club de supporteurs bayonnais est encore tout jeune. Il va devenir l’emblème de la persistance d’un certain esprit populaire au cœur d’un rugby devenu professionnel. Quant à la chanson fédératrice et festive, enregistrée par Gorka Robles, elle connaîtra le succès que l’on sait, jusqu’à envoûter le monde de l’ovalie. Mais pas que.
Le chant écrit par Dominique Herlax, qui s’est éteint le 15 août 2015, à l’âge de 73 ans, est également devenu l’un des temps forts de la soirée d’ouverture des Fêtes de Bayonne. Les festayres le poussent traditionnellemnet en chœur, en compagnie de l’Harmonie bayonnaise et en brandissant leur foulard rouge.
Comme pendant les Fêtes de Bayonne, le public bayonnais aime chanter pendant un match de l’Aviron. Le stade Jean Dauger est situé en plein centre. Les supporters ciels et blancs ont pour habitude de se retrouver dans la ville avant de se rendre au match, pour se restaurer ou boire un verre dans l’un de ses nombreux bars. Supporter l’Aviron Bayonnais, ce n’est pas seulement assister à un match de rugby, c’est aussi un moment destif que l’on partage entre amis.
L’ambiance est aussi due à l’hymne de la Peña Baiona… et à sa célèbre mascotte Pottoka ! Le fameux hymne de la « Peña Baiona » est basé sur le paso « Vino Griego » devenu un tube en Amérique Latine, lui-même calqué au départ sur un chant de travailleurs immigrés grecs composé par Udo Jürgens.
Le tube est ensuite arrivé en France et a été repris dans les Landes par une banda. Dominique Herlax, supporter et speaker du stade Jean Dauger, a eu l’idée de reprendre l’air et écrire les paroles pour la Peña Baiona. L’hymne de la Peña Baiona a eu beaucoup de succès. Il est même repris dans beaucoup d’autres stades, notamment au stade de France lors des matchs de l’équipe de France.
En 2005, Dominique Herlax, amoureux de l’Aviron et membre de la Peña Baiona, groupe de supporters bleu et blanc créé quelques années plus tôt, écrit les paroles actuelles. Sur un bout de nappe, selon l’anecdote.
Paroles de la Peña Baiona :
Dans notre cher petit Bayonne il est une Peña, la Peña Baiona
Ils portent fièrement partout leurs foulards bleus et blancs,
À Dax ou à Narbonne on ne voit plus que ces gars là,
Qui ont dans l'coeur leurs chers joueurs du rugby roi.
Chez nous à Jean Dauger ou bien partout à l'exterieur,
Sur tous les stades enfiévrés elle nous met tant d'ardeur,
C'est la Peña qui crie sa joie sur cet air là:
Refrain
Allez, Allez ! Les bleus et blancs de l'Aviron Bayonnais,
C'est la Peña, c'est la Peña Baiona,
On est tous là allez les gars, encore une fois,
Allez, Allez ! les bleus et blancs de l'Aviron Bayonnais,
Jouez au ras puis écartez, c'est l'essai,
On applaudit à vos exploits, c'est gagné.
Fêtes de Bayonne 2018 : les festayres chantent "La Peña Baiona"
Les Classiques Indémodables
Dans les stades de rugby, ça chante. Les supporteurs anglo-saxons sont champions à cet exercice, avec une mention spéciale au riche répertoire des Gallois. Côté Français, il y a bien sûr « La Marseillaise », dont les accents guerriers encouragent les Bleus, le fameux « Qui ne saute pas n’est pas Français », ou encore « Freed from desire ».

La Marseillaise: Hymne National et Symbole d'Unité
La Marseillaise, hymne de la France, incarne l'esprit de liberté, d'égalité et de fraternité. Entonnée à chaque événement sportif international où la France est impliquée, mais aussi dans tout autre événement d'ampleur nationale, elle incarne les valeurs de la France et met en chanson la devise de notre pays.
La Marseillaise est définitivement devenue l'hymne national français pendant la IIIe République en 1879. Écrit en 1792 par Rouget de Lisle à la suite de la déclaration de guerre de la France à l'Autriche, cet hymne est un chant de guerre révolutionnaire.
Le texte tire son origine d'une affiche placardée dans tout Strasbourg où il était inscrit "Aux armes citoyens, l'étendard de la guerre est déployé, le signal est donné. Il faut combattre, vaincre ou mourir. Aux armes citoyens... Marchons".
Officiellement adoptée en 1879, La Marseillaise, est, depuis, notre hymne national. Cependant, savez-vous qu'avant que le chant de Rouget de Lisle ne soit repris par toute une nation, la France avait un autre hymne. Ce dernier était un chant religieux qui était entonné, notamment, lors des couronnements des différents rois entre 1589 et la Révolution Française, période appelée : Ancien Régime.
« Qu’un sang impur Abreuve nos sillons », ce passage est souvent mal interprété. Le sang impur n’est pas celui des ennemis mais bien celui des sans-culottes. En effet, les aristocrates étaient censés avoir un sang pur. Au contraire, celui du peuple était impur mais celui-ci était prêt à le verser pour sa révolution.
Paroles complètes de La Marseillaise :
Allons enfants de la Patrie
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé x2
Entendez-vous dans nos campagnes
Mugir ces féroces soldats ?
Ils viennent jusque dans vos bras.
Égorger vos fils, vos compagnes !
Aux armes citoyens !
Formez vos bataillons !
Marchons, marchons
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons !
"Freed From Desire": L'Hymne Moderne du XV de France
Tube de l’équipe de France de football au Qatar, en 2022, la chanson de résilience de la jeune chanteuse Gala, sortie en 1997, cartonne aussi chez les Bleus au rugby. Après chaque succès du XV de France à domicile, c’est la même ritournelle. Une fois le coup de sifflet final donné, les premières notes retentissent, crachées par les sonos du stade. Puis, la magie opère.
Depuis janvier 2020, et l’arrivée de Fabien Galthié à la tête de la sélection, ces scènes de liesse se sont répétées. Quand ils ont réalisé le Grand Chelem dans le Tournoi, en mars 2022, une première depuis douze ans, l’enceinte dyonisienne s’est éteinte au son de cet air adoré.
« C’est une jolie chanson de fête, que l’on passe après de bons résultats, sourit William Servat, co-responsable de la conquête du XV de France. Elle est synonyme de plaisir, de victoire et de moments de communion avec les joueurs lors des après-matches. C’est important d’avoir une expérience collective, de passer du temps ensemble.
Lors du Mondial 2022 au Qatar, l’équipe de France de Didier Deschamps avait en effet repris « Freed From Desire ». « Je ne savais même pas que le foot l’avait reprise, concède Gaël Fickou. Maintenant, il y a plein d’équipes qui l’écoutent. C’est fou. Mais on était sans doute les premiers. »
Les Chants Locaux et Régionaux
Il y a aussi les particularités locales. Dans les tribunes du stade Matmut, à Bordeaux, on entonne volontiers le refrain : « UBB, allez, allez ! », en hommage au club local et à ses joueurs sélectionnés par Fabien Galthié : Fabien Penaud, Matthieu Jalibert, Maxime Lucu, Louis Bielle-Barré, Yoram Moefana… Sans compter ceux qui sont passés par la pelouse du stade Chaban, à l’instar du grand Cameron Woki.
Les Bayonnais ont bien d’autres chansons dans leur musette à la gloire des bleus et blancs : « les Avants de Bayonne », « les Gars de l’Aviron », « Txuri Urdin »... Leur répertoire se nourrit aussi de chants basques parmi les plus populaires qui montrent l’attachement du club à sa région et à sa culture : « Arrantzaleak », « Bagare », « Eperra », « Jeiki, jeiki » ou encore « Oi gu hemen ».
En 1946, le poète autodidacte Etxahun compose « Agur Xiberua », qui raconte en euskara la nostalgie de la Soule pour les expatriés parisiens. Dans les années 1950-1960, des supporters de l’Aviron en reprennent l’air et y accolent des paroles toutes bayonnaises. Cela donne « Les Gars de l’Aviron », chant vintage un peu égaré au fond des répertoires. Mais pas totalement.
« Allez-y, poussez poussez… » : le plus classique…les avants de Bayonne, allez-y, poussez poussez, les avants bayonnais ». L’Aviron a longtemps été réputé pour sa « manière bayonnaise », ce style de jeu créatif et enlevé, symbolisé par Jean Dauger puis par la ligne d’attaque de la génération 1982. C’est pourtant une ode à ses avants qui figure parmi les grands classiques. Un peu délaissé toutefois.
« Allez les bleus, allez blancs » : le plus simple« Allez les bleus, allez les blancs, allez les bleu et blanc… » : rien de plus simple à entonner. Ce classique était LE chant d’encouragement à l’époque où le stade Jean-Dauger se nommait encore le parc des sports Saint-Léon. On l’entend encore fréquemment s’échapper des travées bleu et blanc.
« Txoria txori » : le plus basque« Txoria txori » (« l’oiseau oiseau ») est d’abord un poème métaphorique, écrit en 1965 par l’artiste originaire du Guipuzkoa Josean Artxe. Il le résume ainsi : « C’est le dilemme de la liberté de la personne proche que l’on souhaite posséder. Ou vous attachez la personne et vous la posséder comme un oiseau en cage, ou vous aimez la personne telle qu’elle est et alors, si elle souhaite partir, vous devez la laisser partir. » En 1968, Mikel Laboa met le texte en musique. Sous le régime franquiste, qui interdit la langue basque, la chanson prend une dimension politique. Au fil des années, elle perd son titre originel dans la pratique populaire, pour « Hegoak » (les ailes), ainsi que son sens revendicatif. Elle monte souvent des tribunes de Jean-Dauger, de manière assez instinctive.
« Qui ne saute pas n’est pas Bayo-nnais » : le plus italienLe « Qui ne saute pas n’est pas… », chant très football, aurait été inventé dans les années 1970 par la Curva, le virage des supporters ultras de la Reggina en Italie. Traduit puis importé dans les stades français, il a fini par migrer vers le rugby et connaître sa version bayonnaise. Qui fonctionne très bien.
« Chalalalalala, ô Bayonnais » : le plus norvégienLe « Chalalalalala » a été lancé dans les tribunes bayonnaises par le BOC (Bayonnais d’origine certifié), un groupe de supporters créé en 2015 pour booster l’ambiance de Jean-Dauger. Elle leur a été inspirée par un chant du club de football norvégien Rosenborg.
« Bayonnais, allez, allez, allez… » : le plus fédérateurRudimentaire et efficace : c’est l’un des chants les plus fédérateurs des avironards de toutes générations. Comme la Peña Baiona il y a quelques années, le BOC s’est écrit une chanson.
"Swing Low, Sweet Chariot": L'Hymne Anglais Controversé
À Twickenham ou ailleurs, les supporters anglais ont l'habitude d'entonner le "Swing Low, Sweet Chariot". Ils le chantent pour aider leur équipe, pour chambrer l'adversaire, ou juste pour tuer l'ennui. Si vous avez déjà regardé ou assisté à un match du "XV de la Rose", vous avez forcément entendu, au moins une fois, cette chanson. Entonnée à l'envi par les supporters anglais, la ritournelle est devenue le véritable hymne du rugby outre-Manche depuis plus de 30 ans.
Troisièmes Mi-Temps et Chants de Rugby: Une Tradition Incontournable
Si les troisièmes mi-temps réservent à chaque fois leur lot de surprises, elles ont tout de même un élément qui perdure : les chansons. Parmi elles figurent plusieurs classiques. Le club-house a parfois des airs de salle de karaoké. Les joueurs de rugby après le match et quelques bières lentement dégustées se métamorphosent littéralement en chanteurs effrénés.
Quelques exemples de chants populaires en troisième mi-temps :
- Le Chasseur alias « Les oies sauvages »
- Mon Dieu que j’en suis à mon aise
- I will survive
- Life is Life
- Les fêtes de Mauléon
- Les lacs du Connemara
- Le Flower of Scotland
- Les chansons paillardes
Conclusion
Les chants de rugby, qu'ils soient des hymnes nationaux, des chants de supporters ou des airs traditionnels, jouent un rôle essentiel dans la culture de ce sport. Ils créent une atmosphère unique dans les stades, renforcent le sentiment d'appartenance et célèbrent les valeurs du rugby. De la Peña Baiona à la Marseillaise, ces mélodies résonnent dans le cœur des joueurs et des supporters, unissant les générations autour d'une passion commune.