L'Histoire du Benfica Lisbonne en Ligue des Champions: Gloire Passée et Malédiction Tenace

Le Benfica Lisbonne, club le plus populaire du Portugal, a marqué l'histoire du football européen, particulièrement en Ligue des Champions. Ayant connu son âge d’or dans les années 1960, le SLB a ensuite subi la malédiction de Guttmann sur la scène européenne tout en continuant d’accumuler les titres à l’échelle nationale. Pourtant, l'outsider Benfica a commencé sa campagne européenne 2021-2022 sur les chapeaux de roues et tient tête au Paris Saint-Germain, son adversaire du soir, en tête du groupe H - après une belle victoire contre la Juventus. Portés par une jeune équipe talentueuse et un coach ambitieux, les Aguias (Aigles) rêvent désormais de marcher sur les traces de leurs glorieux aînés.

Dans la sainte trinité qu'il compose avec le FC Porto et le Sporting Portugal, le Benfica Lisbonne est le club qui compte le plus de fidèles (et de loin) au Portugal. Les Aguias ont su se forger une histoire riche en cent dix-huit années d'existence, marquée par de fabuleuses épopées et d'immenses succès, notamment en Ligue des champions. Cependant, depuis maintenant trente ans, le club lisboète a perdu de sa superbe. Pire, il a vu son ennemi juré, le FC Porto, lui voler la vedette sur la scène continentale.

Dix Ans de Domination et Deux Sacres Européens (1960-1969)

Dans les années 1960, le club de la capitale portugaise écrasait tout sur son passage, que ce soit au Portugal ou en Europe. Entre 1960 et 1969, les Lisboètes remportent huit championnats (sur dix disputés) et décrochent en 1961 la toute récente Coupe des clubs champions face au FC Barcelone en finale (3-2), sous la houlette de l'immense coach Béla Guttmann et mené par son capitaine « O Monstro Sagrado » (le monstre sacré) Mario Coluna et l'immortel attaquant Eusébio. Lisbonne est alors une équipe indestructible, une machine capable d'écraser n'importe quel colosse. Cet exploit, les Lisboètes le réitèrent l'année suivante en renversant l'ogre Real Madrid (5-3) - après avoir été mené (2-3) par un triplé de la légende hongroise de la Maison blanche Ferenc Puskas.

Si cette victoire reste à ce jour son dernier succès en C1, la domination du Benfica sur l'Europe du football a prospéré avec trois autres finales disputées (1963, 1965, 1968) dans la compétition la plus convoitée.

La Malédiction de Béla Guttmann

La dernière victoire des Águias (les Aigles, le symbole du club ) en Coupe d’Europe remonte à 1962. A l’époque, l’entraîneur du Benfica, Bela Guttman, avait prédit, tel un oracle, que le club ne remporterait plus la moindre Coupe d’Europe pendant 100 ans. Entre-temps, le coach Bela Guttmann est parti fâché en souhaitant au club un siècle sans coupe d’Europe. 52 ans plus tard, cette triste prophétie tient toujours...

À croire que la prophétie de Béla Guttmann, qui avait quitté le Benfica après l'avoir porté à son apogée, était exacte. Le sorcier hongrois avait claqué la porte du club en 1962 en lançant cette phrase célèbre : « Je m'en vais en vous maudissant. À partir d'aujourd'hui et pendant cent ans, Benfica ne remportera pas une Coupe d'Europe. »

La malédiction opère toujours, même si, en 2014 - pour les 110 ans du club -, le président du Benfica, Luis Filipe Vieira, avait érigé une statue de Guttmann fabriquée en Hongrie avec ses deux coupes aux grandes oreilles dans les mains pour tenter de conjurer le sort.

Les Grands Récits - Béla Guttmann, deux voyages au paradis et un siècle de purgatoire pour Benfica

Finales Européennes Perdues et Tentatives Récentes

Depuis son dernier titre européen, en 1962, le Benfica a eu de nombreuses opportunités de remplir son armoire à trophées. Le SLB a en effet disputé huit finales européennes (cinq en Ligue des champions, trois en Coupe de l'UEFA et Ligue Europa). Huit finales...

Après vingt années de disette en Ligue des champions (et une finale de C3 perdue en 1983), le Benfica Lisbonne retrouve une finale de C1 le 25 mai 1988. Mais, là encore, les Lisboètes s'inclinent face aux Néerlandais du PSV Eindhoven au bout de la séance des tirs au but (0-0, 6-5 tab). Vaincu, le club encaisse sa quatrième défaite consécutive en finale européenne. Portés par une génération dorée (Valdo, Magnusson, Vata), les Aguias se qualifient à nouveau pour la finale de la Coupe des clubs champions deux ans plus tard, après avoir éliminé au Portugal l'OM en demi-finale retour (2-1, 1-0). La tristement fameuse main de l'Angolais Vata avait privé les Phocéens d'une place en finale de l'édition 1990. Et face au Milan AC, rebelote. Les hommes de Sven-Göran Eriksson s'inclinent en finale (1-0).

Le Benfica Lisbonne a disputé mercredi soir, au Juventus Stadium de Turin, la dixième finale de coupe d’Europe de son histoire, face aux Espagnols du FC Séville. Finaliste malheureux l’an passé dans cette même compétition, face aux Anglais de Chelsea (défaite 2-1, ndlr), le club portugais a récidivé, s'inclinant aux tirs au but (0-0, 4-2).

Depuis la nouvelle formule de la Ligue des champions (1992), le Benfica a dû se résoudre à passer d'acteur majeur à simple figurant des joutes continentales. Le club lisboète n'a effectivement connu que quatre quarts de finale (1995, 2005, 2012 et 2015) sur les trente dernières années en C1 et a perdu deux finales consécutives en Ligue Europa (2013 et 2014) contre Chelsea (1-2) puis face à Séville (0-0, 2-4 tab). Voilà donc soixante ans que la chance ne sourit plus aux Lisboètes sur la scène européenne.

L'Équipe de Légende du Benfica

En plus de 120 ans d’existence, les Benfiquistas ont logiquement vu passer de nombreux joueurs talentueux. Voici une composition possible de l'équipe de légende du Benfica :

  • Gardien: Manuel Bento
  • Défenseurs: António Veloso, Humberto Coelho, Luisão, Angelo
  • Milieux: Mário Coluna, Rui Costa
  • Attaquants: José Augusto, Fernando Chalana, Eusébio, José Águas

Ces joueurs ont marqué l'histoire du club par leur talent, leur engagement et leur contribution aux succès de Benfica.

Malgré sa taille moyenne (1,73 m), Manuel Bento a longtemps été le dernier rempart infranchissable du Benfica. Le Portugais se distinguait par ses réflexes impressionnants, ses sorties maîtrisées et son assurance dans les buts. Pendant plus de 10 ans, il parvient à conserver son statut de titulaire dans une équipe qui accumule les titres domestiques. Il accepte un rôle de doublure durant ses dernières saisons au club avant de prendre sa retraite à l’âge de 44 ans.

Modèle d’humilité et de professionnalisme, António Veloso est logiquement devenu le capitaine de Benfica pendant 7 ans. Ce défenseur polyvalent brillait par son engagement, sa régularité et son sens tactique. Titulaire indiscutable à droite, il lui arrivait de dépanner à d’autres postes avec le même rendement. Hélas, on se souvient également de lui pour son tir au but manqué face au PSV Eindhoven en finale de C1 1988.

Formé à Benfica, Humberto Coelho est considéré comme l’un des meilleurs défenseurs centraux de sa génération. Son intelligence de jeu, sa qualité de passe et son élégance lui ont permis de devenir un joueur emblématique du SLB. Il se montrait redoutable sur les coups de pied arrêtés, avec de nombreux buts inscrits de la tête.

Luisão est le seul joueur étranger de notre onze de légende Benfica. C’est dire l’empreinte laissée par le Brésilien dans l’histoire récente du club ! Pendant 15 ans, Luisão a été la tour de contrôle de la défense lisboète. Sa solidité défensive, son leadership et son intelligence tactique ont fait de lui un joueur unanimement respecté. Son jeu de tête et sa taille (1,94 m) lui ont permis d’inscrire de nombreux buts pour le club. Régulièrement courtisé en Europe, il est toujours resté fidèle à Benfica.

Infatigable dans son couloir gauche, Angelo n’hésitait jamais à se sacrifier pour l’équipe. Sa science du placement a longtemps fait le bonheur de Benfica. Ce n’est donc pas un hasard si Angelo était le porte-bonheur du club : il remporte les deux premières finales de C1 et ne dispute pas les deux suivantes perdues par ses coéquipiers.

Derrière son illustre coéquipier et ami Eusébio, il est considéré comme la plus grande légende du club. Replacé au milieu de terrain par Otto Glória, Mário Coluna va devenir O Monstro Sagrado, un joueur capable de tout faire. Sa vision du jeu, son abattage dans l’entrejeu et sa qualité de frappe permettent à Benfica d’atteindre les sommets. Le capitaine emblématique de Benfica marque lors des deux finales de C1 remportées par le club. En revanche, il ne cessera de nourrir des regrets sur les trois suivantes, toutes perdues. La défaite de 1963 lui permet néanmoins d’entrer encore un peu plus dans la légende : victime d’une fracture du pied suite à un tacle assassin, il décide de rester sur le terrain à l’heure où les changements n’étaient pas autorisés.

Si Rui Costa a connu ses plus belles années en Italie, son talent et son amour du club ont durablement marqué les supporters benfiquistes. Rarement un meneur de jeu n’aura été aussi élégant. Formé au club, Rui Costa est prêté une saison à l’AD Fafe avant de revenir à Benfica pour faire étalage de sa vision du jeu et de sa technique hors normes. Bien des années plus tard, il fait son grand retour en demandant au président de décider de son salaire. Une fois retraité, il est devenu directeur sportif puis président de son club de coeur.

Avec José Augusto à droite et António Simões à gauche, les ailes du grand Benfica des années 1960 étaient bien pourvues. Nous avons d’ailleurs choisi d’intégrer le premier cité dans notre onze de légende Benfica. Pendant une décennie, le Portugais a brillé sur le côté droit grâce à sa vitesse, ses centres précis et son jeu de tête. Auteur de nombreux buts avec les Aguias, José Augusto se montrait pourtant altruiste envers ses coéquipiers, ce qui donne un léger aperçu de son talent.

Adulé par les supporters et facilement reconnaissable à sa moustache, Fernando Chalana a été le joueur phare de Benfica dans les années 1980. Sa technique exceptionnelle balle au pied et son centre de gravité extrêmement bas (1,65 m) ont fait vivre des cauchemars aux défenseurs adverses. Ce magicien du dribble prenait d’ailleurs un malin plaisir à malmener ses adversaire sur le côté gauche, ce qui lui a souvent valu des tacles bien appuyés.

Pris sous son aile par Mário Coluna à la demande expresse de sa mère, Eusébio va devenir le meilleur joueur de l’histoire de Benfica, et l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football tout court. A cette époque, bon nombre d’observateurs le considèrent même comme l’égal de Pelé. Sa puissance, sa vitesse et sa technique le rendaient tout simplement inarrêtable pour les défenseurs adverses. S’il ne dispute pas la première C1 remportée par Benfica, il permet au club de conserver son trophée l’année suivante grâce à un doublé en finale. Malgré trois autres finales et des performances toujours abouties, Eusébio ne remportera pas d’autre C1.

Pour terminer ce onze de légende Benfica, nous avons longuement hésité entre Nené, joueur le plus capé et troisième meilleur buteur de l’histoire du club, et José Águas. Nous avons finalement choisi ce dernier tant sa contribution aux plus grandes heures de gloire de Benfica est énorme. Il marque notamment lors des deux finales de C1 remportées par le SLB. Doté d’un sens du but exceptionnel, José Águas était capable de marquer dans toutes les positions. Il est le deuxième meilleur buteur de l’histoire du club, derrière celui qui sera son compère en attaque durant ses dernières années, à savoir Eusébio.

Coïncidences Benfica et Inter Milan

Actuellement à la course pour remporter la Liga Portugal, le Benfica pourrait perpétuer une étrange tradition. Si du côté de Benfica, la « malédiction de Béla Guttmann », qui aurait annoncé un centenaire d’échecs du club en finales de compétitions européennes après son départ de Lisbonne en 1962, reste la plus célèbre, une autre étrange coïncidence pourrait cette fois-ci profiter aux Aigles.

Celle-ci lie directement le club portugais à une autre formation européenne, à savoir, l’Inter Milan. En effet, depuis la création de la Ligue des Champions, le Benfica a été sacré champion du Portugal à chaque fois que le club interriste est parvenu à atteindre la finale de la plus prestigieuse des compétitions européennes.

Une improbable série qui a débuté lors de la saison 1963-64, durant laquelle l’Inter a été sacré pour la première fois. Dans le même temps, le Benfica avait donc remporté le championnat national. Un double-succès qu’on a pu remarqué au cours des années suivantes. L’Inter a disputé d’autres finales de Ligue des Champions lors des saisons 1964-65, 1966-67 et 1971-72. À chaque fois, le même club portugais, à savoir le Benfica, s’imposait en championnat.

Et cette série ne s’est pas arrêtée au 21ème siècle. À l’époque du mythique sacre de l’Inter de José Mourinho lors de la saison 2009-10, le Benfica avait également remporté le championnat portugais. Et s’ils avaient été défaits par Manchester City en finale de la Ligue des Champions 2022-23, les Noirs et Bleus avaient également pu suivre un titre de champion du Benfica au Portugal.

Alors que l’Inter vient tout juste de valider sa septième présence en finale de la Ligue des Champions ce mardi soir, en s’imposant face au FC Barcelone en prolongations, le Benfica aura bientôt l’opportunité de perpétuer la tradition.

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