La passion du rugby enflamme la planète. Une septième Coupe du monde de rugby se déroule du 9 septembre au 23 octobre en Nouvelle-Zélande. En jeu, le trophée Webb Ellis, du nom du prétendu inventeur de ce sport auquel rend encore hommage une plaque apposée à Rugby, petite ville du centre de l’Angleterre.
Elle rappelle « l’exploit de William Webb Ellis qui, en 1823, contre l’usage alors en vigueur en football, prit le premier l’initiative de s’emparer du ballon et de courir, établissant ainsi le principe fondamental du jeu de rugby » .
Si la question des règles est inséparable de l’histoire du rugby, elle a souvent masqué celle de l’ouverture - sociale et internationale - de ce sport. Les dirigeants du nouveau royaume de l’Ovalie, réunis au sein de l’IRB International Rugby Board, privilégièrent longtemps l’entre-soi.
Finalement, l’IRB décida le moment venu de reprendre l’initiative en lançant la première Coupe du monde. Certes, les Springboks n’en seraient pas, mais une compétition qui lorgnait le modèle footballistique donnerait au rugby un rendez-vous régulier digne de motiver ses plus brillants sujets.
La première Coupe eut lieu en juin 1987. Depuis, tous les quatre ans, les meilleures nations de la planète ovale se retrouvent, ordonnant le calendrier international, attirant télévisions et tour-opérateurs. Le succès ne s’est pas démenti, surtout lorsque l’Afrique du Sud post-Apartheid a accueilli l’épreuve en 1995.
La France eut à son tour l’honneur d’accueillir la Coupe du monde en 2007. L’événement n’en fut pas moins lucratif : une population élargie vint au rugby sur fond de « chabalmania ».
Le poids qui pèse, en 2011, sur les épaules musclées des All Blacks est, lui aussi, considérable. Il leur faut l’emporter à tout prix pour que leur légende ne soit pas ternie, eux qui n’ont finalement remporté qu’une seule Coupe du monde. Et les enjeux économiques et politiques sont nombreux pour la Nouvelle-Zélande touchée ces derniers mois par deux tremblements de terre.
Le rugby, sport de contact par excellence, se joue avec un ballon ovale. Mais d'où vient ce ballon et comment a-t-il évolué au fil du temps ? Cet article vous plongera dans l'histoire fascinante du ballon de rugby, de ses origines à son rôle central dans les Jeux Olympiques.
La naissance du rugby et les premiers ballons
L'histoire du rugby commence en 1823 sur un terrain du Collège de Rugby, en Angleterre. William Webb Ellis, lors d'un match de football, se saisit du ballon avec ses mains, donnant ainsi naissance à un nouveau sport. À cette époque, il n'existait aucune taille standard pour les ballons, qui étaient de forme ronde.Constatant le succès grandissant de ce sport, un cordonnier nommé William Gilbert décide donc, en 1835, de mettre un peu d'ordre en créant ses propres ballons à la forme plus ovale.
Ceux-ci sont fabriqués à base de vessie de porc recouverts de panneaux de cuir cousus à la main. Cette philosophie fait son chemin au fil des années et dans son atelier, la famille Gilbert continue de produire ses ballons.
Elle s’installe en 1842 dans la ville de Rugby où est né ce sport et exporte même sa production dans les colonies britanniques, ce qui lui vaut une excellente réputation. À l'Exposition Universelle de Londres en 1862, sa création remporte même une médaille d'argent.

Il faut toutefois attendre 1892 pour que son travail soit enfin reconnu par les instances du rugby. Cette année-là, la Fédération anglaise établit une norme et officialise la taille et la forme du ballon.
Les dimensions officielles du ballon de rugby
Aujourd'hui, la marque Gilbert reste l’un des principaux fabricants de ballons dont les dimensions ont été fixées par l'IRB avec certaines marges :
- Longueur du grand axe : entre 280 et 300 millimètres
- Circonférence : entre 740 et 770 millimètres
- Petit périmètre : entre 580 et 620 millimètres
Au tout début, il était sphérique. C’est en 1850 qu’il prend sa forme actuelle. La longueur du grand axe est de 28 à 30 cm, avec une circonférence de 74 à 77 cm. Le petit périmètre est de 58 à 62 cm, pour une masse de 410 à 460 g et une pression de 65,71 à 68,75 kilopascals.
Le rugby a été sport olympique aux Jeux de Paris en 1900, de Londres en 1908, d’Anvers en 1920 et de Paris en 1924.
S’il applique des règles différentes, le rugby à sept utilise le même ballon que son grand frère.

L’équipe de France de rugby à VII briguera une médaille à domicile aux Jeux olympiques de Paris 2024 en s’appuyant sur le renfort d’Antoine Dupont, le meilleur joueur de la planète au rugby à XV.
Les Jeux de 1900 ont laissé peu de traces intramuros, il en va autrement de ceux de 1924, dont les Parisiennes et les Parisiens profitent de l’héritage… parfois sans le savoir.
À commencer par le stade de Colombes. À l’origine, en 1883, il s’agissait d’un hippodrome. Transformé en stade en 1907. Soit choisi, après agrandissement et rénovation, comme lieu central des Jeux olympiques.
Le stade de Colombes est toujours là. construction du Stade de France qui lui ont volé la vedette.
Histoire du ballon de rugby
L'histoire du ballon de rugby commence dans la ville du même nom, en 1835 environ. C'est un cordonnier anglais répondant au nom de William Gilbert qui fournit les premières balles aux footballeurs locaux.
Il se révèle un expert dans l'art de bien gonfler et de tendre des vessies de porc fraîches à l'intérieur d'une enveloppe de cuir faite de quatre panneaux ovoïdes. Cette opération exécutée, ce maître du ballon suspend son ouvrage pour le laisser sécher.
De telles balles sont très résistantes et sa réputation dépasse la ville de Rugby. Son travail est si réputé qu'en 1851, il présente l'une de ses œuvres à l'Exposition Universelle de Londres.
William Gilbert suscite alors des vocations. Toujours à Rugby, Richard Lindon invente la vessie en caoutchouc en 1870. Grande nouveauté : celle-ci se gonfle avec une pompe
Cette vessie ne fait pas l'unanimité. Elle s'avère moins solide que la traditionnelle vessie de porc.
Curieusement, lorsque les premières lois du jeu sont rédigées en 1871 la Rugby Football Union, les caractéristiques des ballons de rugby ne sont pas spécifiées
Il faut dire que les vessies de porc n'ont jamais tout à fait la même taille. Tous les ballons ne peuvent donc pas être identiques. Il faut attendre 1892 pour que leur forme et leurs dimensions soient fixées.
Ayant amélioré l'invention de Richard Lindon, la firme Charles MacIntosh and Company garantit la fabrication en série de vessies de caoutchouc gonflables avec une pompe.
Le ballon mesure alors de 10 à 11 pouces (1 pouce = 2,54 cm) de long, 30 à 31 pouces de grand périmètre, 25 à 26 pouces de petit périmètre. Un an après, son poids est porté à 14 onces (1 once = 30 g). Ces cotes restent en vigueur jusqu'en 1931.
Dans les années 1920, il est admis que ces balles sont excellentes pour le jeu au pied, mais elles conviendraient mieux au jeu à la main si elles étaient un peu plus ovales.
Une initiative qui engendre en 1931 l'accentuation de la forme ovale du ballon de rugby. La longueur et le grand périmètre sont conservés, le petit périmètre est réduit et passe à 24 à 25 pouces.
Cette réduction modifie le poids : il est compris entre 13 onces et 15 onces. Depuis, la règle du jeu n°2 de l'International Rugby Board a très peu changé et aujourd'hui le ballon de rugby répond aux normes suivantes :
Le ballon ovale
Ni vraiment rond, ni vraiment ovale, le premier ballon commun aux joueurs de football de Rugby étaient ovoïde, en forme d'œuf.
S'il a évolué vers une parfaite rondeur pour la pratique du football, le ballon est devenu ovale au fil des années pour celle du rugby. Mais pourquoi ?
Beaucoup avancent fort logiquement que la forme allongée rappelle celle de la vessie du porc. Pourtant, ce serait avec un ballon plutôt rond que William Webb Ellis fit naître le rugby un jour de 1823 quand il ramassa la balle avec ses mains lors d'une partie de football et l'emporta derrière les buts.

Plusieurs arguments laissent à penser que jouer avec une balle oblongue est un acte plus délibéré que fortuit. La poésie et l'ironie hasardeuse de ce jeu qui a tant plu aux bourgeois est bien le fait de cette balle à la forme inédite et aux rebonds imprévisibles.
Le rugby se jouant davantage avec les mains qu'avec les pieds et une forme oblongue du ballon convenant mieux au jeu à la main, ce dernier est logiquement devenu de plus en plus ovale au fil du temps.
Ballons Gilbert
William Gilbert (1799-1877) est cordonnier à Rugby, au sud de Leicester en Angleterre.
Il tient un petit commerce baptisé Ladies and Gentlemen Fashionable Boot and Shoe Manufacture dans High Street, au centre du village.
Sa clientèle se compose en grande partie des étudiants du collège situé à deux pas de sa boutique. Une position géographique idéale pour participer au développement du sport qui naît sous ses yeux.
Il se lance dans la confection des ballons et en devient vite un spécialiste. Son commerce prospère et en 1842, William Gilbert déplace son échoppe à St Matthew Street, à proximité de l'école bien sûr.
Son travail est si réputé qu'en 1851, il présente l'une de ses œuvres à l'Exposition Universelle de Londres. À celle de 1862, toujours à Londres, les ballons de rugby Gilbert remportent une médaille d'argent.
Le petit commerce est devenu un atelier qui exporte sa production jusque dans les colonies britanniques.
À la mort de William, c'est son neveu, James Gilbert (1831-1906) qui lui succède à la tête de l'entreprise.
À force de travailler chez son oncle, il est lui aussi devenu un expert. Il est réputé pour avoir des poumons si puissants qu'il arrive à gonfler bien tendus tous les ballons Gilbert, même les plus gros.
Quand James meurt, son fils James John Gilbert (1856-1917) reprend les affaires de la famille. Il s'implique autant dans la fabrique de ballons que dans le rugby en lui-même. Il est un fin connaisseur de ce sport et un bon joueur du club de la ville.
James est le dernier de la famille Gilbert aux commandes de la société. Il sert l'armée britannique en France lorsque son père décède en 1917. La guerre terminée, il retourne en Angleterre tenir le commerce familial.
James Gilbert s'implique autant de la tenue des comptes que dans la fabrication des ballons, garant de la bonne réputation de l'entreprise.
Il écrit de nombreuses lettres afin de voir le nom de Gilbert rester au premier plan dans le rugby. Ses efforts sont récompensés.
Ses balles s'exportent dans tous les pays majeurs de ce sport comme la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Afrique du Sud. Il contrôle lui-même tous les ballons pour s'assurer de leur qualité.
Fort de ses relations, il collecte de nombreux objets liés à l'histoire de l'Ovalie qui forment maintenant la base du James Gilbert Football Rugby Museum ouvert en 1987 à Rugby.
Après plus de 150 ans d'existence, les balles Gilbert sont utilisées par la plupart des nations du rugby, pour les plus grandes compétitions et à tous les niveaux de jeu.
La marque a élargi son marché en produisant d'autres éléments de l'équipement du rugbyman.
La confection des ballons
"Célébrer les 200 ans de la marque en même temps que ceux du rugby, en pleine Coupe du monde, on ne pouvait pas rêver mieux", estime Laurent Gaya, le directeur de Gilbert France.
Des terrains du championnat régional d’Occitanie à ceux du championnat NPC des provinces néo-zélandaises, des stades du Top 14 à ceux de la Currie Cup en Afrique du Sud, en passant par les sommets du Tournoi des VI Nations ou de la Coupe du monde, les ballons Gilbert sont partout.
Tous les clubs et les grandes nations ont leur modèle dédié. "Nous avons une présence dans le rugby pro et semi-pro qui avoisine les 98 %", souligne Laurent Gaya, sans oublier le rugby amateur qui suit le mouvement, séduit par la qualité des ballons anglais et leur rapport qualité-prix.
Dans cette razzia, seuls les All Blacks se démarquent avec un ballon siglé Adidas. "Pour l’instant…", souffle Laurent Gaya.
Pour avoir fait l’unanimité sur la planète rugby depuis le début des années 1990, la société Gilbert a mis en avant ses atouts.
"Je pense qu’il y a plusieurs paramètres à notre réussite", avance Laurent Gaya. "Nous avons un savoir-faire qui n’a jamais été copié ou imité. Ensuite, nous procédons à énormément d’investissements que ce soit dans la recherche ou l’innovation.
Marque iconique - les connaisseurs n’ont pas oublié le fameux Gilbert "Match" en cuir marron avec ses lacets des années 70 et 80 -, la société de Robertsbridge (Sussex) a su repousser la concurrence "des deux gros" comme le dit Laurent Gaya en évoquant Nike et Adidas.
"Ils ne s’intéressent pas forcément au rugby, ça reste quand même un sport "régional" à l’échelle planétaire. Ils préfèrent se concentrer sur des sports à haute densité", explique le directeur de Gilbert France qui précise : "Sachez que le cricket ou le hockey sur gazon par exemple, ce sont trois fois plus de pratiquants dans le monde.
"Ils sont nos ambassadeurs de l’ombre", n’hésite pas à clamer Laurent Gaya au sujet des buteurs qui utilisent les ballons de la marque anglaise et font remonter leurs avis et critiques. "Ils sont très exigeants et la nouvelle génération l’est encore plus."
Et Laurent Gaya de nous raconter les tests qu’il effectuait avec Johny Wilkinson, à Toulon, avant la Coupe du monde 2015. "Nous lui avions amené les ballons qui seraient utilisés lors du Mondial. Il a pris les ballons et pendant 2 heures, il a tapé des 22 m, du même endroit, enchaînant les frappes, réclamant un poil plus ou moins de pression. Je n’ai jamais vu une telle exigence et précision.
Côté Français, l’avis d’Antoine Dupont compte. "C’est un joueur qui manie le ballon avec les mains et le pied et qui peut aussi buter. Il est toujours très juste dans ses commentaires, il n’a jamais de critique infondée.
À l’heure de la data et des statistiques à profusion, Gilbert développe le ballon connecté. "On fournit le ballon où on insère une puce de la société SAGE qui développe la technologie. C’est le fruit de huit ans de recherche", explique Laurent Gaya.
Ce ballon testé lors du dernier Mondial U20 en Afrique du Sud offre une multitude de données. "Elles peuvent servir dans plein de domaines. Pour les arbitres qui peuvent savoir si un ballon est transmis en avant ; pour la télé qui peut donner des statistiques sur la vitesse de passe, sur la longueur ou la hauteur d’un coup de pied, etc.
Et Laurent Gaya de préciser : "L’équipe de France l’utilise déjà à l’entraînement. Par exemple, un demi de mêlée n’a pas la même longueur ou vitesse de passe selon qu’il joue côté droit ou gauche.
Il s’appelle "Innovo RWC 2023", c’est le ballon officiel de la Coupe du monde, coûte 200 € et est composé de 70 % de caoutchouc d’origine naturelle et 30 % de matière synthétique. Il innove en proposant une double valve pour un meilleur équilibre et une vessie formée de quatre parties. "Le ballon est énormément compressé sur les frappes des buteurs mais cette vessie permet au ballon de retrouver immédiatement son aspect initial. L’élasticité du ballon permet de bien répandre l’énergie de l’impact du pied", précise le directeur de Gilbert France qui avoue "que les retours sont bons au cours de cette Coupe du monde. On prend les stats des meilleurs buteurs et si leurs pourcentages sont bons, c’est que le ballon va bien.
Le rugby, sport empreint de valeurs nobles et de ferveur, transcende les terrains pour devenir un mode de vie. Ce jeu rugueux, mélange brutal de force et d'adresse, séduit par son intensité et son esprit de camaraderie. Sur le terrain ovale, quinze joueurs s'engagent dans une bataille éreintante, chacun portant l'espoir de son équipe.
Le ballon ovale, symbole de ce sport exigeant, circule entre les mains et les pieds dans une danse dynamique. Les plaquages virils et les mêlées féroces rythment le match, créant une symphonie brute de passion et de détermination. Le rugby transcende les barrières, rassemblant des communautés et créant des liens indéfectibles.
Au-delà des exploits physiques, le rugby incarne des valeurs profondes telles que le respect, la solidarité et la loyauté. Les mêlées épiques reflètent la nécessité de travailler ensemble, les essais célèbrent l'ingéniosité tactique, et les transformations incarnent la précision et la puissance.
En dehors du terrain, le rugby forge des amitiés durables. Les troisièmes mi-temps, moments de convivialité après les matchs, renforcent les liens entre joueurs et supporters. Les traditions, comme le haka maori, ajoutent une dimension culturelle, célébrant la diversité au sein de la communauté rugbystique mondiale.
Le rugby, par sa nature brutale et élégante, défie les stéréotypes et prône la tolérance. Que ce soit sur les pelouses verdoyantes des stades ou dans la boue des terrains amateurs, le rugby reste un phare de valeurs, rappelant à tous que l'unité et la passion peuvent transcender les rivalités éphémères.
Nous sommes au collège de Rugby en 1823 et la légende locale raconte que William Webb Ellis s’est saisi du ballon avec ses mains en plein match de football pour le porter et traverser le terrain. Le rugby était né et William Gilbert, cordonnier dont l’atelier était situé en face de l’établissement scolaire, fournissait alors les ballons en cuir, de forme ronde, aux collégiens. C’est quelques années après que le ballon allait prendre la forme ovale pour une meilleure prise en mains, toujours à l’initiative du visionnaire William Gilbert.