Alexia Richard et Lézana Placette : Le Combat de Deux Beach-Volleyeuses Françaises pour l'Évolution de Leur Sport

L'équipe féminine française de beach-volley formée par Alexia Richard et Lézana Placette a marqué l'histoire en se qualifiant pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, une première depuis 24 ans. Elles ont performé et se battent avec leurs valeurs pour faire évoluer ce sport.

Sous la tour Eiffel, devant 13 500 spectateurs, Alexia Richard et Lézana Placette ont gagné le premier match de la compétition en short, face à la championne du monde de Rio. Les pieds dans le sable, sous les projecteurs du monde entier, Alexia et Lézana se sont qualifiées pour les barrages d'accès aux 16e de finale du tournoi olympique, une performance remarquable. "C'était le premier sport sold-out (complet). On reçoit encore plein de messages de gens qui ont trouvé ça super. Le beach-volley, c'est physique, tactique, c’est un show."

Elles ont taillé un short au bikini dans le beach-volley féminin, elles se sont classées parmi les meilleures équipes au monde. En ligne de mire : les JO de Los Angeles en 2028. C'était déjà un exploit d'avoir une paire française aux JO de Paris en beach-volley féminin.

Lezana Placette et Alexia Richard : "On est pas les plus fortes mais on est les plus belles" #jo2024

Un Impact Post-JO Difficile

"On s'était dit qu'avec les JO, ça allait attirer les médias, les sponsors avec ce spot incroyable sous la tour Eiffel, poursuit Lézana Placette. Certes pendant les JO, elles ont été approchées, y compris par des grosses marques. C'était juste par opportunité pour seulement 3-4 jours et non pour un engagement durable.

"Ça ne nous intéresse pas d’avoir des partenaires comme ça, reconnaît Lézana. On a envie de gens qui nous soutiennent pour notre projet sportif et humain, travailler avec des gens sympas. On est des personnes authentiques. On essaie de porter le sport féminin.

Presque 10 mois après les JO, rien n'a changé. Elles sont membres de l'équipe de France et bénéficient d’items via l’équipementier fédéral. Depuis 6 ans, les joueuses cherchent un équipementier pour leur asso, "Pari2024" (comme un pari sportif pour les JO) devenu Objectif Los Angeles 28 (OLA28). Ainsi, elles entendent développer et faire connaître leur sport mais la lassitude et les remises en cause ont gagné du terrain, chez Alexia par exemple.

"On en a marre de se prendre des réponses négatives. Est-ce qu’on est nulles ? On n’est pas belles? Ils ne cherchent pas des filles parfaites mais des profils. On est 2 grandes blondes et on est drôles ! "Autant vous dire que RIEN n’a changé. Elles regardent autour d’elles et voient de nombreux athlètes soutenus par des marques de textile, sans pour autant avoir leur palmarès. Alors, elles ont fini par se demander : "Qu’est-ce qu’on fait de travers ?

Objectif Los Angeles 2028 (OLA28) : Un Nouveau Départ

Les 2 beach-volleyeuses ne baissent pas les bras pour autant. Celles qui ont marqué leur sport de par leurs performances mais aussi pour que ce soit un sport et pas seulement une attraction n'ont pas perdu leur humour. En ce début d'année 2025, les choses bougent. Après "Objectif Pari24", elles lancent leur projet OLA28 (Objectif Los Angeles) sur les réseaux. Actuellement, elles reviennent d'une compétition en Chine et vont s'envoler pour Hambourg ce jeudi 22 mai.

Sur les réseaux, Alexia et Lézana enfilent d'abord une tenue...militaire !

Lutter Contre le Sexisme dans le Beach-Volley

Parmi leurs valeurs et leur combat, enlever le côté parfois sexiste de ce sport. Longtemps joués en bikini, les sports de plages ont un peu évolué sous l'impulsion de l'équipe norvégienne de hand puis celle de beach-volley. Une attitude reprise de volée par Alexia et Lézana. Pour Alexia, ce n'est pas un problème de short, bikini ou leggins. "Nous n'avions pas plus de sponsors avant. Les gens ont retenu le short mais ce n'est pas la cause du problème."

Et Lézana de poursuivre. "On ne défend pas le short mais le droit de choisir. Avant c'était très réglementé. Au-dessus de 14°C il fallait jouer en culotte. Quand c'était plus froid, en leggins.

Les voilà donc reparties pour les compétitions, en espérant que l'appel de Papy Jean-Louis soit entendu pour trouver de nouveaux partenaires (mais avec des valeurs humaines) et autres sponsors. Et pour ça, elles utilisent aussi beaucoup les réseaux, toujours avec humour et élégance. "On veut montrer la vraie vie d'un sport de haut niveau, poursuit Lézana. L'interview se termine dans la joie et la bonne humeur malgré la lassitude.

Une montée au filet pour les championnats d'Europe prévus en Allemagne au mois de juillet, puis les championnats du monde en Australie en novembre.

L'Évolution des Tenues : Un Pas Vers l'Égalité ?

Au premier jour du tournoi olympique de beach-volley, le 6 août dernier, il faisait 32 degrés sur la plage mythique de Copacabana, à Rio. Malgré la chaleur étouffante, les beach-volleyeurs portaient ce jour-là un short jusqu'en haut du genou et un t-shirt. Cette règle, c'est celle de la fédération internationale, qui a pourtant, dans la même discipline, imposé aux femmes, pendant plus d'une décennie, le port du bikini.

Aux Jeux olympiques de Londres, en 2012, pour la première fois depuis 1996, année où le beach-volley était devenu sport olympique, le (télé)spectateur pouvait voir les Américaines et les Britanniques servir en t-shirt moulant. Une tenue plus adaptée aux 13°C de la capitale britannique pendant la compétition. Quelques mois plus tôt, la Fédération internationale de volley (FIVB) avait assoupli ses règles vestimentaires pour le «beach». Si cet exemple symbolise l'ouverture du beach-volley, le bikini n'a pourtant pas été banni par les joueuses elles-mêmes.

Lors des Jeux panaméricains de 2015 à Toronto, Melissa Humana-Paredes expliquait que même s'il n'était plus obligatoire, elle continuait de le porter parce qu'il est «pratique» et que «le t-shirt et le short par quarante degrés, ce n'est pas très commode». L'Américaine Jen Kessy préfère aussi le bikini au short, «pas confortable car le sable s'encastre dans les poches». Comme elle, d'autres Américaines ayant grandi en Californie, berceau du beach-volley, défendent le bikini.

Ces déclarations confirment la position de la fédération pendant toutes ces années. La vérité est que pendant longtemps, les beach-volleyeuses ont souffert d'un manque de visibilité par rapport à leurs homologues masculins. Les tenues étaient une façon de vendre le beach-volley aux chaînes de télé et aux sponsors.

Au «beach», les premières compétitions féminines ont eu lieu en 1993, soit sept ans après les hommes. En 1999, trois ans après que le beach-volley soit passé sport olympique, la FIVB instaure une standardisation des tenues justifiée par une volonté de rendre la discipline bankable. «Nous devons donner au volley-ball une chance de survivre, argumentait en 1998 Ruben Acosta, alors président de la fédération. Les sports qui n'auront pas les faveurs de la télévision disparaîtront.»

Si la réticence est forte chez les fédérations au départ, les joueuses se plient aux exigences, évitant ainsi les amendes. Car les médias ont vite compris que le bikini des volleyeuses attirait l'audience, ce qui se ressent dans la différence de traitement entre femmes et hommes.

Le Regard des Médias : Sexisme et Hypersexualisation

Aujourd'hui encore, il suffit de taper «beach-volley» sur Google pour compter par dizaines les photos de postérieurs de beach-volleyeuses en action. «Ce qui est intéressant, c'est de regarder un match féminin, de voir comment il est filmé, et de comparer avec un match masculin, décrypte Fabienne Broucaret, journaliste spécialisée en sport féminin et auteur de deux livres, dont Le sport, dernier bastion du sexisme. Pour les hommes, on évoque le match et la question de la tenue ne se pose pas.

Lors des Jeux d'Athènes, en 2004, la chercheuse américaine en journalisme Kimberly Bissell a analysé les angles de caméra pendant la compétition féminine de beach-volley. Il ressortait de cette étude que 20% des images étaient centrées sur les poitrines des joueuses et 17% cadraient la zone des fesses. Partant du fait que le postérieur des volleyeuses attirait plus les caméras que les actions de jeu, Metro US s'était amusé à publier en 2012 un diaporama de photos de sports olympiques, où on voyait les fesses d'un lutteur, d'un nageur ou encore d'un basketteur.

Le traitement médiatique de la photo de Lucy Nicholson lors du match Egypte-Allemagne montre qu'il y a encore des obstacles à franchir. Beaucoup de médias ont traité la photo via le contraste culturel qu'elle représente et ont omis deux informations sportives primordiales. Le score, d'une part: «Peu de sites indiquent le résultat du match, relève Fabienne Broucaret. C'est pour arriver à des premières de ce type que la FIVB a rendu le bikini facultatif.

«Nous voulons ouvrir le volley-ball à d'autres cultures, justifiait en 2012 la fédération, via son porte-parole Richard Baker. Lors des Jeux asiatiques à Doha, en 2006, seize nations musulmanes avaient ainsi concouru mais seul l'Iran avait envoyé une équipe féminine, les soeurs Lisa et Lida Agasi, de confession chrétienne.

Alors, pourquoi la FIVB n'a t-elle pas aussi assoupli les règles pour les joueurs dans le sens inverse, en les autorisant à se déshabiller? Mais en 2012, juste avant les Jeux, cette différence hommes-femmes n'avait pas l'air de déranger Phil Dalhausser, médaillé d'or à Pékin en 2008. «Elles sont plus belles que nous de toute façon», répondait le joueur américain face à la presse. Son coéquipier Todd Rogers avait renchéri en expliquant que «contrairement aux femmes, les hommes sont guidés par leur vision» et que «voir le "paquet" d'un homme, ce n'est pas comparable».

Mais April Ross, vice-championne olympique, avait estimé qu'il fallait que les hommes laissent tomber leur haut. «On demande tout le temps que les hommes jouent torse nu. Ils ont des beaux corps, eux aussi. Ils ne devraient pas jouer avec des t-shirts. Selon Fabienne Broucaret, ce serait contre-productif. «En fin de compte, on ne ferait que tomber dans le même travers que pour les femmes. On déplacerait juste sur les hommes la question de l'hypersexualisation du sportif», qui est le vrai problème.

Selon la journaliste, il y a néanmoins un message important véhiculé par la photo de Lucy Nicholson. Désormais, les beach-volleyeuses ne sont plus obligées de porter le bikini. «Maintenant, elles ont le choix.

Un Appel à l'Aide Original

Les deux joueuses ne trouvent pas de sponsor. Elles lancent un appel à l'aide. C'est un appel à l'aide pour le moins original. La beach-volleyeuse originaire de La Teste-de-Buch Alexia Richard et sa partenaire toulousaine Lézana Placette font le buzz depuis quelques jours sur les réseaux sociaux avec une vidéo. Depuis les Jeux olympiques de Paris, pour lesquels elles avaient été sélectionnées, le retour sur terre est effet un peu brutal. Les deux sportives désespèrent de trouver un ou des sponsors pour les soutenir dans leur carrière de sportives de haut niveau.

Pour essayer d'interpeller sur leur situation, elles ont eu l'idée de se positionner sur un rond-point près de Toulouse, "à poil" ou presque. "Sous les cartons, on a l'impression qu'on est nues", explique Alexia Richard. "C'était pour faire réagir" et "lancer un appel à l'aide".

Besoin de 40.000 Euros pour une Saison

Le duo évalue ses besoins à 40.000 euros sur une saison : "Sur une compétition avec un coach et un kiné, on a besoin de minimum 6.000 euros minimum", calcule-t-elle. Depuis ce coup d'éclat, "on a été contactées par plusieurs marques et entreprises", même si elles n'ont "rien de concret pour l'instant".

Elle regrette "de devoir faire du bruit pour qu'on s'intéresse à nous. On aimerait qu'on s'intéresse à nous pour nos performances". Le duo est pourtant dans le Top 20 mondial de son sport.

Besoins financiers d'Alexia Richard et Lézana Placette pour une saison
Poste Coût estimé
Saison complète 40 000 €
Compétition (avec coach et kiné) 6 000 € minimum

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