Près de quinze ans après le fameux rachat du PSG par le Qatar en 2011, les enquêteurs français tentent toujours de démêler le rôle qu’aurait joué Nicolas Sarkozy, fervent supporter du club parisien, dans une série d’arrangements politico-financiers qui dépassent largement le simple cadre sportif. C’est une histoire où le football, la diplomatie et les affaires se mêlent dans une trame aux airs de roman noir de la Ve République.
D’après les dernières révélations de Mediapart, l’ancien président de la République aurait été un acteur central dans les tractations qui ont conduit non seulement à l’attribution du Mondial 2022 au Qatar, mais aussi à la vente du Paris Saint-Germain à Qatar Sports Investments (QSI), un montage qui aurait profité à plusieurs de ses proches, du financier Sébastien Bazin à son propre fils Pierre Sarkozy.
Aujourd’hui, ces dossiers parallèles alimentent une instruction pour corruption, trafic d’influence et financement illégal de campagne, à la suite d’une plainte déposée en 2023 par l’association Anticor. Les juges cherchent à déterminer si Nicolas Sarkozy a personnellement tiré profit de ces opérations et s’il a utilisé son statut présidentiel pour favoriser des partenaires privés en échange de soutiens politiques ou financiers. L’ancien président, lui, nie toute malversation, assurant avoir toujours agi dans « l’intérêt de la France et du football français ».
Si le Paris Saint-Germain reste au centre des soupçons, aucune enquête ne vise directement le club ou ses dirigeants actuels. Les magistrats se concentrent exclusivement sur les conditions du rachat et les acteurs politiques de l’époque.
Le point de départ de ce nouvel épisode judiciaire remonte à un déjeuner resté célèbre dans les couloirs du pouvoir. Le 23 novembre 2010 à l’Élysée, Nicolas Sarkozy reçoit à sa table le prince héritier du Qatar, Tamim al-Thani, ainsi que Michel Platini, alors président de l’UEFA, et Claude Guéant, son secrétaire général. Selon Mediapart, cette réunion fut décisive puisque quelques jours après, Platini a modifié son vote pour soutenir la candidature du Qatar à la Coupe du monde 2022, alors qu’il semblait jusque-là favorable au dossier américain.
Les magistrats français estiment aujourd’hui que ce déjeuner a pu sceller un accord officieux : en échange du soutien diplomatique de la France, Doha s’engagerait à investir massivement dans des entreprises et des projets français, dont le rachat du PSG, club cher à Sarkozy.
Rôle de Nicolas Sarkozy et de ses proches
C’est là que les ramifications économiques et personnelles se dessinent plus nettement. Mediapart révèle que le patron de Colony Capital, Sébastien Bazin, aurait négocié la vente du PSG avec le soutien actif de Nicolas Sarkozy et de son entourage.
Le prix de vente, initialement évalué à environ 30 millions d’euros, aurait été doublé à 64 millions, après des échanges impliquant Sarkozy père et fils. Des SMS versés au dossier font état d’un soutien direct du président pour « convaincre les Qataris » d’acheter le club « à un prix plus juste », selon Mediapart.
Plusieurs fois, les débats se sont crispés. Au point que Nicolas Sarkozy a été brandi comme une menace par Sébastien Bazin. « Sarko a mis un peu d'huile dans les rouages quand ça grinçait, confie un familier du dossier. Quand ça dégénérait, Bazin disait : "Ça va finir au Château", sous-entendu à l'Élysée, ou bien il lançait : "Je vais devoir en référer plus haut". Il y avait aussi clairement un enjeu politique dans cette cession. » Bazin a tou-jours nié une quelconque intervention de l'ancien président de la République.
Pourtant, tout dans cette affaire conduit, à un moment ou un autre, à Nicolas Sarkozy. Son attachement au PSG est connu de tous, de même que ses liens d'amitiés avec Sébastien Bazin, le patron de Colony Capital, et sa proximité avec le Qatar et ses dirigeants.
Dans le quotidien Libération, début août 2011, Franck Louvrier, conseiller en communication de Sarkozy, confirme l'intervention présidentielle : « Il s'est intéressé de près au dossier. D'abord parce que c'est un État étranger qui investit en France et puis, parce que c'est un supporter. S'il y a des fonds étrangers qui peuvent aider le sport français, il y est favorable. »
Le chef de l'État a-t-il tenu un rôle d'intermédiaire? Louvrier dément formellement. Mais parler du PSG entre puissants n'est pas interdit, bien au contraire.
L'UEFA et le Fair-Play Financier
Près de deux ans après une première série de révélations sur l’évasion fiscale dans le monde du ballon rond dans le cadre des « Football Leaks », le consortium European Investigative Collaborations (ECI), dont fait partie Mediapart, publie une nouvelle série d’enquêtes, réalisées à partir d’une masse de « plus de 70 millions de documents ».
Pièces à l’appui, Mediapart assure que, depuis son rachat du PSG en 2011, le Qatar « y a injecté 1,8 milliard d’euros, dont 1,35 milliard via des contrats de sponsoring surévalués et le solde via des avances d’actionnaire ». Le site affirme le club de la capitale « a été couvert » par l’Union des associations européennes de football (UEFA) et ses deux anciens dirigeants : son ex-président Michel Platini (2007-2015) et son ancien secrétaire général, Gianni Infantino (2009-2016), actuel dirigeant de la Fédération internationale de football (FIFA).
Et ce en violation avec les règles du fair-play financier (FPF), ce mécanisme introduit par l’UEFA en 2010 et en vertu duquel les équipes du Vieux Continent ne doivent pas dépenser plus qu’elles ne gagnent sous peine de sanctions.
L’enquête de Mediapart se polarise sur le contrat « de promotion de l’image du Qatar » entre le PSG et l’Autorité du tourisme du Qatar (QTA), appelée de facto à combler le déficit du club. Le 8 août 2012, ce partenariat est signé par les deux parties et prévoit le versement par QTA de 1,075 milliard d’euros sur cinq saisons au PSG, dont 100 millions au titre de la première saison. Cet accord stipule que le PSG devra « jouer un rôle majeur en Ligue des champions » en recrutant des stars, auxquelles il devra verser « 110 % de ses revenus » en salaires.
Ce qui permettra au club de « respecter ses engagements » auprès de la direction nationale du contrôle de gestion (DNCG), le gendarme financier du football français. Le contrat avec QTA. Si ledit contrat n’est officialisé qu’en octobre 2013, 200 millions d’euros seront versés aux dirigeants parisiens au titre de la saison 2012-2013.
Tandis que l’état-major du PSG menace d’attaquer les règles du FPF devant l’Autorité de la concurrence et commence à montrer ses muscles en rédigeant une plainte, l’UEFA se penche sur les comptes du club.
Dans son rapport, l’avocat de la chambre d’instruction de l’instance de contrôle financier des clubs (ICFC) de l’UEFA indique que le contrat avec QTA « est massivement surévalué » et conçu « pour contourner les règles » du FPF.
Les enquêteurs du fair-play financier concluent que 283 des 300 millions virés par QTA ont été versés au fonds Qatar Sports Investments (QSI), pour « rembourser les achats de joueurs » réalisés depuis le rachat de 2011. Ou l’art de faire passer l’argent d’une poche à une autre.
A la lumière du rapport de l’ICFC, sans prendre en compte les versements de QTA, le déficit du PSG s’élève alors à 260 millions d’euros sur deux ans.
Mediapart affirme que Michel Platini et Gianni Infantino ont proposé un « accord à l’amiable » aux dirigeants du PSG. Des négociations s’ouvrent après que le président du club, le Qatari Nasser Al-Khelaïfi, a intimé, en février 2014, au patron de l’UEFA de ne pas menacer les intérêts du Qatar, en faveur duquel ce dernier avait voté lors du scrutin d’attribution du Mondial 2022.
Contacté par Le Monde, l’entourage de Michel Platini confirme que M. Al-Khelaïfi a menacé de traîner l’UEFA devant les tribunaux et met en avant le « principe de réalité » dans cette affaire.
En avril 2014, à Londres, Gianni Infantino et Jean-Claude Blanc, le numéro deux du PSG, s’accordent sur le montant : 100 millions d’euros. Soit 97 millions d’euros de plus que celui évalué par les experts indépendants.
Au bout du compte, selon Mediapart, le secrétaire général de l’UEFA accepte que « la baisse du contrat QTA soit presque intégralement compensée par de nouveaux sponsors qataris ».
L’accord est finalement signé par l’Italien Umberto Lago, qui a remplacé le patron démissionnaire de la chambre d’instruction de l’ICFC, Brian Quinn. Lequel se serait opposé audit accord. Le PSG reçoit, entre autres, une amende de 60 millions d’euros et une limitation du nombre de joueurs.
Mais les choses s’enveniment lorsque Nasser Al-Khelaïfi apprend que son « grand rival », Manchester City, propriété depuis 2008 du cheikh Mansour d’Abou Dhabi (Emirats arabes unis), va être moins lourdement sanctionné.
S’il n’obtient pas des dirigeants de l’UEFA que le montant de son amende soit confidentielle, le président du PSG voit son amende ferme réduite de 60 à 20 millions d’euros.
En 2015, bis repetita. Furieux de voir Manchester City obtenir la levée de ses sanctions un an à l’avance, le PSG obtient des dirigeants de l’UEFA le même traitement de faveur.
Gianni Infantino autorise ainsi le club à « réécrire a posteriori ses comptes afin de valoriser le contrat QTA à 100 millions d’euros dès 2013-2014 ».
Par ce tour de passe-passe, la formation de la capitale revient à l’équilibre et l’affaire est scellée en juillet 2015.
D’autres partenariats avec des entités qataries interpellent, dont ceux avec la chaîne sportive BeIN Sports (signé en septembre 2013, contre 2,8 millions d’euros annuels et couvrant la saison antérieure), dirigée par Nasser Al-Khelaïfi, l’académie de football Aspire (3,9 millions d’euros) ou la Banque nationale du Qatar (jusqu’à 15 millions d’euros), ou l’opérateur Ooredoo (40 millions d’arriérés payés).
Le feuilleton PSG va connaître un nouveau rebondissement sous la présidence du Slovène Aleksander Ceferin, élu en septembre 2016 à la tête de l’UEFA.
Contraint de réduire la voilure et de faire passer la barre de ses recettes issues de partenaires qataris à 30 %, le club de la capitale flambe pourtant sur le marché des transferts à l’été 2017 en recrutant le Brésilien Neymar (pour 222 millions d’euros au FC Barcelone) et le prodige français Kylian Mbappé (contre 180 millions d’euros).
Dans la foulée, l’UEFA ouvre une enquête contre le club dans le cadre du FPF.
Pris en étau, avec un déficit prévisionnel estimé à124 millions d’euros pour la saison 2017-2018, le PSG doit « encaisser » le rapport accablant de l’agence de marketing Octagon, mandatée par l’UEFA.
Laquelle évalue la valeur réelle du partenariat de QTA à 5,5 millions d’euros annuels. Soit vingt-six fois moins que le montant affiché.
La valeur des six autres contrats qataris est divisée par deux, à 27 millions au lieu de 60.
De son côté, le PSG lance une contre-expertise et la société Nielsen, qui collabore régulièrement avec le club, valorise le contrat avec QTA à 123 millions d’euros en 2016-2017 et à 217 millions en 2017-2018.
En mai 2018, les dirigeants du PSG discutent directement avec ceux de l’UEFA, dont Andrea Traverso, responsable du fair-play financier lors de l’enquête de 2014.
Enquête classée pour des « raisons politiques »
Selon les « Football Leaks », la délégation de l’UEFA indique alors au PSG que l’enquête va être classée sans suite « pour des raisons politiques ».
Un accord à l’amiable secret est proposé par les dirigeants de la Confédération européenne : le club sera blanchi, mais devra accepter en échange de dévaluer ses contrats qataris et de vendre des joueurs.
Par ailleurs, le club pourra sceller un nouveau contrat à plus de 100 millions d’euros avec une autre société qatarie.
Le PSG marchande et accepte que le contrat avec QTA soit dévalué à 60 millions d’euros jusqu’à son terme, en 2019, et s’engage à vendre pour 140 millions d’euros de joueurs lors du mercato estival.
Mais la chambre d’instruction de l’ICFC va refuser l’accord, dévaluer les sponsors qataris, avant de classer sans suite, en juin, l’enquête visant le PSG, qui va céder plusieurs joueurs (Javier Pastore, Yuri Berchiche) contre un montant de 60 millions d’euros.
Dans un communiqué, le PSG a réagi à l’enquête de Mediapart. Il assure « qu’il s’est toujours strictement conformé aux lois et réglementations en vigueur et dément fermement les allégations publiées ce jour par Mediapart. »
« Depuis la mise en place du FPF, le PSG a été l’un des clubs les plus audités et les plus surveillés de l’histoire (…), ajoute le club. Les échanges avec les membres des chambres de l’ICFC se font dans le cadre prévu par les statuts de l’UEFA. Sur cette base, l’UEFA statue ensuite en toute indépendance. La sévérité des décisions rendues au sujet du PSG le démontre. »

Depuis sa prise de contrôle par le Qatar, le PSG bouleverse tous les codes, toutes les habitudes du football français. Sous l'impulsion de son nouveau propriétaire, le club de la capitale a basculé dans un autre monde. Celui des puissants, des plus grands clubs européens, des FC Barcelone, Real Madrid, Manchester United et Bayern Munich. S'il n'en possède pas encore le palmarès et le prestige, le PSG en a désormais les moyens.
Mais cette révolution du PSG dépasse la seule sphère footballistique. Car les objectifs de cet émirat fabuleusement riche se situent bien au-delà du challenge sportif et des considérations de notoriété. Au fil de cette enquête, les auteurs dévoilent les vraies raisons pour lesquelles ce petit émirat du golfe Persique a autant investi dans le club parisien.
PSG : Nicolas Sarkozy et son fils Pierre seraient impliqués dans le rachat du club par le Qatar (mad
En France, notamment à Marseille, les réactions ont été bien moins mesurées. La victoire éclatante du rival parisien, 32 ans après le sacre de l’Olympique de Marseille, a réveillé certaines rancœurs. Sur les réseaux sociaux, une partie des supporters n’a pas hésité à remettre en question l’intégrité du match. Très vite, les commentaires ont fusé : « Le PSG n’a pas gagné la Ligue des Champions, il l’a achetée », « Cette victoire pue la corruption », « Qatar Airways sponsor de l’UEFA, du PSG et de l’Inter ?
Lors de la finale de la Ligue des champions, de passage en conférence de presse, Simone Inzaghi, l’entraîneur milanais, n’a eu aucun mal à admettre la supériorité des Parisiens. « C’est une grosse désillusion. La victoire du PSG est incontestable. Nous sommes extrêmement déçus, a-t-il confié après le match. Nous avons été gênés par l’incroyable pressing des Parisiens.
Il en a été tout autrement à Marseille, même si Adrien Rabiot s’est montré très impressionné. « Il n’y a pas eu de match, a-t-il confié dans une interview à la Gazzetta dello Sport. On s’est tous demandé où était l’Inter qui a éliminé Barcelone. Lautaro n’était peut-être pas au meilleur de sa forme et Thuram est le seul à sauver. Le PSG a ensuite réalisé un grand match qui récompense une grande saison.
Mais pour la grande majorité des supporters marseillais, le sacre du PSG, trente-deux ans après celui de l’OM face au Milan AC, a été très difficile à vivre. Et sur les réseaux sociaux, certains d’entre eux n’ont pas hésité à affirmer que les Parisiens avaient acheté la rencontre. « Cette victoire du PSG pue la corruption », « Le PSG n’a pas gagné la Ligue des champions, il l’a achetée. Qatar Airways sponsor des deux finalistes et de l’UEFA ? Quand l’argent achète tout », « Le PSG a acheté sa Ligue des champions. Cette finale ils la doivent à la corruption », « Le PSG a acheté cette finale, c’est bien clair… », « C’est trop gros, les Italiens ont été payés pour perdre », « Le PSG a tellement acheté la finale le match était tellement bizarre », « Le PSG a acheté les adversaires.