La rivalité entre les Gothiques d'Amiens et les Dragons de Rouen est l'une des plus intenses et anciennes du sport français. Elle dure depuis plus de 30 ans, souvent à l’avantage des Normands. C'est une vieille histoire qui existe entre Rouennais et Amiénois, un peu « Je t’aime moi non plus ».


À l’occasion du match entre les Dragons de Rouen et les Gothiques d’Amiens, retour sur un derby vieux de 33 ans. Depuis 1985 exactement, l’année où les Dragons de Rouen rejoignaient les Gothiques d’Amiens dans l’élite du championnat qui eux fréquentaient déjà les lieux depuis 1982. Pas une année donc sans une rencontre entre ces équipes des plaines dans un sport jusque-là dominé essentiellement par les équipes des Alpes, berceau du hockey sur glace en France.
Genèse d'une Rivalité Passionnée
La rivalité entre ces deux clubs est certainement née durant cette demi-finale de 1989. Les Amiénois pourtant annoncés inférieurs face à l’armada rouennaise, menée à l’époque par Guy Fournier actuel manager des Dragons de Rouen, font vivre de drôles de soirées aux Normands qui doivent s’incliner face aux Picards.
À la suite de ce revers, les Rouennais vont enchaîner les titres, cinq en six saisons pour ce qu’on appellera les fameuses années Dragons. Le derby gardera sa saveur, avec toujours beaucoup de bruit dans les travées des deux patinoires qui voient un flot de supporteurs adverses venus soutenir leurs équipes à chaque déplacement.
La tendance s’inversera quelque peu fin des années 90 et début 2000, Amiens remportant ces deux titres nationaux durant cette période alors que Rouen revient au premier plan après quelques années de galère. Le derby atteindra son paroxysme avec cette fameuse finale de championnat en 2003 où les Dragons remporteront le titre après trois matchs très accrochés dans des ambiances de feu.
Depuis, la ferveur a perdu doucement de sa superbe avec de nombreuses victoires rouennaises face à des Gothiques moins fringants. Une nouvelle ère de domination des Dragons, depuis le dernier titre des Gothiques en 2004 ayant vu le jour avec 8 titres sur 14 saisons pour les Rouennais.
Mais la saison dernière, suite à une demi-finale extrêmement serrée, les deux peuples adverses ont retrouvé les ambiances d’antan que beaucoup se souviennent et espéraient à nouveau. Dragons et Gothiques jouent à nouveau dans la même cour, au plus grand bonheur des partisans et c’est tant mieux !
Les Entraîneurs Emblématiques et Leur Impact
Que l'on se place d'un côté ou de l'autre, le moins que l'on puisse dire c'est que les deux techniciens auront largement participé à écrire les plus belles heures de gloire des deux clubs. Pourvoyeurs patentés de médailles, les deux se seront challengés à maintes reprises dans les différentes catégories.
Depuis plus de quinze ans les deux se croisent, et se recroisent au détour d'un glaçon ou d'un podium. Même respect sincère du côté rouennais au moment d'évoquer ce premier rendez-vous « La première confrontation, je pense, a eu lieu sur la saison 2006-2007 en U15, j'étais sur la catégorie adjoint de Julien Guimard et nous étions deux jeunes entraîneurs aux dents longues qui cherchaient a battre tout le monde... Et on a fait la connaissance d'Olivier qui nous impressionnaient car il avait pris la suite de Stéphane Berthon et de Dave Henderson en U18, deux très grands entraîneurs et son expérience ainsi que son leadership était plus que flagrant sans compter les titres acquis déjà à l'époque.
« Compétence, travail, sincérité, honnêteté, passion & intelligence. » martèle Olivier Duclos « Ces 5 mots résument qui est Nono. La valeur d’un entraîneur ne se mesure pas qu’avec les titres ni par le nombre de joueurs formés par les coachs mais aussi par la façon dont parlent ses anciens joueurs et ses collègues. Nono est aimé par ses joueurs , admiré par les coachs adverses dont je fais partie. Je sais pertinemment que quand il prend une équipe en août , elle va passer de moyen à très compétitive en mars quelque soit les joueurs qu’il a , talentueux ou pas , et au même titre que moi , Nono a beaucoup gagné et beaucoup perdu et c’est comme ça qu’un coach grandi quand il est assez intelligent pour ne pas jeter la pierre sur d’autres . Il est honnête et sincère avec ses joueurs même quand il faut leur rentrer dedans et c’est ce que les gamins aiment . »
Tout aussi disert, dans le camp rouennais « L'ennemi est un très bon professeur disait le dalaï lama. En cela, Olivier en est un excellent. J'ai pu apprendre de lui sur le banc, sur la glace et même dans la vie. Son amour pour ce sport, son travail pointu, sa sincérité, sa combativité et sa maîtrise restent pour moi un exemple.
Gothiques d'Amiens 3-5 Dragons de Rouen - Highlights - Synerglace Ligue Magnus 2023/24
Sur le banc il m'a poussé à l'observer , pour comprendre et imiter les subtilités du coaching, mes titres les plus difficiles ont été face à lui. Encore aujourd'hui, l'ADN d'Amiens est dicté par sa combativité et en fait un très de caractère de chacune de ses équipes.
Des victoires, des défaites, des sourires, des crispations, l'un & l'autre en auront connu et au moment d'ouvrir la boîte à souvenirs, les deux continuent de se montrer particulièrement prévenant à l'image d'un Olivier Duclos tout en finesse & malice « Je n’ai pas de meilleur souvenir car « avoir un meilleur souvenir contre « veut dire qu’on prend plaisir à battre un collègue coach, c’est toujours un plaisir de coacher contre Nordine , on se connaît tellement bien depuis plus de 15 ans que je sais moi quelle stratégie il va mettre en place pendant un match.
Tableau des Confrontations Historiques
| Équipe | Victoires | Défaites | Nuls |
|---|---|---|---|
| Dragons de Rouen | 100 | 37 | 7 |
| Gothiques d'Amiens | 37 | 100 | 7 |
Un Match Mémorable : Rouen Inflige une Défaite Historique à Amiens
Tancés en championnat avec un bilan d'une seule victoire face à Strasbourg pour trois défaites, pour les Dragons, le déplacement en Picardie chez les voisins d'Amiens qui restaient sur une probante défaite 5-6 contre Hockey 74, avait tout du chausse-trappe pour cette 6ème journée du championnat. Un brin soulagés après une large victoire 9 buts à 3 face à l'Etoile Noire de Strasbourg, l'heure n'était pas à la rechute pour les rouennais au moment d'aborder un toujours périlleux déplacement au Coliséum d'Amiens.
Seule patinoire avec celle de Grenoble où les Dragons auront perdu plus souvent qu'ils y ont gagné, les rouennais ne s'attendaient sans doute pas un tel déroulement de rencontre. Sur la pointe des patins pour débuter, le temps de se jauger et de laisser filer les quelques séquences en infériorité numérique de part et d'autre, passée la barrière des dix minutes, les affaires s'enclenchaient sérieusement à la faveur des Dragons. Une première ouverture pour Jordan Hervé (13'20) lançait les débats courtoisement jusqu'à la bascule des cinq dernières minutes de la période où Amiens s'offrait le temps de quelques minutes un remake du Titanic.
Si la pause permettra aux joueurs des Hauts-de-France de se ressourcer un peu à l'image de Mathéo Candellier-Brochon qui réduisait d'entrée de jeu le score à 1-3 (20'20), l'étincelle rouge et noir sera de courte durée. A peine trois minutes, le temps pour Jordan Hervé de sortir à nouveau tel un diable de sa boite pour clouer le bec à toute tentative de rébellion amiénoise (23'04)
Si déjà lors du premier tiers, les Dragons s'étaient montrés prégnants et pressants, le tiers médian se montrera aussi sans-coeur qu'implacable envers une équipe d'Amiens déboussolée. Ainsi, alors que la mi-match n'était pas encore passée, l'infortuné gardien amiénois Sacha Binanzer se retrouvait à nouveau dans l'adversité alors que Jonas Lemetais en avantage numérique s'illustrait en inscrivant le cinquième but jaune et noir (28'33)
Une fin de tiers toute rouennaise qui permettait aux artilleurs de la ville aux cent clochers de s'en donner à cœur joie. Avec déjà trois buts inscrits marqués en supériorité numérique, à chacune des tentatives rouennaises en situation de power-play, les Dragons avaient fait mouche.
Et lorsque dès le début de la troisième période, l'ex-rouennais Tomas Simonsen rejoignait le banc des cachots amiénois (41'00), c'est une belle opportunité qu'il offrait à ses anciens coéquipiers. Une aubaine que ne manquait pas de concrétiser en but le capitaine jaune et noir Kaylian Leborgne pour le 8-1 (41'42)
Dans une partie apocalyptique pour les locaux, il était d'envisager pire début de troisième tiers alors que Jordan Hervé y allait du quintuplé quelques secondes plus tard (42'49) Rivalité amiéno-rouennaise oblige, c'est non sans un certain plaisir que du coté des jaune et noir, on voyait le score grimper dans des proportions inespérées avant la rencontre.
Alors que chez les Normands, on se prenait à rêver à la dizaine, les minutes de match amenant les deux équipes à la sirène finale, se montreront nettement plus viriles. Les minutes de prisons s'amoncelant de part et d'autre jusqu'à cette lourde altercation à l'ancienne qui conduisait cinq joueurs à regagner le vestiaire prématurément (49'34), trois du coté rouennais, deux du coté amiénois. 9-2 score final.
Une probante victoire pour les Dragons, une historique victoire pour les Dragons qui infligent le plus lourd revers à une équipe amiénoise de l'histoire d'amour entre Rouen et Amiens en cadet.