John Peter Rhys Williams: Biographie d'une Légende du Rugby Gallois

John Peter Rhys Williams, plus connu sous le nom de JPR Williams, né le 2 mars 1949 à Bridgend et mort le 8 janvier 2024 à Cardiff, est une figure emblématique du rugby gallois. Sélectionné au poste d'arrière en équipe du pays de Galles, il a marqué l'histoire de ce sport par son talent et son style de jeu unique.

Vedette du rugby gallois dans les années 1970, il a redéfini le rôle de l'arrière, inventant un "rugby total" avec la grande génération du XV du Poireau. Cette équipe a régné sur le Tournoi des cinq nations, remportant huit Tournois entre 1969 et 1979, dont trois Grands Chelems en 1971, 1976 et 1978.

L'équipe du Pays de Galles de rugby à XV en 1976, année de Grand Chelem. JPR Williams est au premier rang, deuxième à partir de la gauche.

Jeunesse et Débuts Sportifs

JPR Williams naît à Bridgend un 2 mars, le lendemain de la St David, le saint protecteur du peuple gallois. Sa mère, Margaret, une Anglaise originaire de Rochdale, est médecin généraliste, tout comme son père, Peter. Ils se sont rencontrés pendant la Seconde Guerre mondiale alors qu'ils effectuaient leur service dans l'armée comme médecin et chirurgien. JPR Williams est l'aîné d'une fratrie de quatre garçons : ses jeunes frères se prénomment Phil, Chris et Mike.

Encouragés et coachés par leur père, les quatre garçons passent le plus clair de leur temps libre à jouer au rugby à XV dans le jardin ou au tennis sur le court familial. Ces deux sports occupent une place privilégiée dans la famille Williams, à tel point que, par la suite, tous les quatre deviennent champions gallois junior de tennis et jouent dans l'équipe des moins de 15 ans du club de rugby de la ville, le Bridgend RFC. Mis à part Phil, victime d'un traumatisme crânien à l'âge de 16 ans qui l'empêche de pratiquer le rugby plus avant, les autres frères connaissent ensuite une carrière sénior dans le club.

De tous, c'est JPR Williams qui connaît la plus belle carrière sportive que ce soit au tennis ou au rugby. Il effectue ses premiers matchs de rugby à l'âge de 7 ans alors qu'il est à la Trelales Primary School de Laleston. Initialement positionné à l'ouverture, son instituteur, Billy Morgan, également joueur du Bridgend RFC, le convainc de jouer à l'arrière.

À l'âge de 10 ans, ses parents l'envoient à la Bryntirion Preparatory School, une école privée qui lui permet de préparer dans les meilleures conditions son examen d'entrée à l'Epsom College, un lycée réputé pour la réussite de ses élèves se destinant à une carrière médicale. Mais, au bout de quelques mois, le jeune Williams se rend compte que cet établissement où très peu de place est laissée au sport n'est pas fait pour lui. Avec l'accord de ses parents, il le quitte donc pour rejoindre la Pontypridd Grammar School, une école publique locale. C'est à cette époque qu'il commence à jouer pour l'équipe des moins de 11 ans du Bridgend RFC, sous la direction de Illyd Williams, un joueur de rugby à XIII retraité.

En 1961, alors âgé de 12 ans, il dispute son premier tournoi de tennis en double avec son père, le County of Carmathen Championships à Llanelli. L'année suivante, il remporte son premier tournoi en simple à Langland Bay près de Swansea et intègre à tout juste 13 ans l'équipe des moins de 15 ans du Bridgend RFC. En 1963, il devient champion gallois junior de tennis et obtient une place pour disputer le championnat britannique junior - British Junior Championships - organisé par la Lawn Tennis Association sur le site de Wimbledon. L'année suivante, il dispute régulièrement des tournois de tennis en dehors du pays de Galles et il est retenu dans l'équipe du pays de Galles de rugby à XV des moins de 15 ans.

À l'été, il dispute son deuxième British Junior Championships et atteint les demi-finales où il est battu par David Lloyd. C'est contre ce dernier qu'il remporte ce même tournoi en 1966, le dominant en deux sets 6-4, 6-4. Il obtient également cette année-là, ses premières sélections en équipe du pays de Galles de rugby à XV des moins de 19 ans.

En septembre, pour sa dernière année de lycée, il obtient une bourse pour étudier à la Millfield School dans le Somerset, un établissement réputé pour avoir formé de nombreux sportifs de haut niveau, notamment au rugby à XV, tel l'international gallois Gareth Edwards quelques années plus tôt. C'est à cette période qu'il prend la décision de ne pas faire une carrière de joueur de tennis professionnel mais de s'orienter vers des études de médecine au St Mary's Hospital à Londres tout en continuant sa carrière de joueur de rugby à XV, un sport amateur qui lui laissera le temps nécessaire pour un véritable travail.

Il doit pour cela obtenir de bonnes notes à son A-level mais il passe l'été 1967 à jouer au tennis plutôt qu'à préparer l'examen, ce qui se traduit par des résultats très moyens à l'épreuve. Il intègre néanmoins l'université londonienne grâce à son curriculum vitæ de joueur de rugby. Dans les derniers mois précédant son départ pour Londres, il fait ses débuts avec l'équipe sénior de Bridgend et dispute quelques matchs mais sans réel avenir en raison de son départ programmé et de la présence de David Griffiths, le vice-capitaine du club, comme titulaire au poste d'arrière.

Carrière Universitaire et Premières Sélections

JPR Williams commence ses premiers cours de médecine à St Mary's début octobre 1967 tout en continuant une pratique sportive régulière. Bien qu'ayant opté pour le rugby plutôt que le tennis, il dispute encore quelques derniers tournois lors de sa première année universitaire. Il participe notamment au premier tournoi professionnel de tennis tenu sur le sol britannique à Bournemouth en avril 1968. Il est éliminé dès le premier tour par l'Australien Bob Howe.

En parallèle, il intègre très rapidement l'équipe première de rugby de l'université mais le niveau de jeu produit ne lui paraît pas suffisant pour être sélectionné en équipe nationale. Il décide donc de revenir jouer pour le Bridgend RFC : il se retrouve donc à faire des aller-retour hebdomadaires en train entre Londres et Bridgend pour disputer les matchs du mercredi après-midi avec le club gallois. Sa stratégie consistant à jouer pour les deux clubs porte ses fruits puisqu'il est retenu à seulement 19 ans pour participer au mois de septembre 1968 à la tournée de l'équipe du pays de Galles en Argentine.

Elle s'inscrit juste après la tournée des Lions britanniques et irlandais effectuée de mai à juillet en Afrique du Sud. La fédération galloise ayant décidé de reposer les cadres de son équipe nationale qui ont participé à cette tournée sud-africaine, les matchs internationaux disputés en Argentine ne sont pas comptabilisés comme des sélections. JPR Williams dispute les deux rencontres contre l'équipe d'Argentine qui se soldent par une défaite 5 à 9 et un match nul 9 partout. Lors de la tournée, il fait la connaissance de John Dawes, capitaine de l'équipe, qui lui prodigue de nombreux conseils pour améliorer son jeu.

Dawes joue en club avec les London Welsh - les Gallois de Londres - et un vendredi soir d'automne il fait appel à JPR Williams pour un remplacement de dernière minute pour pallier la blessure de Gareth James, leur arrière titulaire. Le jeune arrière gallois accepte la proposition et dispute son premier match avec les London Welsh le lendemain contre les rivaux locaux du Richmond FC. Il cesse dès lors de jouer pour St Mary's et pour Bridgend. En seconde année, l'enseignement est principalement dispensé en salle de dissection ; c'est à cette période qu'il fait la connaissance de sa future femme, Scilla.

Tout en continuant à jouer avec les London Welsh, JPR Williams s'attend à obtenir rapidement sa première cape avec l'équipe galloise. Celle-ci ne met pas longtemps à venir : il est retenu le 1er février 1969 dans l'équipe qui dispute le premier match du Tournoi des Cinq Nations contre l'Écosse. La rencontre est dominée par les Gallois qui l'emportent sur le score de 17 à 3 à Murrayfield. Le natif de Bridgend est reconduit pour le reste du Tournoi et dispute intégralement les trois matchs suivants : deux victoires à domicile contre l'Irlande et l'Angleterre et un match nul concédé contre les Français au Parc des Princes. S'il rate le Grand Chelem, JPR Williams remporte là son premier Tournoi et sa première triple couronne.

Fort de sa victoire dans le Tournoi, l'équipe galloise part en tournée dans l'hémisphère sud au mois de mai avec en point d'orgue deux test matchs contre l'équipe de Nouvelle-Zélande. JPR Williams est du voyage. Les All Blacks infligent deux lourdes défaites au XV du poireau qui encaisse 52 points contre seulement 12 marqués sur l'ensemble des deux matchs. Les joueurs gallois se rachètent de cette déconvenue en battant l'Australie 19 à 16 puis les Fidji 31 à 11 sur leur trajet de retour en Europe. L'arrière des London Welsh dispute les deux rencontres et marque un drop contre les Fidjiens, mais ce second match n'est pas comptabilisé comme un test match.

En raison de cette tournée, JPR Williams manque quasiment deux mois de cours, et, en dépit de ses efforts pour rattraper le retard pendant tout l'été, il obtient de mauvais résultats aux examens d'automne. Néanmoins, cela ne l'empêche pas d'obtenir son second MB au printemps 1970 et il peut poursuivre ses études avec la formation pratique dans les différents services de l'hôpital St Mary's.

Apogée de sa Carrière Internationale

JPR Williams retrouve l'équipe nationale dès le mois de janvier 1970 à l'occasion d'un test match contre les Springboks qui sont en tournée en Europe. La rencontre se solde par un match nul 6 partout. Deux semaines après, les Gallois défendent leur titre dans le Tournoi des Cinq Nations. Ils remportent facilement le premier match face à l'Écosse sur le score de 18 à 9. Puis, ils se déplacent à Twickenham pour y défier les Anglais.

JPR Williams est alors désigné tireur de l'équipe en remplacement de Keith Jarrett qui n'est plus dans les plans du sélectionneur Clive Rowlands. Tout comme Gareth Edwards qui le seconde au tir, il n'est pas en réussite puisqu'ils ratent à eux deux six coups de pied, permettant au XV de la rose de mener confortablement au score à la mi-temps. Les Gallois s'imposent finalement 17 à 13 avec un dernier drop de Barry John. Ils sont ensuite battus à Lansdowne Road 14 à 0 par les Irlandais et terminent par une victoire 11 à 6 contre la France grâce notamment à la botte du natif de Bridgend qui marque deux pénalités et une transformation.

JPR Williams a révolutionné son poste d'arrière au sein d'une équipe galloise qui proposait un rugby total, avec le mythique Gareth Edwards à la baguette. Il a quitté le fond de terrain pour venir se proposer dans le jeu, sa vitesse et ses crochets faisant des ravages. JPR Williams était capable de tout sur un terrain. Même de faire soigneur, comme le prouvent ces images. En 1977, lors de France - Galles au Parc des Princes (16-9), il est venu assiter le soigneur, voire le mettre de côté, pour soigner son troisième ligne Terry Cobner. Le tout, sous le regard de Jacques Fouroux. Il faut dire que l'arrière avait commencé des études de médecine dix ans plus tôt.

JPR Williams soignant Terry Cobner pendant un match de France - Galles en 1977.

Style et Héritage

Vif et doté de belles qualités athlétiques, il brise les conventions et intercepte les passes, joue au pied, souvent à contretemps, pour déstabiliser le jeu adverse. Avec lui, l'arrière, jusqu'alors plutôt statique, devient capable de marquer des essais.

Williams a la chance de faire partie d'un XV au Poireau au sommet de sa gloire. Il est des huit Tournois remportés par les Gallois entre 1969 et 1979, dont trois Grands Chelems en 1971, 1976 et 1978. Il a pour partenaires des joueurs devenus également légendaires : Gareth Edwards, Phil Bennett, Barry John et, à la fin de sa carrière, son homonyme J.J. Williams.

Flamboyant sur le terrain, il l'est aussi par son physique. Immenses rouflaquettes arrivant à la commissure des lèvres, cheveux au vent, l'œil alerte et malicieux, ce joueur qui n'a pas la carrure d'un déménageur (1,85 m, 75 kg) impose son élégance.

"Le monde du rugby a perdu l'un de ses plus grands joueurs de tous les temps, un homme qui a révolutionné le poste d'arrière au cours d'une carrière internationale de douze années incluant 55 sélections pour le pays de Galles et huit pour les British & Irish Lions", l'a salué le président de la Fédération galloise de rugby, Terry Cobner, qui était un de ses équipiers lors des Grands chelems de 1976 et 1978.

Malgré ses succès au rugby, il ne perd jamais de vue sa carrière médicale. À partir de 1977, il réduit le temps consacré au sport pour passer ses derniers examens de chirurgien orthopédique. "J'ai pour habitude de dire que j'ai passé la moitié de ma vie à me briser les os sur les terrains de rugby et l'autre moitié à recoller ceux des autres dans la salle d'opérations", dira-t-il dans sa biographie publiée en 2007.

Il tire définitivement sa révérence de la sélection nationale en 1981 mais continue à jouer jusqu'en 2003, notamment pour le Tondu RFC de la petite ville de Aberkenfig, non loin de sa ville natale. Il pourra enfin y jouer ailier, sa position favorite, même s'il est célébré comme l'un des meilleurs arrières de l'histoire du jeu.

Il joue ensuite au cricket à l'échelon régional et devient président du club de rugby des Bridgend Ravens.

JPR Williams Tribute

"Il était le roc des défenses de toutes les équipes pour lesquelles il a joué, l'inspiration des contre-attaques et l'homme qui n'avait peur de rien et qui estimait qu'une cause n'était jamais perdue", a poursuivi Terry Cobner.

JPR Williams est décédé ce lundi 8 janvier à l'âge de 74 ans. Il restera un des plus grands joueurs de l'histoire. Il a révolutionné le poste d'arrière. C'est tout le monde du rugby qui pleure un de ses plus grands ambassadeurs.

John Peter Rhys Williams à Wimbledon, le 8 juillet 2023.

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