Beach-Volley Féminin : Évolution des Règles et Choix du Bikini

Lors des Jeux olympiques de Paris, la paire française Lézana Placette et Alexia Richard détonne dans le tournoi de beach-volley féminin. Elles portaient un short et une brassière plutôt que le bikini, qui garde les faveurs de la majeure partie des autres concurrentes. En effet, le règlement ne l'impose plus.

L'équipe de beach-volley féminin en action.

Un règlement assoupli depuis Londres 2012

Depuis les JO de Londres, les joueuses ont la possibilité de choisir leur tenue. En revanche pour le beach-handball, il avait fallu attendre 2021 pour un assouplissement de la règle, en raison notamment d'une protestation norvégienne.

La mission d'éduquer le public

Devant son public, la paire française s'est donnée la mission "d'éduquer le public". Elles ont abordé le sujet d'elles-mêmes, à la fin d'une longue et belle tirade d'Alexia Richard sur « la bienveillance » du public des JO de Paris qui l'a laissée « admirative ». Ou plutôt, c'est Lézana Placette qui, après la victoire inaugurale des Françaises face aux Allemandes (21-14, 22-20), a déplacé le sujet sur le fait que le binôme tricolore a été le premier dans le tournoi à jouer en short et brassières et non en bikini.

« C'est un nouveau public parce que c'est la première fois qu'on joue en France avec autant de personnes dans les gradins, a explicité Placette. C'était important pour nous de leur montrer ce que c'est que le beach volley, notre beach volley. C'est aussi pour ça qu'on a joué en short. C'est une règle qui est arrivée il y a deux ans, par le beach handball norvégien, puis les beach volleyeuses norvégiennes, qu'on a été les premières à suivre et qu'on essaye de pousser. »

L'histoire d'une polémique et d'un changement

Il y a effectivement eu une polémique, remontant à l'été 2021. L'équipe norvégienne de beach handball avait été sanctionnée d'une amende par la Fédération européenne (EHF) pour avoir porté un short lors d'un match de l'Euro. Devant le tollé provoqué par cette sanction, l'EHF avait assoupli son règlement quelques mois plus tard. En revanche, dans le beach volley, cette possibilité a été offerte dès 2012 et ce, officiellement, pour développer cette discipline dans des pays où le port du bikini peut se heurter à « des motifs religieux ou culturels. »

Lézana Placette et Alexia Richard lors d'un match aux JO de Paris 2024. (L.Horky/Witters/Presse Sports)

Pour Lézana Placette, la justification est différente : « On a envie que dans le beach volley, les femmes aient le choix. Des fois on a envie de jouer en bikini, des fois en short, des fois en legging, des fois en n'étant pas habillées pareil l'une et l'autre. On a envie ''d'éduquer'' le public, qu'il ne se dise pas "ah tiens, c'est deux nanas en bikini, on va venir les voir jouer pour voir leurs fesses.'' Non, c'est deux nanas qui peuvent mettre des shorts et qui font de belles choses sportivement, et c'est là-dessus qu'il faut se concentrer. »

Le bikini aux JO est-il sexiste?

Face aux habituels gros plans sur les fesses des joueuses, les féministes s'interrogent. Une telle tenue est-elle bien raisonnable? En Australie, les autorités ont tranché: afin de lutter contre la "sexploitation", un uniforme décent est exigé. "Le volley de plage a adopté des uniformes spécifiquement pensés pour attirer l'attention sur le corps des athlètes" explique le gouvernement australien sur son site, avant de préciser: "Les femmes doivent concourir en soutien-gorge et bikini. La hauteur minimum du slip doit être de 6cm minimum au niveau de la hanche."

D'autres pays n'y voient en revanche rien de choquant. "Les gens qui dirigent ce sport [la Fédération Internationale de volley-ball] veulent qu'il soit sexy" argumente la joueuse britannique Denise Johns au Sunday Times. "Ca ne me dérange pas. Elles sont bien plus jolies que nous" a déclaré Phil Dalhausser, champion olympique américain.

Au premier jour du tournoi olympique de beach-volley, le 6 août dernier, il faisait 32 degrés sur la plage mythique de Copacabana, à Rio. Malgré la chaleur étouffante, les beach-volleyeurs portaient ce jour-là un short jusqu'en haut du genou et un t-shirt. Cette règle, c'est celle de la fédération internationale, qui a pourtant, dans la même discipline, imposé aux femmes, pendant plus d'une décennie, le port du bikini.

Choix personnel et confort

Lors des Jeux panaméricains de 2015 à Toronto, Melissa Humana-Paredes expliquait que même s'il n'était plus obligatoire, elle continuait de le porter parce qu'il est «pratique» et que «le t-shirt et le short par quarante degrés, ce n'est pas très commode». L'Américaine Jen Kessy préfère aussi le bikini au short, «pas confortable car le sable s'encastre dans les poches». Comme elle, d'autres Américaines ayant grandi en Californie, berceau du beach-volley, défendent le bikini.

Ces déclarations confirment la position de la fédération pendant toutes ces années. La vérité est que pendant longtemps, les beach-volleyeuses ont souffert d'un manque de visibilité par rapport à leurs homologues masculins. Les tenues étaient une façon de vendre le beach-volley aux chaînes de télé et aux sponsors.

Au «beach», les premières compétitions féminines ont eu lieu en 1993, soit sept ans après les hommes. En 1999, trois ans après que le beach-volley soit passé sport olympique, la FIVB instaure une standardisation des tenues justifiée par une volonté de rendre la discipline bankable.

Le beach-volley, des plages californiennes aux JO

«Nous devons donner au volley-ball une chance de survivre, argumentait en 1998 Ruben Acosta, alors président de la fédération. Les sports qui n'auront pas les faveurs de la télévision disparaîtront.» Si la réticence est forte chez les fédérations au départ, les joueuses se plient aux exigences, évitant ainsi les amendes.

Car les médias ont vite compris que le bikini des volleyeuses attirait l'audience, ce qui se ressent dans la différence de traitement entre femmes et hommes. Aujourd'hui encore, il suffit de taper «beach-volley» sur Google pour compter par dizaines les photos de postérieurs de beach-volleyeuses en action.

Traitement médiatique et hypersexualisation

«Ce qui est intéressant, c'est de regarder un match féminin, de voir comment il est filmé, et de comparer avec un match masculin, décrypte Fabienne Broucaret, journaliste spécialisée en sport féminin et auteur de deux livres, dont Le sport, dernier bastion du sexisme. Pour les hommes, on évoque le match et la question de la tenue ne se pose pas.

Lors des Jeux d'Athènes, en 2004, la chercheuse américaine en journalisme Kimberly Bissell a analysé les angles de caméra pendant la compétition féminine de beach-volley. Il ressortait de cette étude que 20% des images étaient centrées sur les poitrines des joueuses et 17% cadraient la zone des fesses.

C'est pour arriver à des premières de ce type que la FIVB a rendu le bikini facultatif. «Nous voulons ouvrir le volley-ball à d'autres cultures, justifiait en 2012 la fédération, via son porte-parole Richard Baker. Lors des Jeux asiatiques à Doha, en 2006, seize nations musulmanes avaient ainsi concouru mais seul l'Iran avait envoyé une équipe féminine, les soeurs Lisa et Lida Agasi, de confession chrétienne.

Selon Fabienne Broucaret, ce serait contre-productif. «En fin de compte, on ne ferait que tomber dans le même travers que pour les femmes. On déplacerait juste sur les hommes la question de l'hypersexualisation du sportif», qui est le vrai problème.

Désormais, les beach-volleyeuses ne sont plus obligées de porter le bikini. «Maintenant, elles ont le choix. Bikinis, shorts, leggings… Si la question fait encore jaser hors des terrains, les joueuses de l’équipe de France considèrent que ce n’est plus un débat : elles revendiquent la liberté de s’habiller comme elles l’entendent.

Réactions et fantasmes persistants

Ceux qui fantasment encore sur le beach-volley féminin doivent quand même être un peu déçus devant leur téléviseur lors de cette édition de Paris 2024. Depuis 2012, le règlement de la Fédération internationale autorise aux femmes de ne pas porter de bikini lors des matches, leur laissant le choix entre des shorts ou des pantalons. Victorieuses de leur premier match aux Jeux lundi, la paire française Lézena Placette - Alexia Richard a choisi un short.

Les stars allemandes du beach-volley Karla Borger et Julia Sude devraient boycotter un tournoi au Qatar en raison de l’interdiction de porter un bikini sur le terrain. “Nous sommes là pour faire notre travail mais on nous empêche de porter notre tenue de travail”, a justifié Karla Borger dimanche 21 février sur les ondes de la radio publique allemande Deutschlandfunk. “C’est vraiment le seul pays et le seul tournoi où un gouvernement nous dit comment faire notre travail. Nous critiquons cela”, a ajouté la sportive, vice-championne du monde.

tags: #volleyball #de #plage #feminin #bikini