Le Café Riche, situé boulevard Paoli à Bastia, est bien plus qu'une simple brasserie-PMU. Il reprend l'enseigne d'un des plus fameux restaurants parisiens du XIXe siècle, sur les Grands Boulevards, qui en a inspiré de nombreux autres, à Marseille ou à Corte, par exemple. Fortement associé au Sporting Club, la formation emblématique de la ville, ce lieu est connu des Bastiais.
Jules Filippi, directeur sportif du Bastia de la grande période, celui de l'épopée européenne de 1978 notamment, y aurait eu quelques intérêts, et c'est aujourd'hui un de ses cousins qui gère les lieux.
Mais le Café Riche est aussi un repaire connu de la Brise de mer, le gang dominant de l'île, depuis les années 1980. La direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) l'avait d'ailleurs répertorié comme l'un des points de chute de Richard Casanova, un des barons de cette équipe, lors de sa longue cavale qui a duré seize ans. Des sympathisants de l'ex-FLNC (Front de libération nationale corse) y ont aussi leurs habitudes. Un lieu de pouvoir donc, au confluent des luttes d'intérêts clandestines de l'île de Beauté.
Pierre-Marie Geronimi, le dernier président du Sporting avant la chute du club de la L 1 aux divisions amateurs en août 2017, était un habitué, un aficionado même. Addict au jeu, il y a dépensé une fortune : pas moins de 550 000 euros, flambés au PMU avec l'argent de sa société de location de voitures. Pour cet abus de bien social en droit, Geronimi a été condamné à deux ans de prison avec sursis, en septembre 2017, ainsi qu'à une interdiction définitive de gérer une entreprise. La gestion du Sporting Club de Bastia (SCB) n'est pas en cause dans cette affaire, mais le jugement est tombé une semaine après la liquidation de la formation professionnelle. « J'étais en folie », avait tenté le dirigeant bastiais en guise d'excuse à l'audience.
Le gérant du Café Riche, Charles Filippi, la soixantaine, a lui été condamné à un an de prison avec sursis pour recel d'abus de bien sociaux dans la même affaire que l'ex-président du Sporting. C'est un peu plus que cela puisque, placé sur écoute à une époque, il est apparu dans le « relationnel » d'un baron de la Brise, Francis Guazzelli, assassiné en 2009. « Aucune conversation entre ces deux personnes n'a été captée, relevait la PJ. Par contre, on s'aperçoit, après recoupements, que les deux hommes jouent aux cartes ensemble, qu'ils se rendent ensemble à un enterrement. »
Autre habitué du Riche, un certain Jean-Pierre Flori, soixante-dix ans, qui a touché des commissions lors de transferts de joueurs du SCB orchestrés par le sulfureux agent marseillais Gilbert Sau au tournant des années 2000. En particulier lorsque Sébastien Pérez a signé chez les Blackburn Rovers. Plus récemment, le même Flori est venu soutenir Filippi et Geronimi au tribunal de Bastia en juin 2017. Un déplacement qui lui a valu une plainte pour des menaces de mort contre des journalistes.
Au SCB, « On m'a toujours dit que les dirigeants du Sporting, ceux qu'on voyait, qui s'exprimaient, n'étaient pas les vrais patrons, qu'il y avait des gens mystérieux qui tiraient les ficelles, des gens discrets, témoigne un connaisseur du club à la tête de Maure. Des nationalistes ? Des bandits de grand chemin ? Les deux ? » La situation a perduré jusqu'au dépôt de bilan de 2017. Un audit mené à cette époque critique « l'absence d'un organigramme fonctionnel » et « le flou » dans les attributions des uns et des autres, avec un « contrôle interne faible laissant la porte ouverte à des erreurs d'administration et de gestion ».
Depuis quatre décennies, l'histoire du Sporting s'est conjuguée avec celle des luttes de pouvoir dans la partie nord de l'île. D'abord sous influence autonomiste, le SCB a vu certains de ses dirigeants et joueurs mêlés aux guerres fratricides qui ont déchiré l'ex-FLNC. Ainsi, Jean-François Filippi, président du club lors de la tragédie de Furiani le 5 mai 1992, a été assassiné en 1994. Le 28 décembre 1993, c'était « Pierrot » Bianconi, défenseur emblématique et proche du MPA, le Mouvement pour l'autodétermination, qui disparaissait.
Et quand Charles Pieri, figure du nationalisme corse, est sorti de prison en 2002, il s'est rapproché très nettement du Sporting. Une rumeur veut qu'un des joueurs ait « libéré » sa maison en location afin que le « Vieux » puisse s'y installer. Pieri, omniprésent mais sans occuper de fonction - encore ce fameux organigramme réel - voyage alors avec l'équipe. Il s'intéresse au sportif, au mercato notamment et pour être encore plus précis à la vente de Michael Essien, pépite ghanéenne promise à un bel avenir. Finalement, Essien partira à Lyon à l'été 2003 pour 12 M€.
Le juge Courroye, aiguillonné par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, que l'on a dit excédé de l'influence du « Vieux », s'est intéressé de près au Sporting. Avec comme angle d'attaque le financement d'une entreprise terroriste. Il semble plus prosaïquement que Pieri, qui a été condamné à huit ans de prison à la suite de cette enquête, cherchait surtout à se « refaire ».
Mais le SCB a aussi glissé dans l'orbite de la Brise de Mer dès les années 1980. C'est ainsi qu'une partie de ses joueurs a été amenée à témoigner en faveur de trois truands accusés d'un assassinat. Ils ont été acquittés. Plusieurs anciens du SCB des années 1980, comme Pascal Olmeta ou Stéphane Pietronave, étaient d'ailleurs des proches de gangsters de la Brise. La mort par balle, en 2007, du second a fortement affecté l'un de ses amis : Richard Casanova.
La neutralisation de Pieri et la disparition des cadors de la Brise ont ouvert le champ aux bergers braqueurs de Venzolasca. L'homme fort du moment se nomme Ange-Toussaint Federici, dit « Santu » ou « ATF », braqueur de formation. À partir de 2015, bien qu'incarcéré et condamné à trente ans de prison pour un triple assassinat à Marseille, il « veut prendre le contrôle total » du SCB, affirme la police qui a « sonorisé » son parloir à la prison de Condé-sur-Sarthe. Selon le Monde, il s'y présente comme « le patron » du club et pousse son fils à demander « 15 000 € par mois » aux dirigeants.
En mars 2017, Santu se montre « très ferme et mécontent lorsqu'il apprend que "beaucoup de monde" va discuter avec Pierre-Marie Geronimi (le président du SCB). "Le seul que j'ai autorisé, c'est Pilou" (Pierre-Louis Montet, son homme de confiance) », s'agace-t-il. Pompier professionnel, Montet a créé la société de sécurité Sisis, bien implantée au Sporting.
« Très rapidement, il est apparu, lors des enquêtes judiciaires menées à l'encontre de la Sisis, que cette société était dirigée, de fait, par Ange-Toussaint Federici, très défavorablement connu, et ce jusqu'au premier trimestre 2006. Le rôle de M. Federici consistait à trouver des marchés liés à la sécurité », ont relevé les enquêteurs de la division financière de la DRPJ d'Ajaccio. Ce n'est sans doute pas une coïncidence si, pointent-ils, « la montée en puissance de la Sisis en Haute-Corse s'est faite au détriment de la CGS », une autre société de sécurité, contrôlée par... Charles Pieri.

Vue générale de Bastia.
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