Quimper Kerfeunteun FC: Histoire d'un Club de Football Breton

Quimper, avec ses 63 000 habitants et son statut de troisième ville de Bretagne, aspire à un club de football à la hauteur de son importance. Pourtant, les clubs locaux peinent à dépasser la 7e division nationale. Retour sur l'histoire du Quimper Kerfeunteun FC, un club aux racines profondes et à l'avenir incertain.

Carte de Quimper.

Les Années de Gloire du Stade Quimpérois

Entre 1970 et 1990, c’était bien le foot et le Stade quimpérois qui faisaient briller la capitale de la Cornouaille avec seize saisons en D2. « À l’époque, Quimper n’était pas très spectaculaire : c’était du football d’engagement, qui se rapprochait de celui du Stade brestois, en opposition à un foot lorientais plus technique. Il y avait des différences entre le Finistère Nord et Sud » , se souvient Christian Gourcuff.

Joueur brestois entre 1977 et 1983, Yvon le Roux ajoute : « C’étaient les gros derbys, avec une énorme rivalité et 10 000 personnes. Il y avait de quoi faire pour aller en D1. »

Pourtant, le club n'a jamais réussi à atteindre la première division. Et si l’histoire du football quimpérois avait basculé, un jour de mai 1989 ? C’était le samedi 13 mai, très exactement. Ce soir-là, les joueurs du Quimper Cornouaille FC (QCFC) disputaient le dernier match de leur saison à Abbeville, dans la Somme. À l’issue des quatre-vingt-dix minutes de la rencontre, c’était soit « les vacances », soit « les barrages », comme titrait Ouest-France à l’époque. Malgré la victoire 3-2, c’est le Stade Rennais, et non le Quimper Cornouaille FC, qui gagnait le droit de jouer la montée en Division 1 (l’actuelle Ligue 1). « Les joueurs pleuraient dans les vestiaires. Je n’avais jamais vu ça de ma carrière , se souvient André Cabon, ancien journaliste sportif pour Ouest-France. Cette saison-là, le QCFC avait vraiment une équipe de rêve, digne de la D1. Il y avait 12 000 spectateurs à chaque match à Penvillers.

Déclin et Difficultés Financières

Vingt-huit ans plus tard, après plusieurs dépôts de bilan, le club est englué dans les divisions amateurs, atteignant même le neuvième échelon en 2015. Indigne d’une ville de 63 000 habitants. « Louper la montée a démobilisé tout le monde » , explique le maire, en référence aux années 1980 pendant lesquelles le club, mené par les Leclerc, visait la L1.

Il poursuit : « À l’arrivée de Canal+, on n’a pas su prendre le wagon comme Guingamp, Rennes ou Brest. Il a été très difficile de prendre la main ensuite, et donc impossible de rattraper notre retard » , poursuit-il, fataliste.

Président du club de 2008 à 2015, Jean-Paul Thomas développe : « Le jour où les investisseurs se sont retirés, il y a eu un enchaînement, c’était déception sur déception. Le Quimper Cornouailles(nom du club entre 1987 et 2000, N.D.L.R.)a eu un nouveau comité, mais ça n’a pas fonctionné. Les sponsors sont partis. On a déposé le bilan. »

À l’échec sportif et financier, Christian Gourcuff ajoute celui de l’identité du club, qui « ne s’est jamais trouvé » .

La Fusion et la Naissance du Quimper Kerfeunteun FC

Pour relever la tête et attirer de nouveaux sponsors, le Stade quimpérois (nom du club entre 2000 et 2008, N.D.L.R.) opte pour une fusion avec le voisin de Kerfeunteun en 2008. Naît alors le Quimper Kerfeunteun FC.

« La fusion ne s’est pas forcément bien passée, avec d’un côté du personnel du Stade quimpérois avec l’ambition de rallier la N3, et de l’autre le personnel du Kerfeunteun. La mayonnaise n’a pas pris au début » , regrette Jean-Paul Thomas, alors président.

Sportivement, le club végète dans les différentes divisions régionales et n’attire pas l’investisseur tant désiré.

En 2011, les féminines ont intégré le QKFC, né de la fusion du Quimper Cornouaille Foot Club dont elles étaient licenciées et de l’Etoile Sportive de Kerfeunteun.

Match de Rêve 2013 - J-4 pour le Quimper Kerfeunteun FC

Les Défis Actuels

Successeur de Jean-Paul Thomas entre 2015 et juin dernier, Gilbert Férec précise : « À Concarneau et Guingamp, il y a peu de grosses associations sportives, donc les sponsors se concentrent sur le même club. Alors que chez nous, il y a une douzaine de clubs en district… »

Si, pour l’instant, le Quimper Kerfeunteun FC ne parvient pas à gravir les échelons, c’est d’abord à cause de l’histoire de la ville, ce que confirme le maire : « Quimper, c’est la fusion de quatre communes en 1960. Toutes ces communes avaient leur club de foot et l’ont gardé depuis. Il y a donc une rivalité de quartier qui n’a jamais permis de fédérer derrière le stade quimpérois. »

Ce morcellement pousse chaque club à tirer la couverture à soi : « On n’a jamais réussi à fédérer tout le monde » , regrette Jean-Paul Thomas.

Et ce, malgré les tentatives du maire actuel lors de son rôle d’adjoint aux sports en 2008 : « J’ai essayé de changer ça, mais les clubs n’ont pas voulu s’unir. Les dirigeants préféraient protéger et privilégier leur club de quartier plutôt que d’en former un gros. Pourtant, la solution passe par un projet commun des clubs de la ville. »

Dans ce cas de figure, Ludovic Jolivet serait prêt à soutenir le projet. Car jusqu’ici, le soutien de la municipalité est plus que timide, et même dénoncé : « Ce qui est malheureux, c’est que la municipalité a laissé le club sombrer. Il fallait sauver le club quand il était encore en D3 » , affirme Yvon Le Roux, appuyé par Jean-Paul Thomas, catégorique : « On avait 25 000 euros de la part de la municipalité, ce qui est largement insuffisant pour faire marcher le club.

Et ce n’est pas le vétuste stade de Penvillers, dans un piteux état, qui va réconcilier le QKFC et la mairie : « C’est l’un des pires stades que je connaisse » , tranche Christian Gourcuff.

Pas facile dans de telles conditions de raviver la ferveur autour du club, même si quelques amoureux ont tenté le coup avec le kop Celtic Kemper 08 fondé en 2008, depuis porté disparu. « On tourne à 150 personnes environ. Faute de grosses écuries, les gens ne viennent pas au stade, ce sont des sportifs de télévision » , regrette Gilbert Férec.

La Formation des Jeunes : Un Espoir pour l'Avenir

S’il pointe le manque d’identité du club, Christian Gourcuff dénonce aussi une politique de formation longtemps inexistante, ce qui a changé, comme l’explique Gilbert Férec : « Notre formation a une fonction d’appui. Par exemple, avec le SRFC, on a une convention qui permet de garder les jeunes jusqu’à 15 ans. L’intérêt avec les clubs pros, c’est d’avoir des affinités pour conclure des contrats pros, et permettant de financer notre propre club.

Aujourd’hui, l’équipe fanion sénior évolue en Régional 1 au même titre que le FC Lorient, le Vannes OC ou le Stade Brestois 2. Les jeunes poussent quimpéroises (U18 et U15) évoluent aussi dans la plus haute catégorie régionale. La structure sportive est encadrée par des éducateurs diplômés d’Etat, les distinctions vont jusqu’au niveau National, pour l’entraineur principal.

Vainqueur de la compétition départementale en U11 et U13, le Quimper Kerfeunteun FC s'est classé 1ère équipe régionale en 2012/2013, dans ces catégories devant des clubs prestigieux comme le Stade Rennais, le FC Lorient, le Stade Brestois ou l'EA Guingamp.

Encadrés par Michel Poulhazan, Stéphane Guillou et Jean-Luc Pinvidic, les U11 ont accompli une excellente saison, dans leur trois championnats (Secteur Ouest-Cornouaille, Briec, et Bigouden-Sud), gagnant 8 tournois de fin de saison, et juste défait par Landerneau en finale régionale, le 1er juin, à Plounévézel.

Les U13, menés par Jean-Yves Quéau, Thomas Brusq, Romain Duchesne, Didier Gélin, ont fait aussi fort, ne tombant que sur un corner direct en finale régionale en mai, à Saint-Renan, face au Stade Rennais.

Responsable de l'école de football du QKFC, Gilbert Férec s'avoue surpris et fier de ces résultats. " Nous sommes agréablement surpris d'arriver en tête des équipes Bretonnes sur ces catégories. Ce n'est ps un hasard, c'est dû à la qualité de nos jeunes joueurs, de nos éducateurs et des parents qui ont été très présents. Nous prônons un esprit de groupe. On ne met pas en avant l'équipe mais l'ensemble du groupe dans une catégorie d'âge. Nous anticipons l'année suivante en incorporant les jeunes à mi-saison dans une catégorie supérieure. On le faisait déjà à l'ES Kerfeunteun (une des meilleures écoles de football de Bretagne), nous avons repris cette idée au QKFC. La relève est assurée. Nous avons une génération qui promet énormément chez nos U9".

Face à ces résultats d'élite, l'oeil acéré des recruteurs Bretons est forcément présent sur ces jeunes pépites Quimpéroises. " Notre ambition est bien-sûr de les conserver un maximum pour que nous puissions grandir avec eux. La concurrence est forte. D'autres clubs ont plus de moyens et d'arguments. Les formateurs sont toujours à l'affût de bons joueurs. Arrivés à la fin de l'adolescence, les jeunes partent sur des grandes villes, comme Rennes ou Nantes, poursuivre leurs études. La formation est la priorité pour le club. Ces bons résultats démontrent tout notre savoir-faire dans ce domaine".

L'avenir pour le QKFC se situe dans la qualité de sa formation, seule issue possible pour proposer un projet cohérent, éducatif et sportif. Les U11 et U13 ont parfaitement illustré cette volonté des dirigeants du club en mettant des actes face à des paroles.

Concurrence et Rivalités

Mais aujourd’hui, le club dominant la Cornouaille évolue à une vingtaine de kilomètres, à Concarneau. « C’est une ville qui bouge, au contraire de Quimper. Le président du club est un industriel réunissant autour de lui un gratin d’entreprises, ça simplifie les choses » , explique le président sortant Gilbert Férec.

Son prédécesseur, Jean-Paul Thomas, confirme : « On subit l’omnipotence de Concarneau qui a saisi sa chance, grâce à des gens compétents et un environnement économique favorable. Pendant des années, il y avait une rivalité sportive, avec une certaine animosité entre les clubs et les dirigeants : on se tirait la bourre » .

L’autre voisin modèle, c’est le Stade brestois, encore plus détesté depuis qu’il est venu piller la jusque-là solide section féminine de Quimper il y a deux ans, emportant joueuses et entraîneur.

Une équipe de Brest qui ne joue pas dans la même cour à en croire Christian Gourcuff : « À Brest, il y a un vrai engouement populaire, tout un secteur économique qui n’attend que le retour de la Ligue 1.

Tableau récapitulatif des noms du club

Période Nom du club
1905 à 1987 Stade Quimpérois
1987 à 1999 Quimper Cornouaille Football Club
2000 à 2007 Stade Quimpérois 2000
2008 à aujourd'hui Quimper Kerfeunteun Football Club

Le Stade Quimpérois, ici face au Tours Football club, au stade de Penvillers, lors de la saison 1986-1987.

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