Thierry Weizman et la domination de Metz Handball dans le handball féminin français

Metz domine le handball féminin français depuis le début des années 90, et s’impose comme l’un des clubs les plus titrés dans le paysage des sports collectifs français : 22 titres de champion de France, 8 titres en Coupe de France, 8 en Coupe de la Ligue… Dans le cadre du dispositif Squad LFH, qui a pour but de mettre en lumière tour à tour les 12 clubs de la Ligue Féminine de Handball, on s'interroge sur le secret de cette longévité au plus haut niveau.

La philosophie du club : l'institution avant tout

Selon Thierry Weizman :

  • Le club passe avant toute chose, et nous donnons une priorité absolue à l’institution.
  • La star c’est le club, ce n’est pas une joueuse, un entraîneur, un président.
  • L’institution prime, c’est peut être un peu prétentieux de dire cela, mais nous essayons de nous inspirer d’une institution comme le Barça, qui persiste contre vents et marées, quoi qu’il arrive.

Il y a plusieurs choses qui interviennent. Tout d’abord, nous n’avons pas une politique « one shot », ce qui est important, c’est la pérennité du club sur la durée, et pour cela, le club passe avant toute chose, et nous donnons une priorité absolue à l’institution. Le Metz Handball dépasse tout le reste, les entraîneurs, les dirigeants, les joueuses passent au fil des années, ce qui est important, c’est que le club reste toujours bien présent. Il y a des générations de joueuses qui passent, et le club est toujours au sommet.

La formation au cœur de la politique sportive

Deuxièmement, la politique sportive est axée sur la formation. Les filles sont conscientes de ce que le club a fait pour elles, dans leur accompagnement sur le plan sportif et extra-sportif.

Metz Handball affiche une grille salariale claire, qui va de 150 euros pour les joueuses qui entrent au centre de formation, à 4000 euros nets pour les internationales françaises les plus en vue. Parmi les grands principes, la volonté de ne pas créer d’immenses écarts salariaux. ll n’est pas question de payer une joueuse à 8000 euros pour partager le vestiaire avec une joueuse au smic.

C’est gagnant / gagnant, et je pense que le mérite du Metz Handball est d’avoir recruté au sein de son centre de formation, des pépites ! Je pense à Laura Glauser, Laura Flippes, Grâce Zaadi, Orlane Kanor, Méline Nocandy… Nous avons un centre de formation performant, et un entraîneur qui fait confiance aux jeunes et qui parvient à les amener à maturité.

Rester fidèle à son modèle

Et troisièmement, nous ne devons surtout pas penser à travers les autres. Nous devons suivre notre route en restant fidèle à notre modèle. Ne pas regarder ce qui se passe à droite à gauche, tel a plus d’argent, tel a un modèle en société… et ce, même dans la façon de jouer. Nous n’avons pas changé pour le moment, nous sommes toujours en association, nous avançons pas à pas, sans être influencés par ce que peuvent faire les autres. Combien de fois j’ai entendu que le modèle associatif est dépassé et qu’il faut absolument être en société… Le jour où nous commencerons à réfléchir en fonction des autres clubs, je pense que ce ne sera pas une bonne façon de faire.

Ambitions européennes

Si sur la scène nationale Metz domine depuis de nombreuses années, il a fallu du temps avant de parvenir à se faire un nom sur la scène européenne. C’est aujourd’hui le cas avec deux quart de finale disputés lors des deux dernières éditions de la prestigieuse Ligue des Champions et, on croise les doigts !, un final 4 peut-être cette saison pour la première fois dans l’histoire du handball français. Que représente cette compétition pour Metz ?

Je peux vous assurer que jusqu’à il y a un an ou deux, atteindre le Final 4 de la Ligue des Champions était totalement inimaginable. Cela fait 30 ans que je suis au club, dont 15 ans comme président. Vraiment c’était à des années lumières de ce que nous pouvions envisager pour plusieurs raisons. En face de nous, nous avons des équipes qui ont 7, 10, 12M d’euros de budget, avec des joueuses qui nous faisaient rêver mais dont nous n’avions pas les moyens de recruter avec des salaires absolument démesurés. Et puis il y a quelques années quand nous affrontions des équipes comme Hypo NÖ, Györ etc. nous perdions nettement nos matchs.

Aujourd’hui c’est vrai que l’impensable, devient pensable, nous pouvons commencer à y rêver, en tout cas c’est à cela que je pense chaque matin. Je sais que tout le club, Emmanuel Mayonnade, les joueuses, sont tendus vers cet objectif depuis le début de la saison. Chaque match joué, même ceux qui peuvent parfois paraître sans enjeu, ont leur importance pour la suite. Cette année, toute la stratégie menée sur le plan sportif a été construite pour nous amener au Final 4. Ce serait notre Graal, l’inaccessible qui devient réalité, mais nous sommes bien conscients que la route est encore longue pour y parvenir.

La rivalité sportive avec Brest Bretagne Handball

Vous avez remporté les trois dernières couronnes de champion de France (2016, 2017, 2018), avec un dernier titre glané au terme d’une finale palpitante face au Brest Bretagne Handball. Pouvez-vous nous nous parlez de cette rivalité sportive qui est en train de s’installer avec le BBH ?

Je pense que tous les clubs de la LFH sont difficiles à jouer pour Metz. On ne peut pas dire qu’il y a une rivalité avec Brest, nous avons deux modèles économiques très différents, nos politiques sportives le sont aussi. Ce qui m’intéresse surtout, dans ces grands clubs, c’est qu’ils jouent avec un certain nombre de stars, comme Ana Gros, Allison Pineau, Cléopatre Darleux, Isabelle Gulldén, qui permettent de remplir les salles en LFH. C’est ça que je trouve très intéressant dans l’avènement du Brest Bretagne, pouvoir offrir aux spectateurs une équipe absolument fabuleuse sur le papier.

Dans l’histoire, nous avons toujours eu des challengers dans la course au titre, avec Besançon, le Havre, Issy Paris, le Fleury Loiret, le Toulon St-Cyr, qui nous ont piqué un titre à un moment, et c’est parfaitement normal ! Les équipes passent, Metz est toujours là, et si bien sûr nous perdons de temps en temps, ce qui m’intéresse c’est de rester au plus haut niveau sur la durée et d’être la référence en handball féminin.

Metz Handball et l'équipe de France

Huit joueuses de votre effectif ont été sacrées championnes d’Europe en décembre dernier avec les Bleues. Notre progression est parallèle à celle de l’équipe nationale. Ce que nous travaillons en club bénéficie à l’équipe de France, notamment dans les relations entre les joueuses et l’expérience acquise au niveau international par les joueuses, est bénéfique à Metz en retour.

La stabilité, clé de la réussite

Vous venez d’annoncer la reconduction de contrats d’Emmanuel Mayonnade et de plusieurs joueuses cadres internationales, dont les françaises championnes d’Europe et du Monde. Quelle analyse faites-vous de la force de Metz handball face aux autres clubs majeurs européens ?

Arriver à garder Emmanuel Mayonnade, qui est certainement actuellement l’un des entraîneurs le plus sollicité en Europe, c’est un signe d’attachement profond pour la structure. Je considère que Metz est presque la dernière marche avant d’aller jouer à Györ. Et bien sûr, garder l’effectif inchangé, à l’exception de Béatrice Edwige qui va rejoindre le meilleur club d’Europe. Et tant mieux si nous arrivons à amener des joueuses à maturité pour qu’elles puissent aller gagner un titre de champion d’Europe.

Pour nous, ce qui est important c’est que l’effectif est quasiment inchangé, et cela entraîne une cohésion extrêmement importante au sein du groupe. Il y a une stabilité, une continuité qui vont nous permettre d’aborder la suite sereinement. Non seulement l’effectif ne va quasiment pas bouger, mais en plus le staff va rester en place. Cela se ressent sur le terrain, les joueuses jouent en confiance, et sont capables de bien gérer des moments difficiles.

La Ligue Féminine de Handball : 10 ans de structuration

Cette saison, la Ligue Féminine de Handball fête ses dix ans. Pour le positif, tous les clubs se sont structurés ces dernières années et ont appris à se connaitre et à se parler. Les présidents des clubs de la LFH se connaissent, se réunissent, parlent et cela fait avancer les choses. Il y a eu une structuration globale, et une entente entre présidents qui n’existaient pas forcément avant. Nous avons une CNCG qui semble être efficace, avec un modèle de contrôle et de gestion efficace. Et puis surtout, cette politique de « JIPES« , et dieu sait si à un moment donné j’étais contre, qui est une vraie réussite. Les résultats de l’équipe de France le démontre, et c’est une expérience gagnante.

Pour le négatif, c’est d’abord que l’économie des clubs féminins est très très fragile. Ensuite, sur le plan sportif, notre championnat est encore loin du niveau de la Ligue des Champions. Nous sommes à flux tendu constamment, avec une visibilité TV qui dépend un peu aujourd’hui de l’intérêt pour l’équipe de France. Aujourd’hui sur les 4 plus grandes villes de France : Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux, une seule compte un club de la LFH avec le Paris 92. C’est dommageable que ces grandes villes ne comptent pas de handball féminin de haut niveau, et cela représente des difficultés pour démarcher des partenaires nationaux.

Thierry Weizman : un président influent

Quand il parle, on l’écoute. Parce que Thierry Weizman, en engrangeant les succès et les souvenirs, a permis au Metz Handball d’acquérir un capital sympathie incomparable. Parce qu’en plus, il a réalisé tout ça avec beaucoup moins de moyens que d’autres jouant avec le même ballon ou un modèle un peu plus gros. À chaque prise de parole, il remercie les collectivités sans qui « ce miracle permanent » ne serait pas possible.

Loin de proposer les salaires les plus élevés, l’entité jaune et bleu a malgré tout su attirer parmi les joueuses les plus en vue du monde ou les plus grands espoirs tout au long de son histoire sans pour autant casser la tirelire outre mesure. En revanche, en terme d’attractivité Thierry Weizman s’appuie volontiers sur le bouche à oreille et les recommandations des anciennes joueuses qui sont rares à quitter le club en mauvais termes, mais aussi sur la ville de Metz en tant que telle qu’il ne manque jamais de faire visiter aux potentielles recrues.

C’est en définitive ça la marque de Metz Handball, des principes bien établis qui régissent le quotidien et garantissent les fondations de la victoire.

Thierry Weizman, élu depuis trente ans à Longeville-lès-Metz, a annoncé qu'il allait raccrocher la politique. L'emblématique président depuis vingt ans de Metz Handball, Thierry Weizman, 66 ans, était ce vendredi 17 octobre l'invité des Rencontres informelles du Républicain Lorrain, au cercle des Paraiges dans les locaux du FC Stadium à Metz.

Palmarès de Metz Handball
Compétition Nombre de titres
Championnat de France 22
Coupe de France 8
Coupe de la Ligue 8

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