Saint-Denis Rugby Fédérale 1: Un Parcours Exceptionnel

L'Union Drancy-Saint-Denis a réalisé une saison remarquable en Fédérale 1, culminant avec une finale de championnat de France. Cette équipe, représentant le département de la Seine-Saint-Denis (le "93"), a su surmonter de nombreux défis pour se hisser parmi les meilleures.

Alors que les adversaires de Tyrosse joueront pour affirmer une histoire centenaire, cette Union du « 93 », qui ne s’était pas qualifiée la saison dernière pour sa première année d’existence, défendra son idée de la coopération dans ce département souvent caricaturé, dont la moyenne d’âge est la plus basse de l’hexagone.

Un Parcours Semé d'Embûches

Cette équipe de Drancy-Saint-Denis a surmonté bien des obstacles pour se faire sa place à la table de ce dernier duel au gain du bouclier de champion de France. Si son parcours en phase finale avait été facilité un peu par la chance, sa première place de poule ayant tenu à la disqualification de Chartres, la façon dont elle a passé les différents tours a grandement mis en valeur sa force morale.

Les Franciliens se sont sortis de plusieurs situations difficiles pour se hisser en finale. Malmenée en bien des occasions, cette équipe n’a jamais baissé les bras dans ses moments faibles.

  • Contre Saint-Médard en huitième de finale, sanctionnée de deux cartons rouges, elle s’était qualifiée en jouant ses deux deuxièmes mi-temps à quatorze.
  • Face à Bagnères en quart de finale, elle déplorait dix-huit points de retard à quarante minutes du terme de la double confrontation promotionnelle.
  • C’est par la grâce d’une dernière mi-temps de folie à vingt-sept points inscrits qu’elle a obtenu sa montée en Nationale 2.
  • En demi-finale contre L’Isle-Jourdain, menée dans les tout derniers instants du temps réglementaire, elle était parvenue à inscrire les points du match nul avant de prendre le meilleur sur les Gersois en prolongation.
  • Elle a conservé son avance en fin de partie en défendant deux pénaltouches dans les tout derniers instants.

« Quand on parle rugby, on ne pense pas à la Seine-Saint-Denis, dit le capitaine Demba Kane, l’un des cinq joueurs de cette équipe formés dans le département. Nous voulons rectifier cela, et tout le monde y met beaucoup de caractère. »

« Les filles de Bobigny ont ouvert la voie en devenant championne de France de rugby à 7, commente Mokrane Rahmoune, le président de Drancy. Nous voulons faire rayonner notre projet sur la scène nationale, dans le souci éducatif qui est le nôtre. Nous construisons une identité pour parler à tous les enfants du département, et la réussite d’un titre de Fédérale 1 serait l’un de nos meilleurs arguments. »

Pour leurs joueurs, il est question de laisser une trace indélébile de ces deux ans de vie foisonnante en commun. « Nous avons construit un truc génial, avec des joueurs d’horizons divers et de cultures différentes, s’émeut Bastien Darrieumerlou. Tyrosse faisait figure de grand favori au départ de la compétition. Et nous, pas du tout. Les joueurs ont été extraordinaires, et je dirai que ce vestiaire est assez exceptionnel. Il a fait preuve de sérénité en toute occasion sans jamais tomber dans la suffisance. Ces phases finales sont déjà mémorables. Elles deviendront historiques si nous devenons champions. Et nous avons tellement envie de ramener ce bouclier dans le « 93 ». Nous allons envoyer tout le jeu que nous pourrons pour y parvenir. »

Forces et Faiblesses

Au rayon des forces « spéciales » de cette équipe, la mêlée francilienne est devenue une rampe de lancement vraiment idéale au fil de la compétition. Et le buteur Matthew Ford, l’un des anciens de la maison suresnoise venus s’agréger à ce projet, est en feu en ce moment face aux perches. Il a inscrit trente points en demi-finale.

L’opposition entre les Landais et les Franciliens promet d’être explosive, dimanche 15 juin, à 15 heures, pour le compte de cette finale du championnat de France de Fédérale 1.

Comparaison des Statistiques

Le constat est simple. Les chiffres en témoignent allègrement.

  • À la sortie de la phase régulière, Drancy Saint-Denis rugby pointe à la première place du classement national avec 90 points.
  • 22 matchs avec un bilan de 17 victoires et de 5 défaites en poule 1.
  • Ajoutez à cela 9 bonus offensifs et 4 défensifs.
  • Tyrosse n’a pas à rougir avec la place de deuxième toutes poules confondues avec 86 points.
  • 16 victoires, un nul et 5 défaites dans la poule 4 (avec également 9 bonus offensifs et 2 défensifs).

Meilleure Attaque

  • Avec ses flèches, l’US Tyrosse peut se targuer d’être la meilleure attaque de cette Fédérale 1.
  • D’une courte tête à la fin de la phase régulière avec 670 points inscrits.
  • Un statut que les Landais conservent au soir des demi-finales portant leur capital à 838 points.
  • Les Franciliens pointent à quelques unités : 663 points après 22 matches de saison régulière et 817 points après leur demi-finale gagnée face aux Gersois de L’Isle-Jourdain, après l’épreuve des prolongations.
  • Si on pousse la comparaison un peu plus loin, Drancy a inscrit 89 essais contre 87 pour Tyrosse avant leur 28e et dernier match de cet exercice.

Défense Partagée

  • Sur le plan défensif, les deux formations ont terminé dos à dos à la troisième place avec 373 points encaissés derrière Annonay et Isle-Jourdain.
  • Lors des cinq matchs de ces phases finales, les joueurs de Seine-Saint-Denis ont encaissé 126 points contre seulement 104 (pour le même nombre de rencontres) pour les Tyrossais.

Duel de Buteurs au Sommet

  • Cette finale sera aussi attractive par le duel entre Iban Laclau, meilleur réalisateur de Fédérale 1 avec 338 points, et Matthew Ford, son homologue francilien (pointant à la deuxième place avec 297 unités).
  • À 34 ans, l’arrière de Drancy Saint-Denis - ancien joueur d’Auch, de Rouen ou encore de Suresnes - a inscrit l’essai libérateur à la 94e tout en assurant aussi la transformation.
  • À 20 ans, l’ouvreur de Tyrosse, lui aussi, a été d’une précision exquise une fois encore face aux perches.

Une Montée Durement Acquise

Après une lourde défaite en Occitanie (37-22), Drancy-Saint-Denis a réagi devant ses supporters, pour s’imposer 34-10 au terme d’une seconde mi-temps parfaite et d’un scénario fou pour finalement obtenir la montée.

« L’ambition en début de saison, c’était simplement d’atteindre les phases finales. Mais on s’est pris au jeu. Le scénario en quart est exceptionnel, comme celui de la demi-finale », raconte Olivier Gleveo.

En demi-finale, donc, les joueurs du 93 ont dominé les Gersois de L’Isle-Jourdain, après des prolongations arrachées en fin de match (35-28). Le sort de la finale fut moins heureux, avec une courte défaite (28-25) contre l’US Tyrosse (Landes), large favori. Une issue qui prive l’équipe du titre de champion de France de Fédérale 1, mais qui n’entache pas l’excellent bilan du club.

Avec la belle saison des espoirs et la montée de son équipe réserve en Régionale 2, toute l’Union Drancy-Saint-Denis a réussi sa saison. Et c’est aussi du côté du public que la dynamique est forte : pas moins de 28 000 personnes ont regardé la finale de Fédérale 1 diffusée par les clubs sur YouTube.

Dimanche, vers 16h30, le petit stade Guy-Môquet de Drancy a connu un envahissement de terrain généralisé. Menés de 15 points après leur quart de finale aller face à Bagnères-de-Bigorre, Nouha Dabo, auteur d’un essai, and co ont trouvé en eux les ressources pour l’emporter de 24 points au retour (34-10). Se catapultant par là-même en Nationale 2, l’équivalent de la 4e division française.

40 minutes auparavant, l’ambiance était pourtant beaucoup plus timide: « A la mi-temps, on est menés 7 à 10. Même si on jouait alors contre le vent et que le ballon glissait beaucoup, on ne pouvait s’en satisfaire. Dans le vestiaire, à la mi-temps, pendant 10 minutes, on n’a entendu personne. En 30 ans de rugby je n’avais jamais vu ça. Et pourtant, je n’ai pas interprété ça de manière négative: j’y ai plutôt vu des soldats hyper concentrés.

Un Esprit d'Équipe Unique

Le secret de cette équipe, meilleure marqueuse d’essais de sa poule cette année ? « L’expérience de l’année passée », lâche Demba Kane, son capitaine. Née d’une fusion entre deux gros clubs de Seine-Saint-Denis, le Saint-Denis Rugby 93 et le Rugby Drancy, l’Union, après une première année en dents de scie, a trouvé la bonne carburation.

Alexis Teytaut, entraîneur des avants, voit lui une autre raison : « C’est un groupe qui tire sa force de sa diversité. Joueurs franciliens dont une dizaine de Seine-Saint-Denis, recrues étrangères, profs de sport montés du Sud, il y a de tout chez nous, c’est le 93 quoi. Mais entre tous ces joueurs, l’esprit du jeu est un langage commun. Et les Ciel et jaune joignent le geste à la parole puisque personne ne fait mieux que ses 7 bonus offensifs dont un bon nombre acquis à l’extérieur.

Multiethnique et jovial, le collectif fait penser à celui des Louves de Bobigny, qui évoluent elles encore plus haut, en Elite. « C’est un groupe de potes, ultra motivé par le rugby et aussi très attaché au territoire du 93 », souligne Lilian Djomboue, talonneur qui, avec un vécu à Aurillac en Pro D2, pourrait prétendre à jouer plus haut.

Car oui, aucun des joueurs n’est professionnel, tous travaillent à côté : le capitaine Demba Kane est gestionnaire à l’hôpital Delafontaine, Corentin Leboulanger, 2e ligne, est instituteur à Drancy, Florent Pernet, centre, coache l’équipe universitaire de Paris 13-Bobigny…

« D’où seulement trois entraînements par semaine parce qu’on veut que toute l’équipe fonctionne sur le même rythme et pas former un groupe de pros et de non-pros. Ça, ça ne marche pas», explique le longiligne Vincent Gassie.

Le rêve de tous ces encadrants, bien souvent profs de sport en plus de leur activité en club ? Faire venir un maximum de jeunes au rugby, et ainsi développer un potentiel en Seine-Saint-Denis qui pourrait être fort, s’il n’y avait l’omniprésence du foot. « C’est sûr qu’ici, ce n’est pas comme dans le sud où tout le monde vient par réflexe au rugby. Reste maintenant à bien finir l’aventure pour l’équipe première.

Pour la demi-finale, la formule change quelque peu: ce sera sur un seul match, en terrain neutre, contre l’Isle-Jourdain, un club du Gers, premier lui aussi de la saison régulière. Pour le 8 juin, date de la demie, le club est déjà en train d’organiser le déplacement d’un car de supporters.

Vincent Gassie, originaire du Sud, se souvient: « ce genre de matches, petits, ça nous faisait frissonner.

tags: #saint #denis #rugby #federale #1