Depuis l’apparition de la pratique féminine du sport, à la fin du XIXe siècle, les tenues ont toujours fait débat. D’abord couvertes de la tête aux pieds, les femmes sont aujourd’hui hypersexualisées et doivent répondre à des codes. Cet article explore les règles actuelles, les controverses et les enjeux entourant le port de tenues spécifiques, notamment le bikini, dans le beach-volley.

Histoire et évolution des règles vestimentaires
C’est sur les plages de Santa Monica, en Californie, que la discipline fait son apparition dans les années 1920. À l’époque, il s’agit d’une simple distraction pour les familles américaines qui tentent d’échapper à la grande dépression en se rendant à la plage.
Traditionnellement, le beach-volley féminin a été associé à une image de joueuses en bikini, une tenue considérée pratique et emblématique de ce sport de plage. La discipline se professionnalise bien des années plus tard, lors de son introduction au programme des Jeux olympiques, d’abord comme sport de démonstration à Barcelone en 1992, puis comme sport olympique à part entière en 1996 à Atlanta.
Cependant, afin de promouvoir la discipline dans l'ensemble des pays, y compris les plus conservateurs, la Fédération Internationale de Volleyball (FIVB) a assoupli ses règles en 2012, avant les Jeux de Londres. Les joueuses peuvent désormais porter un legging long ou un bermuda descendant jusqu'à 3 centimètres au-dessous du genou, et revêtir un tee-shirt, à manches courtes ou longues. Cette modification a été introduite pour répondre à des motifs religieux ou culturels, permettant ainsi à des athlètes de différentes origines de participer sans compromettre leurs convictions.
Les règles actuelles de la FIVB
Le règlement sportif de 2016 édicté par la fédération internationale précise, en plus des habituelles brassières dévoilant le nombril, le type de tenues autorisées en raison de « croyances religieuses ou culturelles ». Les athlètes peuvent ainsi jouer les jambes entièrement couvertes, et porter des manches allant jusqu'aux poignets.
En pratique, ce fut surtout en raison de la météo londonienne pas vraiment clémente que les beach-volleyeuses durent se couvrir lors des Jeux d'été de 2012. Chaque équipe prévoit ainsi les tenues de ses joueuses, en accord avec la réglementation de la FIVB. Un impératif cependant : les deux joueuses doivent porter la même tenue sur le terrain. Les beach-volleyeuses des équipes du Costa Rica, du Venezuela, d'Espagne ou encore d'Argentine ont également joué les épaules (et/ou les jambes) couvertes.
Tenues alternatives pour le beach-volley
- Shorts de beach-volley légers et fluides
- Brassières avec dos nageur pour faciliter les mouvements
- Débardeurs légers pour l'évacuation de la transpiration
Controverses et débats
L'assouplissement des règles vestimentaires a suscité des débats passionnés. Certains y voient une entorse à un des principes fondamentaux des Jeux, la neutralité. L'article 50-2 de la charte olympique interdit en effet toute « sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale […] dans un lieu, site ou autre emplacement olympique. »
D'autres estiment que laisser les joueuses concourir vêtues de tenues couvrantes ou voilées favorise la participation des athlètes femmes, mais ne fait d'ailleurs pas consensus au sein des mouvements féministes, qui y voient une légitimation d'un instrument de domination de la femme. Pour Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes, « découvrir les femmes pour des raisons commerciales ou les couvrir pour des raisons religieuses, c'est les considérer comme des objets sexuels. Le sport, censé être le langage universel par excellence, devient l'outil de transmission de stéréotypes et de relativisme culturel ».
Par ailleurs, le beach-volley souffre d'une image hypersexualisée, véhiculée notamment par sa couverture médiatique. Une étude réalisée durant les Jeux d'Athènes en 2004 montrait ainsi que respectivement 20 et 17% des images diffusées lors des épreuves de beach-volley féminin étaient des plans serrés sur la poitrine ou sur le fessier des joueuses. Pourtant, plusieurs beach-volleyeuses défendent le port du bikini. Sa compatriote Jen Kessy affirmait de son côté en 2012 qu'on ne la verrait jamais en short sur un terrain, également en raison du sable qui aurait une fâcheuse tendance à finir dans les poches. Les joueurs masculins de beach-volley concourent pourtant dans cette tenue, et en débardeur.

Les règles qui encadrent le beach handball stipulent que le bikini imposé aux femmes, dont les dimensions sont d'ailleurs très encadrées, se justifie dans un souci de cohérence "avec l'image attractive que doit avoir le sport". Et assume de manière plutôt claire le fait d'utiliser le corps des athlètes (féminines en particulier) comme un outil de promotion.
Au beach volley par exemple, le port du bikini pour les joueuses a été imposé jusqu'en 2012. Une réforme (nouvelle fenêtre) lancée par la fédération internationale a assoupli les règles, permettant ainsi le port de tenues plus couvrantes. L'argument invoqué à l'époque n'était pas celui d'un sexisme instauré dans les règlements, mais plutôt d'une volonté de réduire les freins qui pouvaient subsister au développement de ce sport à travers certains pays. En particulier ceux où une part importante de la population est de confession musulmane, et où les femmes prennent soin de couvrir largement leur corps, y compris dans le cadre d'une pratique sportive. Quel que soit le motif retenu, cette réforme a permis à des athlètes égyptiennes de prendre part aux épreuves à Rio, dans des tenus bien plus couvrantes que celles de leurs adversaires et sans que cela ne pose de problèmes aux juges qui encadraient les compétitions.
Le cas de Doaa Elghobashy
L'athlète égyptienne Doaa Elghobashy, qui a participé aux Jeux olympiques de Rio en 2016 en portant un hijab, est un exemple emblématique de cette évolution. Une photo d'elle, opposée à une joueuse allemande en bikini, a été interprétée de diverses manières, symbolisant à la fois l'esprit olympique du vivre-ensemble et un prétendu « choc des cultures ».
Doaa El-Ghobashi ne s'est pas vu imposer le voile islamique par sa fédération. Sa coéquipière, Nada Moawad, jouait d'ailleurs tête nue, le port du voile n'étant pas obligatoire en Egypte (même s'il est majoritaire). Finalement éliminées par l'Allemagne, les deux athlètes étaient les premières Egyptiennes à participer aux JO dans cette discipline. Doaa El-Ghobashi, qui s'est exprimée à plusieurs reprises dans les médias sur le sujet, a d'ailleurs expliqué qu'elle avait « doublement vérifié que la liberté de tenue était d'application dans ce sport » avant de s'y consacrer.
Doaa Elghobashy, qui participe aux Jeux olympiques de Paris 2024 en leggings et en portant un hijab, a fait part de son incompréhension concernant l'interdiction imposée à l'équipe de France. C'est une interdiction qu'elle ne comprend pas et elle n'a pas manqué de le faire savoir."Je veux jouer avec mon hijab, elle veut être en bikini - tout est ok, que l'on veuille être nue ou porter un hijab. Il faut simplement respecter les différentes cultures et religions", a-t-elle déclaré auprès du journal suédois Expressen jeudi. La joueuse égyptienne et sa coéquipière Marwa Abdelhady participent au tournoi olympique en leggings, avec des manches longues et un foulard hijab. Elles se sont inclinées jeudi contre les Espagnoles Liliana Fernández Steiner et Paula Soria Gutiérrez, toutes deux en bikini."Je ne vous dis pas de porter un hijab et vous n'avez pas à me dire de porter un bikini. Personne n'a le droit de m'imposer comment m'habiller.
La position de la France et la laïcité
En France, le principe de laïcité est au cœur des débats sur le port de signes religieux dans le sport. En vertu de ce principe, le pays-hôte a interdit à ses athlètes - et seulement aux siennes,- de porter le hijab et le voile aux Jeux olympiques de Paris. Une mesure qui concerne notamment le football, le basket, le volley et la boxe et qui a largement été critiquée.
La Fédération française de volley (FFvolley) s'apprête également à clarifier ses règlements relatifs au respect de la laïcité et de la « neutralité ». À la suite de sa soumission au conseil d'administration de l'instance, un nouveau « préambule des statuts » de la FFvolley doit être validé, selon nos informations, lors de la prochaine assemblée générale de l'instance, le 28 octobre, à Rungis (Val-de-Marne).
La FFvolley a clarifié le préambule de ses statuts relatifs aux « principes de laïcité et de neutralité ». Cet ajustement réglementaire a été validé, à l'unanimité, lors de la dernière assemblée générale de l'instance, qui s'est déroulée le samedi 28 octobre à Rungis (Essonne).
En octobre 2023, le ministère des Sports français était épinglé par l’ONU, pour avoir interdit à ces sportives de porter le voile lors des Jeux de Paris 2024.
Réactions et sentiments du public
Ceux qui fantasment encore sur le beach-volley féminin doivent quand même être un peu déçus devant leur téléviseur lors de cette édition de Paris 2024. Alors que le basket et le football connaissent des remous, au niveau amateur, sur la question de l'interdiction du port du hijab (voile islamique) en compétition, la Fédération française de volley s'apprête également à clarifier ses règlements relatifs au respect de la laïcité et de la « neutralité ».
Si la question fait encore jaser hors des terrains, les joueuses de l’équipe de France considèrent que ce n’est plus un débat : elles revendiquent la liberté de s’habiller comme elles l’entendent. Lors des Jeux olympiques de Paris, la paire française porte un short et une brassière plutôt que le bikini, qui garde les faveurs de la majeure partie des autres concurrentes. Depuis les JO de Londres, les joueuses ont la possibilité de choisir.
Le beach-volley, des plages californiennes aux JO

En 2021, la question se pose encore alors que l’équipe norvégienne de beach handball a été sanctionnée d’une amende de 1 500 € (150 € par joueuse) par la Fédération européenne de handball.
Les règles du jeu
La raison ? La Fédération a estimé que la tenue des joueuses n’était pas réglementaire. La Fédération s’est défendue en expliquant que ce vêtement n’est pas « en accord avec les termes définis par le règlement de beach handball ». Quelles sont les règles ? Dont les côtés « doivent être larges d’au maximum 10 cm ».
Le règlement de la Fédération internationale de handball stipule en effet que « les joueuses doivent porter des bas de bikini (...) ajustés et échancrés ». Il est aussi précisé que « les côtés doivent être larges d’au maximum 10 cm ».
À noter que les hommes, eux, jouent en tee-shirt de type débardeurs et short au-dessus du genou. Et qu’importe si le short pour faire du sport est plus confortable et qu’être à demi nue pour jouer n’ait aucun intérêt sportif…
Réactions et soutiens
Cette amende, le ministre de la Culture norvégien, également en charge des Sports, l’a jugée « complètement ridicule ». La Fédération norvégienne de handball s’est quant à elle montrée « fière » de ses joueuses : « Ensemble, nous allons continuer le combat pour faire changer les règles concernant les vêtements. Ainsi, les joueuses pourront être compétitives dans des vêtements dans lesquels elles se sentent à l’aise.
Très vite, les réactions à l'amende infligée à la fédération norvégienne se sont succédé. La Fédération norvégienne avait contacté la Fédération européenne en amont de la compétition, afin de demander la permission de jouer en shorts.
« En 2021, ça ne devrait même pas être un sujet », a estimé le président de la Fédération norvégienne de volley-ball, Eirik Sordahl, auprès de l’agence nationale NTB. « Ensemble, nous allons continuer le combat pour faire changer les règles concernant les vêtements. Les joueuses pourront être compétitives dans des vêtements dans lesquels elles se sentent à l’aise. La Fédération norvégienne s’est montrée «fière» de ses joueuses.
Sur les réseaux sociaux de nombreuses personnalités ont affiché leur soutien aux joueuses norvégiennes et ont accusé la Fédération d’être sexiste. « Une vision aussi macho de la femme appartient à une autre époque », a écrit un journal régional norvégien dans son éditorial au lendemain du scandale.
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