Cœur battant des passions sportives françaises pendant un demi-siècle, Colombes n'est pas qu'une simple nostalgie. C'est un témoin vivant de l'histoire du sport en France et de la France elle-même, traversant tout le XXe siècle.

Le Stade Yves-du-Manoir à Colombes.
Les Débuts Sportifs à Colombes
Colombes, petite ville de banlieue, connaît ses premières émotions sportives en 1883 avec l'installation du premier hippodrome. Dirigées par la Société des Courses de Colombes, ces manifestations attirent un public dont la présence est mal perçue par les habitants, qui souhaitent un contrôle plus strict de cette « très mauvaise catégorie de personnes ».
La Transformation en Stade
En 1907, le journal Le Matin rachète le terrain de l'hippodrome et le transforme en stade. Le terrain est entretenu et clôturé, les anciennes tribunes du champ de courses sont conservées, arborant l'emblème du journal. L'inauguration, le 24 mars, est grandiose. Pour Le Matin, cette nouvelle enceinte est « un champ consacré à l’amélioration de la race humaine ». Avec ses 10 000 places, le Stade du Matin est alors l'une des plus importantes enceintes françaises.
Les rugbymen y disputent la finale du Championnat de France 1908 (victoire du Stade Français sur le Stade Bordelais 16-3 devant 10 000 spectateurs). Le XV de France y fait ses débuts le 1er janvier face à l’Angleterre (défaite 0-1), avant d’y signer sa première victoire face à une équipe britannique le 2 janvier 1911 contre l’Écosse (16-15).
L'Ère Olympique
Le 21 juin 1921, Paris est choisie comme hôte des Jeux Olympiques de 1924. Franz Reichel, secrétaire général du comité exécutif des Jeux, dresse une liste des installations à aménager, avec comme pièce maîtresse un stade de 100 000 places pour l'athlétisme, le football et le rugby. Après des hésitations concernant le Parc des Princes, la ville de Paris propose finalement le Stade de Pershing, jugé inacceptable par le COF.
Les travaux sont confiés à Louis Faure-Dujarric, capitaine de l’équipe de rugby du Racing et architecte. La construction, achevée en 1924, utilise des matériaux modernes (béton armé et armatures métalliques) pour réduire les coûts tout en assurant une excellente visibilité et la sécurité. Colombes offre désormais 20 000 places assises en tribunes couvertes et 44 000 places debout. Une gare provisoire et une avenue reliant le stade sont aménagées, bordées de marchands vendant nourriture et souvenirs aux couleurs olympiques.
Un village olympique est intégré au site pour loger et nourrir les athlètes. De la cérémonie d’ouverture le 5 juillet à la cérémonie de clôture le 27 juillet, le stade voit défiler de nombreux champions, dont le Finlandais Paavo Nurmi, qui remporte 5 médailles d’or, et le Britannique Éric Liddell, vainqueur du 400m après avoir refusé de courir le 100m un dimanche. La finale du tournoi de Rugby est également marquante par sa violence.
JO 2024: Amélie Oudéa-Castéra inaugure le stade olympique Yves-du-Manoir, à Colombes | AFP Images
Le Stade Yves-du-Manoir
Peu après les Jeux, en 1928, l’enceinte est baptisée du nom d’Yves du Manoir, jeune lieutenant de l’armée de l’air et joueur de rugby décédé prématurément. Plus grand et plus moderne que les autres stades français, Colombes s'impose pour l'athlétisme, le football et le rugby. Seules les finales du championnat de France de rugby échappent à Colombes, la dernière finale s’y disputant en 1923.
Mais alors que les souvenirs des Jeux Olympiques ne se sont pas encore dissipés, qu’une nouvelle grande manifestation sportive se profile à l’horizon: la Coupe du Monde 1938. Colombes est désigné comme l’enceinte principale du Tournoi. Durant les 15 jours de compétition, le Stade Yves-du-Manoir accueille trois rencontres: le 8ème de finale entre la France et le Belgique (3-1), le quart de finale entre la France et l’Italie (1-3), et finalement la finale entre l’Italie et la Hongrie (4-2).
L'Après-Guerre et le Déclin
A la Libération, le stade reprend son rôle sportif. C’est l’époque bénite des frères Boniface, des Domenech, Lucien Mias et autres Pierre Albaladejo. Durant 30 ans, les matchs du Tournoi et les finales de la Coupe de France de football seront l’occasion du rendez-vous de tous les amateurs du sport français à Colombes. Mais après tant d’années de gloire, le stade Yves-du-Manoir allait bientôt devoir céder devant la modernité, exprimée par le projet du nouveau Parc des Princes, inauguré en 1972.
En 1972, Colombes tente de se donner un second souffle en organisant une réunion de boxe entre Jean Claude Bouttier et le Champion du Monde Monzon. L’expérience n’aura pas de suite, ce match de boxe est le dernier grand événement international disputé à Colombes. L’enceinte et ensuite rendue au Racing.
Le Retour aux Sources et les Jeux de 2024
Au milieu des années 80, la section football quittera Colombes pour le Parc des Princes pour y tenter l’expérience du Matra-Racing. Désormais dépassé par le Stade de France, Yves-du-Manoir a accueilli 83 fois l’équipe de France entre 1908 et 1975. Le déclin est amorcé brutalement dans les années 60, alors même que le nouveau Parc des Princes est en chantier à partir de 1967.
Théâtre des finales olympique de 1924 et mondiale de 1938, le stade Yves-du-Manoir aura été la maison des Bleus pendant une trentaine d’années entre 1930 et 1960. C’est le 12 avril 1908 que l’équipe de France joue pour la première fois au Stade du Matin de Colombes. A partir des années 30, les Bleus s’y installent le plus souvent, jouant 21 fois sur 39. Mais c’est dans l’immédiat après-guerre que le stade Yves-du-Manoir a été systématiquement utilisé : 14 fois consécutivement dans les années 46-49, et encore 24 fois sur 33 dans les années 50.
Si le stade Yves-du-Manoir à Colombes, aujourd’hui à l’abandon, va être modernisé pour accueillir en 2024 les épreuves de hockey sur gazon des Jeux olympiques, c’est en quelque sorte un juste retour des choses : la discipline a fait son apparition lors des JO de 1908 à Londres, un an après la construction du stade de Colombes, et ce dernier a accueilli la finale du football aux JO de 1924, après son agrandissement en 1923.
Le Racing 92, qui s’est longtemps appelé le Racing Club de France, va quitter l’enceinte dans lequel elle dispute ses rencontres depuis maintenant huit ans, la Défense Arena. Il va tout simplement revenir dans le stade où il jouait avant de déménager à Nanterre : le Stade Yves-du-Manoir, à Colombes. Jacky Lorenzetti promet « un petit cocon à l’anglaise de 15000 places ».
Statistiques et Anecdotes
Voici quelques statistiques intéressantes concernant le Stade Yves-du-Manoir :
- Désormais dépassé par le Stade de France, Yves-du-Manoir a accueilli 83 fois l’équipe de France entre 1908 et 1975.
- Mais elle y a en tout cas établi un record d’affluence le 21 octobre 1956, avec un France-URSS disputé devant 62 145 spectateurs.
- En 83 sorties, les Tricolores n’ont gagné que 35 fois, c’est-à-dire aussi souvent que ce qu’ils ont perdu.
- Roger Marche, est aussi celui qui a le plus souvent joué à Colombes (28 fois sur 63).
Le tableau suivant résume les principales étapes de l'histoire du stade :
| Période | Événement |
|---|---|
| 1883 | Installation du premier hippodrome de Colombes |
| 1907 | Transformation de l'hippodrome en Stade du Matin |
| 1924 | Jeux Olympiques de Paris |
| 1928 | Le stade est renommé Yves-du-Manoir |
| 1938 | Coupe du Monde de Football |
| 1972 | Inauguration du nouveau Parc des Princes |
| 2024 | Jeux Olympiques de Paris (hockey sur gazon) |

Le Stade Yves-du-Manoir rénové pour les JO de Paris 2024.