Le stade de rugby de Périgueux a une histoire riche et complexe, marquée par des figures emblématiques et des transformations significatives. Cet article explore l'évolution du stade, de sa fondation à sa récente restructuration, en mettant en lumière l'hommage rendu à Francis Rongiéras, un joueur légendaire du club.

Les Débuts du Rugby à Périgueux et la Fondation du CAPD
Né à Tourtoirac en 1880, Roger Dantou est une figure incontournable du rugby à Périgueux et au-delà. C'est à lui que l'on doit l'introduction et le développement de ce sport dans la région. En 1901, Roger Dantou, avec Roger Magnanou, fonde le Club Athlétique Périgueux Dordogne (CAPD). Cette création marque une étape importante dans l'implantation du rugby en Périgord. Le CAPD deviendra un club phare de la région.
L'engagement de Dantou ne s'arrête pas à la fondation d'un club. En 1910, il est l'un des créateurs et le premier président du Comité Périgord Agenais de rugby. Cette instance régionale joue un rôle crucial dans l'organisation et la structuration du rugby dans le Sud-Ouest.
Roger Dantou est l'un des pères fondateurs de la Fédération Française de Rugby (FFR). En 1919, aux côtés de figures emblématiques comme Octave Lery et Charles Brennus, il participe activement à la création de cette instance nationale. Il en devient le premier vice-président, Octave Léry occupant le poste de président.
À ses débuts, les Magnanou, Dantou qui présida la FFR, Cornut, Dulac, Deschamps, Latreille, Marchet, Peyrou, Giraudeau, Bornet entre autres, joueront un rôle primordial pour installer le CAP dans le paysage rugbystique français. Et ce, en dépit des difficultés dues aux deux guerres mondiales de 1914-1918 et de 1939-1945.
C’est après la guerre et sa scission avec le COPO que le CAP va devenir un des plus grands clubs de l’hexagone. Un homme aura à cette époque un rôle essentiel et capital, c’est Pierre Andrieu. Lui qui fut joueur puis capitaine de l’équipe première de 1918 à 1930, puis entraineur de 1930 à 1945, et enfin Président de 1949 à 1971, soit 22 années à la tête du club, un record jamais atteint depuis, aura été le fondateur du CAP de l’ère moderne.
C’est sous sa présidence que notre vieux club connaitra un véritable essor en se structurant et en obtenant de remarquables résultats sportifs. L’équipe première se qualifiait quasiment tous les ans pour les fameux seizièmes de finale. Les quarts de finale seront même atteints à deux reprises en 1952 et en 1958. Sans oublier les titres de champion de France pour les juniors Crabos en 1960, les juniors Reichel en 1966 et l’équipe 2 appelée alors réserve en 1969.
La Bille comme il était surnommé fut un très grand Président dont on parle encore aujourd’hui avec affection et une certaine nostalgie.
Depuis, plusieurs présidents se sont succédé avec des fortunes diverses mais dont l’engagement pour le club ne peut être démenti.
Des dernières années très difficiles qui a vu le club rétrogradé administrativement pour raisons financières et connaitre un niveau jusqu’alors jamais connu en Fédérale 3 puis 2. Le CAP ayant toujours été en première division exceptée la saison 1987-1988.
Hommage à Francis Rongiéras
Le choix de Francis Rongiéras s’est pourtant imposé comme une évidence aux yeux du maire de Périgueux. « C’était un homme d’ouverture qui ne s’intéressait pas qu’au rugby. C’est une grande figure du sport local qui a marqué l’actualité de façon tragique, mais c’était surtout un exemple. Je l’ai connu en tant que joueur, il était fier de porter les couleurs du CAP. Il défendait les valeurs de solidarité, de combat et de fraternité. Il était respecté à la fois par ses partenaires et ses adversaires. Je n’ai toujours entendu que des louanges à son égard. »
Le 15 juin 1991 est marqué d’une pierre noire dans l’histoire du CAP. Francis Rongiéras, ancien numéro 8 de haut vol, avait rassemblé ses anciens copains du bataillon de Joinville pour une journée de retrouvailles, sur le stade Maurice-Lacoin du Copo. Au menu, rugby et fête. En plein match, le troisième ligne centre s’écroulait, victime d’un malaise cardiaque, laissant derrière lui une ville en deuil et, surtout, une épouse et trois enfants.
Lors de sa disparition, ses enfants étaient encore jeunes. Romain, l’aîné, avait 9 ans, Hugo, 5 ans et Clara, la petite dernière, trois semaines seulement. « Tout le monde le connaissait et m’en parlait avec émotion, sourit-elle aujourd’hui. Bien sûr que voir le stade porter son nom est une fierté. Mais, je dois avouer que ça fait bizarre quand les gens parlent du Rongiéras, pour nous, c’est avant tout une personne. »
Romain, l’aîné, avait 9 ans lors de la mort de son père. « J’ai quelques souvenirs, mais c’est assez diffus, avoue l’ancien arrière. C’est une fierté que le stade porte son nom, même si, évidemment, on aurait préféré qu’il soit encore là. J’ai eu la chance de pouvoir jouer sur ce stade. Mon premier match ? C’était contre le Métro-Racing, en descendant de Top 16. J’étais rentré en fin de match. »
Hugo, son petit frère, a lui aussi, longtemps porté les couleurs du CAP. Et au couloir, comme son père. Il avait cinq ans lors de sa disparition. « Malheureusement, je ne l’ai pas trop connu, mais les gens en parlent beaucoup, avoue-t-il. Moi, je n’ai que quelques flashs. C’est agréable de pouvoir échanger avec d’anciens joueurs ou dirigeants restés proches de la famille, comme Jean-Paul Fontalirant ou Jean-Michel Costes. »
Il y avait déjà le Challenge Rongiéras qui rassemble des centaines de graines de champions chaque jeudi de l’Ascension. Il y avait aussi la rue Francis-Rongiéras, entre le Municipal et le stade Maurice-Lacoin, inaugurée le 19 mai 2001. Il y aura désormais le stade Francis-Rongiéras, sans débaptiser pour autant l’historique stade Roger-Dantou qui jouxte l’enceinte municipale.
La proposition du maire de Périgueux, Michel Moyrand, était presque passée inaperçue lors de l’assemblée générale du CAP, le 26 juin 2008. Mais ce n’était pas une parole en l’air. Le stade municipal devait être rebaptisé stade Francis-Rongiéras, du nom de cet emblématique capitaine du club périgourdin, décédé tragiquement sur un terrain en 1991.
« C’est en bonne voie, confirme le nouveau maire. Le président Michel Macary m’a dit qu’il y était très favorable. Il est satisfait et très touché par cette proposition. Je dois encore voir avec lui les conditions de ce changement de nom à son retour de vacances, mais cela devrait très vite se concrétiser. »
Une décision qui devrait se traduire par la pose d’une plaque qui sera inaugurée, fin septembre (le 21 ou le 28), lors de la première journée à domicile du championnat de Fédérale 1.
« Il n’y a pas d’explication, assure Michel Moyrand. C’est peut-être parce qu’il n’est pas dédié à un seul sport, puisqu’on y pratique également du football et de l’athlétisme. »
Signe du destin, cette décision coïncide avec le retour au club de son fils aîné, Romain Rongiéras. « La conjonction des deux événements a symboliquement une valeur toute particulière, note Michel Moyrand. Ce sera un grand moment pour le CAP. »
Une inauguration dont se réjouit déjà l’ouvreur capiste de 25 ans. « Je suis très content de cette nouvelle. Que le stade porte le nom de notre père, ça représente quelque chose, d’autant plus que je vais y rejouer cette saison. »

Les trois enfants de Francis Rongiéras, Romain, Hugo et Clara, lors de l'inauguration du stade en son honneur.
Les trois enfants de Francis Rongiéras, Romain, Hugo et Clara, seront présents, ce samedi, lors de l’inauguration du stade qui porte le nom de leur père.
Samedi, il sera, comme Clara et Romain, présent au stade. Une journée endeuillée par la perte de l’ancien président, Stéphane Turban.
Restructuration et Avenir du Stade
Destinée à pouvoir accueillir des rencontres prestigieuses, la restructuration du stade Rongiéras, de Périgueux, était attendue. Décidément, le nouveau stade de Périgueux n'a pas de chance. Après un retard au démarrage du chantier, son inauguration, prévue le samedi 26 avril prochain avec un alléchant match CAP-Rouen, menace d'être reportée en raison des inondations. Au plus fort de la crue, dans la nuit de lundi à mardi, la pelouse a été submergée, et les installations ont pris l'eau.
Une frustration si la fête devait être annulée, car l'ouverture du nouveau stade Rongiéras est très attendue par les amateurs. Sur le principe, le projet ne posait pas de problèmes à grand monde : le parc des sports avait été oublié depuis plusieurs mandatures, sa rénovation s'imposait. C'était même devenu le projet phare de la municipalité de Delphine Labails, nouvellement élue à l'époque.
En octobre 2022, un budget de 8 millions d'euros TTC est voté en conseil municipal. Mais comme tous les grands chantiers, le nouveau stade Francis Rongiéras déjoue les prévisions dès le départ. Le chantier débutera avec deux mois de retard, en 2023.
15 millions d'euros pour ce plaisir, la somme ne fait pas que des heureux. Il y a même des fâcheux qui se permettent des allusions. Surtout parmi l'opposition municipale. "Il suffit de regarder ce stade et on se dit : qu'est-ce qui, là-dedans, vaut 18, 19, 20 millions d'euros ?", s'interroge à haute voix Michel Cadet, élu Horizons d'opposition.
18 à 20 millions d'euros TTC, c'est la somme réelle que pourrait finalement coûter ce stade, selon lui. Bien loin des 8 millions d'euros avancés en 2022 par la municipalité de Delphine Labails.
"Ce chiffre est infondé, rétorque Émeric Lavitola, le maire par intérim de Périgueux officiellement en poste après la démission de Delphine Labails. Dans le détail, l'édile par intérim rappelle que les 15 millions avancés concernent aussi d'autres structures. "Il y a aussi un stade d'athlétisme, il y a des reprises sur la partie tennis et le stade Dantou.
Concernant les 8 millions votés en 2022 au conseil municipal, il ne s'agissait en réalité que de la base permettant une demande de subventions publiques. Depuis, la somme n'a fait qu'augmenter. "La difficulté, c'est qu'on ne nous dit jamais le détail de toutes ces dépenses. Difficile donc d'obtenir un montant clair, précis et définitif. Un flou aussi constant que l'augmentation de l'ardoise.
Qu'un budget bouge au fil de la réalisation, c'est assez classique, mais là on est dans des proportions qui sont complètement inhabituelles."
La remarque est d'autant plus audible que ce budget a été totalement financé par des fonds publics et de collectivités. Émeric Lavitola, lui, préfère se concentrer sur l'unique somme payée par ses administrés directs, les habitants de Périgueux. "C'est 7 millions d'euros. On a fait le calcul sur 40 ans, c'est 200 000 euros par an. Est-ce qu'une ville comme Périgueux ne peut pas mettre 200 000 euros pour avoir un stade, un bel écrin de verdure et de loisirs ?", interroge l'édile intérimaire. Vu sous cet angle, l'ardoise est effectivement beaucoup plus acceptable pour les Périgourdins.
120 années d’existence donc, faites de hauts et de bas, bien loin d’être un long fleuve tranquille mais qui ont démontré que tel un vieux chêne du Périgord, le CAP était bien enraciné dans sa ville, dans son territoire. On dirait aujourd’hui, qu’il est prêt à affronter toutes les tempêtes, déterminé à ne pas mourir et à vivre encore longtemps. Mais pour cela, il aura fallu qu’une femme et des hommes s’investissent à corps et fonds perdus quand ce fut nécessaire pour que le vieux club périgourdin ne meure pas. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés.
Le stade Roger Dantou, du nom du fondateur du CAP en 1901, est l'ancien stade historique du club.
Les fondations photographiées en juillet 1971. DANS LES ARCHIVES - Voilà plus de 80 ans que la question du grand stade passionne les Périgourdins. « L’aménagement du stade municipal figure au rang des préoccupations essentielles du Conseil municipal », indiquait par courrier Lucien Barrière, le 18 mars 1959. « La municipalité de Périgueux a décidé de faire de la pratique sportive une priorité de sa mandature […]. Il est nécessaire d’avoir un équipement adapté aux besoins d’aujourd’hui », attestait en Conseil municipal Delphine Labails, le 5 octobre 2022.
Ses fondations sont bâties sur les berges boueuses de l’Isle, sur la grande plaine des Izards, une partie du parc actuel débordant même sur l’ancien hippodrome de la Font-Pinquet. Le préfet de l’époque en avait précisé les contours : « La dépense subventionnable est fixée à 80 000 000 de francs [anciens]. »
La nécessité des travaux avait été martelée par le comité directeur du CAP dès 1957. Dans un courrier adressé à Pierre Pugnet, le maire de l’époque, le président du club attestait : « Si la réparation ou la réfection du chéneau n’était pas entreprise de toute urgence, la destruction complète des tribunes et vestiaires serait à craindre à bref délai. »
« Un Conseil précédent en avait débattu en 1946 mais c’est en 1959 que l’affaire a vraiment démarré »
Première volte-face en 1961 : l’équipe de Lucien Barrière envisage de faire jouer l’équipe fanion dans un nouveau stade, implanté à Boulazac, mais les services de l’État viennent sonner le glas de ce déménagement. Désabusée, la Ville décide de remettre la rénovation des abords du Dantou aux calendes grecques.
Il faut attendre mars 1968 pour que la Ville de Périgueux envisage de nouveau la possibilité de faire sortir de terre une nouvelle enceinte sportive sur la plaine des Izards, à un jet de javelot de l’historique Dantou, désormais dévolu aux entraînements. Une délibération votée en Conseil municipal le 23 février 1971 valide définitivement ce choix.
« Le coût de ces travaux s’élève à 4 758 000 francs », quantifie le bulletin municipal de l’époque. La tribune peut accueillir plus de 3 000 personnes. En avril 1971, les bulldozers envahissent la plaine et font place nette. La tribune concave en béton armé dessinée par les architectes Gilles Autier et Jacques Paillet sort de terre en quelques mois. Le procès-verbal de réception provisoire des travaux est dressé le 21 mai 1973. Un mois plus tard, le 24 juin, l’enceinte accueille les championnats nationaux de l’Association du sport scolaire et universitaire, catégorie minimes.
Pendant près de cinquante ans, le plus grand terrain de Dordogne (entre-temps rebaptisé stade Francis-Rongiéras) n’aura subi aucune rénovation majeure. Son devenir est finalement évoqué à l’occasion d’un Conseil municipal, celui du 5 octobre 2022. « Nous privilégions la mise en valeur de l’existant plutôt que d’y apposer un aménagement extérieur », indique alors la maire, Delphine Labails. Son prédécesseur et opposant, Antoine Audi, insiste lui aussi sur la nécessité de faire des travaux : « L’ensemble des têtes de liste en 2020 avait pour projet la rénovation du stade. »
Le 5 octobre 2022, une facture de 8 millions d’euros est présentée aux élus. Alors que les travaux s’achèvent au printemps 2025, le coût a été revu nettement à la hausse : 18 millions d’euros, pour un projet plus global de réfection de l’intégralité du parc des sports, la piste d’athlétisme étant déplacée à la Font-Pinquet. « Avec le financement apporté par les autres collectivités territoriales et l’État, le reste à charge pour la Ville n’est que de 7,1 millions d’euros », justifie le premier adjoint Emeric Lavitola.
L’année 2023 a vu le lancement d’un important chantier de restructuration du stade Rongiéras, pour en faire un parc des sports et de loisirs ; un projet déterminant pour un quartier en plein essor.
La Ville de Périgueux poursuit ses actions visant à encourager les pratiques sportives auprès de tous les publics. Ainsi, elle prévoit des travaux d’aménagement de grande ampleur sur la plaine du complexe sportif Rongiéras pour augmenter son attractivité et rénover ce site sportif multifonctionnel.
En premier lieu, ce projet indispensable permet une importante remise aux normes des structures et des terrains pour garantir la poursuite de la pratique du rugby, football, tennis, triathlon, cyclisme, pelote basque, athlétisme. La tribune d’honneur sera réaménagée tout en transparence avec une accessibilité renforcée face à une aire de jeu au plus proche du public et des gradins qui descendent jusqu’au bord du terrain. Le rapprochement du terrain nécessite le déplacement de la piste d'athlétisme.
Cette opération prévoit dès lors la création d’un stade d’athlétisme au niveau de la Font Pinquet. La nouvelle piste, comme les aires de lancer et de saut, seront implantées autour des terrains utilisés par l’école de rugby. L'anneau sera constitué de 6 couloirs de 400 mètres et de 2 couloirs supplémentaires de 130 mètres.
Outre les espaces sportifs, le projet s'attache à la création d'espaces de rencontre familiaux et végétalisés, reliés à la voie verte pour faire de ce complexe un parc de loisirs proposant des cheminements, des espaces de détente, des aires de jeux et du mobilier urbain au niveau de la plaine du Font Pinquet.
L’enjeu de cette opération, qui couvre un ensemble sportif de près de 12 hectares, sera de désenclaver le complexe sportif en l’ouvrant à la fois vers le grand quartier des affaires, de la gare et du bas Toulon mais aussi vers l’Isle et la voie verte. Il s’agira de rendre cet espace plus accessible et visible depuis la voie des stades. Le projet viendra améliorer les accès de part et d’autre du complexe, sécuriser les itinéraires des piétons et vélos mais aussi sa desserte en bus.
| Événement | Date |
|---|---|
| Fondation du CAPD par Roger Dantou | 1901 |
| Création du Comité Périgord Agenais de rugby | 1910 |
| Fondation de la Fédération Française de Rugby (FFR) | 1919 |
| Décès de Francis Rongiéras | 15 juin 1991 |
| Inauguration de la rue Francis-Rongiéras | 19 mai 2001 |
| Proposition de renommer le stade municipal en stade Francis-Rongiéras | 26 juin 2008 |
| Vote du budget initial de restructuration du stade | Octobre 2022 |