Le club de hockey d'Épinal, surnommé les Wildcats Epinal, a été créé en 1906 à Épinal, dans les Vosges. Depuis plus de quarante ans, Tristan Alric a été l’acteur et le témoin privilégié de l’évolution du hockey sur glace en France. D’abord comme joueur puis comme arbitre. Ensuite, en devenant le journaliste spécialiste du hockey sur glace dans le quotidien sportif L’Équipe pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux livres et d’une récente encyclopédie qui font référence, Tristan Alric a marqué également l’histoire du hockey français en étant le créateur de la Coupe Magnus et des divers trophées individuels. Avec un tel parcours, il est donc bien placé pour avoir une analyse pertinente sur notre sport favori.
Après une traversée du désert due à une liquidation judiciaire, le club des Vosges revient peu à peu vers le sommet du hockey sur glace français. En effet, comme tous les observateurs soucieux de la progression de notre sport favori, que ce soit sur le plan géographique que sportif, je ne peux que me réjouir de constater qu’un fief du hockey sur glace hexagonal - trop souvent sous-estimé - est en train de revenir en force. Si le retour au premier plan du club d’Épinal s’est effectué dans une relative confidentialité médiatique, il me semble que cet événement mérite une plus grande attention car il n’est pas anodin.
À n'en pas douter, le hockey fait partie du patrimoine d'Épinal. Une ville très sportive où seul le hockey sur glace évolue parmi l'élite. Une histoire résumée en quelques lignes par Gilles Durand, témoin privilégié s'il en est. Dans les colonnes de L'Est Républicain, le défenseur emblématique, devenu arbitre reconnu, revenait sur trente ans de hockey dans la Cité des Images. "On était une bande de copains. On a gravi tous les échelons ensemble. Les meilleurs moments, ce sont bien sûr les années 70 et le début des années 80. Une belle époque. Épinal était un fief. Avec l'esprit de clocher. Il y avait les trois Canadiens mais tous les autres étaient Spinaliens. Le moment douloureux, ce fut le dépôt de bilan (1984). Notre avenir sportif s'est cassé la gueule. Il y a eu ensuite la remontée du club. L'ambiance surchauffée de Poissompré a fait la réputation du hockey spinalien.

Les Wildcats d'Epinal en mission commando
Les débuts du hockey à Épinal
Si la pratique des sports de glace, et notamment le hockey, à Épinal est attestée depuis le 18ème siècle, c’est en 1906 que Munier Granfgfgdclaude impulse la création du tout premier club permettant l’encadrement de leur pratique: le SHS (Sports d’Hiver Spinalien). Les férus de glisse se retrouve alors chaque hiver, dès que le froid a fini de geler les eaux de l’étang de Poissompré. Petit à petit, le petit étang devient le lieu incontournable des longs hivers au sein de la Cité des Images. Si bien que l’on voit apparaître, petit à petit, des installations apparaissent: tout d’abord une buvette puis des sanitaires en dur…
C’est en 1968 que la première équipe de hockey sur glace spinalienne officielle est lancée dans le championnat de la Ligue de l’Est, sous l’impulsion de Lucien Grandclaude et de Jean Monvoisin. L’année suivante, Jean-Paul Hennet, joueur de première division débarque dans la préfécture vosgiennes et structure le club, bien aidé par l’arrivée le plan « 100 patinoires », lancé à l’occasion des Jeux Olympiques de Grenoble et qui a pour but de favoriser la pratique des sports de glace sur le territoire français. Celui-ci fait pousser les structures artificielles partout en France, y compris à Épinal.
Du coup, il fallut attendre jusqu’au 3 décembre 1970, pour que les portes d’une patinoire artificielle, bâtie sur l’étang asséché de Poissompré, soient enfin ouvertes aux patineurs spinaliens. C’est ainsi que l’étang aux eaux riches en poissons devient patinoire le 20 décembre 1970, jour de l’inauguration du bâtiment. A cette occasion, l’équipe spinalienne affronte Strasbourg dans ce qui reste comme le tout premier match jamais joué dans l’enceinte. La fête sera encore enjolivée par la victoire 4-2 des joueurs locaux. Durant les années 1970, Épinal s’impose comme un haut lieu du hockey dans le Grand Est avec plus de 350 licenciés et de nombreux jeunes joueurs prometteurs, formés par Jean-Paul Hennet. Parmi eux, les premières vedettes de Poissompré: Denis Claudé, Jean-François et Eric Bardy, Patrick Adin et le premier étranger à porter la tunique verte, le canadien Brad Neville.

L'ascension vers la Ligue Magnus
Ce n’est donc pas un hasard si l’équipe atteint la finale de Nationale C en 1977, chutant de peu face à Dunkerque. Une finale atteinte à nouveau la saison suivante, pour le même résultat, cette fois face à la réserve de Grenoble. Il faut attendre 1979 pour voir Épinal remporter son premier titre national: le championnat de France de Nationale C. Promu en Nationale B, Épinal fait plus que de la figuration et parvient à attirer près de 2000 personnes à Poissompré lors de ses rencontres à domicile.
Le président Pierre Aubert décide à ce moment là de donner un élan supplémentaire à son club en s’attachant les services de Pete Laliberté, sélectionneur de l’Équipe de France, grand artisan du développement du hockey sur glace à Grenoble et considéré comme la père spirituel du hockey français d’après-guerre. Sous sa houlette et avec l’apport du lutin canadien Normand Pépin l’équipe accède pour la première fois à l’Élite du hockey sur glace français en 1982.
Peu de gens se souviennent de l’énorme impact local puisque lors de la saison 1982-1983, les hockeyeurs d’Épinal jouèrent donc pour la première fois en Ligue Magnus (ex-Nationale A). Ils eurent ainsi l’honneur d’affronter les plus grands clubs français de l’époque comme Gap, Lyon, Grenoble, Megève, Tours, Villard-de-Lans, Amiens, Viry-Châtillon.
La foule se presse alors pour assister aux matchs des verts et c’est à cette période là que la ferveur spinalienne apparaît. Pour la première fois dans l’Hexagone, un club peu bénéficier du soutien d’un public nombreux, bruyant et festif. Cette ambiance fera dire à l’ex-gardien tourangeau Patrick Partouche, qui a choisi Épinal pour son esprit hockey, que « Poissompré est devenu la hantise de toutes les équipes quand elles doivent venir dans l’enfer d’Épinal ». Cette ferveur ainsi que la couleur verte du club donne alors droit à des comparaisons entre Poissompré et le stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne.
La première saison en Élite du club lorrain se révèle prometteuse avec une 9ème place finale, loupant de peu l’accession aux play-offs réservés aux huits premiers. On assiste alors aux premiers pas en équipe première du jeune local Jérôme Campiglia qui devient, à seulement 18 ans, le premier buteur spinalien en Élite alors que la première victoire est acquise à domicile face à Viry. La saison suivante est plus compliquée avec le départ du coach Laliberté. Si le maintien est acquis difficilement avec l’avant-dernière place de la poule de relégation, le club est contraint de déposer le bilan.
Les défis et les moments marquants
Malheureusement, le club d’Épinal fut victime de sa première crise de croissance majeure et il eut le malheur d’être, en 1984, le premier club d’une longue série à déposer le bilan. Tout est alors à refaire dans la Cité des Images. Le club repart de tout en bas, la Nationale C, avec un nouveau nom: l’ARSGE (Association pour le Renouveau des Sports de Glace à Epinal). Plusieurs joueurs restent au club, ce qui permet à l’équipe de performer rapidement. Cependant, les dirigeants préfèrent être prudents et refusent de participer à la finale nationale dès la première saison. L’histoire se répète la saison suivante mais cette fois, l’équipe ira bien disputer les play-offs et terminera la saison championne de France de Nationale C, s’imposant en finale contre Morzine.
En 1989, c’est une véritable bombe médiatique que le club d’Épinal faisait éclater au point d’éclipser le sacre tant attendu obtenu par les Français Volants de Paris en Nationale A ! Car ce que beaucoup de monde prit pour un énorme canular fut pourtant confirmé. L’arrivée de la grande star canadienne, qui avait joué pendant seize ans dans la NHL et remporté la Coupe Stanley à cinq reprises (1976, 1977, 1978, 1979 et 1986) fut, on l’imagine, très médiatisée puisque la presse parla du « contrat de siècle ». L’arrivée inespérée de Bob Gainey, grâce à un généreux donateur local (la Caisse d’Épargne) qui inspira du coup le surnom des « Écureuils » au club, provoqua une onde de choc considérable qui se répandit bien au-delà de la Lorraine et laissa pantois tous les autres clubs du hockey sur glace français. Le contrat de Bob Gainey, qui prévoyait que ce dernier reste à Épinal pendant deux saisons, ne dura finalement qu’un an à cause de propositions alléchantes venus des États-Unis sans que les relations entre la star canadienne et les dirigeants du club français ne soient ternies.
En 1986, un événement rare se passe dans la préfecture vosgienne: un joueur hongrois traverse le rideau de fer pour s’engager en faveur d’Épinal. Il s’agit d’Andreas Farkas qui devient ainsi seulement le troisième hongrois à évoluer hors de son pays. Avec lui, Épinal joue les premiers rôles mais doit s’incliner face à Angers. Farkas terminera la saison avec 93 points en 23 matchs, record absolu pour le club.
C’est Jean-Claude Hoff qui devint en 1992 le président du nouveau club baptisé l’Image Club Épinal qui formait - est-ce un hasard - un acronyme de circonstance (ICE) quand on traduit le mot « glace » en anglais. Avant que ne soit donné le coup d’envoi de la saison 1997-1998, un homme providentiel arriva fort heureusement dans l’histoire du club. En effet, Claude Maurice, qui était directeur des ventes dans l’entreprise de papier Lotus, fut sollicité pour reprendre en main l’ICE. Le plan de redressement du nouveau président allait s’avérer efficace puisque Claude Maurice allait rester très longtemps à la tête de l’ICE.
Cette fois-ci l’accession des anciens « Dauphins » dans l’élite du hockey sur glace français était devenue inévitable même si avant le lancement de la saison 2003-2004 le président Claude Maurice se montra à nouveau réticent. Toutefois, l’ICE avait réussi à solder son passé.
En 2009, après avoir réalisé la meilleure saison de l’histoire du club jusqu’alors (6ème en saison régulière, quart de finale de play-offs) sous les ordres de Shawn Allard, la patinoire de Poissompré doit être fermée par sécurité, le toît menaçant de s’effondrer à tout moment. Cela oblige le club à l’exil dans une patinoire-hangar installée sur le parking de Poissompré durant deux saisons. L’automne 2009 restera comme une période noire avec la fermeture de Poissompré, le limogeage du sudéois Tommy Andersson et des résultats catastrophiques. Santino Pellegrino arrive alors et redresse l’équipe qui se maintiendra finalement. Il égalera même la 6ème place de Shawn Allard lors de la saison suivante.
Toutefois, alors que l’équipe senior des Vosges réussissait la performance d’évoluer depuis six saisons consécutives en élite, en 2009, la patinoire d’Épinal fut fermée sur décision administrative pour des raisons de sécurité. Du coup, les Dauphins se contentèrent de quelques entraînements épisodiques organisés sur la patinoire de Metz ou sur celle de Colmar. Cet exil forcé occasionna un réel manque à gagner du fait que des mille spectateurs habituels, on comptabilisa seulement trois cent habitués qui suivirent leur équipe favorite dans son expatriation forcée. Grâce à cette aide locale le club d’Épinal, acheva tant bien que mal cette saison agitée dans l’élite avec une patinoire provisoire construite en deux mois seulement sur le parking arrière de l’ancienne piste de Poissompré. Fort heureusement, l’ICE allait connaître rapidement des jours meilleurs.
En effet, lors du coup d’envoi de la saison 2011-2012 la nouvelle patinoire de Poissompré, presque entièrement reconstruite sur la dalle en béton fut inaugurée au grand soulagement des joueurs, des dirigeants et des supporters. La nouvelle patinoire fut inaugurée le 4 septembre 2011 par le député-maire d’Épinal Michel Heinrich et le maire de Golbey Jean Alémani, en présence du préfet des Vosges Dominique Sorain et du sénateur Jackie Pierre.
Au début du mois de juillet 2014, le journal L’Équipe annonça une étonnante nouvelle en titrant, dans sa rubrique sur le hockey sur glace : « Épinal, pionnier du Naming ». En effet, cet article expliquait que c’était une grande première dans cette discipline et une pratique peu commune dans l’ensemble du sport tricolore. Le club d’Épinal conclut donc pour les six prochaines années un accord de naming portant non pas sur sa patinoire mais sur le club. Cette saison 2014-2015, sous la direction de l’entraineur national actuel, allait être particulièrement spectaculaire sur le plan sportif même si l’équipe fanion d’Épinal termina le championnat régulier de la Ligue Magnus à la huitième place seulement du classement général.
En effet, les hockeyeurs du Gamyo effectuèrent par la suite un parcours absolument irrésistible en commençant par éliminer d’entrée des play-offs les Étoiles Noires de Strasbourg en cinq matches. La réussite fut également au rendez-vous lors des quarts de finales puisque Épinal réussit l’exploit de s’imposer face au redoutable club de Rouen en quatre matches seulement. Ainsi donc, pour la première fois de son histoire le club d’Épinal disputa à la fin du mois de mars 2015, dans l’ambiance folle qu’on peut imaginer, la finale de la Ligue Magnus. Une série ultime d’autant plus inattendue que Luciano Basile, l’entraîneur italo-canadien, qui avait été sacré champion de France avec Briançon la saison précédente, se retrouva à nouveau en finale de la Ligue Magnus en dirigeant cette fois l’équipe de Gap ce qui constituait une performance très rare.

Comme on le sait, Philippe Bozon et ses joueurs échouèrent malheureusement face au dernier obstacle puisque c’est Gap qui devint champion de France. La grande agitation autour de cette série finale historique s’était à peine calmée, que le 5 mai 2015, le club d’Épinal allait vivre un nouvel événement inattendu. Se trouvant sans coach, les dirigeants du Gamyo furent donc contraints de trouver un remplaçant au plus vite. Mais les semaines qui suivirent cette fameuse série finale historique furent décidément secouées de fortes turbulences puisque le journal Vosges Matin qui parut le 30 juin 2015 jeta un nouveau palet dans la marre en publiant un article inquiétant intitulé : « Le club d’Épinal rattrapé par l’URSSAF ».
Pourtant, un espoir persistait puisqu’au mois de novembre 2017 une nouvelle tribune portait la capacité de la patinoire d’Épinal à 2500 places. Selon le procureur de la République, qui annonça un passif de 1,4 millions d’euros « l'amateurisme de la gestion du club » allait bien au-delà du simple phénomène habituel observé en cas de liquidation d'une société.
Malgré l’inauguration d’une nouvelle tribune à Poissompré, portant la capacité d’accueil de la patinoire à 2500 places, les deux saisons suivantes s’avèrent bien moins réjouissantes sportivement et se conclue par une liquidation judiciaire de la SASP Gamyo Epinal au printemps 2018.
Pour la troisième fois de son histoire le club doit repartir de zéro. L’équipe réserve du club devient alors l’équipe première. Celle-ci est déjà un cador de Division 3, obtenant même une promotion sportive refusée deux ans plus tôt. Un certain Jan Plch en est l’entraîneur-joueur et conduit des noms biens connus des supporters: Guillaume Chassard, Guillaume Papelier, Nicolas Ravel, Kévin Pernot, Kévin Benchabane ou encore Pierre et Romain Mauffrey.
Le renouveau et l'avenir
Reparti en Division 3 lors de la saison 2018-2019, le club d’Épinal a donc su regravir un à un et très rapidement les échelons pour retrouver les sommets. L’objectif de l’entraîneur slovaque Yann Plch (prononcez Pluch) et de son adjoint Nicolas Martin sera donc de consolider l’édifice qui comptait cette saison treize hockeyeurs français dans ses rangs renforcés notamment par un fort contingent de sept slovaques et d’éponger les dettes résiduelles avant d’accepter de revenir dans la cour des grands.
Le Epinal Hockey Club surnommé désormais les Wildcats Epinal a été créé en 1906 à Epinal dans les Vosges. L’équipe senior évolue en Division 1. Suite à la liquidation judiciaire de 2018, le club a revu entièrement sa structuration, l’équipe Sénior à pu évoluer de la D3 à la D1 en se basant sur des joueurs locaux essentiellement. Le Epinal Hockey Club souhaite faire partie des meilleurs clubs formateurs français de hockey sur Glace avec comme objectif de créer un pôle espoir permettant aux jeunes spinaliens mais aussi à d’autres espoirs français de parfaire leur formation à Epinal, de participer au projet sportif spinalien et d’acquérir l’esprit hockey de notre ville. L’objectif des Wildcats est de permettre aux meilleurs de réaliser leur rêve de devenir joueur professionnel, de participer et d’écrire la grande histoire des équipes de France ou tout simplement, à tous, de vivre et d’exprimer leur passion.