Stade de Reims : L'Histoire des Finales de Ligue des Champions

Il y a 65 ans, le Stade de Reims disputait la deuxième finale de Coupe d’Europe des clubs champions de son histoire. Revivons ces moments mémorables qui ont marqué le football français.

La Première Finale : 1956, un Match Épique au Parc des Princes

Le 13 juin 1956, le Real Madrid et le Stade de Reims s’étaient déjà affrontés en finale de la première édition de la Coupe d’Europe des clubs champions, à Paris, sur la pelouse du Parc des Princes. Ce jour-là, les Madrilènes, emmenés par José Maria Zárraga, Alfredo Di Stéfano et Francisco Gento, avaient maté les Rémois de Michel Hidalgo et Raymond Kopa (4-3). Les Rémois s'étaient inclinés 4 buts à 3 face au Real Madrid au terme d'une rencontre qui a laissé beaucoup de regrets. L'histoire du football aurait pu retenir que le Stade de Reims soit la première équipe à remporter la Coupe d'Europe des Clubs Champions, l'actuelle Ligue des Champions. Reims aurait pu être par la même occasion le premier club français à décrocher ce titre que seul l'Olympique de Marseille a obtenu en 1993. Mais en ce 13 juin 1956, il y avait une équipe qui rayonnait sur l'Europe. Le Real Madrid d'Alfredo Di Stefano était déjà la référence incontestée du football européen.

Pourtant, les hommes d'Albert Batteux ont touché de près leur rêve. En menant 2 à 0 après seulement 10 minutes de jeu, le Stade de Reims semblait s'ouvrir la voie vers un succès facile. Raymond Kopa avait même une balle de 3 à 0 repoussée par un défenseur espagnol. Les Rémois sont passés tout près du titre au Parc des Princes. Et même si Michel Hidalgo redonnait espoir aux Rémois à 28 minutes de la fin en inscrivant un troisième but, Madrid a encore su réagir et finalement s'imposer 4 buts à 3.

Les Rémois avaient cru à leur chance, mais pas complètement, non plus. « Pour gagner à 2-0, il aurait fallu crever le ballon », sourira Robert Jonquet. D'accord avec le Real Madrid depuis le mois d'avril, pour le rejoindre l'été venu, Raymond Kopa n'avait pas livré une finale inoubliable. « Il a manqué sa sortie comme on manque un tir », tranchera son copain Roger Piantoni dans une chronique tenue dans ces colonnes.

Michel Hidalgo raconterait, en 2015, à L'Équipe : « Au Real, il y avait deux joueurs exceptionnels, qui savaient tout faire : Gento et Di Stefano. C'est lui qui a fait la différence. C'était un nom magique. C'était le meilleur joueur du monde, à l'époque. Mais on ne s'imaginait pas encore l'importance de ce match, de ce qu'allait devenir cette Coupe des clubs champions. C'était avant tout une fête. »

Accompagné par le président de son club Santiago Bernabeu, Alfredo Di Stefano, l'attaquant du Real sert la main de Raymond Kopa, le milieu rémois.

Mais cette fête portait tous les germes de la suite. La veille, tout le monde avait convenu que le vainqueur aurait le droit de disputer la deuxième édition, ce qui arrangeait le Real, devancé par Bilbao en Espagne, et Reims, seulement dixième du Championnat de France.

Pour maintenir son train de vie, sans les recettes de la coupe d'Europe, Reims allait multiplier les tournées et les matches amicaux, s'envolant en Indonésie juste après la finale. Robert Jonquet se souviendrait avoir disputé 88 matches, une saison, d'un été à l'autre.

1959 : Une Nouvelle Défaite Face au Real Madrid à Stuttgart

Le 3 juin de l’année 1959, il y a donc 65 ans jour pour jour, l’heure est à un nouveau duel. Raymond Kopa, entre-temps, est passé dans le camp madrilène. Il ne disputera d’ailleurs pas la rencontre en intégralité, devant laisser ses partenaires en infériorité numérique en deuxième période car touché au genou. Et oui, à l’époque, il n’y avait pas de changements possibles. Côté rémois, Dominique Colonna garde les buts, Robert Jonquet est toujours le capitaine au cœur de la défense centrale, Just Fontaine occupe la pointe de l’attaque et Albert Batteux vit sa deuxième finale continentale en tant qu’entraîneur des Rouge et Blanc.

Cette fois, le théâtre des réjouissances est allemand, à Stuttgart, mais la finalité sera la même, frustrante, synonyme de défaite pour le Stade de Reims (2-0). Celui-ci aura la bien mauvaise idée de rater ses deux entames de mi-temps. Enrique Mateos, d’abord, débloquera le compteur espagnol bien trop tôt dans la partie (1e). Alfredo Di Stéfano, ensuite, permettra au Real de Luis Carniglia de faire le break (47e).

Un avantage que les « Merengue » conserveront jusqu’au bout pour glaner leur quatrième sacre européen de rang.

Reims avait entretenu la flamme, dans son parcours vers la finale de Stuttgart, par deux exploits renversants, au Parc des Princes, en quarts de finale face au Standard de Liège (0-2, 3-0), puis en demi-finales devant les Young Boys de Berne (0-1, 3-0). Contre le Standard, la nuit parisienne avait été brûlante, les trois buts étaient arrivés après la 70e minute et Fontaine avait qualifié Reims à la 88e, dans une fièvre folle.

C'est le grand Real de Di Stefano et de Puskas, sauf que Puskas n'est pas aligné par son entraîneur, Luis Carniglia, sans un regard pour le génie qui a rejoué après deux ans d'inactivité due à l'entrée des chars russes à Budapest, et qui a perdu douze kilos. Il y a Kopa, et l'on sait déjà qu'il va rentrer à Reims, ayant refusé un contrat de cinq ans et cent millions d'anciens francs que lui proposait Bernabeu, pour rentrer en France s'occuper de sa marque. Kopa : ballons, chaussures, survêtements, jus de fruits, sodas, biscuits.

Mais la vérité est qu'il n'y a pas de finale. Enfin si, il y en a une, mais Reims ne la joue pas (0-2). Albert Batteux, l'homme qui a fait le Stade de Reims et qui a mené les Bleus à la troisième place en Suède, accusera difficilement le coup : « Être battu de cette manière, c'est insensé. On n'a pas le droit de jouer aussi mal une finale de Coupe d'Europe. »

Reims a pris un but dès la 2e minute, sur une passe trop osée de Lamartine vers Bliard, puis un autre à la 47e, alors que le Real, à dix contre onze, commençait à s'inquiéter. Pour rien.

Reims a eu sa chance, pourtant, sur une occasion de Lamartine, à 0-1, et surtout après la blessure de Raymond Kopa, au genou, après un tacle sévère de Jean Vincent. À partir de la 32e minute, Kopa restera sur l'aile gauche, loin du jeu, incapable de courir, s'effondrant la seule fois où il tentera de le faire.

Les journalistes de L'Équipe sont dans le vestiaire, et racontent tout. D'abord cet échange, dans le vestiaire rémois, quand Albert Batteux apparaît : « Il y en a qui n'ont pas joué ce match avec la volonté voulue », lance-t-il. Armand Penverne répond : « Merci Bébert, j'espère que tu ne parles pas pour moi. » Batteux reprend : « Non, ni à toi, ni à Roger Piantoni... »

Jacques Goddet, le patron de L'Équipe, présent à Stuttgart où 5 000 supporters rémois ont fait le déplacement, écrit : « Notre cher Stade de Reims ne mérite pas les excuses que nous eussions tant voulu lui accorder. » Sa religion faite depuis longtemps, Gabriel Hanot assène : « Reims a été victime de son propre jeu, c'est-à-dire de son petit jeu habituel. »

Quant à Just Fontaine, il a entendu des quolibets toute la soirée, par exemple qu'il ferait mieux de se mettre vraiment à la chanson, référence à un disque qu'il venait de sortir, et même de chanter dans une première partie de Dalida au théâtre Fontaine. Le meilleur buteur de la Coupe du monde 1958 fera cette confession étonnante, le lendemain : « Je ne me suis pas battu, car la situation était sans espoir. À quoi bon se battre pour rien ? »

Le jour d'après, Raymond Kopa passera par Lyon et chez le professeur Trillat, pour faire examiner son genou, avant de rentrer à Reims, pour de bon. Mais le club rémois, lui, ne reviendrait jamais en finale.

Tableau Récapitulatif des Finales du Stade de Reims en Coupe d'Europe des Clubs Champions

Année Adversaire Score Lieu
1956 Real Madrid 3-4 Parc des Princes, Paris
1959 Real Madrid 0-2 Stuttgart

Ces finales restent gravées dans l'histoire du club et du football français, témoignant d'une époque où le Stade de Reims brillait sur la scène européenne.

Le Stade de Reims, avant la finale 1956. En haut (de gauche à droite) : Albert Batteux (entraîneur), Raymond Cicci (en costume, absent pour cette finale), Simon Zimny, Robert Jonquet, Michel Leblond, René-Jean Jacquet, Robert Siatka, Raoul Giraudo, Armand Penverne (en costume, absent pour cause de blessure). En bas : Michel Hidalgo, Léon Glovacki, Raymond Kopa, René Bliard, Jean Templin, Paul Sinibaldi (en costume).

Au total, le Stade de Reims jouera neuf matches de Coupe d'Europe à Paris, dont cette première finale de C1, qui aura été, pendant vingt ans, la meilleure chance du football français d'apparaître au palmarès.

En ce printemps 1956, Reims était un peu plus qu'un club de province, et L'Équipe un peu plus qu'un journal. Le 16 décembre 1954, Gabriel Hanot, le leader de la rubrique football, ancien international, ancien sélectionneur qui avait lui-même demandé sa démission dans ces colonnes, avait émis le projet de la création d'une Coupe d'Europe des clubs.

La suite de l'histoire est connue : à l'invitation de L'Équipe, les clubs européens s'étaient réunis dans les salons de l'hôtel Ambassador, boulevard Hausmann, le 2 avril 1955, et puis l'Union Européenne, l'ancêtre de l'UEFA, avait pris le relais. Ses dirigeants n'étaient pas venus de loin : jusqu'au 1er janvier 1960 et à l'exode en Suisse, les bureaux de l'Union Européenne demeureraient à Paris, dans les locaux mêmes de la FFF.

C'est en hommage à L'Équipe qu'il avait été décidé que la première finale se tiendrait au Parc des Princes, le 13 juin 1956, avec l'espoir que Reims serait de la partie. C'était presque un paradoxe : Gabriel Hanot détestait Reims et son petit jeu, cette manière de tricoter qui était trop loin, selon son goût, des manières anglaises.

Le Reims de 1956 n'était pas encore l'équipe de la France, la Coupe du monde 1958 en Suède et sa troisième place n'était pas encore passée par là, mais c'était déjà l'équipe qui faisait courir Paris, les soirs de Coupe d'Europe, et aussi de Coupe Latine, les années précédentes.

À Reims, la moyenne de spectateurs ne dépassait pas 8 000, et le stade Auguste-Delaune ne remplissait presque jamais ses 20 000 places. Dans cette province où la richesse se mesurait en fines bulles, les joueurs ressentaient un mépris de classe de la part des grands noms du champagne, malgré l'entregent d'Henri Germain, leur président, lui-même dans ce commerce. Ce n'était pas le champagne qui remplissait les caisses, c'était les recettes des matches, ou des tournées, toute l'année, partout.

Les Rémois n'étaient plus les mêmes. D'abord parce que Raymond Kopa était en face, désormais. Ensuite parce que Vincent, Fontaine et Piantoni étaient arrivés, depuis la première finale. Enfin, parce que la Coupe du monde 1958 en Suède avait fait d'eux des héros, pour la presse sportive mais aussi pour Paris-Match et les radios périphériques qui ne manquaient plus rien du feuilleton, esquisse de peopolisation du football dans la société française.

13 juin 1956, première finale de la Coupe des clubs champions européens. Le Stade de Reims mène rapidement 2-0 au Parc des Princes, mais le Real Madrid revient à 2-2. Les Champenois prendront une nouvelle fois l’avantage, mais s’inclineront finalement 3-4.

Le destin n’aurait en tout cas pas été le même pour le Real Madrid. Resté au sommet du football national pendant quelques années, en perdant d’ailleurs une autre finale de C1 contre Reims quelques saisons plus tard, le club madrilène serait ensuite peu à peu rentré dans le rang.

Le Real Madrid n’est plus le grand nom du football européen qu’il était dans les années 1950. Dans les banlieues de la capitale espagnole, « los banliosas » comme on dit là-bas, les jeunes portent tous des bas de survêtements du Stade de Reims.

Du trio Raymond Kopa, Just Fontaine et Roger Piantoni dans les années 1960 à celui formé par Zinédine Zidane, Ronaldo et Camel Meriem dans les années 2000 en passant par Jean-Pierre Papin, Oleg Blokhine, Christophe Cocard ou Marco Van Basten, tout le monde a été bercé par les exploits d’une génération rémoise, par les dribbles ou les buts d’au moins un joueur du Stade.

Entre ces deux dates, cinquante-sept années se sont écoulées. Soit le temps nécessaire au Stade de Reims pour retrouver, aujourd'hui, une scène européenne sur laquelle il a écrit, hier, son histoire.

Sans renouer encore avec son passé glorieux (voir son palmarès ci-dessous), loin de là, Reims en rappelle déjà par ce retour les grandes heures. Celles de deux finales de Coupe d'Europe des clubs champions (l'ancienne Ligue des champions), en 1956 (la première de l'histoire, photo ci-dessous) et 1959.

Deux finales certes perdues, à chaque fois contre le Real Madrid (4-3 et 2-0), mais qui ont fait du club aux célèbres couleurs rouge et blanche le premier club français à s'être illustré dans les compétitions européennes mais aussi une référence dans l'Europe du football des années 50-60.

Pour la qualité de son jeu, "à la rémoise", technique et offfensif, incarné par l'entraîneur Albert Batteux, pour ses joueurs emblématiques, Raymond Kopa, Just Fontaine, Roger Piantoni, Robert Jonquet, Michel Hidalgo...

Ce retour européen suit également une résurrection pour ce club qu'un long déclin sportif et économique a conduit en.. Division d'Honneur à l'été 1992.

Le palmarès du Stade de Reims :

  • Finaliste de la Coupe d'Europe des clubs champions 1956 et 1959
  • Champion de France de Ligue 1 1949, 1953, 1955, 1958, 1960, 1962
  • Vainqueur de la Coupe de France 1950, 1958
  • Vainqueur du Challenge des champions 1955, 1958, 1960, 1966
  • Champion de France de Ligue 2 1966, 2018
  • Vainqueur de la Coupe Charles-Drago 1954
  • Vainqueur de la Coupe Latine 1953

Au Stade de Reims (SDR), les souvenirs du « football champagne » et de l’âge d’or du club, dans les années 1950, s’effacent à mesure que le temps passe.

Depuis plus d’un demi-siècle, le Stade de Reims possède l’un des palmarès les plus riches du football français : six titres de champion, deux Coupes de France et les deux premières finales disputées par une équipe hexagonale en Coupe des clubs champions européens - qui deviendra par la suite la Ligue des champions.

Ces exploits remontent à la période 1949-1962. Les images des illustres Raymond Kopa, Just Fontaine ou Albert Batteux se sont peu à peu estompées et, désormais, le club est plus proche d’une descente en Ligue 2 que des sommets européens.

Depuis le début du XXe siècle, Reims et football de haut niveau sont indissociables. Une histoire singulière, parfois romanesque, jalonnée d’exploits, d’épopées et parfois même de périodes de disette.

Premier géant du football hexagonal, le Stade de Reims a traversé les époques et se tourne vers l’avenir, au masculin comme au féminin.

Après avoir décroché le titre de champion de France amateur en 1935, le club évolue, est promu en deuxième division et devient un club de football professionnel.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Reims est promu en première division et connaît ses grandes heures de gloire. Lors de cette saison, il remporte son premier titre de Champion de France de D1. Le palmarès des Stadistes commence à s’élargir.

La Coupe Latine a laissé place à la Coupe des Clubs Champions (aujourd’hui Ligue des Champions). Reims est finaliste de la compétition face au Real Madrid et mène 2-0 après 10 minutes de jeu, avant de finalement s’incliner 4-3 face aux Espagnols.

A nouveau opposé au Real Madrid en Coupe des Clubs Champions, le SDR doit faire face à se bête noire.

Sur la troisième place du podium la saison précédente, les Rémois empochent un sixième titre de Champion de France de D1… à l’arraché ! Tout se joue sur la dernière journée et les Rouge et Blanc se retrouvent finalement à égalité parfaite avec le Racing Club de Paris.

Fait exceptionnel, c’est au goal average que les deux équipes doivent se départager… Avec une moyenne de 1,383 contre 1,365, Reims l’emporte.

Reims voit naître le football féminin grâce à… une annonce parue dans l’Union.

Un peu moins de deux mois plus tard, en août 1968, les Rémoises disputent leur premier match face au FC Schwindratzheim, en lever de rideau de Reims-Valenciennes et l’emportent facilement 3-1 au terme des soixante-dix minutes et devant 6000 spectateurs.

Au terme d’une saison record (88 points, 28 victoires, + 50 de différence de buts) les Rouge et Blanc deviennent Champions de France de Domino’s Ligue 2 !

Photo prise le 14 Mai 1950 lors de la finale de Coupe de France entre le Stade de Reims et le Racing CF (2-0).

Photo prise le 20 Mai 1962 (dernière journée du championnat) lors du match entre le Stade de Reims et le RC Strasbourg. Ce jour-là, le Stade de Reims gagna 5 à 1 et remporta son 6ème titre de champion sur le fil grâce à un meilleur goal-average particulier que son dauphin le Racing CF. Si les équipes avaient été départagé avec le système de goal-average actuel, le Stade de Reims n'aurait pas été champion.

European Cup final 1956 | Real Madrid 4-3 Stade de Reims

tags: #stade #de #reims #finale #ligue #des