L'histoire du Stade de France : Un monument du football français

Le Stade de France, situé à Saint-Denis, est bien plus qu'un simple stade. C'est un symbole de la France, un lieu chargé d'histoire et d'émotions, qui a accueilli certains des événements sportifs et culturels les plus importants du pays.

MCE a testé : Les coulisses du Stade de France

Genèse d'un projet ambitieux

L’équipement en stades d’une capacité dépassant les 60 000 spectateurs est longtemps resté déficient en France et dans la région parisienne à l’exception du stade de Colombes (aujourd’hui Yves-du-Manoir) édifié pour les Jeux olympiques de Paris 1924. C’est justement le projet d’accueillir de grandes compétitions mondiales qui justifie l’intérêt des pouvoirs publics pour un Grand Stade. Il faut toutefois plus de sept décennies pour que cette enceinte tant espérée voit le jour sous le nom de Stade de France.

Un peu plus d’une décennie après l’inauguration du stade de Colombes (1924), le projet de construction d’un stade pouvant accueillir 100 000 spectateurs voit le jour à Paris. Dès 1936, une étude préliminaire de l’architecte Le Corbusier et de son « centre de réjouissance » envisage la construction d’un tel équipement. Ce sont aussi les dirigeants de la Fédération française de football association (FFFA) qui espèrent pouvoir disposer d’une telle enceinte pour la Coupe du monde 1938 mais se voient opposer une fin de non-recevoir de la part du gouvernement de Front populaire.

De temps à autre, le projet de grand stade ressurgit tout de même, par la voix du général de Gaulle à la mi-temps de la finale de la coupe de France 1959, sous la plume de Raymond Marcillac ou dans les éditoriaux de Jacques Ferran dans France-Football, se désolant de l’état de la « vieille carcasse » de Colombes.

Les années 1980 : Un tournant décisif

Un projet de candidature de Paris pour l’organisation des Jeux olympiques est l’occasion de rappeler que pour qu’elle aboutisse, un grand stade est indispensable. Ainsi, en 1984, on évoque un stade de 80 000 places, mais la mairie de Paris dirigée par Jacques Chirac ne fait pas suivre les actes aux mots. Le CIO choisit Barcelone, archi-favorite, pour organiser les Jeux olympiques de 1992 et la France du sport se console avec les Jeux olympiques d’hiver d’Albertville disputés la même année.

En novembre 1988, Jacques Chirac annonce la construction d’un grand stade à Vincennes ou à Colombes en vue de deux candidatures, l’une pour la Coupe du monde de football en 1998 et l’autre pour les Jeux olympiques d’été de 2000. Largement contesté, l’abattage des arbres du bois de Vincennes freine les ambitions parisiennes et le site est officiellement annoncé comme abandonné en 1989 par Jacques Chirac.

Jacques Perrilliat est nommé coordinateur du projet, c’est-à-dire « Monsieur Grand Stade », et indique rapidement que l’équipement devra pouvoir accueillir des compétitions de football, de rugby et d’athlétisme, ainsi que des événements artistiques. La candidature de la France est déposée en février 1989 auprès de la Fédération internationale de football association (FIFA) sans qu’un site soit choisi.

Dans la foulée, une commission rassemble l’État, la Ville de Paris et le mouvement sportif. Dans sa première conférence de presse, Jacques Perrilliat cite six lieux différents, dont Saint-Denis évoqué pour la première fois sur les vingt-cinq initialement envisagés dans son rapport initial.

Le choix de Saint-Denis

Libéré par Gaz de France, l’ancien lieu de production de gaz de ville du site du Cornillon possède plusieurs avantages : il appartient à la Ville de Paris, sa superficie (27,4 hectares) est suffisante et il est très bien desservi par la ligne B du RER et les autoroutes A1 et A86. Dès septembre 1989, devant un coût estimé entre 2 et 2,5 milliards de francs, Jacques Chirac envisage la solution d’un financement privé qu’il a déjà expérimenté sur plusieurs sites parisiens. Les bailleurs de fonds seraient alors concessionnaires de l’équipement, qui générerait des loyers, grâce à la présence de logements et de commerces.

Désireux de gagner du temps, le Premier ministre Michel Rocard confie en octobre 1989 une mission d’information à Jean Glavany, délégué interministériel aux Jeux olympiques d’Albertville de 1992, qui doit tenir compte du schéma d’aménagement de l’Île-de-France. Le rapport Glavany fixe les principaux axes d’un cahier des charges qui s’affine progressivement. La plurifonctionnalité de l’équipement est alors acquise. L’idée d’inclure des hôtels et des restaurants est retenue, de même que la possibilité d’accueillir des concerts.

L’évaluation du coût de l’équipement est comprise entre 700 millions et 3 milliards de francs. Neuf sites sont proposés au Premier ministre qui devra choisir rapidement pour que la Fédération française de football (FFF) puisse présenter la candidature française, au plus tard en juin 1991, pour la Coupe du monde de football 1998.

En janvier 1990, la liste des sites possibles est ramenée à deux possibilités : Tremblay-en-France et la ville nouvelle de Melun-Sénart, dirigée par des élus socialistes, qui est finalement retenue par le gouvernement Rocard en février 1991. L’éloignement de Paris de ce site excentré surprend toutefois.

Entretemps, le 2 juillet 1992, la FIFA a retenu la candidature française pour organiser la Coupe du monde de football en 1998. Le Grand Stade va donc enfin être construit.

La construction du Stade de France

Un groupement d’intérêt public (GIP) est créé pour l’occasion et nomme un jury qui lance un appel d’offres en mars 1993. Mais, peu à peu, l’enthousiasme initial s’étiole. Le département se montre réticent à apporter sa part du financement. L’État rechigne devant le coût des infrastructures de transport desservant le site.

Désormais installé à Matignon, Pierre Bérégovoy remet les deux sites en concurrence et décide de rendre son verdict en novembre 1992, quelques mois avant des élections législatives où tout porte à croire qu’elles seront perdues par la majorité présidentielle de François Mitterrand. Le nouveau délégué interministériel Jean-Louis Chambon conclut en faveur de Nanterre.

Un choix définitif

Dès la victoire de l’opposition aux élections législatives de mars 1993, Jacques Chirac, alors considéré comme le chef de file de la majorité parlementaire, critique le projet de Melun-Sénart, qu’il qualifie de « pas raisonnable ». Il est suivi par la nouvelle ministre de la Jeunesse et des Sports Michèle Alliot-Marie. Le gouvernement revient sur le choix de Melun-Sénart.

Une « décision définitive » est annoncée après la visite en France de João Havelange, président de la FIFA, venu en juillet 1993 s’entretenir avec le Premier ministre Édouard Balladur et le maire de Paris, Jacques Chirac. Ce dernier parle d’ailleurs de sites en Seine-Saint-Denis, dont celui de Saint-Denis qui revient sur la table à cette occasion.

Édouard Balladur confirme sa « préférence de principe » pour que le Grand Stade soit bien construit à Saint-Denis. Michèle Alliot-Marie annonce officiellement ce choix le 19 octobre. Le budget de la construction s’élève finalement à 1,272 milliard de francs et celui des aménagements à 1,955 milliard de francs.

Dès les prémices de la genèse du Grand Stade, le mode d’exploitation fait l’objet d’une analyse approfondie, aboutissant à la solution du BOT (Build-Operate-Transfer). Le BOT est une solution intermédiaire entre la gestion privée et la gestion publique, où tous les capitaux utilisés proviennent de la puissance publique. C’est un mode de gestion d’équipement pour lequel le financement est apporté, au moins en partie, par le secteur privé.

Inauguration et premiers événements

Le stade a été inauguré le 28 janvier 1998, à l’occasion du match de football France Espagne, par Jacques Chirac, alors président de la République. L’organisation de la Coupe du Monde de football 1998 a donné lieu à la rénovation et à la construction de plusieurs stades français.

La dénomination “Stade de France” reviendrait à la chanteuse Liane Foly qui l’avait proposée au comité de réflexion présidé par Bernard Pivot et chargé de travailler sur ce sujet. Même si le nom n’est pas le plus original, il marque les esprits et se retient très facilement.

Événements marquants au Stade de France

Le Stade de France a été le théâtre de nombreux événements sportifs et culturels majeurs, parmi lesquels :

  • Coupe du Monde 1998 : France - Brésil (3-0)
  • Ligue des champions 2000 : Real Madrid - Valence (3-0)
  • Ligue des champions 2006 : FC Barcelone - Arsenal (2-1)
  • Euro 2016 : France - Portugal (0-1 a.p.)

Le 13 juin 1956, le Parc des Princes accueille la première finale de Ligue des champions (à l'époque Coupe d'Europe des clubs champions) de l'histoire. Également la première pour un club français. Le Reims de Raymond Kopa et Michel Hidalgo s'incline face au Real Madrid d'Alfredo Di Stefano (3-4). La première C1 d'une très longue série pour les Merengues.

Emmené par un grand Rob Rensenbrink (auteur d'un doublé), Anderlecht ne laisse aucune chance à l'Austria Vienne en s'imposant 4-0. Les Bruxellois remportent ce 3 mai 1978 leur deuxième sacre en trois ans dans la compétition.

Deux ans après le traumatisme de Séville en demi-finales de la Coupe du monde 1982 perdue face à l'Allemagne (3-3 a.p., 5-4 aux t.a.b.), les Bleus emmenés par Michel Platini se retrouvent en finale de l'Euro 1984 à domicile. Des buts de « Platoche » (57e) et Bellone (90e) sacrent l'équipe de France pour la première fois de son histoire dans une grande compétition.

Pour sa première finale de Coupe d'Europe, le Real Saragosse triomphe face à Arsenal, tenant du titre. Les Espagnols arrachent la victoire grâce à Nayim à la dernière seconde de la prolongation (120e). Le seul titre européen gagné par le club à ce jour.

Un mois avant la Coupe du monde, le Parc des Princes accueille la finale de la Coupe de l'UEFA 100 % italienne entre l'Inter Milan et la Lazio Rome. Battus au même stade de la compétition l'année précédente par Schalke, les Interistes, grâce à des buts de Zamorano, Zanetti et Ronaldo, s'imposent 3-0 et remportent pour la troisième fois la C3, après 1991 et 1994.

Le Stade de France accueille le 24 mai 2000, la première finale de Ligue des champions du XXIe siècle, entre Valence et le Real Madrid. Les Merengues, emmenés par leur trio offensif Raul-Morientes-Anelka, s'imposent 3-0, et remportent leur huitième C1.

Arsenal participe à la première finale de Ligue des champions de son histoire, face au FC Barcelone. Les Gunners se retrouvent à 10 contre 11 après l'exclusion de Jens Lehmann. Campbell ouvre le score pour les Londoniens (30e), avant que Samuel Eto'o (75e) et Belletti (80e) ne donnent la victoire aux Blaugranas (2-1). La deuxième Ligue des champions remportée par le club catalan.

Les Bleus se retrouvent au Stade de France en finale de leur Euro, en faisant office de favoris, face au Portugal, privé de Cristiano Ronaldo dès la 25e minute, sorti sur blessure. Après une frappe sur le poteau d'André-Pierre Gignac à la 93e minute, c'est finalement Eder qui donne la victoire aux Portugais (1-0, 109e), qui remportent le premier titre européen de leur histoire. Le rêve des Bleus est brisé.

Le Barça, vainqueur de la dernière finale de Ligue des champions disputée au Stade de France : c'était en 2006 face à Arsenal (2-1). Le Stade de France va accueillir le 28 mai prochain la 67e finale de la Ligue des champions, après qu'elle a été retirée à Saint-Pétersbourg. L'occasion de revenir sur toutes les finales disputées dans la capitale française.

Architecture et caractéristiques

Le stade de France se démarque par sa forme d’anneau et sa toiture superbement suspendue à 18 mâts pour flotter à 42 mètres de hauteur, protégeant ainsi les gradins. La structure flottante pèse 13 000 tonnes, soit l’équivalent de deux fois la Tour Eiffel.

Ce stade est le plus grand stade français. En novembre 2021, le Stade de France a obtenu le label Architecture contemporaine remarquable à la suite d’une campagne de labellisation sur la thématique de la métropole du Grand Paris.

Le Stade de France et l'immigration dans le football

Le ballon rond est ainsi un lieu de mémoire essentiel de l’histoire de l’immigration en France. L’équipe de France est à elle seule un miroir souvent grossissant, parfois déformant, des différentes vagues de l’immigration française. Les Suisses jouent aussi un rôle important dans l’introduction du football en France notamment à Marseille où le Stade Helvétique représente avant 1914 l’excellence footballistique.

Contestant l’entre-soi britannique du Standard et des Rovers, de jeunes Parisiens fondent des clubs ou des équipes qui se veulent nationales comme le Club français. Le spectacle du football se développe après la création de la Fédération française de football association (1919). Après avoir fait appel à des Britanniques, comme l’entraîneur écossais Victor Gibson (FC Sète, SO Montpellier, Olympique de Marseille et FC Sochaux), les clubs français se tournent vers l’Europe centrale ou l’Amérique du Sud.

Durant les années trente, les équipes professionnelles françaises comptent, selon les saisons, de 20 à 35% de footballeurs étrangers. Il est rejoint dans les années trente par des joueurs nord-africains, dont le Marocain Larbi Ben Barek. Ses performances ont pu susciter des commentaires teintés de paternalisme voire de racisme.

Si l’arrivée des joueurs nord-africains est fortement ralentie par les développements sportifs de la guerre d’Algérie, et notamment la constitution d’une équipe d’Algérie par le Front de libération nationale (FLN) en 1958, la relève est assurée par les footballeurs d’Afrique subsaharienne. Alors que les indépendances réduisent fortement l’arrivée des joueurs africains et que le recrutement d’éléments étrangers est limité à deux éléments par club, le rapport immigration et football prend un autre sens. Le sport en général, le football en particulier, deviennent un lieu d’intégration privilégiée pour les enfants de l’immigration.

En effet, le talent et les exploits des enfants de l’immigration polonaise (Kopa[szewski], Wisnieski), italienne (Piantoni), ou de la population européenne du Maroc (Fontaine) permettent à l’équipe de France de terminer à la troisième place de la Coupe du monde 1958 disputée en Suède. Le relais est ensuite assuré par Michel Platini le petit-fils d’immigré piémontais. De 1976 à 1986, les bleus de Platini imposent le football français sur la scène internationale en atteignant les demi-finales de la Coupe du monde (1982-1986) et en remportant l’Euro 1984.

L’exemple des Kopa, Tigana et autres Fernandez illustre donc le rôle du football dans l’intégration de jeunes nés de parents étrangers en France (Kopa) ou dans leur pays d’origine (Tigana et Fernandez). Pour certains immigrés, jeunes ou moins jeunes, le football a pu aussi constituer un trait d’union avec le pays d’origine. Ainsi les déplacements en France du Real Madrid ou du Benfica Lisbonne réunissent dans le stades français les diasporas espagnole et portugaise.

L’enchantement de juillet 1998 dure peu. L’image de l’équipe et de la société multiculturelles est tout d’abord écornée par l’invasion de la pelouse du stade de France par des jeunes supporters de l’équipe d’Algérie en octobre 2001 (match France-Algérie), puis par l’élimination sans gloire au premier tour de la Coupe du monde 2002. Certes, quatre ans plus tard, Zinedine Zidane, longtemps personnalité préférée des Français selon le Journal du Dimanche, hisse à nouveau les Bleus en finale de la Coupe du monde. Mais son fameux "coup de boule" est aussi stigmatisée comme l’acte gratuit d’un voyou des quartiers, un an après l’embrasement des banlieues.

En réalité, le paysage du football professionnel a fortement changé depuis le début des années 1990 et surtout l’arrêt Bosman (1995). L’ouverture des frontières du marché des footballeurs a partiellement dénationalisé les footballs, puisque 30 % des effectifs des clubs professionnels français sont aujourd’hui composés d’étrangers. Les meilleurs footballeurs issus de l’immigration forment une élite d’expatriés à Madrid, Londres ou Manchester qui foulent de moins en moins dans leur carrière les pelouses françaises.

De plus, la Fédération internationale de football association (FIFA), en repoussant à 23 ans l’âge limite pour choisir sa nationalité sportive, a élargi les perspectives internationales des joueurs binationaux les moins doués. Dans le même temps, le développement des groupes ultras réunissant les partisans des clubs des métropoles tels que l’Olympique de Marseille ou l’Olympique Lyonnais ont aussi permis de constrituer des communautés transcendant les différences ethniques.

Visiter le Stade de France

Lors de cette visite au Stade de France, plongez dans l'atmosphère unique de ce lieu emblématique et découvrez les coulisses du stade. Commencez votre visite dans les tribunes, où vous aurez une vue imprenable sur le stade, puis suivez votre guide dans les vestiaires des joueurs et dans le célèbre tunnel menant au terrain. Ressentez le frisson comme si vous étiez au cœur des plus grandes compétitions, entouré par l'énergie de 80 000 spectateurs en liesse.

Cette visite guidée du Stade de France vous révélera d'innombrables histoires sur son histoire, son architecture impressionnante et les stars du sport et du divertissement qui y ont laissé leur empreinte. Connu pour accueillir non seulement des matchs légendaires, mais aussi des événements culturels majeurs, le Stade de France est un lieu qui prend vie pour le sport et la musique.

Tableau des finales majeures au Stade de France

Événement Année Match Vainqueur
Coupe du Monde 1998 France - Brésil France
Ligue des Champions 2000 Real Madrid - Valence Real Madrid
Ligue des Champions 2006 FC Barcelone - Arsenal FC Barcelone
Euro 2016 France - Portugal Portugal

tags: #stade #de #france #football