Histoire du Stade de l'AC Ajaccio: De Jean-Lluis à Michel-Moretti

Dans la longue histoire centenaire de l'Athletic Club Ajaccien (ACA), certains moments restent gravés dans les mémoires. La mémoire collective et séculaire du peuple Blanc et Rouge concerne ceux qui ont porté les couleurs du club sur le terrain et ceux qui ont bâti et renforcé ses fondations au fil des décennies.

L'histoire des stades de l'ACA est intimement liée à l'évolution du club, de ses modestes débuts à son ascension dans le football professionnel.

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Les Premières Années au Stade Jean-Lluis (1922-1968)

Avant d'évoluer au stade Michel-Moretti, l'ACA a écrit les premières pages de son histoire au stade Jean-Lluis de 1922 à 1968. L'enceinte sportive était située dans le quartier « I Salini » à l'entrée sud de la ville d'Ajaccio.

Devant la multiplication des sociétés sportives sur l’île et la règlementation de la place du Diamant par la mairie en 1917 (en raison de nombreuses plaintes du voisinage), l’idée de construire un stade omnisports a fait son chemin parmi la municipalité et l’équipe dirigeante de l’ACA. C’est en 1920 que le président du club, Jean Lluis présente un projet de stade pour des activités sportives.

Les dirigeants ajacciens achètent dès lors un morceau de terrain près de la voie ferrée à la sortie de la ville, au lieu-dit des Salines, appartenant au département de Corse-du-Sud (une parcelle a été vendue, une autre donnée à l’Athletic Club Ajaccien). Après divers souscriptions, subventions de la ville, et un emprunt auprès de M. François-Coty, industriel ajaccien de grande renommée (12 000 francs), l’ACA devient propriétaire du terrain en 1921.

La construction fût achevée et inaugurée le 8 octobre 1922. L’ACA a alors l’obligation de mettre son terrain à disposition d’autres sociétés sportives associées à une fédération. C’est ainsi que le stade Jean-Lluis est devenu l’antre du sport ajaccien pendant près de cinquante ans. La structure pouvait accueillir jusqu’à 5 000 spectateurs.

Vue d'Ajaccio, où se situait le stade Jean-Lluis.

Le Projet du "Parc des Sports" et le Déménagement à Timizzolu

Ambitieux dès leur arrivée dans le monde professionnel, les dirigeants Acéistes ont souhaité offrir à la ville et au club une installation digne du niveau national. C’est ainsi qu’est née l’idée de construire un nouveau stade à Ajaccio pour la D1. Le 20 novembre 1965, le club dépose un descriptif du projet appelé « Parc des Sports ».

Ce dossier est alors déposé par Elie Beaufort, architecte avec le concours de son bureau d’étude situé 34 cours Napoléon. Les premiers plans sont ambitieux, on découvre un stade de football, une piste d’athlétisme de 400m, un court de tennis, un terrain de basket et même une piscine olympique. Inutile de préciser que toutes ces ambitions ne seront pas totalement réalisées.

De plus, les architectes tiennent à préserver le site somptueux de Timizzolu, en ne construisant pas de tribune « côté mer » afin de préserver la vue magnifique sur la mer Méditerranée. Le permis de construire est déposé le 25 janvier 1966 au nom de Toussaint Torre pour le compte de l’Athletic Club Ajaccien. Le dossier portera le numéro 14.030.

Dès lors débute de nombreux échanges d’informations et de courrier entre l’ACA, son bureau d’étude, la Direction de la Jeunesse et des Sports, l’ingénieur des Ponts et Chaussées et les services départementaux tout au long de l’année 1966. On retiendra cet avis d’Henri Peyrint alors chef du service départemental : « L’abandon du stade Jean-Lluis, sans parking, étouffé dans la ville est un événement heureux. D’autant plus que le gain pour l’ACA et pour tous les sportifs de la ville dont les scolaires sera quantitatif et qualitatif. La création de cet ensemble serait une véritable aubaine pour la jeunesse ajaccienne » le 22 juin 1966.

Lors du conseil d’administration du 21 mars 1967, les dirigeants de l'AC Ajaccio annoncent clairement leurs ambitions: « Nous voulons monter en première division ! » disent-ils à l'hôtel Dolce Vita, au cours d'une conférence de presse. L’équipe réalise un excellent championnat de D2 et le titre de champion de France se dessine. Il faut donc construire très rapidement le nouveau stade.

Voilà plusieurs mois à présent que l’idée de bâtir une nouvelle enceinte près de Campo Dell’Oro au lieu-dit « Timizzolu » fait son chemin. Puisqu'il est inconcevable que l’ACA puisse rejoindre l'élite avec des installations aussi archaïques. La presse relaie les ambitions du club et le projet le 28 avril 1967.

Les dirigeants Acéistes échangent leurs terres du stade Jean Lluis avec celles de Toussaint Torre au lieu-dit Timizzolu. 5 hectares sont donnés dans un premier temps à l’ACA, Toussaint Torre s’engage à réaliser les travaux de construction du nouveau stade. De son côté, le club signe une convention avec le département de Corse-du-Sud le 13 juillet 1967 pour acter l’échange et pour préserver les intérêts de cette dernière, à savoir qu’un terrain jouxtant le stade de Timizzolu doit servir l’intérêt général (il s’agit alors d’un terrain situé à Campo Dell’Oro).

Les dirigeants de l’ACA ont, à ce moment-là, été des visionnaires ! Construire une telle infrastructure à cette époque, pour le premier club corse à s’aventurer dans le monde du football professionnel, est encore aujourd’hui un acte fort. L’exposition réalisée en décembre 2023, à l’occasion des 55 ans du stade, est un hommage à toutes les familles ajacciennes représentées dans le Conseil d’Administration de l’ACA, les familles Biggi, Torre, Neri, Fagni, Alexandre, Tirroloni, Fieschi, Federicci ... et toutes celles et ceux qui ont été partie prenante de cette magnifique réalisation que nous ne pouvons citer entièrement mais que nous saluons.

1968 est une année importante dans l’histoire de l’ACA. Les mois de mars-avril marquent le début officiel des travaux comme relate Le Provençal ou encore un reportage télévisé de l’époque. En coulisse, tout se met en place pour accueillir le club de première division. Le projet s’affine au fil des échanges avec les autorités et l’ACA est désormais soucieux d’évoluer dans son nouvel écrin après une saison de D1 au stade Jean-Lluis .

Le stade François Coty (actuel stade Michel Moretti)

Inauguration à Timizzolu et le Premier Derby Corse

Durant toute l’année 68, tout le monde s’activera pour bâtir le stade de Timizzolo. De nombreux dirigeants acéistes, entrepreneurs, n’hésitent pas à prêter main forte. La fin des travaux approche, la grande famille Blanche et Rouge fixe les échéances : le 17 novembre 1968, les Acéistes disputent leur dernier match officiel au stade Jean-Lluis. L’ACA affronte l’Olympique Lyonnais en D1. Les Ours tiennent à signer un succès net et sans bavure, 4 à 1.

Dix jours plus tard, le 28 novembre 1968, les joueurs de l’ACA s’entraînent pour la première fois sur la verte pelouse du stade de Timizzolu. Les dirigeants acéistes fixent la date de leur entrée à Timizzolo : l’ACA jouera pour la première fois, dans son nouveau stade, le 1er décembre 1968, en prévision du tout premier derby corse en D1 de l’histoire !

Trois jours avant cette date, l’équipe prend ses repères pour la première fois sur le terrain long de 108 mètres et large de 73 mètres. Une dimension plus grande que la pelouse du stade Jean-Lluis. À Ajaccio tout le monde s’interroge sur la capacité de l’équipe d’Alberto Muro de pratiquer le même football sur un terrain digne de ce nom. La presse insulaire et les Ajacciens sont en effervescence avant de découvrir et de jouer dans la nouvelle enceinte. Tous les efforts se portent sur l’aire de jeu, afin que tout soit prêt pour le derby.

Dans le journal « Le Provençal », José Maragna décrira au grand public l’œuvre : « Timizzolo, nouveau temple des Acéistes ». Le journaliste retracera l’historique de la construction, des premiers grondements de bulldozers sur l’ancienne carrière de Timizzolo à la création de ce complexe sportif de 15 000 places.

Nous sommes le 1er décembre 1968, l’ACA reçoit le SECB dans le cadre du premier derby corse de première division. Sans doute que ce match est l’un des plus mémorables de toute l’histoire du club. La rencontre est surmédiatisée et 15 000 spectateurs se rendent au match. Quelques incidents éclatent entre supporters des deux équipes, au moment où les vingt-deux joueurs font leur entrée sur la pelouse dont un planté de drapeau légendaire au centre du terrain de la part de supporters des deux équipes. Avant le coup d’envoi de la rencontre, l’Abbé Martini a béni le stade de Timizzolo.

Dans un match à sens unique, l’ACA s’impose sur le score de 4 à 0. Timizzolo exulte ! La presse est unanime, l’ACA, remarquable d’aisance, ne laisse aucune chance au SECB pour Nice-Matin. L’élan et le tranchant était du côté Blanc et Rouge pour « Le Provençal » ou encore fraîcheur et jeunesse étaient les cartes maîtresses de l’Athletic Club Ajaccien.

À noter un moment particulièrement mythique, après le troisième but, les supporters ajacciens se mirent à chanter « L’Ave Maria » ! « Comment voulez-vous que les Ajacciens ne gagnent pas, s’exclama un supporter bastiais lorsque Sansonnetti clôtura la marquue : ils ont Napoléon, Tino Rossi, ils nous ont pris Sanso et Antoine est avec eux ! »

À ses débuts, et durée trois années, le stade s’appelait le Parc des Sports de Timizzolo. En référence à sa situation géographique. Grâce à un article de Ghjilormu Padovani, interrogeant Roger Miniconi nous connaissons la signification de Timizzolu : « Avant de devenir célèbre pour abriter le stade de l’ACA, Timizolu évoque une petite rupture de pente, au pied d’un aplomb rocheux composé de timozzu et du suffixe olu, signifiant petit ».

Le Stade François-Coty

Au début du mois de décembre 1971, la presse nous apprend que « le plus grand des stades ajacciens portera le nom du plus illustre des maires de la ville ». En effet, François Coty est une personnalité ajaccienne brillante. De son vrai nom François-Marie-Joseph Spoturno. Il est le fondateur de la parfumerie industriel, a connu une réussite éclatante, élu sénateur de Corse en 1923, maire d’Ajaccio au début des années 30 et bienfaiteur dans sa ville natale pour laquelle il a fait de nombreux dons financiers.

L’idée de rendre hommage au célèbre industriel corse émanait d’un dirigeant acéiste. Le 12 décembre 1971, à l’occasion du match ACA-Nîmes, une inauguration officielle est organisée par l’ACA de manière spectaculaire. Le nom stade François-Coty trône sur un immense pied à la rotonde. Un ruban symbolique géant fût coupé par la fille du célèbre parfumeur et ancien maire de la ville, Christiane Spoturno-Coty.

De nombreuses personnalités locales étaient présentes pour assister à l’évènement : Pascal Rossini (maire d’Ajaccio), François Bourgin (préfet de Corse), François Giacobbi (président du Conseil Général), Dominique Arbori (adjoint au maire), Jean Colombani, Antoine Federicci et Jean-Baptiste Neri (conseillers municipaux), Antoine Biggi (Maire de Cauro et ancien président du club), Martin Baretti (ancien joueur de l’ACA), Jean Ferracci président de l’ACA en fonction à ce moment-là.

La fête fût grande au stade, les jeunes du club ont défilé, la musique municipale également et le coup d’envoi du match a été donné par Isabelle Wuest, licenciée féminine de l...

Le Stade Michel-Moretti

Ce lundi, le club de Ligue 2 a annoncé le changement de nom de son stade, en hommage à son ancien président de 1992 à 2008, année de son décès.« Michel a redonné à notre club son lustre d'antan. Il est le symbole de la réussite de ce pari extrêmement audacieux de retrouver l'élite du football professionnel en dix ans seulement. L'ACA est passé de la Sixième Division à la Ligue 1 entre 1992 et 2002 », explique le club corse dans un communiqué.

Ce nouveau nom sera inauguré le 1er avril lors de la réception d'Auxerre. « La promesse faite en 2008 lors du match ACA-FC Nantes devant le peuple blanc et rouge est tenue 16 ans plus tard. Le club s'était engagé à renommer le stade à l'issue des travaux de rénovation de l'enceinte ».

Le stade Michel Moretti

Classement du Stade et Homologation

Le stade François-Coty de l'AC Ajaccio vient d'être classé en catégorie 1 par la Direction des Compétitions Nationales Terrains et Installations Sportives de la FFF. Les instances ont donc décidé d'homologuer le terrain Honneur au plus haut échelon jusqu'au 1er octobre 2023. Cet échelon est le plus exigeant et est, selon le club "le fruit d'une politique d'investissement mise en place par le club dans le cadre de la rénovation de son stade".

De plus, le club fait savoir que l'éclairage du terrain synthétique jouxtant le stade a été classé en niveau E2.

Chronologie des Noms du Stade

Voici un tableau récapitulatif des différents noms portés par le stade au cours de son histoire :

Période Nom du Stade
1922-1968 Stade Jean-Lluis
1968-1971 Parc des Sports de Timizzolo
1971-2023 Stade François-Coty
2023-présent Stade Michel-Moretti

Le stade Michel Moretti, anciennement stade François Coty.

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