Le Paris Saint-Germain (PSG) est l'un des clubs de football les plus emblématiques de France, mais son histoire est également marquée par des incidents impliquant des supporters, notamment ceux de la tribune Boulogne. Retour sur les événements qui ont façonné cette histoire tumultueuse.

Ander Herrera, lors de la rencontre opposant le PSG à Angers.
Les débuts du Kop de Boulogne
Le kop de Boulogne apparaît à la fin des années 1970. Très vite, il accueille certaines des nombreuses bandes qui écument alors la capitale, dont des skinheads nationalistes. Le kop s’est ainsi constitué comme la tribune historique des supporters du PSG, tout en portant en son sein deux traditions fortes, de violence et d’extrémisme politique.
En revanche, la présence de supporters nationalistes a donné une coloration politique à cette tribune, qui s’est affirmée comme le seul territoire purement blanc de la région parisienne. La récupération politique directe des supporters par l’extrême droite n’a pourtant jamais été vraiment couronnée de succès: les observateurs ne repèrent pas de transfert massif du stade vers la scène politique.
La création d'Auteuil comme contrepoids
En 1991, les dirigeants du PSG, récemment repris par Canal+, favorisent l’émergence de groupes de supporters à l’image moins négative, dans la tribune d’en face. « Avec le recul, la création d’Auteuil est déjà un moyen de lutter contre le racisme. Histoire que les amoureux du club qui ne répondaient pas aux critères de Boulogne puissent avoir une tribune à eux » explique un ancien. Les groupes d’Auteuil revendiquent le modèle des ultras italiens, alors qu’à Boulogne, l’inspiration dominante est anglaise. Symboliquement, Auteuil préfère se qualifier de « virage » .
Tout au long des années 1990, les ultras d’Auteuil montent en puissance dans le soutien vocal, la qualité des animations, la présence en déplacement. Mais ils ne remettent pas en cause l’hégémonie du kop, ils demeurent pacifistes et n’affichent pas leur cosmopolitisme.
Conflits et tensions entre Auteuil et Boulogne
La situation change au début des années 2000, notamment quand les Tigris Mystic, situés dans la partie basse du virage Auteuil, prennent de l’ampleur et acceptent de se positionner sur le terrain de la violence, face aux supporters adverses mais également face à Boulogne, ce qui remet en cause l’équilibre tacite des forces.
Après de premières escarmouches en 2003-2004, au prétexte d’une banderole des Tigris pour leur dixième anniversaire ( « L’avenir nous appartient » ) peu appréciée par Boulogne, un conflit ouvert éclate lors de la saison 2005-2006 entre les Tigris et Boulogne. Les autres groupes d’Auteuil dénoncent alors le racisme de Boulogne, notamment suite à un déplacement à Nantes marqué par de nombreux débordements, et suivent vocalement les Tigris quand ceux-ci chantent la Marseillaise en brandissant leur carte d’identité française.
Chronologie des incidents marquants
Alors que s'ouvre ce jeudi le procès portant sur la mort de Yann Lorence, retour sur les incidents ayant marqué le PSG durant les vingt dernières années:
- 28 août 1993: Deux ans après l’arrivée de Canal + à la tête du club, premier véritable incident dans les tribunes du Parc avec le tabassage d’un CRS isolé dans la tribune Boulogne. Neuf autres CRS sont blessés. Plusieurs supporters sont condamnés à des peines de prison.
- 13 mars 2001: Le match entre Paris et Galatasaray est interrompu pendant une vingtaine de minutes à la suite de violents affrontements entre les supporters des deux camps. Bilan : 56 supporters turcs blessés, dont 24 hospitalisés, et 9 interpellations.
- 23 novembre 2006: Après la défaite du Paris-SG contre l'Hapoël Tel-Aviv en Coupe de l'UEFA (2-4), un policier en civil se porte au secours d'un supporter français du club israélien menacé par une centaine de supporters parisiens et tue Julien Quemener, un habitué du kop Boulogne. Antoine Granomort, le policier, obtiendra un non-lieu pour légitime défense.
- 29 mars 2008: Au Stade de France, lors de la finale de Coupe de la Ligue remportée par le PSG face à Lens (2-1), une banderole est déployée : « Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch’tis ». La section Boulogne Boys est dissoute.
- 25 octobre 2009: Le match OM-PSG annulé en raison de la grippe A qui touche l’effectif parisien, les supporters des deux camps trouvent un nouveau terrain d’affrontement à la gare Saint-Charles. Des dizaines de personnes, dans de véritables scènes de guérilla, sont blessées, certaines à l’arme blanche. Un supporter du PSG est renversé par une voiture. Seize interpellations.
- 28 février 2010: En marge de PSG-OM, des affrontements opposent la tribune Auteuil à celle de Boulogne. Yann Lorence (37 ans) est mortellement blessé à proximité du Parc. Le club décide la mise en place d'une politique de sécurisation des tribunes dite « plan Leproux », du nom du président d'alors, avec le soutien des pouvoirs publics. Certaines associations de supporters sont dissoutes.
- 13 mai 2013: Pour fêter le premier titre de champion de l’ère qatarienne, les dirigeants du PSG obtiennent de la préfecture de police l’accord de délocaliser la fête au Trocadéro. Cela tourne au fiasco avec des scènes d’émeutes, de pillages et d’affrontements. Au final, 32 personnes seront blessées, une cinquantaine d’autres étant interpellées.
- 1er octobre 2016: Six ans après la mise en place du plan Leproux, les ultras parisiens reviennent au Parc des Princes contre Bordeaux, réunis sous le Collectif Ultras Paris, sans incident notable.

Le plan Leproux visait à sécuriser les tribunes du Parc des Princes.
Le plan Leproux et ses conséquences
Le 28 février 2010, en marge de PSG-OM, des affrontements opposent la tribune Auteuil à celle de Boulogne. Yann Lorence (37 ans) est mortellement blessé à proximité du Parc. Le club décide la mise en place d'une politique de sécurisation des tribunes dite « plan Leproux », du nom du président d'alors, avec le soutien des pouvoirs publics. Certaines associations de supporters sont dissoutes.
A l’époque, l’énorme retentissement médiatique de la mort de Yann Lorence conduit les pouvoirs publics et la direction du Paris-Saint-Germain à prendre rapidement deux décisions radicales : les premiers prononcent la dissolution de cinq associations de supporteurs des deux tribunes, la seconde impose la fin des abonnements en virages et un placement aléatoire des supporteurs dans le stade. Le plan n’est censé durer qu’un an, afin de laisser retomber les tensions entre Auteuil et Boulogne.
Mais il ne bougera plus, sous la pression de la préfecture de police de Paris, et parce que le fonds souverain qatari qui rachète le club un an plus tard ne souhaite pas perturber l’équilibre ainsi trouvé.
Le retour des Ultras
Six ans plus tard, des ultras viennent de faire leur retour au Parc des Princes sous la houlette du Collectif Ultras Paris (CUP). Depuis octobre, progressivement, des membres du Collectif Ultras Paris ont le droit de se regrouper en tribunes et d’organiser des animations dans le stade.
Hooligans et Ultras du PSG : histoire d'une passion explosive 💥
L'affaire Ander Herrera
Plus récemment, un fait divers impliquant un joueur du PSG a refait surface dans les médias. Le milieu de terrain espagnol du PSG, Ander Herrera, s’est fait voler son portefeuille mardi soir alors qu’il traversait en voiture le Bois de Boulogne, à l’ouest de la capitale. Alors qu’il rentrait chez lui, au retour d’une opération avec des partenaires du club au Parc des Princes, le milieu de terrain du PSG dit s’être fait dépouiller de 200 € et de son téléphone portable.
Il circulait allée de la Reine-Marguerite, au Bois de Boulogne, lorsqu’une prostituée, plus précisément une femme trans, aurait profité de l’arrêt de sa voiture à un feu rouge pour ouvrir la porte et s’emparer du butin. L’information, révélée dans un premier temps par l’hebdomadaire Le Point, a ensuite été confirmée le lendemain par l’Équipe, qui affirme que le joueur a déposé une plainte.
Une source policière, contactée par l’AFP, affirme « qu’Ander Herrera aurait dit à son agresseur : je te donne 200 €, mais rends-moi mon portefeuille et mon téléphone. » Il aurait déposé ensuite la personne un peu plus loin avant d’appeler la police. Cette source argue que l’objectif de sa démarche était que la personne soit interpellée et que ça ne se reproduise pas. « Si le joueur avait quelque chose à se reprocher, dans ce haut lieu de la prostitution parisienne, il n’aurait pas prévenu la police. »