Après avoir réalisé une super Coupe du Monde 2023, s’imposant comme la première nation Africaine en remportant trois matchs, le Soudan du Sud a décroché sa qualification pour les Jeux olympiques. Authentique exploit pour une nation qui a gagnée son indépendance il y a seulement treize ans. Les Sud-Soudanais se rendent pour la première fois aux Jeux olympiques à l’édition parisienne de 2024, et c’est déjà un début d’exploit en soi.
Indépendant depuis 2011 seulement, le Soudan du Sud a connu la guerre et les crises humanitaires. Aux JO de Paris, l’équipe des Bright Stars sera la seule représentante de l’Afrique en basket-ball. La presse internationale raconte comment la jeune nation, qui sera opposée à Porto Rico dimanche 28 juillet, a fondé une équipe capable de jouer les trouble-fêtes.
Le 21 juillet au soir, au terme d’un match amical disputé à Londres, les basketteurs sud-soudanais comprenaient qu’ils étaient passés tout près d’un immense exploit face aux Américains. Après avoir mené au score pendant une bonne partie de la rencontre, les Bright Stars ont été battus dans les dernières secondes en raison d’un shoot de la star des Los Angeles Lakers en NBA. Score final : 101-100 pour l’équipe américaine.
“La rencontre avec les États-Unis était un match que la population sud-soudanaise attendait depuis longtemps. Une victoire aurait déclenché une immense euphorie dans ce pays ravagé par la guerre, qui se fait connaître sous un jour nouveau à l’international grâce au basket”, ajoute le site.
La presse internationale non plus n’est pas restée indifférente à cette performance. Et ce d’autant plus que l’équipe sud-soudanaise va de nouveau occuper le devant de la scène lors des Jeux olympiques (JO) de Paris : seule représentante du continent africain en basket-ball, elle commence son tournoi ce dimanche 28 juillet face à Porto Rico, territoire non incorporé des États-Unis.
FIBA World Cup Qualified : Highlights SUD SOUDAN/ SÉNÉGAL
Un Parcours Remarquable
Pour sa première participation au FIBA AfroBasket en 2021, les Sud-Soudanais se sont placés à la septième position. S’est suivie une phase d’éliminatoires pour la Coupe du Monde pendant laquelle ils ont tout balayé sur leur passage. Onze victoires en douze matchs, merci bonsoir, envoyez le billet pour la Coupe du Monde.
Coupe du Monde pendant laquelle ils sont loin d’avoir fait pâle figure. Deux défaites contre la Serbie (115-83) et Porto Rico (101-96) en poules, nations bien plus habituées aux grosses échéances, mais un beau succès face à la Chine (86-69). Et dans les matchs de classement, les Sud Soudanais ont pris le meilleur sur les Philippines (87-68) et sur l’Angola (101-78). Au final, une dix-septième place.
En battant l’Angola, les Philippines et la Chine lors de la Coupe du monde, l’équipe masculine des Bright Stars s’est qualifiée pour les Jeux olympiques de Paris en 2024. L’histoire sportive du Soudan du Sud, dernier Etat africain à avoir obtenu son indépendance, en 2011, restera à jamais associée à la ville de Quezon City, aux Philippines, un des trois pays, avec le Japon et l’Indonésie, à organiser la Coupe du monde de basket-ball, du 25 août au 10 septembre.
Samedi 2 septembre, la victoire de sa sélection masculine face à l’Angola (101-78), faisant suite à celle obtenue contre les Philippines (87-68), lui a permis de se qualifier pour les Jeux olympiques (JO) de 2024 à Paris. Une performance historique pour les Bright Stars, dont la progression est l’une des plus spectaculaires du basket mondial ces dernières années.
Ce succès face à l’Angola, qui incarnait encore récemment le meilleur du basket africain, a déclenché des scènes de joie dans tout le pays, notamment à Juba. Présent dans la capitale lors de cette journée historique, l’Italien Stefano Cusin, sélectionneur de l’équipe sud-soudanaise de football, a pu mesurer l’enthousiasme généré par cette qualification pour les JO. « Les gens sont sortis dans les rues, ils ont dansé, chanté. Il y a beaucoup de fierté, de joie. Pour eux, c’est important de voir que leur pays peut gagner, alors qu’on n’en parle pas toujours de manière positive. »
Lors du premier tour de cette Coupe du monde, le Soudan du Sud, bien que battu par Porto Rico (96-101) et la Serbie (83-115), deux sélections notoirement supérieures, avait une première fois flatté la fibre patriotique en dominant largement la Chine (89-69). « Je ne suis pas étonné par leur progression, car les joueurs évoluent aux Etats-Unis, en France ou en Australie, donc dans des ligues de haut niveau », analyse le Sénégalais Cheikh Sarr, sélectionneur du Rwanda, dont l’équipe avait affronté les Bright Stars lors des qualifications pour la Coupe du monde.

Les Joueurs Clés
Le Soudan du Sud est la dernière équipe à annoncer son groupe de douze pour les Jeux. Mauvaise nouvelle annoncée récemment, les Sud Soudanais ne pourront pas compter sur Bol Bol, probablement leur meilleur joueur. Déjà absent pour la dernière Coupe du Monde, le pivot des Suns a déclaré forfait pour les Jeux olympiques pour raisons personnelles.
Pas de quoi être fataliste, le Soudan du Sud peut tout de même compter sur tout un tas de très bons basketteurs. Luol Deng, le président de la Fédération de basket du pays a d’ailleurs regretté de ne pouvoir amener plus de douze joueurs à Paris.
Carlik Jones
A la mène, c’est probablement Carlik Jones qui sera titularisé. L’ancien des Mavericks, Nuggets et Bulls envoyait 21 points et 10,4 passes de moyenne à la dernière Coupe du monde.
Marial Shayok
Au poste d’arrière, Marial Shayok qui a planté 27 points dans la victoire contre le Royaume-Uni en préparation devrait tenir sa place.
Khaman Maluach
Peut-être que le rédacteur a un problème avec Khaman Maluach, mais peut-être aussi que Khaman Maluach est un futur joueur profil All-NBA. A seulement 18 ans, le futur intérieur de Duke est le meilleur rebondeur de la Basketball Africa League, avec 13.5 prises de moyenne.
Capable de faire des matchs à sept contres mais aussi de s’écarter du cercle en attaque, le géant du South Sudan en est déjà à sept sélections dans une équipe nationale qui le convoquait déjà quand il n’avait que seize ans. Aperçu au Nike Hoop Summit, Khaman s’impose peu à peu comme l’un des joueurs les plus prisés pour la Draft de 2025. Et après sa bonne Coupe du Monde 2023, on a hâte de voir ce que va donner Khaman aux Jeux olympiques de Paris.
Le 26 juin, le Sud-Soudanais Khaman Maluach a été drafté par les Houston Rockets et transféré aux Phoenix Suns. Le basketteur sud-soudanais Khaman Maluach, l’un des pivots les plus prometteurs des cinq dernières années, a été sélectionné 10ème par les Houston Rockets et transféré aux Phoenix Suns lors de la draft NBA 2025 dans la nuit du 26 juin. Khaman Maluach, ce natif de Rumbek, au Soudan du Sud, impose grandement son talent face à des joueurs d’expérience notamment durant la 4ème édition de la Basketball Africa League en 2024. La même année, il intègre le championnat universitaire américain à travers les Blue Devils de Duke.
« En vivant en Afrique, j’avais tout le continent à mes côtés. Aujourd’hui, Je suis ici pour représenter tout le continent, pour donner de l’espoir aux jeunes, à la prochaine génération du basket africain.
Troisième Dukie drafté lors de ce premier tour, après Flagg et Knueppel, Khaman Maluach (18 ans) possède une histoire rendant son arrivée en NBA encore plus belle. Pivot imposant (2,18 m, 113 kg), le Sud-Soudanais a démarré le basketball sur le tard, à 13 ans, et un peu par hasard. Réfugié en Ouganda, il avait été incité à s'y tester par un conducteur de moto-taxi. Il a ensuite participé à un camp organisé par l'ancien basketteur Luol Deng, intégré une académie de la NBA au Sénégal et, enfin, pris part à la Basketball Africa League (BAL). Le tout l'a mené à Duke l'an passé, puis à cette draft en 10e position par les Suns.
« C'était l'un de mes plus grands rêves... être drafté en NBA, a savouré Maluach. C'est un moment spécial, un jour que je n'oublierai jamais. Je représente tout un continent, l'Afrique. J'avais tout le continent sur mon dos, et maintenant j'ai envie de donner espoir aux jeunes et d'inspirer la prochaine génération du basket africain. »
Le jour de la naissance de Khaman Maluach dans la ville de Rumbek, au Soudan du Sud, le 14 septembre 2006, LeBron James était déjà un joueur NBA depuis deux saisons et même un All-Star. Il n'a en effet que 17 ans, pour encore quelques jours, ce qui fait de lui, et de loin, le joueur le plus jeune de ce tournoi olympique - le second, Bilal Coulibaly, est né le 26 juillet 2004, donc plus âgé de deux ans.
“C'est pour moi un rêve éveillé. Je suis un gamin d'une petite ville qui a des rêves dans une grande ville. C'est énorme pour ma famille, qui peut me voir jouer. J'ai rêvé qu'elle quitte le pays pour me voir sur une telle scène”, expliquait-il après son match contre Porto Rico, où il avait inscrit deux points.
“Cette expérience, c'est un film. C'était déjà pareil à la Coupe du monde en 2023. Et dans quelques heures (21h00), il va jouer face à la référence mondiale : l'équipe américaine et ses superstars, dont le “King”.
“J'ai regardé ces joueurs à la télévision, en playoffs. Je suis resté debout la nuit en Afrique pour les voir. J'ai vu LeBron James et Joel Embiid, je les admire, j'ai suivi la bulle en 2020. Être sur le parquet en même temps qu'eux, c'est différent.
“C'est notre second pivot. J'ai voulu le mettre tôt pour voir ce qu'il pouvait apporter, s'il pouvait aider au rebond. Il a 17 ans, il apprend face à des adultes. Il y a des bons jours, et aussi des moins bons, mais il reste dans la rotation. Je crois en lui”, affirme le sélectionneur.
“Il a du talent et dans cinq ans, ce sera son équipe. Je dois le lancer sur le parquet et le mettre dans les moments chauds. S'il fait des erreurs, je dois le sortir. En quelques mois, le pivot de 2m18 aux proportions impressionnantes (2m23 d'envergure, 2m95 les bras levés) va sans doute faire des pas de géant. Il dispute les JO de Paris cet été, puis ira à Duke en NCAA à la rentrée, avant de rejoindre, si tout va bien, la NBA en 2025.
“C'est une expérience folle pour quelqu'un de 17 ans. Il est le cœur et l'âme de cette équipe. Le boute-en-train. C'est l'un des gars les plus drôles de l'équipe. Il est si léger, si innocent. La moitié du temps, il ne sait même pas ce qui se passe.
Les Défis et les Histoires Personnelles
Depuis qu’il a été nommé, en 2021, le sélectionneur américain Royal Ivey, ancien joueur des Houston Rockets en NBA, ne peut compter que sur des expatriés en raison de la faiblesse du championnat local, amateur et peu structuré. Le Soudan du Sud ne compte en effet aucun terrain de basket couvert.
Dans ce pays ayant gagné son indépendance après des décennies de guerre contre le pouvoir central soudanais, certains joueurs ont vécu des histoires personnelles dramatiques. Ainsi, Peter Jok a perdu son père, général dans l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA), ainsi qu’un de ses grands-pères, tous deux tués lors du conflit contre Khartoum. Nuni Omot, lui, est né dans un camp de réfugiés au Kenya, tandis que Majok Deng a passé plusieurs années dans un de ces camps après avoir fui Bor, sa ville natale, à l’âge de 8 ans.
« Cette équipe parle aux Sud-Soudanais, car beaucoup de joueurs ont dû fuir le pays avec leur famille pour échapper à la guerre. Ici, de nombreuses familles ont connu cela », reprend Stefano Cusin.
La fédération sud-soudanaise a également réussi à convaincre l’Américain Carlik Jones, sous contrat avec les Chicago Bulls, de prendre la nationalité du pays. Lors de la Coupe du monde, le meneur de jeu a été l’un des principaux artisans de la qualification des Bright Stars pour les JO.
« Cela fait plus de deux ans que Royal Ivey s’appuie sur la même base de joueurs. On voit que c’est un collectif bien rodé, avec un jeu réfléchi, une défense agressive, un bon niveau athlétique, observe Cheikh Sarr. Bien sûr, le Soudan du Sud a ses défauts, fait parfois preuve de naïveté, mais sa progression est assez incroyable, même si elle n’est pas surprenante. »
L'Influence de Luol Deng
Un succès qui n'aurait pas été possible sans l'investissement de Luol Deng, ancien joueur de NBA. Et il a pu compter sur Luol Deng, ancien joueur anglo-soudanais qui a accumulé plus de 168 millions de dollars en gains après une carrière NBA au cours de laquelle il a été deux fois All-Star avec les Bulls dans les années 2010.
Depuis qu'il est devenu président de la fédération sud-soudanaise en 2021, il a en effet payé de sa poche la plupart des dépenses qui ont permis à l'équipe de se développer.
Le Soudan du Sud, qui a rejoint la Fédération internationale de basket-ball (FIBA) en 2013, a pu compter sur l’investissement permanent de Luol Deng, président de la fédération depuis 2019. Il a également su trouver des ressources financières importantes, notamment du côté du gouvernement local. Ce dernier, selon différentes sources, aurait contribué à hauteur de près d’un million d’euros pour que la sélection prépare la Coupe du monde dans les meilleures conditions.
Pour Emmanuel Mavomo, ancien sélectionneur de l’Angola puis de la République démocratique du Congo (RDC), rien ne semble pouvoir arrêter la progression de cette équipe. « Il y a un projet olympique depuis quatre ans. Le Soudan du Sud est aujourd’hui au-dessus du lot en Afrique et cela devrait durer, car il a beaucoup avancé alors que les autres pays, notamment l’Angola, ont régressé. Luol Deng et Royal Ivey, qui ont la mentalité et la rigueur de la NBA, y sont pour beaucoup. »
Lors de deux confrontations entre la RDC et le Soudan du Sud, le technicien franco-congolais avait été marqué par l’attitude générale de son adversaire, sur et en dehors du parquet. « Cette sélection dégage une énergie incroyable. J’avais hâte que les matchs s’achèvent… Et j’observais également les joueurs au bar de leur hôtel : ils semblaient soudés, riaient ensemble. Ils semblent également liés par une fibre patriotique immense, une volonté de donner une autre image de leur pays. Cela leur donne selon moi une force supplémentaire. »
« Luol Deng a tout financé de sa poche » "Il paye pour les gymnases, les hôtels, les billets d’avion… tout. Gros respect à Luol et au staff. Nous n’aurions pas été capables de rassembler cette équipe sans eux. Nous n’avons pas le plaisir d’avoir un gymnase, des dortoirs ou d’autres infrastructures. Luol Deng a tout financé de sa poche depuis quatre ans", a confié dans un entretien Royal Ivey, l'entraîneur américain des Bright Stars depuis 2021.
Les Perspectives d'Avenir
On ne va pas se mentir. Dans un groupe C où se trouve l’ultra favori pour la victoire finale et l’équipe emmenée par le MVP de NBA en titre, il est dur d’imaginer le Soudan du Sud se qualifier pour les quarts de finale. D’autant que l’équipe de Porto Rico de ce filou de Jose Alvarado est une autre équipe expérimentée qui ne sera pas facile à battre, et contre qui les Sud Soudanais se sont inclinés à la dernière Coupe du Monde.

Le Soudan du Sud n’a pas de superstar dans ses rangs, pas de joueur qui sorte spécialement du lot. Mais le groupe se connaît très bien. Les joueurs ont progressé depuis septembre et les rotations sont fluides puisque le niveau des remplaçants et des titulaires n’est pas si éloigné.
Ce n’est pas parce qu’on est un petit nouveau qu’on est condamné à la sous-performance. L’équipe des Bright Stars peut se permettre de rêver, ils ont le potentiel pour accrocher une place en quarts en faisant partie des meilleurs troisièmes. Pour cela, il faudra frapper fort d’entrée et donner une bonne leçon à Porto Rico. Ensuite, limiter la casse contre les États-Unis et la Serbie et le tour est joué. Il y a un espoir.
Le Soudan du Sud n’a pas le choix. S’il veut faire quelque chose pour son premier tournoi olympique, d’entrée il faudra museler l’équipe de Porto Rico emmenée par Jose Alvarado. Les Sud Soudanais ne sont pas très expérimentés, sur les lignes arrières pas si bien équipés, mais qu’est-ce que vous voulez, ils donnent envie qu’on parie sur eux.
Effectif saison 2024-2025
Voici la composition de l'équipe du Soudan du Sud pour la saison 2024-2025:
| Joueur | Taille |
|---|---|
| Sunday Dech | 195 cm |
| Majok Deng | 205 cm |
| Wenyen Gabriel | 206 cm |
| Peter Jok | 198 cm |
| Carlik Jones | 183 cm |
| Kuany Kuany | 201 cm |
| Bul Kuol | 204 cm |
| Jackson Makoi | 193 cm |
| Khaman Maluach | 216 cm |
| Nuni Omot | 205 cm |
| Marial Shayok | 198 cm |
| J.T. |