Le monde du football professionnel est exigeant, et la durée de la carrière d'une star est influencée par de nombreux facteurs. Entre les compétitions incessantes, les risques de blessures et la pression constante, combien de saisons un joueur de haut niveau peut-il espérer jouer en moyenne ? Cet article explore cette question en se penchant sur les défis auxquels sont confrontés les footballeurs modernes.
L'évolution du métier d'entraîneur de football

La cadence infernale des matchs
Si Paris va au bout de ce Mondial des clubs et remporte la finale, le 13 juillet, le club de la capitale aura disputé 68 matchs dans une saison étirée sur onze mois, d'août 2024 à juillet 2025. "Pour un joueur, jouer 80 ou 90 matchs, ce n'est pas possible", mettait déjà en garde Aurélien Tchouaméni, qui évolue au Real Madrid, en octobre 2023, avant une salve de rencontres internationales.
Ce ne sont évidemment pas les joueurs de clubs de milieu de tableau, non engagés dans des compétitions européennes, qui sont concernés par ces cadences infernales, mais les cracks des meilleures équipes. Ce qui représente quand même en volume "5 ou 6% des meilleurs joueurs", chiffrait en septembre dernier David Terrier, président du syndicat des footballeurs européens (FIFPro Europe), auprès de franceinfo.
Ceux qui jouent dans des équipes qui vont loin en Ligue des champions, qui vont loin dans les coupes domestiques et qui cumulent aussi des sélections en équipe nationale. Selon le syndicat des joueurs, la FIFPro, la charge de travail excessive pour les joueurs se situe une fois la barre des 55 matchs joués en une saison franchie.
Un stakhanoviste comme Antoine Griezmann, quasiment jamais blessé et qui s'approche, à 34 ans, de la fin de sa carrière, s'est résolu à arrêter l'équipe de France en octobre dernier, pour réduire la cadence.
Usure prématurée et carrières raccourcies
"Le haut niveau est comme une machine à laver, vous jouez tout le temps et vous ne vous arrêtez jamais", avait imagé Raphaël Varane, au moment de raccrocher les crampons à 31 ans à peine, car prématurément usé par des saisons à rallonge après avoir débuté sa très riche carrière très jeune.
C'est un fait : dans le football moderne, on joue beaucoup, et de plus en plus tôt. On voit sur ce graphique que Kylian Mbappé dépasse de très loin les vedettes des générations précédentes.
Certes, Olivier Giroud ou Franck Ribéry ont percé sur le tard, après des débuts dans des clubs de division inférieure. Le cas des attaquants tricolores est tout sauf isolé. La star anglaise Jude Bellingham avait joué à 20 ans six fois plus de matchs que David Beckham au même âge, relevait une étude du cabinet d'assurances Howden pour la FIFPro.

Impact des compétitions internationales et des clubs
Disputer toutes ces compétitions aux quatre coins du monde n'est pas sans impact sur la fatigue des joueurs et donc sur les risques de blessures. Un phénomène accentué pour les non-Européens évoluant dans les top clubs du Vieux Continent.
Un joueur comme le capitaine du PSG, Marquinhos, fait régulièrement des aller-retours avec le Brésil pour disputer ses matchs en sélection, pour une moyenne de 96 000 km parcourus (essentiellement en avion) pour exercer son métier lors des cinq dernières saisons, selon les calculs de la FIFPro.
Ce serait cependant un peu facile de faire porter à la seule Fifa la charge d'avoir alourdi le calendrier international. Les clubs s'en occupent très bien eux-mêmes. Regardez le total de matchs du Real Madrid, qui évolue dans le championnat d'Espagne, au nombre d'équipes inchangé depuis vingt ans et avec une seule coupe nationale depuis toujours.
Les dirigeants merengue ont pu imposer une douzaine de matchs amicaux, parfois des tournois sans réelle valeur organisés au bout du monde à leurs joueurs, pour faire rentrer l'argent dans les caisses.
Le manque de temps de récupération
"Je ne suis pas contre les nouvelles compétitions. Je suis contre le manque de temps de récupération entre les saisons", pestait en décembre 2023 l'entraîneur de Manchester City, Pep Guardiola, sur beIN Sports, après l'annonce du nouveau format du Mondial des clubs (32 clubs réunis pour une compétition d'un mois).
Moins d'un tiers des joueurs observés par la FIFPro ont eu droit à quatre semaines de repos estival entre deux saisons, la durée de récupération recommandée en 2019-2020 et 2020-2021.
Avec des records extrêmes, comme les six petits jours accordés à l'attaquant espagnol Mikel Oyarzabal entre la finale des Jeux olympiques de Paris et la reprise de l'entraînement avec son club de la Real Sociedad, observait le syndicat des joueurs dans son rapport annuel.
La FIFPro n'était pourtant pas la première à tirer la sonnette d'alarme. En 2002, le médecin des Bleus Jean-Marcel Ferret alertait : "Plus de soixante matchs dans une saison, pour un joueur, cela devient dangereux".
Évolution du jeu et impact sur les joueurs
Encore plus loin de nous, si on compare avec l'époque du roi Pelé (1956-1977 sur le terrain), on se rend compte que le nombre de passes a augmenté de 35% et la vitesse de la balle de 15%, relève une étude de l'université de Franche-Comté.
N'empêche, le légendaire joueur brésilien avait déjà expérimenté des cadences infernales, des vraies, avec la bagatelle de 104 matchs disputés en 1959.
La Ligue des Nations et son impact sur les joueurs
En programmant la Coupe du Monde 202 au Qatar du 21 novembre au 18 décembre, la FIFA a provoqué de nombreux bouleversements de calendrier. Fraichement créée par l’UEFA en 2018, la Ligue des Nations est logiquement concernée par ce changement. Pour rappel, cette compétition se déroulait habituellement entre les mois de septembre et de novembre.
À peine sortis d’une saison déjà très chargée, les joueurs concernés doivent enchaîner une série de matches dans un laps de temps très réduit. Divisée en deux parties (du 1er au 14 juin et du 21 au 26 septembre), la phase de poules s’annonce intense, surtout en juin.
Prenons l’exemple de Karim Benzema, qui vient de jouer une finale de Ligue des Champions samedi dernier. L’attaquant du Real Madrid a joué 53 rencontres cette saison, toutes compétitions confondues (il a toutefois raté le dernier rassemblement tricolore), avant de rejoindre l’équipe de France.
Des Bleus qui vont disputer quatre matches en dix jours (les 3, 6, 10 et 13 juin) ! Un rythme effréné qui concerne évidemment les joueurs des autres sélections engagées dans la compétition.
Le Néerlandais expliquait qu’il n’était pas prêt à baisser son salaire, tout en réclamant l’allègement des calendriers. «Les joueurs sont bien payés, mais cela ne devrait jamais se faire au détriment de notre santé. Nous devons jouer de plus en plus de matchs. (…) Je ne suis pas prêt à renoncer à 10% (de son salaire, ndlr). Je ne pense pas que cela devrait dépendre de mon salaire.» Un point de vue qui peut sembler compliqué à entendre pour le "spectateur moyen".
La réaction des joueurs face à la surcharge
En février dernier, quelques heures après avoir annoncé sa retraite internationale à seulement 29 ans, Raphaël Varane fustigeait les cadences infernales imposées aux joueurs professionnels. Arrivé très jeune chez les Bleus, à 19 ans, et responsabilisé dès ses premières sélections, l’ancien vice-capitaine de l’équipe de France a dit stop après 93 sélections (5 buts).
«Nous verrons des carrières beaucoup plus courtes, prophétisait le joueur de Manchester United. Au repos durant les trêves internationales, le défenseur peut se consacrer à sa vie de famille, nécessaire pour régénérer les corps et les têtes, les deux faisant la paire.
Selon une étude de la FIFPro, le syndicat mondial des joueurs, parue cette année, Varane a disputé 248 matchs entre le début de la Coupe du monde 2018 et la fin du Mondial 2022 avec une moyenne de 89,5 minutes jouées. Il aura passé 324 heures en avion, traversé 110 fuseaux horaires et effectué presque 230 000 kilomètres.
Sur cette même période, il a passé 243 jours avec les Bleus, soit 15% de son temps. De tels chiffres donnent à réfléchir. La santé des joueurs n’est plus un tabou. Désormais, il n’est pas rare d’entendre ici et là qu’untel a fait appel à psychologue, un autre à un préparateur mental.
C’est même un véritable sujet. Depuis le début de cette saison, de nombreux acteurs du foot comme Didier Deschamps, Pep Guardiola, Jürgen Klopp ou encore Rodri ont publiquement demandé à diminuer le rythme des compétitions.
«Évidemment qu’on joue trop de matchs, c’est une surprise pour personne, s’est plaint Aurélien Tchouaméni en conférence de presse avec les Bleus la semaine passée. Aujourd’hui, c’est rare d’avoir une semaine à un seul match. Ça se matérialise par des blessures, ce sont aux instances et aux joueurs de taper du poing sur la table, on a l’impression que ça ne va pas s’arranger avec de nouvelles compétitions. Il faut faire quelque chose.
Les instances et l'avenir du football
Ces derniers mois, la FIFA a fait passer la Coupe du monde de 32 à 48 nations et la Coupe du monde des clubs de 7 à 32 équipes. De son côté, l’UEFA a remis la 3e coupe d’Europe au goût du jour, tandis que la future formule de la Ligue des Champions promet toujours plus de rencontres.
Cette évolution est même déjà constatée sur les terrains. Les joueurs débutent toujours plus tôt et à des rythmes toujours plus effrénés. À la fin de la saison dernière, Kylian Mbappé avait déjà disputé 37% de minutes en plus sur l’ensemble de sa carrière que Thierry Henry au même âge. Le champion du monde 98 était pourtant reconnu pour sa précocité.
À 20 ans, Jude Bellingham a passé 14 400 minutes sur les terrains, soit 3 500 de plus qu’un Wayne Rooney à la même période, pourtant plus jeune buteur de la Premier League à moins de 17 ans. C’est même 10 000 minutes de moins que deux légendes anglaises, Steven Gerrard et Frank Lampard.
Les exemples ne manquent pas, alors même que la venue des données calculées pendant les matchs et les entraînements permet de mesurer une intensité encore plus élevée qu’il y a quelques années. Toujours plus vite, plus haut, plus fort, mais jusqu’où ?
Dans ces conditions, la colère commence à monter chez les joueurs. «On ne nous demande pas forcément notre avis, regrettait d’ailleurs Tchouameni. Au fur et à mesure des saisons, on se rend compte qu’il y a de plus en plus de matchs. Il y a un problème par rapport à ça.
J’ai vu une statistique : je faisais partie des joueurs ayant joué le plus de matchs en Europe sur une période alors que j’avais été blessé. Quand je dis taper du poing sur la table en tant que joueur, c’est qu’au bout d’un moment, si on est tous contre le fait de jouer autant de matchs, il faut qu’on se rassemble tous et qu’on prenne une décision pour se faire entendre.
Si chacun parle un petit peu de son côté, il n’y a pas de force.» Un discours qui séduit même si la mise en œuvre est toujours plus difficile. Ce grondement de fond, les instances se forcent encore de ne pas l’entendre. Depuis plusieurs mois pourtant, la FIFpro fait remonter cette problématique, à travers sa récente étude notamment.
L'aspect financier et les revenus des joueurs
Les nouvelles compétitions génèrent de nouveaux revenus grâce aux droits TV notamment, et finissent dans la poche des instances, des clubs, des dirigeants, et bien sûr des principaux acteurs : les joueurs. Ces derniers seraient-ils disposés à faire une croix sur une partie de leur revenu s’ils étaient amenés à moins jouer ? Ce n’est pas gagné à en croire les propos de Virgil van Dijk.
Le problème serait ailleurs pour David Terrier. Selon l’ancien défenseur de Metz et d’Ajaccio, ce sont surtout les autres joueurs, les moins connus, qui seraient impactés. «Les meilleurs joueurs auront toujours les salaires les plus importants. Ils gagnent plus d’argent en dehors de leur contrat de joueur grâce au sponsoring. Donc dire qu’ils gagneront moins parce qu’ils joueront moins, c’est faux.
Expérience et longévité en Ligue 1 McDonald’s
À l’image de son entraîneur Antoine Kombouaré qui à 60 ans est le plus expérimenté des coachs présents cette saison en Ligue 1 McDonald’s avec plus de 500 matchs, le FC Nantes fait partie des effectifs comptant en moyenne le plus grand nombre de saisons de présence dans l’élite.
Vétéran du vestiaire nantais, Nicolas Pallois (37 ans) affiche 12 saisons en Ligue 1 McDonald’s (dont huit au club). Dans son sillage, les joueurs canaris affichent la 2e meilleure moyenne du nombre de saisons passées dans l’élite en carrière (4,33). Ils sont trois à être au moins dans leur 10e saison en 2024/25 (Pallois, Coco et Mollet).
Au classement du nombre de saisons passées en moyenne en Ligue 1 McDonald’s, les Canaris sont devancés par le Stade Brestois 29 (4,41), alors que le MHSC complète le podium. Deux clubs représentés par Jonas Martin (13 saisons dans l’élite) et Benjamin Lecomte (14).
Les Bretons ont dans leur rang 7 joueurs ayant atteint les 8 saisons en Ligue 1 McDonald’s depuis la première apparition en 24/25 ce week-end de Pierre Lees-Melou (8e saison). Quand le MHSC en compte quatre à au moins 12 saisons dans l’élite.
En comparaison, 16 des 22 joueurs comptant une apparition avec Antoine Kombouaré depuis le mois d’août ont débuté leur carrière dans l’hexagone.
Les joueurs à 10 saisons et plus en Ligue 1 McDonald’s :
- 17e saison : Mandanda (SRFC)
- 14e saison : Lecomte (MHSC) et André (LOSC)
- 13e saison : Martin (SB29), Ferri (MHSC)
- 12e saison : Dante (OGCN), Marquinhos (PSG), Lopes (OL), Thomasson (RCL), Cabella (LOSC), Sylla et Khazri (MHSC), Pallois (FCN)
- 11e saison : Rongier (OM), Coco (FCN), Lacazette (OL)
- 10e saison : Sanson et Laborde (OGCN), Sidibé (TFC), Lala (SB29), Mollet (FCN), Saïd (RCL), Blas (SRFC)
Tableau : Nombre de saisons en Ligue 1 McDonald’s pour certains joueurs
| Joueur | Club | Nombre de saisons |
|---|---|---|
| Mandanda | SRFC | 17 |
| Lecomte | MHSC | 14 |
| André | LOSC | 14 |
| Martin | SB29 | 13 |
| Ferri | MHSC | 13 |