Piratage Massif des Matchs de Ligue 1 sur Telegram: Une Menace Croissante

L'ensemble des rencontres de Ligue 1 du week-end ont été encore largement piratées sur les réseaux sociaux, notamment via les canaux illicites de Telegram. Pour la 3e journée de Ligue 1, pratiquement toutes les rencontres du championnat étaient disponibles sur Telegram ce week-end. Plusieurs canaux étaient disponibles.

La plupart des rencontres ont attiré plusieurs milliers de personnes. La rencontre entre Lille et le PSG, en clôture de la journée, a par exemple attiré plus de 50.000 personnes sur un seul canal Telegram illicite. Les autres rencontres attirent le plus souvent un peu moins de 15.000 personnes sur les canaux Telegram, mais les rencontres de l'Olympique de Marseille restent largement diffusées avec une audience conséquente.

Fermeture de Canaux et Réactions

Ce lundi matin, certains canaux ayant servis à la diffusion de ces rencontres ont été fermés avec le message: "Ce canal est indisponible suite à une violation de droits d’auteur".

Le Cas du Match Brest-Saint-Etienne sur beIN Sports

La rencontre disponible sur beIN Sports, samedi après-midi, entre Brest et Saint-Etienne a aussi été piratée sur Telegram, mais l'audience était très faible. beIN Sports possède un nombre d'abonnés assez important.

Boycott de DAZN et Migration vers Telegram

Une petite nouveauté remarquée dimanche soir, le match entre le LOSC et le PSG (1-3)... Il était 20h05 quand l’écran de DAZN s’est allumé vendredi soir. Sauf que derrière leurs écrans, ils étaient des dizaines de milliers à profiter de l’avant-match de ce Le Havre-PSG sans avoir déboursé le moindre centime.

En proposant des tarifs allant de 14,99 euros par mois pour une rencontre par journée (pas au choix) à 39,99 euros mensuels sans engagement pour les huit matchs de chaque journée de Ligue 1, la plate-forme anglaise s’est attiré les foudres des supporters français, furieux de devoir dépenser autant pour suivre leur équipe favorite. Pour contrer cela, le #BoycottDAZN a vu le jour sur X, plusieurs comptes spécialisés invitant les internautes à se réfugier sur leur chaîne Telegram pour suivre la saison.

Ces derniers jours, les personnes derrière ces comptes faisaient état de milliers d’abonnés supplémentaires, envieux de pouvoir regarder les rencontres sur la messagerie cryptée. Et si certains se refusaient depuis toujours de tomber dans l’illégalité, beaucoup ont franchi le pas pour la saison 2024-2025. Ainsi, des milliers d’internautes se sont retrouvés sur Telegram vendredi soir.

Avant même le coup d’envoi, certaines chaînes regroupaient déjà plus de 45 000 viewers (téléspectateurs) en direct. Autant de personnes qui ont pu profiter de la rencontre gratuitement et illégalement, avec une qualité d’image correcte, mais un son légèrement décalé toutefois. En deuxième période, alors que le score était d’un partout entre Havrais et Parisiens, le nombre de téléspectateurs a même atteint les 90 000 sur certaines chaînes.

Additionnés à d’autres boucles Telegram, ils étaient entre 150 et 200 000 à regarder, en toute illégalité, la première rencontre de la saison de Ligue 1, sans compter les utilisateurs d’IPTV. Et si certaines diffusions en direct sur Telegram ont pu être signalées, elles n’ont pas été coupées.

J'ai enquêté sur les Matchs Truqués (voilà comment les repérer)

Manque de Réactivité de Telegram

En effet, les dirigeants de Telegram « refusent de jouer le jeu de la modération rapide », comme nous le confiait dans nos colonnes Hervé Lemaire, patron de LeakID (groupe Forward), une PME spécialisée dans la protection des ayants droit comme la Premier League.

Une information que nous avait confirmée la Ligue professionnelle de football (LFP) : « Sur Telegram, toutes les diffusions illicites sont notifiées par notre prestataire antipiratage Athletia. Le problème à cet égard est que les délais de réponse de Telegram sont fluctuants (jusqu’à 24 heures) et sont incompatibles avec un retrait en temps utile de contenus diffusés en direct. »

Si cette chaîne Telegram a reçu plusieurs signalements, son canal n'a pas cessé d'émettre pour autant.« Ils avaient annoncé un renforcement de leur système (de régulation). Mais on n’a pas eu plus de liens bloqués que d’habitude. De toute façon, même si ça sautait, on avait prévu deux canaux de secours », nous confie un streamer qui a diffusé la rencontre sur sa chaîne Telegram.

L'ampleur du Piratage et ses Conséquences Financières

Pour expliquer l'échec de la Ligue 1 sur leur plateforme, les dirigeants de DAZN ont souvent évoqué un piratage intensif qui n'a pas permis, selon eux, de dépasser les 700 000 abonnés, très loin des objectifs. Et qui a poussé le propriétaire, le milliardaire Len Blavatnik, à arrêter les frais au bout d'une seule saison en versant une indemnité de 85 millions d'euros à la LFP. Même si le tarif prohibitif de DAZN et une communication mal ficelée ont évidemment pesé, le piratage a joué un rôle important dans cette faillite.

Pour mesurer l'ampleur des dégâts, l'entreprise britannique avait sollicité le concours de spécialistes qui ont mené une mission d'enquête de trois mois, à partir de novembre 2024. Entré en contact avec le diffuseur par l'intermédiaire de la LFP, Philippe Dewost, expert technique de ce travail d'investigation, raconte : « L'objectif de DAZN était de comprendre, qualifier et quantifier l'étendue du piratage IPTV pour voir de quelle manière cela pesait sur leurs résultats et surtout sur la possibilité pour eux d'atteindre leurs objectifs.

L'Organisation du Piratage IPTV

Mon associé, dont c'est la spécialité, a commencé à enquêter sur le terrain, en prenant vraiment des risques, et s'est aperçu que la distribution, que ce soit dans le sud de la France, dans l'Est parisien, en Seine-Saint-Denis et dans le Nord était organisée par les groupes qui font du trafic en tout genre, notamment les stupéfiants. » Dans le détail, trois « fournisseurs » ont été identifiés « auxquels vous vous connectez en ayant un identifiant et un mot de passe qui ont été installés dans la machine, détaille l'ancien directeur général de l'EPITA (école d'ingénieurs en informatique), aujourd'hui consultant.

Le tout par le biais d'un rabatteur, d'un vendeur ou quelqu'un vers lequel on vous a dirigé, à qui vous versez du cash et donnez votre numéro de téléphone portable. Vous récupérez un boîtier déjà préconfiguré que vous n'avez plus qu'à brancher sur votre télé et à raccorder à Internet. Vous n'avez pas de manipulation particulière. On vous demande votre numéro de téléphone parce que c'est ce qui servira à ces plateformes, via leurs distributeurs, pour vous recontacter au bout de onze mois pour vous proposer de renouveler votre "abonnement". Et au passage, votre numéro de téléphone va se retrouver sur le Dark Web et revendu à d'autres. Ce qui explique que quand vous le communiquez, vous vous mettez en risque de recevoir des démarchages, du phishing (hameçonnage) et tous les SMS et les appels non sollicités que l'on peut imaginer. » Selon lui, « ces plateformes sont très organisées, puisqu'elles sont très bien financées ».

Infrastructure et Flux Illégaux

En fait, selon le rapport réalisé pour DAZN, « elles ont une infrastructure répartie chez plein d'hébergeurs, qu'on a retrouvés en Europe de l'Est, dans l'Union européenne, mais également en cascade, que ce soit au Laos, en Russie, en Chine... Ce qui rend leur comportement difficile à détecter. Il y a des dizaines, des centaines, des milliers de flux illégaux, le plus souvent des flux sportifs qui ont été récupérés et réencodés. »

Les boîtiers fournissent tous l'ensemble des chaînes sportives, mais aussi Netflix, Prime Video, Apple TV... « Avec 8 millions de boîtiers en circulation à 50 euros par an, on parle d'un business de 400 millions d'euros annuels » Philippe Dewost, qui a enquêté pour DAZN sur le piratage Pour se « couvrir », Philippe Dewost et son équipe ont conservé des boîtiers et en ont placé d'autres chez des commissaires (anciens huissiers) de justice.

Ils ont aussi procédé à un signalement auprès du tribunal judiciaire de Marseille, le 7 octobre dernier. Car l'ampleur du trafic est, de leur point de vue, colossale. « Les chiffres dont on dispose aujourd'hui montrent qu'il y a à peu près 8 millions de boîtiers en circulation en France et qu'on atteindra probablement les 9 millions à la fin de l'année, parce que la période de Noël favorise une vente extrêmement soutenue, assure-t-il. Avec 8 millions de boîtiers en circulation à 50 euros par an, on parle d'un business de 400 millions d'euros annuels, c'est-à-dire du même ordre de grandeur que la valeur des droits de la Ligue 1 lorsqu'ils étaient vendus à DAZN. »

Réaction des Autorités et de la LFP

Les derniers chiffres de l'ARCOM (autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), qui datent un peu, évoquent 5 à 6 millions de boîtiers. Il est question de 12 % des internautes concernés par le piratage, avec 41 % qui s'y consacrent depuis moins d'un an. Un simple boîtier branché sur un ordinateur ou un écran permet de regarder un large panel de programmes.

Pour Ligue 1+, lancée le 15 août afin de palier la défection de DAZN, le problème reste identique, même si quelques communiqués victorieux laissent penser que les gendarmes attrapent souvent les voleurs. « On est passé de DAZN à Ligue 1+sans aucune modification en termes de piratage, regrette Philippe Dewost. Tout est toujours accessible. » Ce que nous avons pu vérifier sur chacune des plateformes pirates évoquées par ce spécialiste.

Qui s'interroge sur le peu de réactivité des « victimes ». « La question qu'on pourrait se poser, c'est : que font les Français par rapport à leurs homologues italiens, espagnols ou anglais, qui sont confrontés exactement au même problème ? Dans ces pays-là, les diffuseurs ont pris le sujet à bras-le-corps et travaillent évidemment avec les autorités pour qu'il y ait un cadre législatif qui leur permette d'avancer. Mais ils prennent en charge leur propre sécurité et ne se reposent pas uniquement sur les régulateurs du type de l'ARCOM en France pour faire le travail.

Insensibilité des Plateformes de Piratage

« Les plateformes qui sont derrière sont très largement insensibles à toutes les démarches d'interruption de flux qui sont engagées » D'autant que les moyens du régulateur sont loin d'être infinis. Les plateformes qui sont derrière sont très largement insensibles à toutes les démarches d'interruption de flux qui sont engagées. La raison, c'est simplement que l'ARCOM n'a pas suffisamment de moyens.

Encore une fois, de mon point de vue, c'est aux clubs d'assurer leur propre sécurité, de défendre leurs intérêts. Exactement comme dans un supermarché. Vous avez beau avoir les forces de l'ordre à l'extérieur qui peuvent intervenir s'il y a un gros problème, vous avez aussi des vigiles à l'intérieur. » Aiguillée vers LFP Media pour apporter son expertise récemment acquise sur le dossier de la Ligue 1, l'équipe dont fait partie Philippe Dewost n'a pour l'heure pas été retenue.

La direction de la filiale commerciale de la LFP a missionné son propre enquêteur privé chargé de lui fournir des dossiers clé en main pour ses dépôts de plaintes. LFP Media prend très au sérieux la menace du piratage et nourrit le rêve de convertir les pirates en abonnés payants. Cette lutte est en effet essentielle pour le développement de Ligue 1+.

Aujourd'hui, la plateforme compte 1,08 million d'abonnés, mais doit améliorer nettement son score pour commencer à vraiment devenir intéressante financièrement pour les clubs. Consciente du problème, la LFP a d'ailleurs inscrit le piratage à l'ordre du jour de l'assemblée générale de l'instance, le 4 décembre.

Une obligation, car Philippe Dewost croit peu à l'efficacité du projet de loi contre le piratage, dont on attend toujours une date de passage devant l'Assemblée nationale. Du côté de LFP Media, on est moins pessimiste, considérant que le texte ne peut qu'améliorer les choses.

Boycott de DAZN et Alternatives Illégales

Plus de 200 000 personnes ont choisi de regarder le match entre Le Havre Athletic Club et le Paris Saint-Germain sur Telegram, vendredi, selon un décompte du Parisien. En cause, des abonnements aux prix jugés trop élevés. Il faut compter 14,99 euros par mois pour visionner une rencontre par jour, sans avoir la possibilité de la choisir. Le tarif mensuel le plus haut s'élève à 39,99 euros pour regarder tous les matchs de la Ligue 1.

« Payer 40 euros le mois est une insulte aux vrais fans de foot. #BoycottDAZN », peut-on par exemple lire sur le réseau social.Aucun compte Telegram n'a été bloquéUne pétition a également été créée sur le site Change.org pour demander l'interdiction de ce diffuseur en France. Les téléspectateurs se sont ainsi tournés - en nombre - vers l'illégalité en visionnant la première rencontre de la Ligue 1 sur Telegram. Plusieurs comptes ont été signalés pendant le match, mais aucun n'a été suspendu.

Selon la Ligue professionnelle de football (LFP), « sur Telegram, toutes les diffusions illicites sont notifiées par notre prestataire antipiratage Athletia. Un média brésilien CazéTV a également acquis les droits de diffusion de la Ligue 1 au Brésil. 800 000 personnes ont vu la rencontre entre Le Havre et Paris via ce canal. En France, la chaîne est accessible via un VPN, outil permettant de localiser sa connexion Internet dans un autre pays.

En tenant compte des 200 000 spectateurs sur Telegram, plus d'un million de personnes auraient ainsi réussi à contourner DAZN, vendredi 16 août, et ce, sans compter les détenteurs d'une IPTV. Ce décodeur, sous la forme d'un boîtier, se branche sur les télévisions et permet d'accéder illégalement à des chaînes TV ou des plateformes comme Netflix.

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