Histoire du club de football de Sienne

Si l'Italie touristique est caractérisée par ses villes-musées que sont Rome ou Venise, la Toscane, elle, ne peut se limiter à la seule Florence. Pour en savourer les richesses, il faut prendre le temps de parcourir de long en large les verdoyantes collines composant 66,6 % de cette région du centre de la Botte, berceau de la Renaissance. Une morphologie géographique qui a facilité depuis le Moyen-Âge l'éclosion et la conservation des antagonismes.

Partisans du Saint Empire contre affiliés au pape ; républiques contre seigneuries... cet esprit de clocher s'est naturellement greffé au football et a déteint sur les nombreux clubs professionnels de la région, où ont fait leurs classes quelques-uns des meilleurs entraîneurs transalpins, Max Allegri (Livourne), Luciano Spalletti (Certaldo), Marcello Lippi (Viareggio)...

Cette saison, on comptait la Fiorentina en Serie A, Empoli en Serie B et dix clubs toscans parmi les dix-neuf équipes de groupe A de Serie C, celui du Nord-Ouest*. Au programme, donc, quatre-vingt-dix derbys, parfois quatre lors d'une même journée comme lors de la 35e, fin avril, où nous avons traversé cette Toscane du ballon...

À Carrare, à l'extrême nord de la région, au pied des célèbres carrières de marbre, la Carrarese Calcio est quelque peu isolée, mais quand ses supporters se déplacent à Pontedera, à une cinquantaine de bornes au sud-est, c'est au nombre de mille qu'ils colorent de jaune et bleu le stade Ettore Mannucci.

Avant ce derby de milieu de tableau (1-1), Paolo Giovannini, le directeur sportif des locaux, les Granata, commente cet étonnant Championnat toscan : «Cette densité pénalise les formations toscanes. Il y a trop de pathos inversant le rapport de forces, dans les derbys. Nous, on a pris neuf points sur douze contre Sienne et Livourne, les deux premiers.»

Alors qu'ici, c'est surtout l'hégémonie historique de Pise (le 3e), dont Pontedera était autrefois un poste avancé de la République, qu'on aime battre en brêche. Depuis des siècles, la Cité à la tour penchée catalyse beaucoup d'inimitiés.

Déjà, dans la Divine Comédie, son œuvre la plus célèbre, le poète Dante souhaitait la mort de ses habitants par noyade... Plus de sept cents ans après, Stefano, fidèle abonné de Pontedera, est quand même plus mesuré : «Les gens de Pise nous prennent de haut, pour leurs cousins bouseux. Nos grands-pères aimaient plus Livourne que Pise, mais quand on affronte la Lucchese (équipe de Lucques), on redevient pisani...»

La départementale SR49 mène tout droit à la charmante Lucques dont les remparts ont servi à repousser les assauts des Pisans après trente ans de soumission, si bien que chaque 3 avril, on célèbre la fête de la Liberté (649e édition cette année). Luca Borghetti, membre de Lucca United, association qui bichonne le musée du club de la Lucchese au sein du stade Porta Elisa, fait le topo : «Nos deux villes ne sont séparées que d'une petite montagne. Eux sont des mythomanes qui ont la folie des grandeurs, tandis qu'ils nous taxent de pingres pour notre tradition de banquiers. Ici, on dit mieux vaut un mort chez soi qu'un Pisan sur le palier.»

Des mots qui font écho trente kilomètres plus au sud, à Livourne, ancrée sur le littoral. Victime de sa réputation anarchiste et ouvrière, cette ville portuaire est perçue comme un amas de ferrailles et de containers, mais elle est loin de jouer les seconds rôles dans le football.

Le raffiné Enrico Fernandez Affricano reçoit au Club Magnozzi, repaire de fidèles aux cheveux blancs. «Quand la république maritime de Pise perdait des batailles navales contre Gênes ou Amalfi, ses hommes se vengeaient sur les maisons de nos pêcheurs», raconte-t-il d'un air grave, avant d'annoncer : «Vous savez que même à la sortie de l'aéroport de New York, il y a un tag “Pisa Merda”?» Et tant pis pour les bonnes manières de cet ancien président de Livorno de 1985 à 1988 qui refusa l'impossible fusion avec le rival sous le nom de «Pisorno».

Le lendemain, dans un stade Armando Picchi teinté d'amarante et chauffé à blanc par un soleil estival, il exultera bras au ciel lors de la victoire 2-0 contre Pise pour le second derby du week-end. Une victoire déterminante, qui, conjuguée à la défaite de Sienne, redonne alors la première place à Livourne, qui ne la lâchera plus (et montera en Serie B).

C'est à Arezzo, plus à l'est, dans les terres, traversées longuement, jusqu'aux confins d'une Toscane plus «carte postale», que Sienne a perdu la tête (0-1) ce week-end de fin avril. Arezzo est pourtant mal classé... Le fameux «pathos», sans doute. La halte est brève, il faut redescendre vers la côte, à Gavorrano, bourg de huit mille habitants qui domine la Maremme.

Sa formation, mal classée elle aussi, est un peu à part, selon son entraîneur Giancarlo Favarin : «On joue à Grosseto, seul chef-lieu de province de Toscane absent du Championnat cette saison, à part évidemment Florence. On nous identifie donc à cette équipe.» Cette semaine-là, Gavorrano est en déplacement en Émilie-Romagne, à Piacenza, une des neuf «autres» équipes de cette poule toscane. Et s'impose (2-1)...

Le terminus de notre balade est plein nord : en coupant à travers les collines du Chianti pendant deux bonnes heures, nous voici à Pistoia, où la Pistoiese va gagner contre les Sardes d'Azarchena (1-0) un match important dans la course aux play-offs d'accession. Ici aussi, le foot n'est pas imperméable à l'histoire régionale : les statuts du club de la Pistoiese proscrivent l'affiliation de nouveaux actionnaires étrangers à la ville.

Voici un aperçu du parcours du club de Sienne à travers les différentes ligues italiennes :

Saison Ligue Position
[Année] Promotion (D2) Intégration
[Année] Division 2 (D2) 8ème et dernier du Groupe Nord F, relégué en Division 3 (D3)
[Année] Division 3 (D3) 3ème du Groupe Toscane A
[Année] Division 3 (D3) 5ème du Groupe Toscane A
[Année] Terza Divisione (D4) 2ème du Groupe F de Finale Nord, promu en Seconda Divisione (D3)
[Année] Serie B 1er, l'AC Sienne est promu en Serie A.
[Année] Serie A 19ème de Serie A, l'AC Sienne est relégué en Serie B.
[Année] Serie B 2ème, l'AC Sienne est promu en Serie A.
[Année] Serie A 19ème de Serie A, l'AC Sienne est relégué en Serie B.
[Année] Serie B 9ème, l'AC Sienne est rétrogradé administrativement en Serie D à la suite de problèmes financiers.
[Année] Serie D 1er du Groupe E, Robur Sienne est promu en Ligue Pro (D3).
[Année] Ligue Pro (D3) 6ème du Groupe B.
[Année] Ligue Pro (D3) 12ème du Groupe A.
[Année] Serie C 6ème du Groupe A, Robur Sienne se qualifie pour les barrages mais échoue au 2ème Tour contre Alessandria (2-3).
[Année] Serie D 5ème du Groupe E, l'ACN Sienne se qualifie pour les barrages mais échoue en 1/2 finale contre Trastevere (1-2). L'ACN Sienne est repêché et promu en Serie C.
[Année] Serie C 13ème du Groupe B.
[Année] Serie C Disparition de Robur Sienne à la suite d'une faillite financière.

Ce tableau illustre les fluctuations du club à travers différentes divisions, témoignant des défis et des succès qui ont marqué son histoire. Des moments de gloire en Serie A aux difficultés financières menant à la Serie D, le parcours de Sienne est une saga captivante.

Tour à tour spectaculaire ou défensive, miraculée ou damnée, la Squadra Azzurra a marqué de son empreinte l’histoire du football.

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