Elles animent les rencontres de la NBA quand les joueurs sont au repos, sans économie de l’effort. Le public américain les adore, elles font partie du décor, indissociable du spectacle général en championnat nord-américain de basket. Pourtant les pom-pom girls ou cheerleaders pour la version originale, en ont plein les bottes. Pas du job mais du salaire qui en découle.

Un statut longtemps ignoré
Aussi étonnant que cela puisse paraître, ces «ambianceuses» des stades de sports professionnels américains ne bénéficiaient jusqu'ici d'aucun statut légal. Pas de salaire minimum, pas d'assurance maladie ou encore moins de mutuelle. Le plus grand fantasme de l'imaginaire collectif américain a enfin une reconnaissance légale. La cheerleader, plus connue sous le nom de «pom-pom girl» en France, va enfin être reconnue à sa juste valeur.
La loi Cheerleader en Californie
L'Etat de Californie vient de mettre fin à cette incongruité. Depuis jeudi dernier, le gouverneur californien Jerry Brown a signé la loi AB202, autrement appelée «loi Cheerleader» reconnaissant à ces femmes un statut d'employées.
Le chemin a été long pour que cette loi voit le jour. Il aura fallu qu'un procès intenté par plusieurs anciennes «Raiderettes », des cheerleaders de l'équipe des Raiders d'Oakland, attire l'attention médiatique. Il faut dire qu'une vraie omerta règne dans le milieu du football américain.
Lorena Gonzalez qui a écrit la loi AB202, se félicite de cette avancée. « Quelque soit la carrière que choisit une femme, ses droits doivent être égaux devant la loi. » confie l'ex-cheerleader devenue parlementaire californienne. «Il est temps pour la NFL (Ligue professionnelle de football américain) de nationaliser cette loi» continue cette mère de famille dont la fille est aussi « pom-pom » !
Au terme d'une longue bataille judiciaire, celles qui sont chargées de chauffer les stades ont obtenu gain de cause. Un accord amiable a été trouvé avec les Oakland Raiders en Californie. Le club a été contraint de verser 1,25 millions de dollars (environ 1,10 millions d’euros) à 90 membres et anciennes titulaires.
Dans la foulée, l'Etat vient même de faire adopter la loi AB202, dite "loi Cheerleader" qui reconnaît aux pom-pom girls un statut de salarié. Une reconnaissance qui s'accompagne de nouveaux droits à commencer par un salaire minimum de 9 dollars de l'heure. Les congés maladie et les heures supplémentaires seront également rémunérés.

5 secrets de réussite pour devenir une pom-pom girl professionnelle de la NFL ou de la NBA
Des salaires dérisoires
Dans un match de la NFL, la ligue professionnelle, chaque pom-pom girl est payée 100 dollars par match, à raison de 10 matchs par saison. Si l'on ne compte que la durée du match, c'est bien payé. Mais cette rémunération ne tient compte ni des entraînements, ni des déplacements, ni de toutes les apparitions promotionnelles en dehors du stade, qui ne sont pas pris en compte par les équipes. Si l'on fait le total, leur rémunération n'excède pas les 5 dollars de l'heure.
Jusque-là, ces athlètes et danseuses n'étaient payées que 125 dollars (115 euros) par match (10 matchs par saison), leurs heures de répétitions ou de représentations pour le club, leurs déplacements et autres frais n'étant même pas indemnisés ou rémunérés...Les Raiders ont anticipé la loi et offert un nouveau contrat de 9 dollars (8,3 euros) de l'heure, portant à environ 3000 dollars (2770 euros) leur rémunération annuelle... A titre de comparaison, la mascotte d'un club gagne au minimum 30.000 dollars (27.700 euros) par an.
Lauren Herrington a occupé le poste pour la franchise des Bucks de Milwaukee avant de claquer la porte. Puis de saisir le tribunal fédéral du Wisconsin. Son avocate l’assure, son salaire - 65 dollars par match, 30 par entraînement et 50 pour les occasions spéciales - rapporté au temps de travail, s’élève à 5 dollars de l’heure. D’après Lauren Herrington, qui avait 19 ans en 2013 quand elle a rejoint l’équipe des Bucks de Milwaukee, les heures supplémentaires ne leur étaient pas payées (elles devaient se pourtant toujours se présenter au moins deux heures avant un match) et c’était à chacune des filles de fournir son maquillage et d’entretenir sa tenue sa gala.
Venant d’une franchise de sport qui brasse des millions et des sportifs millionnaires, les révélations de la jeune femme font tâche. Si son cas, traduit devant un tribunal, est une première en NBA, ça ne l’est pas dans le sport US puisqu’il y a un peu plus d’un an, cinq franchises de la NFL (Oakland Raiders, Tampa Bay Buccaneers, Buffalo Bills, Cincinnati Bengals et New York Jets) ont été condamnée, pour les mêmes faits, à verser des arriérés à d’anciennes cheerleaders.
Lauren Herrington, danseuse des Milwaukee Bucks lors de la saison 2013-2014, représente ces cheerleaders sous-payées. Elle a déposé plainte contre la franchise pour les avoir rémunérées en dessous du salaire horaire minimum (6,56 euros) dans le Wisconsin. Sa paye était de 59 euros par match et 27 euros par entraînement, soit entre 3 et 4 euros de l’heure selon ses estimations.
Dans la plainte, ses avocats ajoutent que ses heures supplémentaires n’étaient pas payées et que les séances de cabines de bronzage, l’entretien de ses tenues, les dépenses de maquillage, manucure et coiffure étaient à sa charge. Les blessures, fréquentes, ne sont pas couvertes.
Comparaison avec les mascottes
Alors que la saison 2022-2023 débute tranquillement, le média Hoops Addict a dévoilé sur son site une enquête sur les salaires des mascottes au sein de la meilleure ligue de basketball de la planète. On y apprend ainsi que la mascotte la mieux payée, Rocky des Denver Nuggets, touche pas moins de 625 000 dollars par an. Un petit pactole, qui le place devant Harry des Atlanta Hawks (600 000 dollars/an). La troisième position est occupée par Benny the Bull des Chicago Bulls (400 000 dollars/an). Des chiffres qui n’ont pas manqué de faire réagir, d’autant plus qu’à titre de comparaison, les stars de la WNBA touchent un peu plus de 200 000 dollars à l’année.
Comme indiqué par Thrashtalk, le salaire moyen d’une mascotte en NBA est cependant de 60 000 dollars à l’année.
De façon surprenante, d’autres membres de la « famille NBA » au rôle similaire, les mascottes, sont beaucoup mieux payés : plus de 10 000 euros par mois pour certains des acteurs se cachant sous la peluche.
| Poste | Salaire moyen |
|---|---|
| Mascotte NBA | 60 000 $ |
| Mascotte NBA (Rocky des Denver Nuggets) | 625 000 $ |
| Star WNBA | 200 000 $ |
Témoignages et conditions de travail
Lorsqu'il fête son anniversaire, le Heat ne fait pas les choses à moitié. La saison passée, dans le cadre d'une série d'événements pour célébrer ses 35 ans d'existence, la franchise floridienne a convié ses anciennes danseuses, les Miami Heat Dancers.
« Certaines filles étaient là l'année de ma naissance ! C'était hyper inspirant de voir des filles de la cinquantaine qui ont toujours autant la pêche. On a toutes dansé. Cette « pression » au sein du Heat et de sa formation de « cheerleaders », elle l'a largement expérimentée. Retour fin 2017, au moment de son arrivée à Miami avec son mari français. Happés par la « frénésie » floridienne et tombés amoureux de la ville, ils décident de s'y installer pour un moment.
L'audition, ou plutôt les auditions, car un véritable parcours de la combattante l'attend, au milieu de 350 à 400 filles, certaines venues de loin de l'autre bout des États-Unis (Los Angeles). Les candidates sont testées sur différents types de danses, y compris sur le versant hip hop, plus présent à Miami qu'ailleurs. À l'issue de cette journée, autre épreuve : un questionnaire autour de la culture basket et du Heat. Citer trois joueurs de l'équipe, le coach, le nombre de titres remportés… « J'avais révisé un peu », se souvient celle qui butera sur une question autour de la ligne à 3-points.
Son humour « à l’européenne » semble séduire le jury. Son âge, 27 ans, ne pose pas de problème alors qu'elle se retrouve en compétition avec des jeunes femmes encore à l'université pour certaines. Une compétition, où chacune essaie de tirer l'autre vers le haut, plus « positive et saine » que ce qu'elle a vécu à Paris. L'usage veut également que les nouvelles arrivantes passent en « battle » face aux anciennes leur ressemblant. « Moi qui suis rousse, j'étais alignée avec d'autres rousses. Interviews radio et tv s'enchaînent pour évaluer la façon dont les danseuses, véritables ambassadrices du club dans la fameuse « communauté », s'expriment. Il faut savoir « se tenir ». Être photogénique, aussi, évidemment, pour apparaître sur les supports de communication de la franchise et présenter un profil complémentaire aux autres.
Sa première sur le parquet de celle qu'on appelait encore l'American Airlines Arena ? « On se fait dessus ! », formule la jeune femme qui se retrouve avec près 20 000 paires d'yeux à les regarder, ses coéquipières de danse et elle. Dès ses premiers pas, elle est marquée par la solennité de l'hymne national chanté avant le match. Un moment de silence complet vite balayé par « la fureur, le bruit, le bourdonnement » de l'antre NBA. Alors, terminées les auditions ? Pas vraiment. Avant « chaque match, on doit ré-auditionner. Cela détermine le placement, devant ou à l'arrière, ou même être ‘benché'. C'est assez humiliant car il faut être présent au match, pour l'accueil. Ça m'est arrivé une ou deux fois, les premier mois. On y est toutes passé, c'est normal, il faut s'adapter au style de l'équipe. Et à la quantité de chorégraphies à apprendre, à l'instar d'un joueur face à un ensemble de systèmes. Au Heat, pour chaque match, à domicile bien sûr, une danse nouvelle et donc des heures de travail en amont.
« C'est très intense, ce n'est pas juste les matchs. Il y a les entraînements, les promotions, les événements caritatifs… C'est clairement un job à plein temps. Il faut être à disposition de l'équipe toute la saison », décrit notre spécialiste. Qui ajoute : « Mais la paie ne suit pas. Pendant ces deux années « très, très compliquées » à ce niveau, elle doit ainsi donner des cours de danse en parallèle et intervenir pour d'autres compagnies.
Reste que le lien avec le club floridien est permanent. Les joueurs ? Les « Dancers » les côtoient au quotidien, car lorsque les premiers s'échauffent, les secondes occupent la partie centrale pour revoir leurs gammes. Une proximité relative car il est « clairement écrit dans le contrat » qu'une « amitié » ne doit pas se former. Quant aux rapports avec les fans, aucune mauvaise aventure. Elle apprécie toujours aller à la rencontre de Français qui la contactent sur les réseaux sociaux. Pour le reste, la « distance » est toujours de mise.
Finalement, après deux ans au Heat, d'autres opportunités s'offrant à elle, Elisa Palermo, âgée de 32 ans aujourd'hui, décide de tourner la page, en ne gardant « que de bons souvenirs ». On lui demande ce que lui inspire de voir certaines franchises se passer de « cheerleaders » au sens strict, comme les Spurs, ou de présenter des troupes mixtes.
Selon Elisa, il a alors été question de « supprimer » les Dancers, qui ont finalement été maintenues en restant 100% féminines. Celle qui a récemment ouvert sa propre compagnie de divertissement et qui travaille dans des endroits luxueux de Miami, n'imagine pas voir ces troupes de danseuses disparaître. « Ce serait élever une opportunité à tellement de jeunes femmes.