L'Histoire des Matchs de Football en Hongrie : Des Origines à l'Âge d'Or

Le football en Hongrie a une histoire riche et complexe, marquée par des périodes de gloire, des moments de crise politique et des figures emblématiques qui ont façonné le sport. Cet article explore cette histoire, des premiers matchs à l'épopée des "Magiques Magyars" et au-delà.

Les Débuts du Football en Hongrie

Au début du XXe siècle, le football commence à gagner en popularité en Hongrie. La sélection magyare est une équipe pionnière et a disputé dès 1902 contre l’Autriche la première rencontre entre sélections nationales du continent européen. La fédération hongroise a rejoint la FIFA en 1906. Longtemps confrontée aux seules Autriche et Bohême-et-Moravie, l’équipe hongroise a ensuite reçu à Budapest des adversaires tels l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie.

C’est au jour de l’an 1911 que les équipes de France et de Hongrie se sont rencontrées pour la première fois. 2.032 spectateurs se sont rendus à Charentonneau en ce jour de l’an 1911 pour voir l’équipe de France affronter la Hongrie. La sélection magyare arrive en France au premier jour de l’année 1911 dans le cadre de sa première tournée en Europe de l’Ouest qui la conduira ensuite en Italie puis en Suisse.

Sur le terrain, la différence de niveau est très nette. Les Hongrois pratiquent un football très élaboré fait de déplacements et de passes courtes à ras de terre. Ils possèdent surtout au centre de leur attaque une des premières grandes vedettes du football d’Europe centrale, Imre Schlosser-Lakatos. Le buteur de Ferencvaros impressionne le public parisien en inscrivant les trois buts de la victoire de son équipe.

La République des Conseils et le Football (1919)

Il y a cent ans, le 6 avril 1919, la Hongrie de la République des Conseils dispute la seule et unique rencontre de sa brève existence face à l’Autriche. L’installation d’une République des Conseils d’inspiration communiste, proclamée dans la capitale magyare deux semaines auparavant le 21 mars 1919, ne va pas sans remous, engendrant une perturbation du trafic avec la Hongrie.

Surprenant a priori, à en croire Szabolcs Benedek, écrivain, auteur du roman Focialista forradalom (« Révolution footcialiste ») : « Les dirigeants de la République des Conseils n’étaient pas vraiment fans de sport. Accédant au pouvoir, les communistes vont moderniser les techniques de propagande. »

L’avant-match est le prétexte à des mises en scène spectaculaires. Juchés sur des estrades disposées aux quatre coins du terrain, quatre officiels haranguent simultanément leur auditoire. Brillant orateur en hongrois comme en allemand, Dezső Bokányi prédit un avenir sans militarisme, où un esprit éduqué dans un corps entraîné protègera la patrie bien plus sûrement que les fusils et les canons.

Club dominateur du championnat domestique, le MTK estampille au coup d’envoi une ligne d’attaque complète Braun-Konrád-Orth-Schaffer-Szabó. Elle ouvre pourtant le score, avant d’encaisser deux buts par Orth et Braun, jeunets d’à peine 18 ans.

Dix jours plus tard, les hostilités avec la Roumanie précipitent la fin du premier mariage entre communisme d’Etat et football. Le 5 octobre, la Hongrie a récupéré ses couleurs, son blason, mais pas tous ses joueurs. Elle se présente à Vienne orpheline de Konrád, Schaffer et Szabó, qui ont profité de la tournée estivale du MTK pour fuir les troubles du pays, tandis que les troupes roumaines et contre-révolutionnaires hongroises fondaient sur Budapest.

L'Âge d'Or du Football Hongrois (Années 1950)

Au cœur des années 1950, la Hongrie s'impose comme une des, si ce n'est la, références de son sport. Porté par le génie de Ferenc Puskas et l'avant-gardisme de Gusztav Sebes, les Magyars ont ébloui l'Europe, laissant une empreinte indélébile à la postérité.

La Domination Internationale

De 1950 à 1954, les coéquipiers de Ferenc Puskas alignent quatre années d'invincibilité, raflant au passage les Jeux Olympiques de 1952. Ils atteignent leur apogée lors de deux matchs contre l'Angleterre, restés dans les annales. Les Hongrois dominent d'abord les Anglais à Wembley (6-3) en 1953, dans une confrontation restée dans l'histoire comme le "Match du siècle" avant de les écraser quelques mois plus tard au Népstadion de Budapest (7-1).

Logiquement, les Magyars sont alors vus comme les principaux favoris à la Coupe du Monde 1954. Ils survolent le premier tour en surclassant notamment une Allemagne de l’Ouest dépassée (8-3) mais perdent Puskas qui se blesse à la cheville. Après des victoires convaincantes contre le Brésil (4-2) et l'Uruguay (4-2, ap) sans son "Major Galopant", la Hongrie retrouve en finale la RFA.

Le "Miracle de Berne"

Se produit alors l'impossible, le "miracle de Berne". Rapidement menés 2-0, les Allemands renversent le match et s'imposent 3-2. Contre toute attente, ce "Onze d'or" qui semblait invincible s'incline... au pire moment. Le football hongrois ne s'en remettra jamais.

L'Héritage des Magiques Magyars

L'équipe hongroise du début des années 1950 est composée d'individualités d'exception, certaines même légendaires. On retient le quintet offensif extraordinaire avec notamment Puskas, Czibor ou Kocsis. La grande innovation technique de cette équipe se situe autour de l’attaquant Hidegkuti, un avant-centre relayeur. Il aspire les défenseurs adverses pour laisser le champ libre à ses coéquipiers en attaque. Son rôle préfigure celui du numéro 10 moderne. Dans les buts, Grosics est également un très grand gardien.

Surtout, ces individualités sont brillamment mises en valeur dans le 4-2-4 du visionnaire Gusztav Sebes. L'entraîneur pose les bases de ce qui deviendra, bien des années plus tard, le football total de Cruyff. À une époque où tous les joueurs ont une assignation défensive ou offensive précise, il demande à ses hommes de tout faire sur le terrain. Il casse totalement les codes et lance une véritable révolution du jeu.

Cet apogée survient en pleine guerre froide, à une époque où la Hongrie est sous le joug communiste. Après 1945, Mátyás Racosi profite de l'excellence du football national et de l'apogée des Mágikus Magyaropour pour en faire une vitrine du régime communiste. L’expertise technique perdure, mais le football devient un lieu d’expression du nationalisme hongrois. Il devient un véritable outil de propagande.

Etoiles Olympiques : Ferenc Puskas

Le Déclin et l'Exil (Après 1956)

En novembre 1956 survient l'insurrection de Budapest, matée dans le sang par les autorités communistes. À ce même moment, la plupart des joueurs sont en déplacement européen avec le club du Budapest Honvéd. Nombre d'entre eux choisissent alors de ne pas rentrer, malgré les fortes suspensions [1 à 2 ans, ndlr] infligées par l'UEFA. Plus généralement, après cette date, un énorme exode de joueurs se produit. Beaucoup d’entre eux, dont les meilleurs, trouvent refuge à l’ouest. Ils veulent échapper au communisme, mais sont aussi très tentés par les salaires occidentaux. Quelque chose se brise dans le football hongrois. La transmission intergénérationnelle disparaît et les talents se raréfient.

Malgré tout, le déclin du football hongrois se fait progressivement. Les Magyars se classent tout de même 3e de la Coupe d’Europe des Nations en 1964 et 4e à l'Euro en 1972. Le club local de Ferencváros gagne aussi la Coupe des villes de foire en 1965. La Hongrie garde une équipe relativement performante jusqu’à la Coupe du Monde 1978.

La qualification au Mondial 1982 est la dernière avant une immense traversée du désert. Aujourd'hui, la Hongrie revient un peu sur le devant de la scène mais ne joue plus dans le style flamboyant auquel les Magyars nous avaient habitués.

Angleterre-Hongrie 1953 : Le "Match du Siècle"

Avant même son coup d'envoi, l'Angleterre-Hongrie du 25 novembre 1953 est désigné par la presse européenne comme le « match du siècle », même s'il ne s'agit que d'une rencontre amicale. Il est vrai que tous les ingrédients sont réunis pour faire du rendez-vous de Wembley un événement marquant : la Hongrie, championne olympique en 1952 et auréolée d'une réputation de jeu de grande qualité, défie sur ses terres cette Angleterre encore pétrie d'un sentiment de supériorité à l'égard du reste du monde, et toujours invaincue à domicile face aux sélections non britanniques.

Ce « match du siècle » tiendra toutes ses promesses. Il entre dans la légende pour la raclée administrée aux Anglais (6-3), et, surtout, pour la manière dont les Hongrois ont dominé leurs adversaires.

La différence est telle que Gabriel Hanot, l'envoyé spécial de L'Équipe, emploie cette étonnante métaphore dans France Football, le 1er décembre 1953 : « Les Hongrois combattent avec des armes automatiques ; les Anglais avec des bâtons, des fourches et des faux ! »

Bobby Robson, futur sélectionneur de l'Angleterre (1982-1990) et présent au stade, aura cette réflexion à propos des Hongrois : « C'est comme si l'on venait de voir des Martiens. »

La Hongrie déploie à Wembley un jeu des plus modernes. L'Angleterre et son style tout en puissance et défi physique est submergée par un adversaire jouant un football total bien avant l'Ajax Amsterdam de Johan Cruyff. Au top athlétiquement, dominants au plan technique, toujours en mouvement, les Hongrois font preuve d'une incroyable polyvalence, alternant jeu court et jeu long, temporisations et accélérations dans le dos de la défense anglaise.

Les 105 000 spectateurs de Wembley ont-ils conscience que le ballon rond vient d'entrer dans une nouvelle dimension ? Le Times se chargera de leur signaler le lendemain : « Une nouvelle conception du football est née. » Et Hanot d'ajouter « qu'avec la Hongrie, tout ce qui est football statique et routine a vécu ».

La Coupe du Monde 1954 : Entre Gloire et Désillusion

Pour cette cinquième édition, la Fifa ramène la Coupe sur le Vieux Continent après un Mondial 1950 brésilien un peu trop riche en émotions. Désormais, la phase finale comprend 16 équipes (contre 12 quatre ans plus tôt). Fini, les balbutiements logistiques. Place aux choses sérieuses : l'événement est diffusé à la télévision pour la toute première fois.

Malgré son exploit Maracanã (le stade de Rio de Janeiro) quatre ans plus tôt, l'Argentine n'est pas la favorite du tournoi et laisse ce statut d'épouvantail à la redoutable Hongrie.

Jusque-là, une équipe redoutable sur le plan offensif tirait sa force des exploits d'un surdoué du ballon, comme l'Autriche de 1934 avec Sindelar ou le Brésil de 1938 et 1950 avec Leonidas puis Ademir. Seule la Suisse de 1938 avait posé les bases d'une organisation collective sans faille, mais seulement dans une optique défensive. La Hongrie des années 50 apporte, elle, une innovation qui fera date : mettre en place un collectif bien huilé pour l'attaque et si efficace qu'il en devient une machine de guerre.

La Hongrie aborde cette Coupe du monde en ayant gagné les Jeux olympiques de 1952. Sa réputation est telle que l'Angleterre, invaincue sur son île, daigne même l'accueillir pour une rencontre en 1953 à Wembley qui sera qualifiée de match du siècle. Les Magyars s'imposent alors 6-3. C'est la première fois que les Anglais perdent chez eux.

Le groupe retenu pour le Mondial de 1954 par le sélectionneur hongrois ne laisse planer aucun doute et donne la priorité à l'attaque. Toute l'équipe joue ensemble les yeux fermés. On est en présence d'un ouragan offensif et chaque adversaire endosse le rôle de la contrée dévastée. Ils battent 9-0 la Corée du Sud et corrigent 8-3 la République fédérale allemande en phase de poules. Ils se hissent en finale en franchissant l'obstacle le plus redouté, l'Uruguay, tenant du titre (4-2).

Pourtant, le 4 juillet à Berne, se produit l'invraisemblable face à la RFA. Après avoir rapidement mené 2-0, la Hongrie est rejointe dès la 18e minute et s'incline (2-3) sur un but d'Helmut Rahn en fin de rencontre. Le retour à Budapest est douloureux, en particulier pour Sebes, cible des plus virulentes attaques. Même si les Allemands seront soupçonnés de dopage aux amphétamines, cet échec ne lui sera jamais pardonné.

Les Héros Déchus : L'Insurrection de 1956 et l'Exil

Une révolte populaire entraîne l'éviction des dirigeants prosoviétiques au pouvoir en Hongrie le 23 octobre 1956 au profit des réformateurs du nouveau Premier ministre Imre Nagy. Mais, le 4 novembre, l'URSS envahit le pays et écrase le mouvement dans le sang. Plus de 2 500 Hongrois sont tués et 200 000 fuient leur pays. Nagy sera, lui, exécuté en 1958.

L'équipe de Honved, ossature de la sélection, est alors en tournée en Europe pour préparer notamment la Coupe des clubs champions, au calendrier moins rigide qu'aujourd'hui. Éliminée par Bilbao (2-3, 3-3) au premier tour, elle décide de poursuivre ses tournées à l'étranger pendant près de deux mois, avant d'être rappelée à l'ordre par les autorités. Si la majorité des joueurs rentre à Budapest, Puskas, Czibor et Kocsis choisissent l'exil.

Suspendus dix-huit mois par la FIFA, ils vivront une seconde carrière lumineuse en Espagne, au Real Madrid et au FC Barcelone notamment. Mais l'Aranycsapat, elle, est bien morte.

L'Après-Puskas : La Hongrie à la Recherche de sa Gloire Passée

Les confrontations directes entre les deux équipes tournent depuis à l'avantage de l'équipe de France, qui reste sur cinq victoires d'affilée contre la Hongrie depuis 1978. Les deux nations ne sont plus autant croisées depuis les années 1970, et elles se retrouvent samedi, à Budapest, pour la deuxième journée de l'Euro 2020 .

En effet, le 11 janvier dernier disparaissait Jenő Buzánszky, le dernier membre de l’équipe encore en vie. Seuls les souvenirs perdurent dans le temps. Ceux d’une équipe qui n’a rien gagné, ou presque, mais qui a révolutionné son temps et marqué les esprits.

Quelques Joueurs Hongrois Mémorables

Outre Puskas, plusieurs joueurs ont marqué l'histoire du football hongrois :

  • Mihály Lantos: Appelé à 53 reprises avec les Magic Magyar, il plantera au total cinq buts entre 1949 et 1956.
  • Sándor Kocsis: Surnommé « Tête d’or », 75 buts en 68 sélections.
  • József Bozsik: Surnommé « le Député-Footballeur ».
  • Zoltán Czibor: Surnommé « le Rebelle ».
  • Gyula Grosics: Surnommé « la Panthère noire ».
  • Nándor Hidegkuti: Appelé « le Grand Maître ».
  • László Bálint: Surnommé "le Baron", il a tenu la baraque de la sélection Magyar et de Ferencvaros pendant plus de 10 ans.
Palmarès de l'Équipe de Hongrie (Principaux Titres)
CompétitionTitre(s)Année(s)
Jeux Olympiques11952
Coupe du MondeFinaliste1938, 1954
Coupe d'Europe des Nations3ème Place1964

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