L'équipe nationale malgache, surnommée les Barea, a écrit une page d’histoire en se qualifiant pour la finale du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) 2025. Cette qualification est l’apogée d’une ascension fulgurante, faisant suite à leur remarquable troisième place lors de l’édition 2022. Leur parcours jusqu’à la finale a été une démonstration éclatante de puissance, de détermination et de cohésion.
Sous la direction de Romuald Rakotondrabe, les Barea ont su s’affirmer, éliminant le Soudan en demi-finale, pour s’imposer comme un sérieux prétendant au titre.
Les Malgaches sont parvenus à déjouer tous les pronostics. Leur style de jeu, à la fois offensif et solidaire, a séduit et impressionné.
En 2023, Madagascar a obtenu la médaille de bronze et vise désormais l’or en finale du CHAN. Cependant, la tâche s’annonce difficile car ils affronteront le Maroc, double champion en titre.
En effet, pour sa toute première participation à une compétition internationale, déjà considérée en soi comme un exploit, la 107e nation au classement Fifa affrontera ce jeudi (21h) la Tunisie en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations !

Le parcours historique à la CAN 2019
Imaginez un instant un habitant de Madagascar, âgé d’au moins une trentaine d’années, qui sortirait aujourd’hui d’un coma de deux ans. Il entendrait alors, comme première parole : "On est en quarts de finale de la CAN !" Et sans doute y aurait-il de quoi se croire dans une dimension parallèle, voire s’évanouir de nouveau... C’est pourtant la stricte réalité : pour sa toute première participation à une compétition internationale, déjà considérée en soi comme un exploit, la 107e nation au classement Fifa affrontera ce jeudi (21h) la Tunisie en quarts de finale de la Coupe d’Afrique des nations !
Un sélectionneur-architecte
Et à l’origine de ce rêve éveillé, il y a un Français, lui aussi totalement novice à l’échelle internationale : Nicolas Dupuis, qui a pris ses fonctions de sélectionneur en mars 2017, soit au départ de la campagne de qualification pour la CAN actuelle, fonctions qu’il cumule par ailleurs avec celles d’entraîneur du FC Fleury 91, qu’il est parvenu à maintenir en National 2 (4e division) cette saison. "C’est juste une question d’organisation", disait-il à So Foot (nouvelle fenêtre), début mai, concernant cette double-casquette, précisant tout de même : "Madagascar reste prioritaire."
C’est en se rendant sur la Grande Île une fois par mois que, ces deux dernières années, le technicien a donné corps à l’impensable. "Quand j’ai été nommé, j’ai dit qu’il fallait que la sélection joue des matchs amicaux, qu’elle fasse des stages, explique-t-il. Ce n'est pas en disputant trois ou quatre rencontres par an qu’on avance. Le président de la Fédération malgache m’a fait confiance. Depuis, on utilise toutes les dates Fifa pour jouer des amicaux. J’ai aussi fait adhérer les joueurs au projet. Il y a pas mal de binationaux que j’ai appelés et qui ont accepté de participer à l’aventure. Ils sont investis à fond, ils y croient ! Ils sont réceptifs à mon discours. On vit quelque chose de fort !" Le coach a, du reste, aligné exactement le même onze de départ depuis le début de la compétition. Ce qui aide à créer des automatismes.
CAN-2019 : premier succès dans une Coupe d'Afrique des nations pour Madagascar
Un savant amalgame
Pour constituer son groupe, Nicolas Dupuis est parvenu à convaincre plusieurs joueurs indécis d’origine malgache, tels que Romain Métanire (Reims), Thomas Fontaine (Clermont Foot), Marco Ilaimaharitra (Charleroi), Jérôme Mombris et Fabien Boyer (Grenoble), ou Dimitri Calouin (Les Herbiers), de prendre part à l'aventure. Tant et si bien qu’à l’automne 2018, Jérémie Morel, défenseur de l’OL, a, de lui-même, proposé ses services. Tout ce petit monde cohabite à présent avec de nombreux joueurs nés à Madagascar, mais évoluant tous dans des clubs étrangers. Et c’est peu dire que l’alchimie opère.
"Quelques minutes avant chaque match, on se réunit en cercle pour une prière universelle, sachant que notre groupe est composé de catholiques, de musulmans... C'est chacun son tour, et juste quelques mots", raconte ainsi au Parisien (nouvelle fenêtre) le capitaine, passé par Créteil (de 2012 à 2016), Faneva Andriatsima. C’est sans doute la principale force de cette équipe. "On a su bâtir un groupe de joueurs de Ligue 2, Ligue 1, ou de D 1 étrangère qui s'entend très bien, savoure Nicolas Dupuis. On n'a pas de vedettes mais un collectif cohérent. L'ambiance est parfois décontractée."
Un fonctionnement très amateur... et très professionnel !
Tous professionnels, ces joueurs ne sont cependant pas coutumiers du train de vie fastueux des gros clubs européens. À l’exception de Jérémie Morel, ils ne sont donc pas dépaysés en sélection. On parle là de joueurs logeant à leurs frais leurs famille en Égypte durant le tournoi, qui s’asseyent sur des glacières de fortune à l’entraînement, mettent quotidiennement de la musique dans le vestiaire, chantant et dansant jusqu’à quelques secondes du coup d’envoi ou durant la mi-temps d’un match, et qui s’interdisent d’utiliser la piscine de leur hôtel d’Alexandrie.
Une exception, toutefois, a été faite sur ce dernier point dans la nuit consécutive à la victoire historique face à la RD Congo (2-2, 4-2 aux tirs au but) en 8es de finale dimanche soir : "Là, on s'est tous jeté dedans, et on a bu un verre ensemble, rigole Faneva Andriatsima, attaquant de 35 ans en fin de contrat à Clermont (L2). On méritait bien une petite bière après cette victoire, non ?" Sans doute, mais cela reste une singularité, à notre époque, au beau milieu d’un tournoi d’une telle importance. Résultat : "Cette équipe dégage une grande force collective et une vraie fraîcheur mentale, note, pour Le Monde (nouvelle fenêtre), Luc Hotz, sélectionneur du Luxembourg, battu par les Zébus malgaches le 2 juin en amical. Elle pratique un jeu de qualité, avec beaucoup d’engagement et évolue sans pression, ce qui peut la rendre encore plus dangereuse."
La présence à l’hôtel des joueurs, depuis le début de la compétition, du ministre des sports, Roberto Tinoka, illustre toute l’implication de l’État malgache dans cette aventure. "Même si cela reste peu élevé, nous avons plus de moyens aujourd’hui, grâce à quelques sponsors privés et à l’Etat", confirme ainsi le sélectionneur.
Qui, à force de persévérance, est parvenu à faire bouger les lignes et à mettre fin à de vieilles (mauvaises) habitudes. "Il a fallu faire comprendre à certaines personnes qu’on ne va pas à la CAN pour faire du tourisme, qu’il faut se préparer en circonstance, confiait-il encore à So Foot début mai. On a calé trois stages, un en France, l’autre à Antananarivo (la capitale malgache), le troisième à Marrakech, avec au total trois matchs amicaux. Avec des dates précises. Or, j’ai eu l’impression qu’à la fédé, certains n’avaient pas très bien compris qu’on ne peut pas changer des réservations comme ça. Que tout doit être bouclé à l’avance. Ça se passe comment si les joueurs apprennent que les dates changent, que des matchs amicaux sont annulés ? Les mecs sont pros, et si ce n’est pas carré, ça va vite les gonfler. La CAN, c’est extraordinaire d’y être. Mais le but, maintenant, ce sera de bien figurer." Mission, déjà, accomplie.
Un engouement sans précédent
Depuis la qualification pour la phase finale, obtenue à deux journées du terme des éliminatoires ( !) au nez et à la barbe du Sénégal, l’euphorie n’est pas retombée à Madagascar. Au contraire : à mesure que les Zébus franchissent une à une les étapes de la CAN, la liesse populaire a tendance à s’enflammer. Dans la nuit qui a suivi la victoire en 8e de finale à Antananarivo, la place de l’Indépendance et celle du 13-mai, qui a vu l’année dernière l’armée réprimer durement une manifestation contre le régime (un mort, six blessés), sont restés bondées jusqu’aux aurores, ornées de drapeaux blanc, rouge et vert. Et les concerts de klaxon et de vuvuzelas y ont couvert, des heures durant, cris de joie à gorge déployées et chants traditionnels malgaches.
Ces images, les joueurs n’en ratent pas une miette, grâce à leurs proches restés au pays et aux réseaux sociaux. "Nous n’avons rien d’autre à offrir à nos compatriotes que ces moments de joie, de bonheur. Vivre de tels moments dans une carrière de footballeur, c'est rare alors on en profite. Et je peux vous assurer qu'on n'a pas de limites !", s’est ainsi enthousiasmé le capitaine Faneva Andriatsima.
Les figures emblématiques du football malgache
Au début des années 70, les stars de notre championnat se nommaient Bernard Lacombe, Henri Michel, Jean-Michel Larqué, Josip Skoblar, Oswaldo Piazza ou Salif Keita mais également Augustin Baovola. Ce nom ne vous dit sans doute, mais il s'agit du plus grand footballeur malgache de l'histoire, comme le confirme Jérémie Ravahimanana, le consul de Madagascar à Nantes : « C'est une des icônes du football dans les années 60-70. C'est le premier à avoir joué en France, en 1re division avec Tours et Angoulême. C'était notre idole.
International très précoce, à l'âge de 16 ans, Baovola va jouer pour la sélection nationale jusqu'en 1982, soit 18 ans de présence au sein des Barea, surnom de l'équipe, en référence aux zébus de l'île. Cette fidélité va se poursuivre avec de nouvelles vocations pour l'ancien joueur de première division. « Il est rentré à Madagascar il y a deux ans, pour créer son centre de formation pilote, confirme le consul. À Madagascar, le football est encore archaïque, compte tenu des faibles moyens. Il a passé une partie de sa scolarité à Saint-Michel, l'un des établissements les plus connus à Tana. L'objectif du centre est de promouvoir l'avenir des jeunes par une éducation par le sport. Avec une éthique rigoureuse. Il met en avant l'humain mais aussi la discipline. L'idée de créer des partenariats avec les clubs français va alors germer.
L'objectif est de permettre aux jeunes malgaches, détectés très jeunes, d'avoir la possibilité d'intégrer des centres de formation avec des structures beaucoup plus modernes et perfectionnées que sur l'île. « J'aimerais développer cette coopération et faire connaître encore plus le football malgache, affirme Augustin Baovola. Il y a de quoi faire et du pain sur la planche car tout reste à construire à ce niveau. Le défi est passionnant !
Le consulat a fait la liaison entre les aspirations d'Augustin Baovola et le Grand Ouest, notamment le collège Saint-Michel à Nort-Sur-Erdre qui s'est dit intéressé pour accueillir les jeunes footballeurs en internat. L'objectif n'est cependant pas de délocaliser tous les talents de l'île. À long terme, les deux initiateurs du projet espèrent motiver les clubs malgaches à créer leurs propres centres de formation, pour devenir autonome dans ce secteur encore sous-développé au pays. C'est dans ce sens qu'un grand pas a été effectué l'an passé, avec la création d'un premier centre à Antananarivo, la capitale malgache.
« J'espère que ce nouvel outil permettra à certains de s'épanouir, se réjouit Baovola, et de sortir par la grande porte...
Les entraîneurs de l'équipe de Madagascar
L’historique du staff liste tous les managers, présidents, directeurs athlétiques, etc. qui ont travaillé pour le club sélectionné.
| Nom | Début | Fin |
|---|---|---|
| Peter Schnittger | 1 juil. 1988 | 30 juin 1991 |
| Auguste Raux | 1 juil. 2007 | 31 déc. 2011 |
| Franck Rajaonarisamba | 1 août 2011 | 1 janv. 2012 |
| Auguste Raux | 1 janv. 2012 | 31 déc. 2012 |
| Jean-Paul Rabier | 21 avr. 2010 | 7 févr. 2011 |
| Hervé Arsène | 20 avr. 2011 | 30 juil. 2011 |
| Franck Rajaonarisamba | 1 juin 2015 | 10 avr. 2016 |
| Nicolas Dupuis | 11 avr. 2016 | 29 avr. 2019 |
| Éric Rabésandratana | 30 avr. 2019 | 31 mai 2021 |
| Fabiano Flora | 1 juin 2021 | 2 janv. 2023 |
| Romuald Rakotondrabe | 30 mai 2023 | 15 nov. 2024 |
| Corentin Martins | 11 juil. 2023 | 30 janv. 2024 |
| Gilles Hugon | 15 nov. 2024 | 19 nov. 2024 |
| Romuald Rakotondrabe | 19 nov. 2024 | Présent |
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